Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413785

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413785
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision de clôture de demande de titre de séjour prise par le préfet des Hauts-de-Seine à l'encontre de Mme A, ressortissante bangladaise. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante s'étant maintenue irrégulièrement sur le territoire français depuis l'expiration de son visa en 2018. La solution retenue est fondée sur les articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 24 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Walther, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision du 16 juillet 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail pendant la durée du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors que la clôture de son dossier, qui était complet, doit être analysée comme une décision de refus de délivrance de titre de séjour ;

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle ne peut justifier de la régularité de sa situation administrative, ce qui l'expose à une mesure d'éloignement alors qu'elle remplit toutes les conditions pour la délivrance d'un titre de séjour " de plein droit " ; qu'en outre, la décision attaquée l'empêche de travailler et de subvenir aux besoins de sa famille ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle a été signée par une autorité incompétente ;

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation individuelle ;

* elle est entachée d'une erreur de fait, en ce qu'elle n'a déposé aucune autre demande de titre de séjour ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2413790, enregistrée le 24 septembre 2024, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante bangladaise née le 12 juin 1997 au Bangladesh, est entrée sur le territoire français le 29 juillet 2017, munie d'un visa long séjour valable du 25 mai 2017 au 25 mai 2018, et y réside depuis lors. Le 2 juillet 2024, Mme A a sollicité, sur la plateforme de l'Administration Numérique des Étrangers en France (ANEF), un titre de séjour en sa qualité de conjointe d'un ressortissant français. Le 16 juillet 2024, elle a été destinataire d'une décision de clôture de sa demande de titre de séjour, au motif qu'elle aurait effectué une autre demande de titre de séjour, qui serait toujours en cours d'instruction. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a clôturé sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée globalement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. En l'espèce, pour justifier de l'urgence de sa situation, Mme A fait valoir que la clôture de sa demande de titre de séjour entraîne des conséquences importantes sur sa situation personnelle, en l'exposant au risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et en la privant de la possibilité de travailler. Elle soutient également que le refus d'enregistrement de sa demande n'est pas fondé, dès lors que son dossier était complet et qu'elle remplit toutes les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante, dont le visa long séjour a expiré le 25 mai 2018, s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français depuis lors et ne justifie ni même n'allègue avoir effectué des démarches pour obtenir un titre de séjour avant le 2 juillet 2024. Elle s'est ainsi placée elle-même pendant plus de six ans dans une situation de précarité administrative l'empêchant d'exercer une activité professionnelle. Dès lors, la circonstance que la décision attaquée prive la requérante de la possibilité de travailler n'est pas de nature à caractériser la situation d'urgence dont Mme A se prévaut. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, la décision litigieuse n'apparaît pas porter une atteinte grave et immédiate à la situation de la requérante justifiant qu'il soit statué sur sa demande sans attendre le jugement de sa requête en annulation.

5. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme étant remplie. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, comme celles présentées au titre des frais liés au litige, doivent être rejetées en application de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Fait à Cergy, le 30 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé

A. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No24137852