Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412078

vendredi 23 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412078
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté de rétention administrative du 21 août 2024 présentée par M. A. Le juge a estimé que la contestation de la légalité d’une décision de placement en rétention relève de la compétence exclusive du juge des libertés et de la détention, et non du juge administratif. En conséquence, la requête a été jugée irrecevable sur le fondement de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 août 2024, M. B A représenté par Me Siras, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'arrêté du 21 août 2024 portant rétention administrative, dans l'attente d'une décision au fond ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros su titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- il y a urgence dès lors qu'il fait l'objet depuis le 21 août d'une rétention administrative et la décision prononçant son expulsion peut être exécutée à tout moment ;

Sur le doute sérieux :

- la décision portant expulsion du territoire français sur laquelle l'arrêté attaqué se fonde est entachée d'incompétence de son auteur, d'insuffisance de motivation, de défaut d'examen de sa situation particulière, d'une erreur de droit, de méconnaissance des dispositions des articles L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit, du principe général au droit à mener une vie familiale normale, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 3-1 et 9 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, ces motifs étant propre à faire naître, en l'état, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;

- la décision le contraignant à remettre ses documents de voyage est entachée d'une exception d'illégalité ; ainsi que la décision ordonnant l'exécution de l'arrêté du 3 juillet 2024, lequel est également fondé sur une décision illégale, ces motifs, étant propre à faire naître, en l'état, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête par laquelle n° 2411837 M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Edert pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 3 juillet 2024 notifié le 1er août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé à M. A le renouvellement de son titre de séjour et a prononcé son expulsion du territoire national. Par un arrêté en date du 19 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a assigné à résidence M. A dans le département des Hauts-de-Seine. Par un arrêté du 21 août 2024, M. A a été placé en local de rétention administrative. Par la présente requête, il demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 21 août 2024.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () / 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion () " ; aux termes de l'article L. 741-1 de ce code : " L'autorité administrative peut placer en rétention, pour une durée de quarante-huit heures, l'étranger qui se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 731-1 lorsqu'il ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement et qu'aucune autre mesure n'apparaît suffisante à garantir efficacement l'exécution effective de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 741-3 dudit code : " Un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet. ". Enfin, aux termes de l'article L. 741-10 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le juge des libertés et de la détention, dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification. / Il est statué suivant la procédure prévue aux articles L. 743-3 à L. 743-18. ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient qu'au juge des libertés de se prononcer sur la légalité de la décision par laquelle un étranger fait l'objet d'une décision de placement en rétention. Par suite, la décision dont M. A demande la suspension est portée devant une juridiction incompétente à en connaitre. Il en résulte que la requête de M. A est irrecevable et doit être rejetée selon les dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Cergy, le 23 août 2024.

La juge des référés,

signé

S. Edert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.