Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408930

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408930
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a constaté que le préfet du Val-d'Oise avait délivré à Mme B, ressortissante algérienne, une carte de résident valable jusqu'en 2034, postérieurement à la décision implicite de refus de titre de séjour contestée. Cette délivrance a fait perdre son objet à la demande de suspension, rendant la requête sans objet. En conséquence, le tribunal a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions principales et a rejeté les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 19, 20, 27 juin 2024 et le 2 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Oukhelifa, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision implicite prise par le préfet du Val-d'Oise portant refus de délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", en qualité de conjoint français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétant, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", en qualité de conjoint français, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et au besoin, sous astreinte, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour suite à un examen approfondi de sa situation personnelle et familiale ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est porté atteinte à sa situation personnelle et professionnelle et qu'elle se trouve exposée à un risque de mesures d'éloignement ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut à titre principal au non-lieu à statuer, et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'une décision favorable est intervenue, le 21 juin 2024, s'agissant d'une demande de titre de séjour de Mme B et qu'une carte de résident, valable du 27 février au 26 février 2034, lui a été délivrée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2408879 enregistrée le 19 juin 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 5 juillet 2024 à 10 heures 00.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;

- et les observations de Me Oukhelifa, représentant Mme B, requérante, présente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, en précisant ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 19 juin 1986 à Ain-El-Hammam, est entrée en France le 6 octobre 2021 muni d'un visa court séjour. Elle a sollicité un titre de séjour, le 9 décembre 2023, portant la mention " vie privée et familiale ". L'administration ayant gardé le silence pendant plus de quatre mois, une décision implicite de rejet est née. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige, la requérante indique qu'il est porté atteinte à sa situation personnelle et professionnelle, qu'elle se trouve exposée à un risque de mesures d'éloignement et produit une offre de contrat de travail qui mentionne notamment " A défaut de retour de votre part avant le 28/06/2024 cette offre de contrat de travail deviendra alors caduque ". Dans ces conditions, et, en tout état de cause, le préfet du Val-d'Oise mentionnant dans ses écritures qu'il a délivré, le 21 juin 2024, à Mme B une carte de résident valable du 27 février au 26 février 2034, ce que cette dernière conteste, par ailleurs, l'existence d'un préjudice grave et immédiat qui résulterait de l'exécution de la décision attaquée nécessitant qu'il soit prononcé, à bref délai, une mesure provisoire de suspension, n'est pas établie.

5. Par suite, les conclusions de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de la décision contestée doivent être rejetées en l'absence d'urgence, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe, au regard des moyens invoqués, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ni sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet du Val-d'Oise, et, enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 23 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.