Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411285

jeudi 22 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411285
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par M. A, ressortissant algérien, d'une demande de suspension de la décision implicite de refus de renouvellement de son certificat de résidence "étudiant" prise par le préfet des Hauts-de-Seine. Le juge a constaté que la condition d'urgence était présumée remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour. Il a également estimé que le moyen tiré de la méconnaissance du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, la suspension de l'exécution de la décision attaquée a été ordonnée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 août 2024, M. B A, représenté par

Me Lambert, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 20 juillet 2024, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement de son certificat de résidence mention " étudiant " ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer durant cet examen un récépissé de demande de renouvellement, dans un délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors qu'il s'agit d'un renouvellement de titre de séjour dès lors qu'il ne pouvait renouveler sa demande dans les délais prévus par l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant de bénéficier d'un certificat de scolarité pour la nouvelle année scolaire alors que sa demande a été instruite quelques jours après avoir déposé sa demande ; son contrat de travail a été suspendu, son père prend en charge ses frais ; il est inscrit dans un cursus MBA2 " audit et contrôle de gestion " en alternance et aura des difficultés à trouver une entreprise ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle a été prise en méconnaissance du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- les dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent pas lui être opposées dès lors qu'il était dans l'impossibilité de déposer sa demande dans les délais.

Le mémoire a été communiqué au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2411286, enregistrée le 2 août 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné Mme Edert, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 19 août 2024 à

14 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bouayyadi, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Edert, juge des référés ;

- et les observations de Me Lambert, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et fait valoir que le préfet n'a pas produit de défense et n'est ni présent ni représenté à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 3 janvier 2001, est entré sur le territoire français le 3 octobre 2021, muni d'un visa étudiant. Il a ensuite été mis en possession de deux certificats de résidence portant la mention " étudiant ", dont le dernier a expiré le 31 mars 2024. Le 20 mars 2024, il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour. Il a reçu une prolongation d'instruction le 2 avril 2024, valable jusqu'au 1 er juillet 2024. Par la présente requête, M. A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus née le 20 juillet 2024.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, " quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour ou d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

4. Il ressort des pièces du dossier et de l'audience que M. A est entré en France le 3 octobre 2021 afin d'y poursuivre des études en master. Il a été mis en possession d'un certificat de résidence algérien valable du 26 décembre 2021 au 25 décembre 2022, puis d'un second certificat valable du 1er avril 2023 ou 31 avril 2024, dont il a demandé le renouvellement le 20 mars 2024, soit au-delà des délais prévus par les dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans que la circonstance que les services de la préfecture lui ait délivré une attestation de prolongation d'instruction de sa demande ait une incidence sur le respect des délais. Ainsi la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour qu'il conteste ne peut être regardée comme prise à la suite d'une première demande, de sorte que M. A ne peut bénéficier de la présomption d'urgence attachée au renouvellement de titre de séjour.

5. Pour caractériser l'urgence de la situation, M. A fait valoir qu'à la date à laquelle il aurait dû demander le renouvellement de son certificat de résidence " étudiant ", entre novembre 2023 et janvier 2024, il ne pouvait produire de certificat de scolarité alors qu'il était en formation au titre des années 2022/2023 et qu'il n'a pu suivre de formation au titre des années 2023/2024 dès lors qu'il terminait sa formation précédente. En outre, il indique qu'il est privé du contrat de travail qui lui permet de financer une partie de ses études en plus de l'aide financière apportée par son père. Toutefois, il ressort de l'attestation de réussite émanant de sa future école " Financia Business School " en date du 25 septembre 2023, que le requérant avait validé un MBA 2 Finance à Lyon au titre de l'année 2022/2023 à cette date, de sorte qu'il n'établit pas les difficultés du calendrier scolaire qui l'auraient empêché de bénéficier d'une inscription au titre de 2023/2024. Par ailleurs, si M. A se prévaut de la suspension de son contrat de travail, il résulte de l'instruction que ce contrat est suspendu depuis un mois et que le requérant dispose de ressources personnelles et familiales importantes. Enfin, s'il indique qu'il aura du mal à trouver une entreprise pour suivre sa nouvelle formation, il bénéficie d'une inscription depuis le 18 mars 2024 et le master n'a pas encore débuté. Dans ces conditions, M. A n'établit pas que les effets de la décision implicite de rejet de sa demande porteraient une atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, son exécution soit suspendue.

6. D'autre part, et en tout état de cause, les moyens invoqués par le requérant à l'appui de sa demande de suspension de la décision implicite de rejet de son certificat de résidence " étudiant ", tels qu'ils sont mentionnés dans les visas de la présente ordonnance, ne paraissent pas manifestement, en l'état de l'instruction, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de

M. A doivent être rejetées, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 22 août 2024.

La juge des référés,

Signé

S. Edert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.