Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409476

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409476
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par M. C, ressortissant algérien, pour demander la suspension de l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a ordonné son expulsion du territoire français. En cours d'instance, l'expulsion a été exécutée le 10 juillet 2024, rendant la demande de suspension sans objet. Le tribunal a donc rejeté la requête, considérant que les conclusions tendant à la suspension de la décision étaient devenues sans objet, et a également rejeté les conclusions accessoires, notamment celles visant à ordonner le retour de l'intéressé sur le territoire français, faute de fondement juridique dans le cadre du référé suspension.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2024, M. C, représenté par Me Cheron, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions des articles L. 521-1 et

L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de l'expulser du territoire français à destination du pays dont il a nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est libérable le 10 juillet 2024 et qu'il risque d'être expulsé dès sa sortie de prison ; en outre, une décision d'expulsion du territoire français porte en principe par elle-même une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne qui en fait l'objet de sorte que la situation d'urgence est présumée remplie ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

* il est entaché d'un vice d'incompétence dès lors qu'il a été signé pour le préfet des Hauts-de-Seine par M. D A, sur le fondement d'une délégation non annexée ;

* il méconnaît l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, il bénéficie de la protection prévue par cet article à plusieurs titres, dès lors qu'il justifie résider régulièrement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize an, qu'il justifie en outre résider régulièrement en France depuis plus de vingt ans et qu'il justifie également être le père d'un enfant français mineur résidant en France à l'entretien et à l'éducation duquel il contribue effectivement dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil ;

* il méconnaît le jugement n°2304022 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 23 février 2024, qui a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans ;

* il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

* il est entaché d'une erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace grave et actuelle pour l'ordre public, dès lors que les infractions commises sont anciennes, que son comportement en détention est exemplaire et qu'il justifie d'un projet de réinsertion très sérieux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Par une lettre du 9 juillet 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité de la requête dès lors qu'elle comporte des conclusions présentées simultanément sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative.

Par un mémoire enregistré le 11 juillet 2024, M. C, représenté par Me Cheron, indique que l'article L. 521-2 du code de justice administrative a été invoqué dans la requête à la suite d'une erreur de plume et que ses conclusions reposent uniquement sur l'article

L. 521-1 du code de justice administrative. Le conseil du requérant a informé, en outre, le juge des référés que l'arrêté d'expulsion a été exécuté le 10 juillet 2024, M. C ayant été éloigné vers l'Algérie. Il confirme les précédentes conclusions, notamment celles présentées sur le fondement de l'article L. 760-1 du code de justice administrative qu'il porte à 3 000 euros, et demande en outre à ce qu'il soit enjoint à l'autorité administrative d'assurer aux frais de l'Etat français, le retour immédiat de M. C sur le territoire français par vol direct dans les huit jours du prononcé de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2401849, enregistrée le 7 février 2024, par laquelle M. C demande l'annulation de l'arrêté contesté.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 15 juillet 2024 à 13h30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Louvel, juge des référés ;

- les observations de Me Cheron représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, qui est de nationalité algérienne, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 5 décembre 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé son expulsion du territoire français.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il résulte de l'instruction que M. C a été éloigné du territoire français le

10 juillet 2024 à destination de l'Algérie, où il se trouve actuellement sans qu'il soit justifié de son isolement dans son pays d'origine ou de la nécessité de son retour à bref délai en France. Dans ces circonstances particulières et alors que l'intéressé a été condamné à onze reprises entre mai 2001 et juillet 2022, notamment pour vol avec armes ainsi que menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un avocat (récidive), la condition d'urgence ne saurait, à la date de la présente décision, être regardée comme remplie.

4. Il résulte de ce qui précède, l'une des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, que les conclusions de M. C aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté prononçant son expulsion du territoire français doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que toutes les autres conclusions de la requête.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 26 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

T. Louvel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0