Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409665
mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409665 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Samba, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'absence de remise d'un récépissé de demande de titre de séjour a conduit à la suspension de son contrat de travail la plaçant dans une situation d'extrême précarité administrative et financière ;
- la décision du préfet porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au travail et à sa liberté contractuelle dès lors que son contrat de travail a été suspendu ;
- cette décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et de venir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ouillon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code précité mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
3. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. (). ".
4. Mme A, ressortissante gabonaise, née le 1er juin 2000, a été munie d'une autorisation provisoire de séjour portant la mention " étudiant en recherche d'emploi ", valable du 26 septembre 2023 au 25 juin 2024, délivré par les services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Mme A a conclu avec la société Audika Groupe un contrat de travail à durée déterminée pour un emploi de gestionnaire paie, portant sur la période du
6 novembre 2023 au 5 juillet 2024 qui a été prolongée jusqu'au 30 septembre 2024 pour un nouveau contrat du 13 juin 2024. Elle indique avoir, le 3 juin 2024, déposé auprès des services de la préfecture du Val-d'Oise, une demande de renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut en qualité de travailleur temporaire. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour.
5. Pour justifier de la situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, Mme A soutient que la décision du préfet du Val-d'Oise de ne pas lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valable le temps de l'instruction de son dossier, porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au travail et à sa liberté d'aller et de venir dès lors que son employeur a suspendu depuis le 25 juin 2024, l'exécution de son contrat de travail, qu'elle se trouve, depuis cette date, dans une situation financière difficile et n'est plus en situation régulière au regard de son droit au séjour en France. Toutefois, si, compte tenu du courrier de la préfecture du Val-d'Oise du 3 juin 2024 adressée à la requérante, il doit être admis que cette dernière a déposé une demande de titre de séjour, les seules pièces versées au dossier ne permettent pas d'établir que le dossier déposé par l'intéressée, à une date alléguée du 3 juin 2024, serait complet. En effet, par un courrier du
3 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise avait demandé à la requérante la production de plusieurs pièces pour compléter son dossier de demande de titre de séjour et la seule copie d'un écran d'une application de suivi de courrier faisant mention de la réception le 22 juin 2024 d'un courrier sans notamment d'indication sur l'identité du destinataire de ce courrier, ne permet pas d'établir qu'elle aurait effectivement satisfait à cette demande. Par ailleurs,
Mme A ne justifie pas du caractère particulièrement précaire de sa situation financière. Dans ces conditions, les circonstances dont se prévaut Mme A ne suffisent pas à établir la nécessité à très brève échéance que, notamment, sa situation professionnelle ne soit pas interrompue et donc à caractériser une situation d'urgence particulière impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans un délai de quarante-huit heures.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête Mme A doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.
Fait à Cergy, le 10 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
S. Ouillon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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