Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411882

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411882
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension présentée par M. B, ressortissant malgache et père d'un enfant français, qui contestait le refus de délivrance d'un titre de séjour "vie privée et familiale" et d'un récépissé avec autorisation de travail. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant, qui avait déjà bénéficié de récépissés sans autorisation de travail, ne justifiait pas de circonstances particulières rendant nécessaire une mesure provisoire immédiate, le simple délai anormal de traitement ou la menace de suspension de son contrat de travail étant insuffisants. En conséquence, la requête a été rejetée sans examen des moyens soulevés, notamment la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 août 2024, M. A B, représenté par Me Sangue, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet du Val d'Oise portant refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de la décision portant refus de délivrance d'un récépissé avec autorisation de travail ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de huit jours sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail dans le délai de huit jours sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

1/ la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a été convoqué par les services de la préfecture le 5 décembre 2022 pour y déposer une demande de titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français ; le délai de traitement de son dossier est anormalement long alors qu'il est parent d'un enfant français et que son employeur menace de suspendre son contrat de travail ; il a déjà bénéficié de titres de séjour par le passé ;

2/ les moyens suivants sont de nature à créer un doute sur la légalité de la décision attaquée :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- la décision en litige est intervenue alors même que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- la décision en litige méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision en litige méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un récépissé avec autorisation de travail :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'un défaut de motivation ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Vu :

- la requête n° 2411885, enregistrée le 14 août 2024, par laquelle M. B, demande l'annulation des décisions en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M A B, ressortissant malgache né le 5 mai 1987 et père d'un enfant français né en 2015, a présenté, le 5 décembre 2022, une demande de titre de séjour en cette qualité. A ce titre, il s'est vu délivrer plusieurs récépissés dépourvus d'autorisation de travail dont le dernier a expiré le 24 juin 2024. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du préfet du Val d'Oise portant refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de la décision portant refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution des décisions en litige, M. B qui, selon les mentions portées sur les récépissés de demande de titre de séjour qui lui ont été délivrés, est entré en France en 2019, soit après la naissance de son enfant, soutient que le délai de traitement de son dossier de demande de titre de séjour est anormalement long, alors qu'il a déjà bénéficié de titres de séjour antérieurement à cette demande, qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, que cette situation fait obstacle à ce qu'il s'occupe de sa fille et l'expose à perdre son emploi. Toutefois, le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, en s'abstenant de produire les titres de séjour dont il aurait bénéficié par le passé, avoir présenté une demande de renouvellement de titre de séjour, cas dans lequel l'urgence à ce que le juge des référés prononce une mesure provisoire aurait pu être présumée. Par ailleurs, en se bornant à indiquer que sa situation ferait obstacle à ce qu'il s'occupe de sa fille dans les meilleures conditions et qu'il risque de perdre son emploi, circonstance au demeurant non établie par la seule production d'un courrier non daté rédigé dans le cadre de l'actualisation de son contrat de travail, le requérant n'établit pas l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige est remplie, il y a lieu de rejeter la requête, dans toutes ses conclusions y compris celles tendant au versement d'une somme au titre des frais irrépétibles, par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 28 août 2024.

La juge des référés,

Signé

H. Lepetit-Collin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.