Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409371

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409371
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de l'EURL Résidence Salvy visant à suspendre l'arrêté du 14 juin 2024 de la maire de Levallois-Perret ordonnant la fermeture administrative de son établissement. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la décision s'inscrivait dans une procédure de mise en conformité aux règles de sécurité incendie et d'accessibilité initiée en 2022, et qu'une précédente demande de suspension avait déjà été rejetée. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, l'EURL Résidence Salvy, représentée par

Me Gérard, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 14 juin 2024 par laquelle la maire de la commune de Levallois-Perret a mis son gérant en demeure de procéder à la fermeture administrative de l'établissement qu'elle exploite dans un délai de quinze jours ;

2°) de mettre à la charge de la commune une somme de 3 600 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

1/ la condition d'urgence est remplie dès lors que :

- la décision en litige a pour effet d'empêcher le fonctionnement de l'activité commerciale de la résidence ;

- la commune a indiqué qu'elle ferait procéder d'office à l'évacuation des locataires de la résidence à partir du 1er juillet 2024 ;

- la décision met en péril l'équilibre financier de la société qui devra licencier trois salariés employés en qualité de gardiens et ne sera plus en mesure de faire face à ses obligations en matière de remboursement de crédits.

2/ les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- la décision en litige n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ce qui l'a privée d'une garantie ;

- la décision en litige repose sur des faits matériellement inexacts ;

- la décision en litige est entachée d'erreur sur la qualification juridique des faits ;

- la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision en litige est entachée d'erreur de droit.

Vu :

- la requête n° 2409998, enregistrée le 28 juin 2024, par laquelle la société requérante demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, l'EURL Résidence Salvy demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision en date du 14 juin 2024 par laquelle la maire de la commune de Levallois-Perret a mis son gérant en demeure de procéder à la fermeture administrative de l'établissement qu'il exploite dans un délai de quinze jours.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

4. Par la décision dont la suspension est demandée, la maire de la commune de

Levallois-Perret a mis en demeure M. A B, gérant de l'EURL Résidence Salvy requérante, qui exploite un établissement recevant du public de 5ème catégorie de type O " hôtel " sous forme de location meublée au 33 rue Danton dans la commune de Levallois-Perret, de procéder à la fermeture administrative de son établissement dans un délai de quinze jours, soit avant le 30 juin 2024. Si la requérante soutient que cette décision a pour effet d'empêcher le fonctionnement de son activité commerciale ce qui met en péril son équilibre financier, il résulte de l'instruction que ce courrier s'inscrit dans le cadre d'une procédure de mise en conformité de l'établissement aux règles de sécurité incendie et accessibilité initiée en 2022. Les visites de la commission communale de sécurité en date des 13 juin et 14 novembre 2023 ayant permis de constater qu'un certain nombre d'anomalies étaient toujours présentes, la maire de la commune de Levallois-Perret a, le 17 novembre 2023, édicté un premier arrêté décidant la fermeture administrative provisoire de la résidence à compter de la notification dudit arrêté. Saisi d'une demande de suspension de l'exécution de cette décision, le juge des référés du tribunal administratif de céans a rejeté cette requête faute de moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige par une ordonnance n° 2315910 en date du 2 janvier 2024. Si un pourvoi a été introduit par la société Salvy contre cette ordonnance, ce pourvoi a été rejeté par une ordonnance n°490822 du Président de la 5ème chambre de la Section du contentieux du Conseil d'Etat en date du 20 mars 2024. Or, il résulte des termes de la décision en litige, et n'est pas contesté, que depuis cet arrêté du 17 novembre 2023 et malgré plusieurs notifications de cet acte par la police municipale et par lettres recommandées avec accusés de réception, l'établissement ne s'est toujours pas conformé à la mesure de fermeture administrative prononcée à son encontre le 17 novembre 2023, mesure qui n'a pas reçu de commencement d'exécution. Ainsi, la situation d'urgence dont se prévaut la requérante est en réalité imputable à l'arrêté initial du 17 novembre 2023, qui date donc de plus de sept mois à la date de la présente requête, et dont la mise en demeure litigieuse tend uniquement à assurer l'exécution. Par ailleurs, si la requérante soutient que l'exécution de la décision litigieuse compromettrait son équilibre financier, pourrait la conduire à licencier trois salariés et à la placer dans l'impossibilité de rembourser les crédits contractés pour effectuer les travaux de mise en sécurité nécessaires à la poursuite de l'exploitation, la fragilité de sa situation financière n'est pas établie par les pièces produites à savoir deux relevés de compte concernant les mois d'octobre 2023 et mai 2024 attestant d'un compte excédentaire en dépit d'une baisse de trésorerie. Ne le sont pas davantage la nécessité dans laquelle elle pourrait se trouver de procéder au licenciement de trois salariés ou l'impossibilité dans laquelle elle pourrait être mise de rembourser les crédits contractés pour la réalisation des travaux de mise en conformité. Dès lors, la société n'établit pas que la décision contestée, qui ne modifie pas substantiellement sa situation au regard de l'arrêté du 17 novembre 2023, préjudicierait de manière grave et immédiate à sa situation. Enfin, s'il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal dressé par la SCP Vénézia, commissaires de justice, le 26 juin 2024 ainsi que du compte rendu de visite sur les lieux dressé le même jour par le bureau d'études techniques 2G/Vulcain conseil, que la société Salvy a entrepris un certain nombre de travaux de mise en conformité de l'établissement aux normes incendie et accessibilité, il est constant que plusieurs prescriptions demeurent à ce jour non levées dont certaines concernant les installations électriques et le désenfumage de l'escalier, sans que la société, qui ne justifie pas de la date à laquelle elle a déposé sa demande d'autorisation pour les faire réaliser, puisse utilement imputer leur inexécution à ce jour au retard pris par la commune de Levallois-Perret dans l'instruction de sa demande de permis de construire. Dans ces conditions, l'intérêt qui s'attache à la poursuite des travaux de sécurisation de cet établissement recevant du public s'oppose également à ce que la condition d'urgence soit regardée, en l'espèce, comme remplie.

5. Il résulte de tout de ce qui précède que la requérante ne démontre pas, en l'état de l'instruction, que la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, il y a lieu de rejeter la requête de l'EURL Résidence Salvy dans toutes ses conclusions par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'EURL Résidence Salvy est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'EURL Résidence Salvy.

Copie en sera adressée à la commune de Levallois-Perret.

Fait à Cergy, le 15 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé

H. Lepetit-Collin

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.