Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 16 septembre 2026.#Roman Trotsenko contre Conseil de l'Union européenne.#Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine – Gel des fonds – Listes des personnes, des entités et des organismes auxquels s’applique le gel des fonds et des ressources économiques ou faisant l’objet de restrictions en matière d’admission sur le territoire des États membres – Inscription et maintien du nom du requérant sur les listes – Notion de “femmes et hommes d’affaires ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie” – Article 2, paragraphe 1, sous g), de la décision 2014/145/PESC – Article 3, paragraphe 1, sous g), du règlement (UE) no 269/2014 – Obligation de motivation – Droits de la défense – Exception d’illégalité – Erreur d’appréciation – Droit de propriété – Proportionnalité.#Affaire T-459/24.
| CELEX | 62024TJ0459 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 16 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (quatrième chambre)
16 septembre 2026 (*)
« Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine – Gel des fonds – Listes des personnes, des entités et des organismes auxquels s’applique le gel des fonds et des ressources économiques ou faisant l’objet de restrictions en matière d’admission sur le territoire des États membres – Inscription et maintien du nom du requérant sur les listes – Notion de “femmes et hommes d’affaires ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie” – Article 2, paragraphe 1, sous g), de la décision 2014/145/PESC – Article 3, paragraphe 1, sous g), du règlement (UE) no 269/2014 – Obligation de motivation – Droits de la défense – Exception d’illégalité – Erreur d’appréciation – Droit de propriété – Proportionnalité »
Dans l’affaire T‑459/24,
Roman Trotsenko, demeurant à Moscou (Russie), représenté par Me C. Zatschler, SC,
partie requérante,
contre
Conseil de l’Union européenne, représenté par Mmes M. Di Gaetano et S. Lejeune, en qualité d’agentes,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (quatrième chambre),
composé de MM. G. De Baere, président, C. Mac Eochaidh et Mme D. Jočienė (rapporteure), juges,
greffière : Mme I. Kurme, administratrice
vu la phase écrite de la procédure, notamment :
– la requête déposée au greffe du Tribunal le 3 septembre 2024,
– les mémoires en adaptation déposés au greffe du Tribunal le 25 novembre 2024, le 26 mai 2025 et le 24 novembre 2025,
à la suite de l’audience du 4 février 2026,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, le requérant, M. Roman Trotsenko, demande l’annulation des actes suivants (ci-après, pris ensemble, les « actes attaqués »), pour autant que ces actes inscrivent ou maintiennent son nom sur les listes des personnes, entités et organismes faisant l’objet de mesures restrictives qui leur sont annexées (ci‑après les « listes litigieuses ») :
– premièrement, la décision (PESC) 2024/1738 du Conseil, du 24 juin 2024, modifiant la décision 2014/145/PESC concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2024/1738), et le règlement d’exécution (UE) 2024/1746 du Conseil, du 24 juin 2024, mettant en œuvre le règlement (UE) no 269/2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2024/1746) (ci-après, pris ensemble, les « actes initiaux ») ;
– deuxièmement, la décision (PESC) 2024/2456 du Conseil, du 12 septembre 2024, modifiant la décision 2014/145/PESC concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2024/2456), et le règlement d’exécution (UE) 2024/2455 du Conseil, du 12 septembre 2024, mettant en œuvre le règlement (UE) no 269/2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2024/2455) (ci-après, pris ensemble, les « actes de septembre 2024 ») ;
– troisièmement, la décision (PESC) 2025/528 du Conseil, du 14 mars 2025, modifiant la décision 2014/145/PESC concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2025/528), et le règlement d’exécution (UE) 2025/527 du Conseil, du 14 mars 2025, mettant en œuvre le règlement (UE) no 269/2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2025/527) (ci-après, pris ensemble, les « actes de mars 2025 ») ;
– quatrièmement, la décision (PESC) 2025/1895 du Conseil, du 12 septembre 2025, modifiant la décision 2014/145/PESC concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2025/1895), et le règlement d’exécution (UE) 2025/1894 du Conseil, du 12 septembre 2025, mettant en œuvre le règlement (UE) no 269/2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2025/1894) (ci‑après, pris ensemble, les « actes de septembre 2025 »).
I. Antécédents du litige
2 La présente affaire s’inscrit dans le cadre des mesures restrictives décidées par l’Union européenne eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine.
3 Le 17 mars 2014, le Conseil de l’Union européenne a adopté, sur le fondement de l’article 29 TUE, la décision 2014/145/PESC, concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO 2014, L 78, p. 16).
4 Le même jour, le Conseil a adopté, sur le fondement de l’article 215, paragraphe 2, TFUE, le règlement (UE) no 269/2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO 2014, L 78, p. 6).
5 Le 5 juin 2023, le Conseil a adopté la décision (PESC) 2023/1094 modifiant la décision 2014/145 (JO 2023, L 146, p. 20), et le règlement (UE) 2023/1089, modifiant le règlement no 269/2014 (JO 2023, L 146, p. 1).
6 L’article 2, paragraphes 1 et 2, de la décision 2014/145, telle que modifiée, dispose :
« 1. Sont gelés tous les fonds et ressources économiques appartenant :
[…]
f) à des personnes physiques ou morales, des entités ou des organismes qui apportent un soutien matériel ou financier au gouvernement de la Fédération de Russie, qui est responsable de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine, ou qui tirent avantage de ce gouvernement ; ou
g) à des femmes et hommes d’affaires influents exerçant des activités en Russie et aux membres de leur famille proche ou à d’autres personnes physiques, qui en tirent avantage, ou à des femmes et hommes d’affaires, des personnes morales, des entités ou des organismes ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie, qui est responsable de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine ;
[…]
2. Aucun fonds ni aucune ressource économique n’est, directement ou indirectement, mis à la disposition des personnes physiques ou morales, des entités ou des organismes dont la liste figure à l’annexe, ou mis à leur profit. »
7 Les modalités de ce gel des fonds sont définies aux paragraphes suivants de l’article 2 de la décision 2014/145, telle que modifiée.
