Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411121
vendredi 2 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2411121 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Wantou, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 8 avril 2024, par lequel il a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français en fixant le pays de destination et en prononçant une interdiction du territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de prendre une nouvelle décision et de lui délivrer dans les 48 heures suivant la notification de la décision à intervenir, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et l'autorisant à travailler sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du huitième jour suivant la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle est présumée en cas de refus d'un renouvellement de titre de séjour ; que son employeur indique qu'il mettra fin à son contrat de travail si sa situation n'est pas régularisée et qu'il ne pourra alors plus subvenir à ses besoins ; qu'il ne peut pas valider son cursus académique en tant que développeur web sans titre de séjour valide ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que : le refus de titre méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Viain, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant camerounais né le 29 octobre 1992, a été mis en possession d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 20 décembre 2023. Par un arrêté du 8 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français en fixant le pays de destination et en prononçant une interdiction du territoire français Par la requête susvisée, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
Sur la demande de suspension de l'arrêté en tant qu'il porte sur l'obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français :
3. L'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre un arrêté refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celles de la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit et portant interdiction de retour.
5. Le dépôt de la requête de M. A enregistrée sous le n° 2410694 a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence et par ailleurs, celles de la décision fixant le pays de destination et portant interdiction de retour. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de ces décisions ne sont pas recevables.
Sur la demande de suspension en tant qu'elle porte sur le refus de renouvellement de titre de séjour :
6. D'une part, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
7. Si les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent à l'administration de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " pour des considérations humanitaires ou exceptionnelles,, il ressort des termes de ces mêmes articles que le législateur n'a pas entendu déroger à la règle rappelée ci-dessus ni imposer à l'administration, saisie d'une demande de carte de séjour, quel qu'en soit le fondement, d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article.
8. Il en résulte qu'un étranger ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'un refus opposé à une demande de titre de séjour qui n'a pas été présentée sur le fondement de cet article.
9. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
10. Si M. A se prévaut de la présence de sa fratrie, ainsi que, sans l'établir, d'une présence sur le territoire français de plus de 8 ans, il est célibataire et sans charge de famille, et ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. S'il se prévaut également de ses fiançailles et de son futur mariage le 14 septembre 2024, celui-ci reste toutefois hypothétique. Par ailleurs, il n'établit pas aucun pièce son insertion professionnelle.
11. Dans ces conditions, aucun des moyens soulevés par le requérant à l'encontre de la décision contestée n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
12. Il résulte de ce tout qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence, que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 2 août 2024.
Le juge des référés,
Signé
T. Viain
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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