Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411399

jeudi 22 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411399
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 4 juin 2024 par laquelle l'Université Paris Nanterre a refusé l'admission de Mme B en Master 1 de psychologie. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante n'ayant pas justifié d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, notamment en l'absence de démonstration d'une impossibilité de poursuivre son parcours universitaire. Par conséquent, la demande d'injonction et les conclusions au titre des frais de justice ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2024, Mme A B, représentée par Me Ponsot, demande à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 4 juin 2024 par laquelle l'Université Paris Nanterre a refusé de l'admettre en première année de Master 1 Psychologie clinique, psychopathie et psychologie de la santé parcours Psychologie clinique, psychopathologie, santé : approche psychanalytique ;

2°) d'enjoindre à l'Université Paris Nanterre, à titre principal, de saisir le jury d'admission afin qu'il la déclare admise dans le master, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ; à titre subsidiaire, de saisir le jury d'admission afin de statuer à nouveau sur son admission dans ce master, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Université Paris Nanterre la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que, d'une part, elle ne peut poursuivre son parcours universitaire et obtenir un diplôme universitaire auquel elle peut prétendre, et que, d'autre part, son inscription universitaire est encore susceptible d'intervenir en temps utile pour la rentrée universitaire 2024/2025 ; la saisine du recteur de région académique n'est qu'une procédure facultative qui ne fait pas obstacle à ce que la condition d'urgence soit remplie ;

- plusieurs moyens sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* celle-ci est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle ne précise pas les modalités d'examen des candidatures ;

* elle est dépourvue de base légale et la restriction d'accès ne pouvait être mise en place, dès lors qu'elle ne mentionne ni le numéro ni la date exacte de la délibération du conseil d'administration ; la délibération du 11 décembre 2023 publiée sur le site internet de l'université n'est pas conforme aux obligations de publicité et ne fixe pas les capacités d'accueil, prérequis et modalités d'admission concernant la faculté de psychologie ; la page spécialement consacrée au master 1 n'indique pas les conditions d'accès et les modalités d'admission dans ce master ;

* à supposer qu'une telle délibération ait été adoptée, la décision attaquée ne vise pas une décision du recteur d'académie ayant procédé à un contrôle de légalité de la délibération fixant le nombre de places et les modalités d'admission en master 1 ;

* à titre subsidiaire, la délibération du conseil d'administration est inaccessible sur le site internet de l'université et n'a pas fait l'objet d'une publicité régulière et adéquate ; la requérante n'a donc pas été mise en mesure de connaître préalablement les conditions d'admissibilité avant de déposer sa candidature.

Vu

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2411662, enregistrée le 5 août 2024, par laquelle Mme B, représentée par Me Ponsot, demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Edert, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 19 août 2024 à 15 heures.

Le rapport de Mme Edert, juge des référés été entendu, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bouayyadi, greffière d'audience ;

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a obtenu une licence en sciences humaines et sociales mention " psychologie " auprès de l'université Lumière Lyon 2 en 2023. Au titre de l'année universitaire 2024 - 2025, Mme B a présenté sa candidature pour être admise en première année de Master en psychologie clinique, psychopathologie et psychologie de la santé, mention " Psychologie clinique, psychopathologie, santé : approche psychanalytique " auprès de l'université Paris Nanterre. Par une décision en date du 4 juin 2024, le président de l'université a rejeté sa candidature au motif qu'elle ne répondait pas à l'ensemble des critères de recrutement pour l'admission à cette formation. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre la décision portant refus d'admission en première année en première année de master en psychologie clinique, psychopathologie et psychologie de la santé, mention " Psychologie clinique, psychopathologie, santé : approche psychanalytique ", pour l'année universitaire 2024-2025, la requérante fait valoir qu'elle a candidaté en vain dans plusieurs formations comparables sur l'ensemble du territoire national et invoque en outre la proximité de la rentrée scolaire. Toutefois, ces circonstances sont insuffisantes à établir l'impossibilité que Mme B aurait à poursuivre ses études de master, dès lors qu'elle ne soutient ni n'établit que parmi l'ensemble de ses candidatures rejetées, la procédure dématérialisée de recrutement prévue par le code de l'éducation serait achevée et qu'elle n'établit pas d'avantage la proximité de la rentrée scolaire. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas que la décision dont elle demande la suspension porte une atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation, de nature à caractériser une urgence, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de cette décision soit suspendue. Par suite, la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'admission de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à l'université Paris Nanterre et au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Fait à Cergy, le 22 août 2024.

La juge des référés,

Signé

S. Edert

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.