8 L’article 1er, paragraphe 1, de la décision 2014/145, telle que modifiée, proscrit l’entrée ou le passage en transit sur le territoire des États membres des personnes physiques répondant à des critères en substance identiques à ceux énoncés à l’article 2, paragraphe 1, de cette décision.
9 Le règlement no 269/2014, tel que modifié, impose l’adoption des mesures de gel de fonds et définit les modalités de ce gel en des termes identiques, en substance, à ceux de la décision 2014/145, telle que modifiée.
10 Dans ce contexte, le 24 juin 2024, le Conseil a adopté les actes initiaux par lesquels il a ajouté le nom du requérant, de nationalité russe, sur les listes litigieuses pour les motifs suivants :
« [le requérant] est un homme d’affaires influent exerçant ses activités en Russie qui a des intérêts commerciaux dans des entreprises des secteurs du minerai de fer et de l’acier, du charbon, des infrastructures et de l’énergie. [Il] est conseiller du président de la société d’État Rosneft Igor Sechin. Il est le fondateur et copropriétaire de la société d’investissement AEON Corporation et le directeur de Geopromining Investment (CYP) Limited. Les entreprises contrôlées par [le requérant], telles que Vorkutagol JSC opèrent dans des secteurs économiques constituant une source substantielle de revenus pour le gouvernement de la Fédération de Russie. En sa qualité, [le requérant] apporte donc un soutien matériel au gouvernement de la Fédération de Russie, qui est responsable de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine. »
11 Le 25 juin 2024, le Conseil a publié au Journal officiel de l’Union européenne un avis à l’attention des personnes, des entités et des organismes faisant l’objet des mesures restrictives prévues par les actes initiaux (JO C, 2024/4116).
12 Le 8 juillet 2024, le Conseil a communiqué au requérant le document portant la référence WK 2601/2023 INIT et contenant les éléments de preuve le concernant (ci-après le « premier dossier de preuves »).
13 Par lettre du 15 juillet 2024, le requérant a adressé une demande de réexamen de sa situation au Conseil.
II. Faits postérieurs à l’introduction du recours
14 Par lettre du 6 septembre 2024, le requérant a expliqué au Conseil qu’il avait achevé la cession des participations indirectes qu’il détenait auparavant dans Azot JSC et lui a demandé de retirer son nom des listes litigieuses.
15 Par les actes de septembre 2024, le Conseil a maintenu le nom du requérant sur les liste litigieuses pour les même motifs que ceux qui figuraient dans les actes initiaux (voir point 10 ci-dessus).
16 Par lettre du 13 septembre 2024, le Conseil a rejeté les demandes du requérant des 15 juillet et 6 septembre 2024 et l’a informé du maintien du nom de celui-ci sur les listes litigieuses. Il a invité le requérant à lui faire part d’éventuelles observations au plus tard le 2 novembre 2024.
17 Par lettre du 1er novembre 2024, le requérant a adressé une demande de réexamen de sa situation au Conseil.
18 Par lettre du 20 janvier 2025, le Conseil a informé le requérant qu’il avait l’intention de maintenir le nom de celui-ci sur les listes litigieuses et l’a invité à soumettre, le 3 février 2025 au plus tard, des observations sur un projet d’exposé des motifs modifié. À la demande du requérant, le Conseil a, le 22 janvier 2025, fixé au 10 février suivant la date limite pour soumettre de telles observations.
19 Par lettre du 10 février 2025, le requérant a déposé ses observations et demandé au Conseil de retirer son nom des listes litigieuses.
20 Par les actes de mars 2025, le Conseil a maintenu le nom du requérant sur les listes litigieuses. Les motifs justifiant ce maintien ont été modifiés comme suit :
« [Le requérant] est un homme d’affaires influent exerçant ses activités en Russie qui a des intérêts commerciaux dans des entreprises des secteurs du minerai de fer et de l’acier, du charbon, des infrastructures et de l’énergie, et est considéré comme l’une des personnes les plus riches de Russie. Il est un actionnaire important au sein [d’]AEON Corporation et de Vorkutagol JSC, qui opèrent dans des secteurs économiques constituant une source substantielle de revenus pour le gouvernement de la Fédération de Russie. En outre, il est un actionnaire indirect important de Group Russian Energy LLC, par sa participation dans d’autres sociétés.
Par conséquent, [le requérant] est un homme d’affaires influent exerçant des activités en Russie. De plus, du fait des activités qu’il exerce dans des secteurs économiques tels que les secteurs du minerai de fer et de l’acier, du charbon et de l’énergie, il est actif dans des secteurs économiques qui constituent une source substantielle de revenus pour le gouvernement de la Fédération de Russie. »
21 Par lettre du 17 mars 2025, le Conseil a rejeté les demandes du requérant du 1er novembre 2024 et du 10 février 2025 et l’a informé du maintien du nom de celui-ci sur les listes litigieuses. Le Conseil a invité le requérant à lui faire part d’éventuelles observations au plus tard le 2 juin 2025.
22 Par lettre du 17 avril 2025, le requérant a informé le Conseil qu’il avait achevé la cession de ses participations indirectes dans Vorkutagol et Group Russian Energy et lui a demandé de retirer son nom des listes litigieuses.
23 Le 20 mai 2025, les avocats du requérant ont demandé au Conseil de leur communiquer les informations et les éléments de preuve qui fondaient l’adoption de la décision (PESC) 2025/904 du Conseil, du 13 mai 2025, modifiant la décision 2014/145 (JO L, 2025/904) et l’adoption du règlement (UE) 2025/903 du Conseil, du 13 mai 2025, modifiant le règlement no 269/2014 (JO L, 2025/903) (ci‑après, pris ensemble, les « actes de mai 2025 »). Plus précisément, ils ont demandé au Conseil de leur communiquer les informations et les éléments de preuve qui fondaient les conclusions figurant aux considérants 2 à 5 de la décision 2025/904.
24 Par lettre du 2 juin 2025, le requérant a adressé une demande de réexamen de sa situation au Conseil.
25 Par lettre du 3 juillet 2025, le Conseil a informé le requérant de son intention de maintenir le nom de celui-ci sur les listes litigieuses, lui a transmis le document portant la référence WK 9287/25 (ci‑après le « second dossier de preuves ») et l’a invité à présenter d’éventuelles observations avant le 16 juillet suivant.
