Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413205
lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413205 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Funck, demande à la juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet des Hauts de Seine de mettre à sa disposition une attestation de prolongation d'instruction sous vingt-quatre heures à compter de la décision à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en ce qui concerne l'urgence : elle a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour le 9 mai 2024 ; son visa de long séjour est arrivé à expiration le 11 août sans qu'elle ne reçoive de réponse autre qu'automatique, ni que lui soit délivré une attestation de prolongation de l'instruction ; son employeur, qui lui demandait de produire un nouveau document de séjour depuis le mois de juillet 2024, a suspendu son contrat de travail ; elle a réservé un voyage en Turquie pour le 20 septembre prochain et a payé à ce titre quatre billets d'avion et deux réservations d'hôtel qui ne sont ni annulables, ni remboursables ;
- en ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale : elle est privée de sa liberté d'aller et venir, alors même qu'elle a réservé un voyage en Turquie pour le 20 septembre prochain, soit dans sept jours, et a payé à ce titre quatre billets d'avion et deux réservations d'hôtel qui ne sont pas annulables ou remboursables ; elle a été suspendue de son emploi en contrat à durée indéterminée et ne perçoit plus de salaire.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu :
- l'ordonnance n°2412319 en date du 30 août 2024 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 16 septembre 2024 à 9h30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Lepetit-Collin, juge des référés ;
- les observations de Me Funck pour Mme B, présente. Me Funck conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que ses écritures.
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine née le 4 octobre 1996, est entrée en France le 22 août 2023 sous couvert d'un visa de long séjour valable du 12 août 2023 au 11 août 2024 en qualité de conjointe de français. Le 19 mai 2024, Mme B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le site de l'ANEF. La requérante ne s'est toutefois vu remettre, depuis le dépôt de cette demande, aucun document autorisant provisoirement son séjour sur le territoire national. Par la présente requête, Mme B demande donc à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction dans un délai de vingt-quatre heures.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. Aux termes, d'autre part, de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. () ".
4. Il n'est pas contesté, le préfet des Hauts-de-Seine n'ayant pas produit de mémoire en défense, qu'à la date de la présente ordonnance, la requérante se trouve dépourvue de tout document autorisant sa présence sur le territoire français depuis le 11 août 2024 alors qu'elle a présenté sa demande de titre de séjour dans les temps, cette absence de délivrance la plaçant en situation irrégulière de séjour pour la première fois depuis son entrée sur le territoire français le 22 août 2023. Il n'est pas davantage contesté que cette situation met en péril le contrat de travail à durée indéterminée qu'elle a conclu le 11 juin 2024 avec la société Atexis qui l'a recrutée en qualité d'ingénieure et lui demande, depuis le 24 juillet 2024, de justifier d'un nouveau document autorisant son séjour en France. Par ailleurs, la requérante dispose d'un billet d'avion pour un départ le 20 septembre 2024 en direction d'Istanbul où elle a également réservé un hébergement. Ainsi, la requérante établit l'existence d'une situation d'urgence nécessitant l'intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par ailleurs, il n'est nullement allégué par le préfet des Hauts-de-Seine que Mme B n'aurait pas déposé une demande de titre de séjour appuyée des pièces justificatives requises permettant de l'instruire et d'y statuer. Dès lors, en s'abstenant de lui délivrer l'attestation de prolongation d'instruction à laquelle elle a droit, sans que soit apportée, en l'état de l'instruction, aucune justification à cette absence de délivrance, le préfet des Hauts-de-Seine doit être regardé comme portant une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir de Mme B ainsi qu'à son droit au travail.
5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme B une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à séjourner en France dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais du litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 800 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme B une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à séjourner en France dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 16 septembre 2024.
La juge des référés,
Signé
H. Lepetit-Collin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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