Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412210
lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412210 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 août 2024, M. A B, représenté par Me Degrâces, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née le 28 août 2022 du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de statuer sur sa demande de carte de résident dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il se trouve entravé dans la possibilité d'obtenir un emploi étant seulement rendu titulaire de récépissés de demande de titre de séjour ; en particulier il ne peut obtenir son échange de permis de conduire ivoirien ce qui l'empêche d'entamer le processus de recrutement en tant que chauffeur de bus auprès de la RATP ; il n'a pu en outre se rendre aux funérailles de son défunt père au mois de juillet 2022 en raison de cette situation faute de pouvoir voyager ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que la décision :
* est entachée d'un vice de forme, en raison d'un défaut de motivation, alors qu'il a sollicité la communication des motifs du refus implicite ;
* est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
* a été prise en violation des articles L. 424-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2409567, enregistrée le 3 juillet 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bertoncini, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". L'article L. 522-3 du même code permet au juge des référés de rejeter par une ordonnance motivée, sans mener de procédure contradictoire et sans audience, une demande en référé notamment lorsqu'elle ne présente pas un caractère d'urgence. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée globalement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Pour justifier d'une situation d'urgence, M. B, ressortissant ivoirien né le 30 novembre 1986, soutient qu'il vit depuis 2013 en France où il y a épousé, le 4 juin 2022, une compatriote reconnue réfugiée avec laquelle il a eu cinq enfants nés respectivement en 2007, 2009, 2011, 2019 et 2021, les trois premier étant nés en Côte-d'Ivoire et les deux derniers en France. Il ajoute que, ayant sollicité un titre de séjour depuis le 3 février 2022, la préfecture des Hauts-de-Seine n'a pas statué sur sa demande et le maintient sous couvert de récépissés, dont le dernier expire le 2 septembre 2024, ce qui l'empêche de travailler dans le secteur des transport faute de pouvoir parvenir à obtenir l'échange de son permis de conduire. Toutefois, il ressort des propres écritures du requérant, qui n'établit pas être entré en France en 2013 alors que trois de ses enfants sont nés postérieurement en Côte-d'Ivoire, qu'il a pour la première fois sollicité un titre de séjour le 3 février 2022. Ainsi, une décision implicite de rejet à sa demande de titre de séjour est née le 3 juin 2022, la circonstance qu'un ressortissant étranger soit, après que sa demande de titre de séjour a été enregistrée, mis en possession d'un ou de plusieurs récépissés valant autorisation provisoire de séjour, ne pouvant faire obstacle à la naissance d'une décision implicite de rejet de sa demande de titre à l'expiration du délai de quatre mois. Dès lors, en l'état de l'instruction, la décision implicite litigieuse née plus de deux ans avant l'introduction de sa requête, n'apparaît pas de nature à porter une atteinte grave et immédiate à la situation du requérant, justifiant qu'il soit statué sur sa demande sans attendre le jugement de sa requête en annulation.
5. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme étant remplie. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, comme celles présentées au titre des frais liés au litige, doivent être rejetées en application de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Cergy, le 26 août 2024.
Le juge des référés,
signé
T. Bertoncini
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24122102
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