26 Le 16 juillet 2025, le requérant a présenté ses observations sur le second dossier de preuves et a demandé au Conseil de retirer son nom des listes litigieuses.
27 Le 4 août 2025, le Conseil a communiqué aux avocats du requérant les informations et les éléments de preuve qui fondaient les conclusions figurant aux considérants 2 à 5 de la décision 2025/904, à savoir document portant la référence WK 4494/2024 EXT 1 (ci‑après le « document WK 4494/2024 EXT 1 »).
28 Par les actes de septembre 2025, le Conseil a maintenu le nom du requérant sur les listes litigieuses pour les mêmes motifs que ceux qui figuraient dans les actes de mars 2025 (voir point 20 ci-dessus).
29 Le 15 septembre 2025, le Conseil a rejeté les demandes du requérant des 17 avril, 2 juin et 16 juillet 2025 et l’a informé du maintien du nom de celui-ci sur les listes litigieuses. Il a invité le requérant à lui faire part d’éventuelles observations au plus tard le 11 novembre 2025.
III. Conclusions des parties
30 Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler les actes attaqués, dans la mesure où ceux-ci le concernent ;
– condamner le Conseil aux dépens.
31 Le Conseil conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner le requérant aux dépens ;
– à titre subsidiaire, dans l’hypothèse où le Tribunal annulerait les mesures restrictives adoptées à l’encontre du requérant, ordonner, selon le cas, le maintien des effets des décisions 2024/1738, 2424/2456, 2025/528 et 2025/1895 en ce qui concerne le requérant jusqu’à ce que l’annulation partielle des règlements d’exécution 2024/1746, 2024/2455, 2025/527 et 2025/1894 prenne effet.
IV. En droit
32 Au soutien du recours, le requérant soulève six moyens.
33 Le premier moyen est tiré d’une violation des droits de la défense. Le deuxième moyen est tiré d’une violation du droit à une protection juridictionnelle effective et de l’obligation de motivation. Par son troisième moyen, le requérant soulève, sur le fondement de l’article 277 TFUE, plusieurs exceptions d’illégalité. Le quatrième moyen est tiré d’erreurs d’appréciation. Le cinquième moyen est tiré d’une violation du principe de proportionnalité et des droits fondamentaux.
34 Le sixième moyen, soulevé au soutien uniquement de la demande d’annulation des actes de mars 2025, est tiré de la violation des principes de bonne administration et de protection de la confiance légitime.
35 Il convient d’examiner d’abord le deuxième moyen, puis le premier moyen conjointement avec le sixième moyen et enfin les troisième à cinquième moyens.
A. Sur le deuxième moyen, tiré d’une violation du droit à une protection juridictionnelle effective et de l’obligation de motivation
36 Le droit à une protection juridictionnelle effective, affirmé à l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après « la Charte »), exige que l’intéressé puisse connaître les motifs sur lesquels est fondée la décision prise à son égard soit par la lecture de la décision elle-même, soit par une communication de ces motifs faite à sa demande (voir arrêts du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 100 et jurisprudence citée, et du 13 septembre 2018, Sberbank of Russia/Conseil, T‑732/14, EU:T:2018:541, point 112 et jurisprudence citée).
37 Selon une jurisprudence constante, la motivation exigée par l’article 296 TFUE doit faire apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’institution, auteur de l’acte, de manière à permettre aux intéressés de connaître les justifications des mesures prises aux fins d’en apprécier le bien-fondé et à la juridiction compétente d’exercer son contrôle (arrêts du 15 novembre 2012, Conseil/Bamba, C‑417/11 P, EU:C:2012:718, point 50, et du 22 avril 2021, Conseil/PKK, C‑46/19 P, EU:C:2021:316, point 47).
38 La motivation exigée par l’article 296 TFUE doit être adaptée à la nature de l’acte en cause et au contexte dans lequel il a été adopté. L’exigence de motivation doit être appréciée en fonction des circonstances de l’espèce, notamment du contenu de cet acte, de la nature des motifs invoqués et de l’intérêt que les destinataires ou d’autres personnes concernées directement et individuellement par ledit acte peuvent avoir à recevoir des explications. Il n’est notamment pas exigé que la motivation spécifie tous les éléments de fait et de droit pertinents, ni qu’elle réponde de manière détaillée aux considérations formulées par l’intéressé lors de sa consultation avant l’adoption du même acte, dans la mesure où le caractère suffisant d’une motivation doit être apprécié au regard non seulement de son libellé, mais aussi de son contexte ainsi que de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée (arrêts du 15 novembre 2012, Conseil/Bamba, C‑417/11 P, EU:C:2012:718, point 53, et du 22 avril 2021, Conseil/PKK, C‑46/19 P, EU:C:2021:316, point 48).
39 S’agissant d’un acte du Conseil imposant une mesure restrictive, la motivation doit identifier, outre la base juridique de cette mesure, les raisons spécifiques et concrètes pour lesquelles le Conseil considère, dans l’exercice de son pouvoir discrétionnaire d’appréciation, que l’intéressé doit faire l’objet d’une telle mesure (voir arrêt du 27 juillet 2022, RT France/Conseil, T‑125/22, EU:T:2022:483, point 105 et jurisprudence citée).
40 C’est au regard de ces principes qu’il convient d’examiner, dans un premier temps, la motivation des actes initiaux et de septembre 2024 et, dans un second temps, la motivation des actes de mars 2025 et de septembre 2025.
1. Sur les actes initiaux et de septembre 2024
41 En premier lieu, le requérant souligne que la conclusion figurant dans les motifs de l’inscription de son nom sur les listes litigieuses et du premier maintien dudit nom sur ces listes fait explicitement et uniquement référence au critère mentionné à l’article 2, paragraphe 1, sous f), de la décision 2014/145, telle que modifiée, et à l’article 3, paragraphe 1, sous f), du règlement nº 269/2014, tel que modifié [ci-après le « critère f) »]. Il en déduit que les actes initiaux et de septembre 2024 sont ambigus et ne lui permettent pas d’identifier les critères que le Conseil lui a appliqués s’il devait être considéré que son nom a également été inscrit puis maintenu sur les listes litigieuses en application de l’article 2, paragraphe 1, sous g), de ladite décision telle que modifiée, et de l’article 3, paragraphe 1, sous g), dudit règlement, tel que modifié [ci-après le « critère g) modifié »].
