Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413075
lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413075 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Vahedian, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) à titre principal de suspendre la décision implicite du 14 juin 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et, subsidiairement, la décision du 13 août 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement de son récépissé ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée la place dans une situation de précarité administrative, en ce qu'elle ne peut plus justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français ; qu'en outre, son employeur n'a pas procédé au renouvellement de son contrat de travail d'aide-soignante, ce qui la place dans une situation de précarité financière et porte atteinte au bon fonctionnement du service public hospitalier ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute quant à la légalité de la décision attaquée :
S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de son récépissé
* elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en la maintenant dans une situation de précarité administrative et en la privant de sa liberté d'aller et venir, et ce alors même qu'elle a effectué l'ensemble des démarches nécessaires pour être munie d'un récépissé de demande d'admission exceptionnelle au séjour.
S'agissant de la décision implicite de refus de titre de séjour :
* elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, dès lors qu'elle remplit tous les critères pour obtenir un titre de séjour ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, eu égard à sa durée de présence sur le territoire français et à son intégration professionnelle ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- les requêtes n° 2411963 et n° 2411909, enregistrées le 16 août 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation des décisions attaquées ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 30 septembre 2024 à 10 heures en présence de Mme Soulier, greffier d'audience :
- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;
- les observations de Me Vahedian, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante congolaise qui avait été mise en possession d'un titre de séjour en tant que parent d'enfant malade, a le 26 août 2022 sollicité son admission exceptionnelle au séjour par mail, auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine. Sa demande a été enregistrée le 6 octobre 2023 et un récépissé attestant de sa complétude, valable jusqu'au 13 août 2024, lui a été remis le 14 février 2024. Par la présente requête, Mme B demande la suspension de l'exécution des décisions par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a d'une part rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et d'autre part refusé le renouvellement de son récépissé.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre et il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par la requérante, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
4. Il est constant que, dans les circonstances particulières de l'espèce, alors que la requérante est mère de quatre enfants, dont un malade et dont il n'est par ailleurs pas démontré qu'ils ne seraient pas sa charge, le refus implicite de titre de séjour intervenu quatre mois après la date d'enregistrement de sa demande et de remise de récépissé, soit le 14 février 2024 a pour conséquence de placer la requérante dans une situation de précarité professionnelle, financière et administrative. Une telle situation est de nature à caractériser une urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. En l'état de l'instruction, eu égard à la date d'entrée sur le territoire français de la requérante et de sa famille, au fait qu'un de ses enfants, âgé de 22 ans, gravement malade est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et poursuit ses études et, enfin, qu'il n'est pas contesté en défense que ses autres trois enfants, âgés respectivement de 20, 16 et 12 ans ne seraient pas en situation régulière, le moyen tiré de ce que la décision de refus implicite d'admission exceptionnelle au séjour de la requérante méconnaîtrait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des liberté fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu en conséquence d'en suspendre l'exécution.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard à ce qui vient d'être dit au point 5, il y a lieu seulement d'enjoindre de délivrer à titre provisoire à la requérant un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : l'exécution de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de Mme B au titre de l'admission exceptionnelle au séjour est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à titre provisoire à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copies-en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 30 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
E. Lamy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°24130750
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