Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412227

lundi 26 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412227
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'exécution des décisions du 20 août 2024 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, ressortissant marocain, et l'a obligé à quitter le territoire français. Le juge a constaté que la condition d'urgence n'était pas remplie pour les décisions portant obligation de quitter le territoire, dès lors que le dépôt d'un recours en annulation suspendait leur exécution en application des articles L. 722-7 et L. 722-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 août 2024, M. A B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions du 20 août 2024 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est en situation irrégulière sur le territoire français et se trouve exposé à tout moment à un éloignement forcé ; en outre, il ne peut plus travailler sans autorisation de travail et il se trouve ainsi privé de ressources et en grande précarité ;

- les moyens suivants sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, qui :

* sont insuffisamment motivées ;

* violent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'accord franco-marocain de coopération judiciaire ;

* portent atteinte à l'égalité de traitement entre avocats français et marocains ;

* méconnaissent le protocole relatif aux professions libérales judiciaires et aux activités d'ordre juridique passé entre le Maroc et la France le 20 mai 1965 ;

* violent l'article 4 de la convention de coopération judiciaire entre la France et le Maroc ;

* ont été prises en saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

* ont été prises sans un examen préalable de sa situation personnelle ;

* sont entachées d'erreur de droit ;

* méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- la requête enregistrée le 25 août 2024 sous le n°2412256 par laquelle le requérant demande l'annulation des décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bertoncini, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 24 avril 1975 au Maroc, pays dont il a la nationalité, est entré régulièrement en France en 1998 dans le cadre de la poursuite de ses études et a été rendu titulaire de différents titres de séjour de 1998 à 2008. Il a sollicité, le 29 juillet 2022, son admission au séjour en qualité d'entrepreneur/profession libérale sur le fondement des articles L. 421-5 et L. 421-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 20 août 2024, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de ces décisions.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, en vertu des dispositions du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire "

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. / () ". Aux termes de l'article L. 722-8 du même code : " Lorsque l'étranger ne peut être éloigné en exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne peut pas procéder à l'exécution d'office de l'interdiction de retour assortissant cette obligation de quitter le territoire français ".

4. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre un arrêté refusant une demande d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français à destination du pays qu'elle désigne.

5. Le 25 août 2024, M. B, a saisi le tribunal d'une requête enregistrée sous le n°2412256 tendant à l'annulation des décisions du 20 août 2024. Le dépôt de cette requête aux fins d'annulation a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation faite à M. B de quitter le territoire français et de la décision subséquente en fixant le pays de destination. Il ne saurait donc être demandé au juge des référés de suspendre l'exécution de décisions dont le recours en annulation formé contre elles a déjà entraîné cet effet suspensif. Par suite, les conclusions tendant à la suspension des décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination après l'exécution de cette mesure sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le refus de séjour :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, et notamment des objectifs d'intérêt public poursuivis par la décision critiquée.

7. Pour établir l'existence d'une urgence particulière caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai de la mesure de suspension qu'il demande, M. B soutient que la décision litigieuse a eu pour effet de l'empêcher de reprendre sa profession d'avocat et de le maintenir ce faisant dans une situation d'extrême précarité. D'une part, le requérant ayant sollicité la délivrance d'un titre de séjour au-delà des délais fixés aux articles R. 431-5 et R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il doit être regardé comme ayant sollicité, le 29 juillet 2022, la délivrance d'un premier titre de séjour à laquelle, en cas de refus, la présomption d'urgence ne s'applique pas. D'autre part, l'intéressé ne joint aucune pièce à sa requête de nature à justifier qu'il demeurerait en France depuis 1998 et à établir ses moyens de subsistance, M. B déclarant lui-même son intention de reprendre l'exercice de sa profession d'avocat. Partant, M. B ne justifie pas que l'exécution de la décision contestée porterait atteinte de manière grave et immédiate, à sa situation, justifiant qu'il soit statué sur sa demande sans attendre le jugement de sa requête en annulation.

8. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence ne peut être regardée comme étant remplie. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les conclusions aux fins de suspension de la requête de M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de toutes les autres conclusions de la requête.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Cergy le 26 août 2024.

Le juge des référés,

signé

T. Bertoncini

La République mande au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.