42 Comme cela ressort du point 6 ci‑dessus, le critère g) modifié prévoit le gel de tous les fonds et ressources économiques appartenant à des femmes et hommes d’affaires influents exerçant des activités en Russie [ci-après le « premier volet du critère g) modifié »]. Le critère g) modifié prévoit également le gel de tous les fonds et ressources économiques appartenant à des femmes et hommes d’affaires, des personnes morales, des entités ou des organismes ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie, qui est responsable de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine [ci-après le « troisième volet du critère g) modifié »].
43 Le Conseil a introduit le critère g) modifié pour les motifs suivants, qui figurent au considérant 4 de la décision 2023/1094 :
« Le Conseil a déterminé qu’il existe une relation d’intérêt et de soutien mutuels entre le gouvernement de la Fédération de Russie et les femmes et hommes d’affaires influents exerçant des activités en Russie. En particulier, le gouvernement de la Fédération de Russie permet systématiquement aux femmes et hommes d’affaires russes de premier plan d’accumuler leur richesse par l’exploitation de ressources naturelles et d’autres ressources publiques. Le Conseil estime, compte tenu de cette relation d’interdépendance entre les femmes et hommes d’affaires influents et le gouvernement de la Fédération de Russie, que les critères de désignation devraient couvrir les femmes et hommes d’affaires influents exerçant des activités dans quelque secteur économique que ce soit de la Russie. En outre, le Conseil estime qu’il convient d’élargir les critères de désignation en incluant, lorsqu’il y a lieu, d’autres femmes et hommes d’affaires ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie, afin d’accroître la pression exercée sur ce dernier pour qu’il mette un terme à sa guerre d’agression contre l’Ukraine. »
44 Pour sa part, le critère f) prévoit notamment, comme cela ressort du point 6 ci‑dessus, le gel de tous les fonds et ressources économiques appartenant à des personnes physiques qui apportent un soutien matériel ou financier au gouvernement de la Fédération de Russie.
45 En l’espèce, le nom du requérant a été inscrit puis maintenu une première fois sur les listes litigieuses au moyen des actes initiaux et de septembre 2024 pour les motifs mentionnés au point 10 ci‑dessus.
46 À cet égard, il ressort des considérants 1 à 4 des actes initiaux que la gravité de la situation en Ukraine justifiait d’adopter de nouvelles mesures restrictives et, en particulier, d’ajouter soixante-neuf personnes, dont le requérant, et quarante-sept entités responsables d’actions qui compromettent ou menacent l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine sur les listes litigieuses. S’agissant des actes de septembre 2024, le considérant 4 de la décision 2024/2456 justifie le maintien en vigueur de toutes les mesures imposées par l’Union par le fait que les actions illégales de la Fédération de Russie continuent de violer les règles fondamentales du droit international.
47 Par ailleurs, le Conseil a reproduit littéralement le premier volet du critère g) modifié dans les motifs des actes initiaux et de septembre 2024 lorsqu’il a expliqué que le requérant était « un homme d’affaires influent exerçant ses activités en Russie » en raison du fait qu’il avait des intérêts dans des entreprises des secteurs du minerai de fer et de l’acier, du charbon, des infrastructures et de l’énergie. Il a ajouté que le requérant était conseiller du président de la société d’État Rosneft Igor Sechin et qu’il était le fondateur et copropriétaire de la société d’investissement AEON Corporation et le directeur de Geopromining Investment (CYP).
48 En outre, le Conseil a reproduit littéralement la partie la plus significative du troisième volet du critère g) modifié dans les motifs des actes initiaux et de septembre 2024 lorsqu’il a précisé que les entreprises contrôlées par le requérant, telles que Vorkutagol, opéraient « dans des secteurs économiques constituant une source substantielle de revenus pour le gouvernement de la Fédération de Russie ». Ce passage est précédé de l’énumération des secteurs dans lesquels le requérant à des intérêts commerciaux, à savoir les secteurs du minerai de fer et de l’acier, du charbon, des infrastructures et de l’énergie. Ce passage est également précédé de la mention du fait que le requérant est le fondateur et copropriétaire de la société d’investissement AEON Corporation. Ainsi, il ressort clairement desdits motifs, d’une part, que le Conseil a entendu viser, notamment, AEON Corporation, parmi les entreprises qui, comme Vorkutagol, opéraient dans des secteurs économiques constituant une source substantielle de revenus pour le gouvernement russe et, d’autre part, que les secteurs économiques concernés étaient ceux du minerai de fer et de l’acier, du charbon, des infrastructures et de l’énergie.
49 Enfin, selon le Conseil, le requérant apporte un « soutien matériel au [gouvernement russe] » au sens du critère f) pour les motifs rappelés aux points 47 et 48 ci‑dessus.
50 Dès lors, la motivation des actes initiaux et de septembre 2024 est suffisamment claire et précise pour permettre au requérant de comprendre que le Conseil a entendu inscrire puis maintenir son nom sur les listes litigieuses en application des premier et troisième volets du critère g) modifié et du critère f). D’ailleurs, dans ses écritures, le requérant a été en mesure d’identifier les raisons spécifiques et concrètes qui justifiaient l’application, à sa situation, de chacun de ces volets ou critères. En outre, au regard de cette motivation, le Tribunal est en mesure d’apprécier la légalité desdits actes.
51 En deuxième lieu, le requérant n’est pas fondé à soutenir que, dans la lettre du Conseil du 13 septembre 2024 rejetant ses demandes des 15 juillet et 6 septembre 2024 (voir point 16 ci‑dessus), cette institution a modifié les motifs de l’inscription de son nom sur les listes litigieuses ou qu’il existe une incohérence entre le contenu de cette lettre et les motifs qui justifient l’adoption des actes initiaux et l’adoption des actes de septembre 2024.
