Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409286

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409286
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a examiné la demande de suspension de l'arrêté du 19 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement du titre de séjour de Mme B, ressortissante ghanéenne. La requérante invoquait notamment l'urgence, présumée en cas de refus de renouvellement, et plusieurs moyens sérieux, tels que l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'insuffisance de motivation, et la méconnaissance des articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la condition d'urgence n'était pas établie, la privation d'allocation pour adulte handicapé ne suffisant pas à caractériser une atteinte grave et immédiate à la situation de l'intéressée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 juin 2024 et le 14 juillet 2024, Mme C B, représentée par Me De Sa-Pallix, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision du 19 avril 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travail ou une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans les sept jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour, et qu'il est porté atteinte à sa situation personnelle et à ses droits sociaux en ce qu'elle est privée d'allocation pour adulte handicapé ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle a été signée par une autorité incompétente ;

* elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et administrative ;

* elle est entachée de vices de procédure en ce que le droit du respect du contradictoire n'a pas été respecté, eu égard à la procédure ayant conduit à l'adoption de l'avis du médecin de l'office français de l'immigration et de l'intégration et en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

* elle méconnait l'autorité de la chose jugée attachée au jugement rendu le 4 décembre 2023 par le juge des tutelles du tribunal de proximité d'Asnières ;

* elle est entachée d'une erreur de fait ;

* elle est entachée d'une erreur de droit, en ce que le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

* elle est entachée d'une erreur de droit par l'absence de vérification de la possibilité de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour ;

* elle méconnait les dispositions des articles L. 425-9, L. 423-23 et L.432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

* elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* elle méconnait les stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet des Hauts-de-Seine, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2406585 enregistrée le 7 mai 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- l'ordonnance n° 2406630 du 3 juin 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 15 juillet 2024 à 10 heures 00.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;

- et les observations de Me De Sa-Pallix, représentant Mme B, requérante, présente, et de Mme A D, sa tutrice, qui concluent aux mêmes fins par les mêmes moyens, en précisant leurs écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante ghanéenne née le 14 mars 1954 à Kumasi au Ghana, est entrée en France le 1er mars 2013, puis a été munie d'un titre de séjour à compter du 4 novembre 2014. Elle a été mise en possession de plusieurs titres de séjour, dont le dernier était valable jusqu'au 13 octobre 2023. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, le 12 septembre 2023, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme B et l'obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 19 avril 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. La décision contestée a été prise sur une demande de renouvellement de titre de séjour et aucun autre intérêt ne permet de combattre la présomption d'urgence, le préfet des Hauts-de-Seine n'ayant au demeurant pas produit de mémoire en défense. Dans ces conditions, la condition d'urgence est remplie au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, et des circonstances très particulières de l'espèce, le moyen tiré d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de Mme B, personne âgée de soixante-dix ans, en situation de handicap et placée sous le régime de la tutelle, par le préfet des Hauts-de-Seine est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

6. Il résulte de ce qui précède, que les deux conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension sont réunies. Il y a donc lieu de faire droit aux conclusions de Mme B aux fins de suspension de l'exécution de la décision du 19 avril 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".

8. Il y a lieu d'ordonner au préfet des Hauts-de-Seine, de procéder au réexamen de la demande de Mme B et de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de cette ordonnance, un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour sans qu'il soit nécessaire de prononcer, à ce stade, l'astreinte sollicitée.

Sur les frais liés au litige :

9. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante, une somme de 800 euros pour Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision de la décision du 19 avril 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme B est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la situation de Mme B, et de la munir, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification de la présente ordonnance, d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit procédé au réexamen de sa situation ou jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à Mme A D, tutrice, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 31 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.