Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413533

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413533
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision "48SI" du 13 juin 2024 invalidant le permis de conduire de M. B pour solde de points nul. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car si l'invalidation portait atteinte à la situation professionnelle et familiale du requérant, la gravité et le caractère répété des infractions commises, sans élément sur leur nature précise, ne permettaient pas de considérer la suspension comme conciliable avec les exigences de sécurité routière. La requête a été rejetée sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens soulevés, en application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Lefebvre, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension des décisions de retraits de point ayant entraîné l'invalidation de son permis de conduire pour solde nul ;

2°) d'ordonner la suspension de la décision référenciée " 48SI " en date du 13 juin 2024 emportant notification au requérant de l'invalidation de son permis de conduire pour solde nul.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que, d'une part, l'invalidation de son permis de conduire porte une atteinte grave et immédiate à sa situation professionnelle et familiale, ne lui permettant plus d'exercer sa profession d'agent commercial ; d'autre part, la suspension des décisions attaquées n'apparaît pas inconciliable avec les exigences de la sécurité routière et ne sont pas de nature à établir de sa part un comportement de conducteur irresponsable et dangereux, dans la mesure où il n'a jamais commis d'infractions de grand excès de vitesse, ni de conduite sous état d'ivresse entraînant une perte de six points sur le permis de conduire ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

* les décisions emportant retrait de points sont entachées d'illégalité, dès lors que le requérant n'a pas été le destinataire lors de la constatation de chacune des infractions et qu'elles n'ont pas été précédées de l'information prévue par les dispositions des articles L.223-1, L.223-3 et R.223-3 du code de la route ;

* les décisions emportant retrait de points sont illégales, dès lors qu'elles sont intervenues à la suite d'infractions dont la réalité n'est pas établie, qu'une amende forfaitaire impayée ne peut entraîner une perte de points, aucun titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée devenu définitif n'ayant été émis pour chacune de ces infractions.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2412822, enregistrée le 4 septembre 2024, par laquelle M. B demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " du 13 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. A B pour solde de points nul. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ainsi que des cinq décisions de retrait de points affectés au capital de son permis de conduire ayant entraîné l'invalidation de celui-ci.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En particulier, lorsqu'est demandée la suspension d'une décision référencée " 48 SI " du ministre de l'intérieur prononçant l'invalidité d'un permis de conduire et une injonction à ce qu'il soit restitué, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, tient compte, d'une part, de l'atteinte grave et immédiate portée notamment à l'exercice de la profession du conducteur et, d'autre part, de la gravité et du caractère répété des infractions au code de la route commises par l'intéressé sur une brève période, ainsi que des exigences de protection et de sécurité routière.

5. Pour justifier de l'urgence qu'il y a à suspendre l'exécution des décisions qu'il conteste, M. B fait valoir, d'une part, que l'invalidation de son permis de conduire porte une atteinte grave et immédiate à sa situation professionnelle et familiale, le privant d'exercer son activité professionnelle d'agent commercial qui requiert des déplacements quotidiens entre les différents biens immobiliers éloignés géographiquement les uns des autres, ainsi que des déplacements pour les activités et sorties de ses enfants et, d'autre part, que la suspension de ces décisions n'apparaît pas inconciliable avec les exigences de la sécurité routière, dès lors que les infractions n'ont pas excédées la perte de six points sur le permis de conduire caractéristique d'un comportement de conducteur irresponsable et dangereux. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'au regard de sa nécessité de se déplacer au regard de son activité professionnelle notamment, il n'établit pas qu'il ne pourrait pas satisfaire ses déplacements par un moyen de transport de substitution privé ou public. Dès lors, M. B ne saurait être regardé, en l'état, comme justifiant d'une urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'urgence, et sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe, au regard des moyens invoqués, un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées, il y a lieu de rejeter la requête de M. B, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Cergy, le 24 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.