52 En effet, compte tenu des appréciations effectuées aux points 42 à 50 ci‑dessus, il importe de constater que, dans sa lettre au requérant du 13 septembre 2024, le Conseil a uniquement formulé une explication qui ressortait déjà clairement de l’exposé des motifs des actes initiaux lorsqu’il a indiqué au requérant que le nom de celui-ci figurait sur les listes litigieuses sur fondement à la fois du critère f) et du critère g) modifié.
53 En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le Conseil a, dans sa lettre du 13 septembre 2024, fourni les raisons spécifiques et concrètes pour lesquelles, malgré les arguments avancés et les preuves produites à l’appui de la demande de réexamen du requérant du 15 juillet 2024, il avait décidé, au moyen des actes de septembre 2024, de maintenir le nom de celui-ci sur les listes litigieuses pour les mêmes motifs que ceux qui figuraient dans les actes initiaux.
54 En effet, dans sa lettre du 13 septembre 2024, le Conseil a relevé que le requérant reconnaissait détenir (au moins) des participations minoritaires d’une certaine ampleur dans AEON Corporation et dans Vorkutagol. Il y a ajouté que les critères f) et g) n’exigeaient pas un contrôle des entreprises qui opéraient dans des secteurs économiques constituant une source substantielle de revenus pour le gouvernement russe. À cet égard, il a expliqué que les participations détenues par le requérant étaient suffisantes pour qu’il soit considéré comme actif dans le secteur de l’énergie et du charbon, à savoir un secteur économique constituant une source substantielle de revenus pour le gouvernement russe.
55 Par conséquent, le Conseil n’a pas violé son obligation de motivation ni le droit du requérant à une protection juridictionnelle effective lorsqu’il a adopté les actes initiaux puis les actes de septembre 2024. Il en va d’autant plus ainsi s’agissant des actes de septembre 2024 que, à la date du dépôt du mémoire en adaptation visant ces derniers actes, à savoir le 25 novembre 2024, le requérant avait déjà été destinataire de la lettre du Conseil du 13 septembre 2024.
2. Sur les actes de mars et de septembre 2025
56 Le requérant soutient que les motifs des actes de mars et de septembre 2025 sont rédigés d’une manière vague et imprécise en ce qui concerne les participations qu’il détient et les secteurs économiques concernés. Par ailleurs, ces actes ne permettraient pas de comprendre quelles appréciations factuelles sont attribuables aux différents volets du critère g) modifié.
57 Il importe de relever que le Conseil a maintenu le nom du requérant sur les listes litigieuses au moyen des actes de mars et de septembre 2025 pour les motifs mentionnés au point 20 ci‑dessus.
58 À cet égard, il ressort des actes de mars et de septembre 2025 que le nom du requérant a été maintenu sur les listes litigieuses au titre du premier volet du critère g) modifié au motif qu’il était un homme d’affaires influent exerçant ses activités en Russie en raison de ses intérêts commerciaux dans des entreprises des secteurs du minerai de fer et de l’acier, du charbon, des infrastructures et de l’énergie, du fait qu’il était considéré comme l’une des personnes les plus riches de Russie et du fait qu’il était un actionnaire important au sein d’AEON Corporation, de Vorkutagol et un actionnaire indirect important de Group Russian Energy.
59 Il ressort également des actes de mars et de septembre 2025 que le nom du requérant a été maintenu sur les listes litigieuses au titre du troisième volet du critère g) modifié au motif que, en raison de ses intérêts commerciaux dans plusieurs entreprises et, en particulier, de l’importance de ses participations directes ou indirectes dans AEON Corporation, Vorkutagol et Group Russian Energy, il était un homme d’affaires qui a des activités dans des secteurs économiques constituant une source substantielle de revenus pour le gouvernement russe tels que les secteurs du minerai de fer et de l’acier, du charbon et de l’énergie. Par ailleurs, à la lecture des motifs des actes de mars et de septembre 2025, il est clair que les secteurs qui constituaient une « source substantielle de revenus pour [ledit gouvernement] » au sens du troisième volet du critère g) modifié comprenaient également le secteur des infrastructures étant donné, d’une part, que le Conseil utilise les termes « tels que » pour décrire les secteurs en question et, d’autre part, que le secteur des infrastructures est mentionné dans la première phrase des motifs desdits actes.
60 Ainsi, les motifs des actes de mars et de septembre 2025 permettent d’identifier quelles appréciations factuelles sont attribuables aux différents volets du critère g) modifié. Par ailleurs, ces motifs identifient avec la clarté nécessaire les secteurs économiques dans lesquels le requérant avait une activité et qui, selon le Conseil, fournissaient une source substantielle de revenus au gouvernement russe. Enfin, les expressions « actionnaire important » ou « actionnaire indirect important » sont suffisamment précises et signifient que les participations directes ou indirectes du requérant dans les sociétés identifiées dans lesdits motifs, atteignaient un niveau que le Conseil jugeait grand ou dont les effets ou l’influence étaient grands.
61 Dès lors, la motivation des actes de mars et de septembre 2025 est suffisamment claire et précise pour permettre au requérant de comprendre les raisons spécifiques et concrètes pour lesquelles son nom a été maintenu sur les listes litigieuses en application des premier et troisième volets du critère g) modifié. En outre, au regard de cette motivation, le Tribunal est en mesure de contrôler la légalité desdits actes.
62 Par conséquent, le Conseil n’a pas violé son obligation de motivation ni le droit du requérant à une protection juridictionnelle effective lorsqu’il a adopté les actes de mars et de septembre 2025.
63 Il convient donc d’écarter le deuxième moyen dans son ensemble.
B. Sur le premier moyen, tiré d’une violation des droits de la défense, et sur le sixième moyen, tiré d’une violation des principes de bonne administration et de protection de la confiance légitime
64 Par son premier moyen, le requérant soulève une violation de ses droits de la défense en ce qui concerne l’ensemble des actes attaqués. Au soutien de ses conclusions en annulation des actes de mars 2025, le requérant soulève un sixième moyen, tiré d’une violation des principes de bonne administration et de protection de la confiance légitime.
