Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414024

samedi 28 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414024
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B, ressortissant koweïtien, qui demandait d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation de prolongation d'instruction. Le juge a considéré que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant disposant d'une carte de résident valable jusqu'au 28 novembre 2024 et n'établissant pas de risque imminent de perte de droits. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 521-2 et L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que sur les articles R. 431-2 et R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Berdugo, demande à la juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'enregistrer sans délai sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation de prolongation d'instruction de sa demande ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence prévue à l'article L.521-2 du code de justice administrative est remplie dès lors que les dysfonctionnements de la plateforme ANEF et l'inaction des services préfectoraux l'empêchent de solliciter le renouvellement de son titre de séjour ; il ne peut déposer sa demande de renouvellement dans le délai prévu par les dispositions réglementaires ;

- il est porté, du fait de ces dysfonctionnements, une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à mener une vie privée et familiale en France et à la liberté fondamentale d'aller et venir dès lors que :

* il risque d'être en situation irrégulière et d'être éloigné lors d'un contrôle de police et d'être placé en situation administrative ou de perdre son emploi et d'être ainsi empêché de vivre avec sa femme et ses enfants français sur le territoire national ;

* il ne pourra se rendre dans son pays d'origine où son fils est étudiant et doit se faire voir remettre son diplôme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Edert, vice-présidente en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant koweitien né le 4 août 1965, est entré en France au mois de décembre 2011. Il a été mis en possession de plusieurs titres de séjour et en dernier lieu d'une carte de résident valable jusqu'au 28 novembre 2024. Il a tenté d'obtenir la communication d'un lien pour la réinitialisation de son mot de passe pour lui permettre de se connecter sur le site de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF) et poursuivre sa procédure de renouvellement de titre de séjour. Il a saisi la préfecture des Hauts-de-Seine de ses difficultés. Par la présente requête, M. B demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code./Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité./ En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci. ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. () ".

4. Une demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié, non seulement d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures, ainsi que d'une atteinte grave portée à la liberté fondamentale invoquée, mais encore de l'illégalité manifeste de cette atteinte.

5. M. B, ressortissant koweïtien né le 4 août 1965, s'est vu délivrer une carte de résident valable jusqu'au 28 novembre 2024. Il a perdu l'usage de sa boîte mail liée à son compte ANEF. Il a tenté d'obtenir le 27 août 2024, puis par son conseil le 13 septembre 2024 et enfin auprès des services de la préfecture les 17 et 23 septembre 2024 la communication d'un lien pour la réinitialisation de son mot de passe pour lui permettre de se connecter sur le site de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF) et poursuivre sa procédure de renouvellement de titre de séjour.

6. Toutefois, en se bornant à soutenir qu'il ne peut déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans les délais prévus par les dispositions de l'article R. 431-5 précité et à supposer qu'il puisse être regardé comme ayant sollicité, également sans succès, des services de la préfecture des Hauts-de Seine la solution de substitution prévue par les dispositions de l'article R.431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte de l'instruction que M. B est en situation régulière jusqu'au 28 novembre 2024 et qu'il n'est ni empêché de se déplacer librement, ni de mener une vie privée et familiale normale auprès de son épouse française et de leurs deux enfants. Il s'ensuit que l'absence d'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour ne porte pas atteinte de manière suffisamment grave et immédiate aux libertés qu'il invoque.

7. Il y a lieu, dans ces conditions, de faire application de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative et de rejeter la requête, y compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 28 septembre 2024

La juge des référés,

signé

S. Edert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.