Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412167
vendredi 6 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412167 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 juillet 2024 et le 5 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Boulegue, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 4 juin 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a clôturé sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour incomplétude du dossier ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'enregistrer cette demande, ou à défaut de réexaminer sa situation et, dans tous les cas, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le recours est recevable car le dossier de demande de titre de séjour n'étant pas incomplet, la décision de clôture de sa demande pour incomplétude du dossier constitue une décision administrative faisant grief ;
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'obtention de ce titre de séjour est de plein droit en sa qualité de conjoint de français et de parent d'enfant français, que la décision susvisée la prive du droit de débuter une activité professionnelle et qu'elle l'empêche de subvenir à ses besoins et à ceux de son enfant, mettant en danger son équilibre personnel et familial ;
- il existe des moyens propres à créer un doute quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d'une insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
* elle est entachée d'une erreur de fait ;
* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable en l'absence de décision faisant grief, et, à tout le moins, qu'il n'a pas d'urgence à suspendre la décision attaquée.
Vu :
- la requête n° 2411528, enregistrée le 7 juillet 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience
Le rapport de Mme Richard, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 5 septembre 2024 à 14h30.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine née le 10 mai 1989, déclare être entrée irrégulièrement en France au mois d'août 2020. Le 24 janvier 2024, elle a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le téléservice " administration numérique pour les étrangers en France " (ANEF). Le 3 juin 2024, sa demande a été clôturée par le préfet des Hauts-de-Seine pour incomplétude du dossier. Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a clôturé sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
4. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". La liste des pièces exigées pour le renouvellement d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " est fixée au point 37 de l'annexe 10 à ce code.
5. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour au motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.
6. Il résulte de l'instruction que, à la suite du dépôt de la demande de titre de séjour de l'intéressée le 24 janvier 2024 sur le téléservice ANEF, les services de la préfecture des Hauts-de-Seine, saisis de l'instruction de cette demande, ont informé le 3 mai 2024 Mme B, par l'intermédiaire de ce téléservice, qu'il manquait à son dossier un justificatif d'acquittement de la taxe sur le titre de séjour et du droit de timbre de cinquante euros. En l'absence de toute réponse dans le délai de trente jours, la demande de titre de séjour de l'intéressée a été clôturée. Il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas soutenu que la pièce en cause figurait au dossier de l'intéressée alors qu'elle est au nombre de celles mentionnées au 1 de la rubrique 30 de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devant être produites à l'appui de la demande présentée par le demandeur d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été rappelé au point précédent, le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour dès lors que le dossier est incomplet ne saurait constituer une décision faisant grief sans qu'y puisse faire obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas également adressé en parallèle un courriel de demande visant à compléter son dossier à l'intéressée. Mme B a par ailleurs la possibilité déposer une nouvelle demande de titre de séjour. Par suite, dès lors que le dossier de la requérante était incomplet, en conséquence de l'absence des pièces visées à l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le courriel du 4 juin 2024 par lequel le préfet l'a informée du classement sans suite de sa demande, qui ne constitue pas un refus de titre de séjour, ne saurait constituer une décision faisant grief à Mme B.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur la condition d'urgence ou l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions aux fins de suspension présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
8. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. /L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
9. Dès lors que l'action est irrecevable, il n'y a pas lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 6 septembre 2024
La juge des référés,
signé
A. Richard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2412167
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