Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410929
mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410929 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, M. C D et Mme E D, agissant en qualité de représentants légaux de leur enfant mineure B D, représentés par Me Marmin, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 10 juillet 2024 par laquelle le directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale des Hauts-de-Seine a affecté leur fille, B D, en classe de troisième au collège Romain Rolland au Plessis-Robinson (92350) pour l'année scolaire 2024-2025, et a rejeté leur demande d'affectation en classe de troisième au collège Lakanal situé dans la commune de A pour la même année scolaire ;
2°) d'enjoindre au directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale des Hauts-de-Seine d'inscrire leur fille en classe de troisième au collège Lakanal à A (92230) à titre conservatoire, dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, au besoin sous astreinte, ou, à défaut, de procéder au réexamen de la situation de leur fille dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la rentrée scolaire, fixée au 2 septembre 2024, est imminente ; qu'en outre, l'affectation erronée de leur fille dans un collège éloigné de leur domicile a des conséquences graves et immédiates sur sa sécurité ;
- plusieurs moyens sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle méconnaît les dispositions de l'article D. 211-11 du code de l'éducation, en ce que les élèves domiciliés dans le secteur de recrutement d'un collège sont prioritaires par rapport aux autres ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce que le collège où leur fille a été affectée est situé à quarante-cinq minutes de trajet en transports en commun depuis leur domicile.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2024, le recteur de l'académie de Versailles conclut au non-lieu à statuer et fait valoir qu'il a été indiqué par courriel aux parents de l'enfant que leur fille sera bien affectée au collège Lakanal pour la rentrée scolaire à intervenir.
Vu :
- la requête n°2411496, enregistrée le 29 juillet 2024, par laquelle M. et Mme D demandent l'annulation de la décision en litige ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 13 août 2024 à 10h00.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bouayyadi, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Lepetit-Collin, juge des référés ;
- les observations de Me Amellou pour M. et Mme D qui concluent aux mêmes fins par les mêmes moyens et indique que le déménagement de la famille avait pourtant été signalé ;
- le recteur de l'académie de Versailles représentées.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. En 2024, M. et Mme D ont déménagé avec leurs enfants à A (92230), dans le secteur de recrutement géographique du collège Lakanal. Par décision du 10 juillet 2024, le directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale des Hauts-de-Seine a affecté leur fille, B D, en classe de troisième au collège Romain Rolland, situé au Plessis-Robinson (92350), pour l'année scolaire 2024-2025. Par la présente requête, M. et Mme D demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 10 juillet 2024.
Sur l'exception de non-lieu :
2. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, il ait été fait droit à la demande d'affectation présentée par les requérants, les pièces présentées par le rectorat de l'académie Versailles se bornant à indiquer qu'une décision de notification d'affectation de leurs enfants dans le collège de secteur leur sera envoyée au retour des congés. Le présent litige doit donc être regardé comme conservant un objet. L'exception de non-lieu opposée par le rectorat de l'académie de Versailles doit, par suite, être écartée.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Et aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ".
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et à la date à laquelle le juge des référés est appelé à se prononcer.
S'agissant de la condition d'urgence :
5. Eu égard à la proximité de la rentrée scolaire fixée au 2 septembre 2024, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
S'agissant des moyens de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision :
6. Aux termes de l'article D. 211-10 du code de l'éducation : " Le territoire de chaque académie est divisé en secteurs et en districts. / Les secteurs de recrutement correspondent aux zones de desserte des collèges. Un secteur comporte un seul collège public, sauf exception due aux conditions géographiques. () ". Aux termes de l'article D. 211-11 de ce code : " Les collèges et les lycées accueillent les élèves résidant dans leur zone de desserte, sous réserve du respect des règles relatives à la procédure d'affectation. / Le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, détermine pour chaque rentrée scolaire l'effectif maximum d'élèves pouvant être accueillis dans chaque établissement en fonction des installations et des moyens dont il dispose. / Dans la limite des places restant disponibles après l'inscription des élèves résidant dans la zone normale de desserte d'un établissement, des élèves ne résidant pas dans cette zone peuvent y être inscrits sur l'autorisation du directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, dont relève cet établissement. / Lorsque les demandes de dérogation excèdent les possibilités d'accueil, l'ordre de priorité de celles-ci est arrêté par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, conformément aux procédures d'affectation en vigueur. / Toute dérogation concernant un élève résidant dans un département autre que celui où se trouve l'établissement sollicité ne peut être accordée qu'après avis favorable du directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie du département de résidence. / La demande de dérogation est réputée acceptée si aucune réponse n'a été donnée à l'intéressé à l'expiration du délai de trois mois mentionné en annexe du décret n° 2014-1275 du 23 octobre 2014 relatif aux exceptions à l'application du délai de deux mois de naissance des décisions implicites d'acceptation prévu aux articles L. 231-5 et L. 231-6 du code des relations entre le public et l'administration. Le délai court à compter de la date de dépôt de la demande dans le respect d'un calendrier fixé par le recteur d'académie ou le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie.".
7. Il résulte de l'instruction que le domicile de M. et Mme D est sis 9 avenue de Berry à A (92230) soit dans le secteur du collège Lakanal demandé. Par suite, le moyen de la méconnaissance, par la décision attaquée des dispositions de l'article D. 211-11 du code de l'éduction est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard à ses motifs et aux circonstances sus-rappelées, la suspension prononcée par la présente ordonnance implique que le recteur de l'académie de Versailles procède, si cela n'a pas été déjà fait, à l'affectation de la jeune B D en classe de troisième au collège Lakanal situé dans la commune de A, à titre provisoire et jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la légalité de la décision en litige, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. et Mme D de la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 10 juillet 2024 par laquelle le directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale des Hauts-de-Seine a affecté la jeune B D, en classe de troisième au collège Romain Rolland au Plessis-Robinson (92350) pour l'année scolaire 2024-2025 et a refusé de l'affecter en classe de troisième au collège Lakanal de A pour la même année scolaire est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Versailles de procéder, si cela n'a pas été déjà fait, à l'affectation de la jeune B D, en classe de troisième au collège Lakanal situé dans la commune de A, à titre provisoire et jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la légalité de la décision litigieuse, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'État versera à M. et Mme D la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D et Mme E D et au ministre l'éducation et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.
Fait, à Cergy, le 20 août 2024.
Le juge des référés,
Signé
H. Lepetit-Collin
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2410929
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