1. Sur les actes initiaux
65 Le requérant soutient que le Conseil a violé ses droits de la défense au motif que ce dernier lui a accordé un délai de seulement cinq jours ouvrables, expirant le 15 juillet 2024, pour examiner et présenter ses observations sur le premier dossier de preuves, qui lui avait été communiqué le 8 juillet 2024.
66 Le respect des droits de la défense comporte notamment le droit d’être entendu et le droit d’accéder au dossier dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité, qui sont consacrés à l’article 41, paragraphe 2, sous a) et b), de la Charte (voir, en ce sens, arrêt du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 99 et jurisprudence citée).
67 L’article 52, paragraphe 1, de la Charte admet toutefois des limitations à l’exercice des droits consacrés par celle-ci, pour autant que la limitation concernée respecte le contenu essentiel du droit fondamental en cause et que, dans le respect du principe de proportionnalité, elle soit nécessaire et réponde effectivement à des objectifs d’intérêt général reconnus par l’Union (voir arrêt du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 101 et jurisprudence citée).
68 L’existence d’une violation des droits de la défense doit être appréciée en fonction des circonstances spécifiques de chaque cas d’espèce, notamment de la nature de l’acte en cause, du contexte de son adoption et des règles juridiques régissant la matière concernée (voir arrêt du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 102 et jurisprudence citée).
69 Dans le cadre d’une procédure portant sur l’adoption de la décision d’inscrire ou de maintenir le nom d’une personne sur une liste figurant à l’annexe d’un acte portant mesures restrictives, le respect des droits de la défense exige que l’autorité compétente de l’Union communique à la personne concernée les éléments dont elle dispose à l’encontre de ladite personne pour fonder sa décision, afin que cette personne puisse défendre ses droits dans les meilleures conditions possibles. En outre, lors de cette communication, l’autorité compétente de l’Union doit permettre à cette personne de faire connaître utilement son point de vue en ce qui concerne les motifs retenus contre elle (voir, en ce sens, arrêts du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, points 111 et 112, et du 12 décembre 2006, Organisation des Modjahedines du peuple d’Iran/Conseil, T‑228/02, EU:T:2006:384, point 93).
70 Cependant, s’agissant d’un premier acte par lequel les fonds d’une personne ou d’une entité sont gelés, le Conseil n’est pas tenu de communiquer au préalable à la personne ou à l’entité concernée les motifs sur lesquels il entend fonder l’inscription initiale de son nom sur la liste des personnes et entités dont les fonds sont gelés. En effet, une telle mesure, afin de ne pas compromettre son efficacité, doit, par sa nature même, pouvoir bénéficier d’un effet de surprise et s’appliquer immédiatement. Dans un tel cas, il suffit, en principe, que l’institution procède à la communication des motifs à la personne ou à l’entité concernée et ouvre le droit à être entendue de celle-ci concomitamment à l’adoption de la décision de gel des fonds ou immédiatement après celle-ci (voir, en ce sens, arrêts du 21 décembre 2011, France/People’s Mojahedin Organization of Iran, C‑27/09 P, EU:C:2011:853, point 61, et du 12 mai 2022, Boshab/Conseil, C‑242/21 P, non publié, EU:C:2022:375, point 59).
71 En l’espèce, en premier lieu, le Conseil a inscrit le nom du requérant sur les listes litigieuses le 24 juin 2024 et a informé le requérant des motifs de ladite inscription le 25 juin suivant (voir points 10 et 11 ci‑dessus).
72 Comme cela ressort de l’examen du deuxième moyen soulevé par le requérant (voir points 45 à 50 ci-dessus), la motivation des actes initiaux a permis au requérant de comprendre les raisons spécifiques et concrètes pour lesquelles son nom avait été inscrit sur les listes litigieuses.
73 Ainsi, dès le 25 juin 2024, le requérant a été mis en mesure de préparer sa défense et, notamment, de réunir des éléments qui, selon lui, étaient susceptibles de démontrer le caractère erroné des appréciations effectuées par le Conseil.
74 Ce constat est corroboré par le fait que, le 27 juin 2024, le requérant a demandé au Conseil, d’une part, de lui fournir les éléments de preuve justifiant l’inscription de son nom sur les listes litigieuses et, d’autre part, de proroger le délai, initialement fixé au 2 juillet 2024 par l’avis mentionné au point 11 ci‑dessus, pour déposer une demande de réexamen.
75 Ce constat est également corroboré par d’autres éléments du dossier soumis au Tribunal dont il ressort que, après avoir pris connaissance de l’exposé des motifs des actes initiaux, le requérant a sollicité l’avis juridique d’un cabinet d’audit et de conseil russe (ci-après l’« avis juridique du 15 juillet 2024 ») sur la base d’extraits du registre national unifié russe des personnes morales datés du 3 juillet 2024 ou d’extraits du registre des actionnaires datés du 26 juin 2024 ou du 28 juin 2024. Ces extraits concernaient des sociétés dont le nom était mentionné dans l’exposé des motifs ou bien des sociétés liées à ces premières sociétés.
76 En second lieu, le 2 juillet 2024, le Conseil a prorogé le délai accordé au requérant pour déposer une demande de réexamen au 15 juillet 2024. En outre, par lettre du 8 juillet 2024, le Conseil a communiqué au requérant le premier dossier de preuves (voir point 12 ci‑dessus).
77 C’est dans ces circonstances que, le 15 juillet 2024, le requérant a introduit une demande de réexamen de sa situation auprès du Conseil (voir point 13 ci‑dessus).
78 À cet égard, il importe de souligner que la lecture et l’analyse du contenu du premier dossier de preuves, communiqué le 8 juillet 2024, pouvaient être effectuées rapidement par le requérant.
79 En effet, le premier dossier de preuves n’était pas très volumineux. Ce dossier comptait 47 pages et était décomposé en douze annexes précédées d’un bref résumé. Ces annexes consistaient en douze articles de presse ou extraits de sites Internet. La quasi-totalité des articles de presse ou des extraits de site Internet étaient brefs et accompagnés de photos ou de graphiques.
