Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412762

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412762
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme A, ressortissante ukrainienne bénéficiaire de la protection subsidiaire. Celle-ci demandait le renouvellement de son récépissé de titre de séjour et le rétablissement de son accès au compte ANEF, invoquant une atteinte grave à ses libertés fondamentales. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, faute pour la requérante de justifier de démarches récentes auprès de la préfecture depuis le 8 août 2024 ou d'une nécessité impérieuse de se rendre au Royaume-Uni. La demande est donc rejetée comme manifestement mal fondée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Louafi Ryndina, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de renouveler son récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de rétablir l'accès à son compte ANEF dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle se trouve dans une situation irrégulière alors qu'elle est bénéficiaire de la protection subsidiaire, qu'elle ne peut plus jouir de ses droits sociaux alors qu'elle a besoin de soins réguliers compte-tenu de son état de santé, et qu'elle est isolée, ne pouvant pas rendre visite à sa fille qui réside à l'étranger ;

- il existe une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à son droit à mener une vie privée et familiale normale et à celui de bénéficier de soins médicaux ;

- cette atteinte est manifestement illégale dès lors que le récépissé de demande de titre de séjour est renouvelable de plein droit en application de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'impossibilité dans laquelle elle est de déposer sa demande de titre de voyage sur la plateforme ANEF méconnaît l'article R. 431-2 du même code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Mme B A, ressortissante ukrainienne née le 11 juin 1939, est bénéficiaire de la protection subsidiaire depuis le 26 janvier 2023. Elle a présenté auprès du préfet des Hauts-de-Seine une demande de titre de séjour le 6 mars 2023 et s'est vue délivrer une attestation de prolongation d'instruction puis des récépissés de demande de titre de séjour dont le dernier a expiré le 5 mai 2024 et n'a pas été renouvelé malgré une demande déposée en ce sens le 3 mai 2024. Par ailleurs, Mme A a déposé une demande de titre de voyage le 2 avril 2024 qui a été clôturée par le préfet des Hauts-de-Seine qui l'a invitée à présenter une nouvelle demande ce qu'elle ne parvient pas à faire sur la plateforme de l'ANEF étant dans l'impossibilité d'accéder à son compte. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement du titre de séjour et de lui permettre d'accéder à son compte ANEF.

3. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure particulière de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par ces dispositions soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre un récépissé de sa demande de titre de séjour et le rétablissement de son compte ANEF, Mme A fait valoir qu'elle ne peut plus bénéficier des soins médicaux dont elle a besoin compte tenu de son état de santé et qu'elle ne peut aller rendre visite à sa fille qui réside au Royaume-Uni. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'intéressée ne bénéficie plus d'un récépissé de demande de titre de séjour depuis le 5 mai 2024 et qu'elle ne justifie pas avoir engagé de nouvelles démarches auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine en vue de se voir délivrer le récépissé sollicité depuis le 8 août 2024. Par ailleurs, elle ne justifie pas de la nécessité impérieuse qu'elle aurait à se rendre dans les plus brefs délais auprès de sa fille au Royaume-Uni. Dans ces conditions, Mme A ne justifie pas de l'urgence particulière exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions, rappelées au point 1, de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, et de rejeter, en toutes ses conclusions, la requête de Mme A.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Fait à Cergy, le 9 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé

A. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24127622