80 Par conséquent, eu égard au contenu de l’exposé des motifs communiqué au requérant le 25 juin 2024 et au contenu du premier dossier de preuves communiqué au requérant le 8 juillet 2024, il y a lieu de considérer que le délai imparti par le Conseil au requérant était suffisant pour permettre à ce dernier de faire connaître utilement son point de vue.
81 Le Conseil n’a donc pas méconnu les droits de la défense du requérant lors de l’adoption des actes initiaux.
2. Sur les actes de septembre 2024
82 Le requérant soutient que le Conseil a violé ses droits de la défense et violé l’obligation de procéder à un réexamen approprié des actes initiaux, prévue à l’article 3, paragraphe 3, de la décision 2014/145, telle que modifiée, et à l’article 14, paragraphe 2, du règlement no 269/2014 tel que modifié, lors de l’adoption des actes de septembre 2024. En effet, le requérant estime avoir fourni des preuves exhaustives qui démontraient que les informations mentionnées dans l’exposé des motifs des actes initiaux étaient fausses ou obsolètes. Or les motifs des actes de septembre 2024 seraient restés identiques.
83 Il importe de rappeler que, lorsque le Conseil maintient le nom d’une personne sur la liste figurant à l’annexe d’un acte portant mesures restrictives, il doit communiquer à la personne concernée les motifs et les éléments dont il dispose à l’encontre de celle-ci pour fonder sa décision et doit lui permettre de faire connaître utilement son point de vue à l’égard desdits motifs (voir point 69 ci-dessus).
84 Aux termes de l’article 3, paragraphe 3, de la décision 2014/145, telle que modifiée, et de l’article 14, paragraphe 3, du règlement no 269/2014, tel que modifié, si des observations sont formulées ou si de nouveaux éléments de preuve substantiels sont présentés, le Conseil revoit sa décision et en informe la personne, l’entité ou l’organisme concerné en conséquence.
85 Ainsi, lorsque des observations sont formulées par la personne concernée au sujet de l’exposé des motifs, l’autorité compétente de l’Union a l’obligation d’examiner, avec soin et impartialité, le bien-fondé des motifs allégués, à la lumière de ces observations et des éventuels éléments à décharge joints à celles-ci (arrêt du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 114).
86 En l’espèce, en premier lieu, le requérant soutient que le délai de cinq jours ouvrables dont il a disposé pour formuler ses observations après avoir reçu le premier dossier de preuves méconnaît ses droits de la défense afférents à l’adoption des actes initiaux. Ainsi, le requérant ne soutient pas ou ne soutient pas clairement que ce délai méconnaît ses droits de la défense afférents à l’adoption des actes de septembre 2024.
87 En tout état de cause, il ressort des points 71 à 80 ci-dessus que le requérant a disposé d’un délai suffisant pour faire connaître utilement son point de vue préalablement à l’adoption des actes de septembre 2024.
88 En deuxième lieu, le contenu de la lettre du Conseil du 13 septembre 2024, rappelé au point 54 ci‑dessus, démontre que ce dernier a examiné avec soin les observations contenues dans la demande de réexamen que le requérant lui avait adressée le 15 juillet 2024.
89 Il importe de rappeler à cet égard que, si le respect des droits de la défense et du droit d’être entendu exige que les institutions de l’Union permettent à la personne visée par un acte faisant grief de faire connaître utilement son point de vue, il ne peut leur imposer d’adhérer à celui-ci (arrêts du 7 juillet 2017, Arbuzov/Conseil, T‑221/15, non publié, EU:T:2017:478, point 84, et du 27 septembre 2018, Ezz e.a./Conseil, T‑288/15, EU:T:2018:619, point 330).
90 En troisième lieu, s’agissant des observations contenues dans la demande adressée par le requérant au Conseil le 6 septembre 2024 (voir point 14 ci‑dessus), il convient de souligner que lesdites observations ont été soumises quelques jours seulement avant l’expiration de l’applicabilité des actes initiaux, prévue le 15 septembre 2024, et donc à une date à laquelle le Conseil n’était plus en mesure d’en apprécier, avec toute l’attention requise, la pertinence pour le contenu des actes de septembre 2024 (voir, par analogie, arrêt du 4 septembre 2024, Shamalov/Conseil, T‑651/22, non publié, EU:T:2024:576, point 134).
91 Ainsi, le requérant n’a pas formulé les observations contenues dans sa demande du 6 septembre 2024 en temps utile pour permettre au Conseil de les examiner dans le respect de ses obligations procédurales. D’ailleurs les droits de la défense du requérant restaient garantis par le caractère périodique du réexamen de sa situation effectué par le Conseil.
92 Le Conseil n’a donc pas méconnu les droits de la défense du requérant lors de l’adoption des actes de septembre 2024.
3. Sur les actes de mars 2025
93 Dans le cadre de son premier moyen, le requérant fait valoir que le Conseil n’a pas tenu compte des preuves qu’il avait produites le 10 février 2025 (voir point 19 ci‑dessus) afin de démontrer la cession de la totalité de ses participations dans AEON Corporation et dans Vorkutagol, y compris Group Russian Energy, et ainsi justifier la demande de retrait de son nom des listes litigieuses. Il ajoute avoir transmis ces preuves dans le délai fixé par le Conseil.
94 Dans le cadre de son sixième moyen, le requérant soutient que le Conseil a méconnu les principes de bonne administration et de protection de la confiance légitime. Selon lui, le Conseil n’a pas pris en considération les observations contenues dans la demande qu’il avait présentée le 10 février 2025 malgré le fait que, le 22 janvier 2025, cette institution lui avait expressément confirmé que le 10 février 2025 était la date à laquelle il devait présenter des observations pour s’assurer qu’elles soient prises en considération (voir point 18 ci‑dessus).
95 En premier lieu, d’une part, comme cela ressort des points 17 et 19 ci‑dessus, le requérant a, le 1er novembre 2024, adressé une demande de réexamen de sa situation au Conseil et, le 10 février 2025, formulé ses observations sur un projet d’exposé des motifs modifié et demandé le retrait de son nom des listes litigieuses.
96 Dès lors, la procédure suivie en l’espèce, ainsi que le contenu de la demande de réexamen adressée par le requérant le 1er novembre 2024 et des observations formulées par ce dernier le 10 février 2025 démontrent que le requérant a été en mesure de faire connaître son point de vue préalablement à l’adoption des actes de mars 2025.
97 D’autre part, dans sa lettre au requérant du 17 mars 2025 (voir point 21 ci‑dessus), le Conseil a analysé d’une manière approfondie les arguments avancés et les documents produits par ledit requérant dans sa demande de réexamen du 1er novembre 2024. Par ailleurs, le Conseil y a répondu d’une manière détaillée, notamment par référence aux mémoires qu’il avait déposés devant le Tribunal dans la présente affaire.
98 S’agissant de l’examen des observations formulées par le requérant le 10 février 2025 et des cessions alléguées par le requérant dans la demande de retrait de son nom des listes litigieuses du même jour, il importe de relever que, selon une jurisprudence constante, le seul fait que le Conseil n’a pas conclu à l’absence de bien‑fondé de la prorogation de l’imposition de mesures restrictives contre des personnes, ni même jugé utile de procéder à des vérifications au vu des observations présentées par elles, ne saurait impliquer que de telles observations n’ont pas été prises en compte (voir, en ce sens, arrêts du 27 septembre 2018, Ezz e.a./Conseil, T‑288/15, EU:T:2018:619, point 331, et du 15 septembre 2021, Ilunga Luyoyo/Conseil, T‑101/20, non publié, EU:T:2021:575, point 104).
99 Le Conseil n’est pas tenu de répondre point par point aux observations et aux documents transmis (voir, en ce sens, arrêt du 23 octobre 2008, People’s Mojahedin Organization of Iran/Conseil, T‑256/07, EU:T:2008:461, point 95).
100 Dans sa lettre du 17 mars 2025, le Conseil a relevé que les deux procédures de cession alléguées par le requérant dans les observations qu’il avait formulées le 10 février 2025 avaient supposément eu lieu très récemment. Il a également constaté que, au moins en ce qui concernait Vorkutagol, la procédure de cession devait encore être achevée.
101 Le Conseil a ajouté que, selon la jurisprudence du Tribunal, au vu du critère g), la notion de « femme et homme d’affaires influent » se réfère à des éléments factuels qui s’inscrivent à la fois dans le passé et dans la durée et que, dès lors, même à supposer que les motifs d’inscription du nom du requérant sur les listes litigieuses se réfèrent à une situation factuelle qui existait avant l’adoption des actes initiaux et qui aurait été modifiée peu de temps avant cette date, ce fait n’impliquerait pas nécessairement l’obsolescence des mesures restrictives adoptées à son égard par lesdits actes. À cet égard, le Conseil s’est référé au point 75 de l’arrêt du 22 janvier 2025, Melnichenko/Conseil (T‑271/22, non publié, sous pourvoi, EU:T:2025:47).
102 Ainsi, il ressort de la lettre du 17 mars 2025 que le Conseil a pris en compte les cessions, alléguées par le requérant, de ses participations dans AEON Corporation et dans Vorkutagol et qu’il a considéré que ces cessions n’étaient pas de nature à faire obstacle au maintien du nom de celui-ci sur les listes litigieuses.
103 En outre, dans sa lettre du 17 mars 2025, le Conseil a pris en compte et répondu aux observations présentées par le requérant à titre subsidiaire et relatives, d’abord, au caractère insuffisant de ses participations dans AEON Corporation et dans Vorkutagol aux fins de l’application du critère g) modifié, ensuite, à son implication dans les secteurs de l’énergie, du minerai de fer et de l’acier et, enfin, au prétendu caractère non pertinent de sa richesse pour conclure qu’il est un homme d’affaires influent.
104 Par conséquent, le fait que, dans sa lettre du 17 mars 2025, le Conseil a indiqué qu’il avait besoin de plus de temps pour procéder à des appréciations et vérifications au vu de la nature particulièrement substantielle des observations formulées par le requérant le 10 février 2025 et relatives aux participations de ce dernier dans AEON Corporation et Vorkutagol ne peut pas être interprété en ce sens qu’il n’a pas tenu compte de telles observations. En effet, le Conseil a procédé à un examen suffisant desdites observations et considéré que certaines informations contenues dans ces observations permettaient de justifier le maintien du nom du requérant sur les listes litigieuses (voir points 100 à 102 ci‑dessus).
105 L’argumentation du requérant tirée d’une violation de ses droits de la défense et du principe de bonne administration doit donc être rejetée.
106 En second lieu, le droit de se prévaloir du principe de protection de la confiance légitime s’étend à tout justiciable à l’égard duquel une institution de l’Union a fait naître des espérances fondées du fait d’assurances précises qu’elle lui aurait fournies. Toutefois, lorsqu’un opérateur économique prudent et avisé est en mesure de prévoir l’adoption d’une mesure de l’Union de nature à affecter ses intérêts, il ne saurait invoquer le bénéfice de ce principe lorsque cette mesure est adoptée (voir arrêt du 20 novembre 2024, Uss/Conseil, T‑571/23, non publié, EU:T:2024:839, point 87 et jurisprudence citée).
107 En l’espèce, le requérant avait uniquement l’assurance que le Conseil examinerait les observations qu’il avait formulées le 10 février 2025 dans le respect de ses droits de la défense. Par ailleurs, ainsi que cela ressort des points 100 à 105 ci‑dessus, le Conseil a pris en considération lesdites observations et procédé à un examen suffisant de celles-ci au regard de son obligation de respecter les droits de la défense dudit requérant ainsi que le principe de bonne administration.
108 Ainsi, le fait que le Conseil a expliqué qu’il avait besoin de plus de temps pour apprécier et vérifier les informations fournies par le requérant ne permet pas de conclure que cette institution a méconnu le principe de protection de la confiance légitime.
109 Le requérant soutient, par ailleurs, que le Conseil aurait dû prendre en compte les informations relatives à la cession de ses participations en radiant son nom des listes litigieuses en dehors du cycle semestriel de réexamen que ladite institution a décidé de suivre de manière générale.
110 L’argument visé au point 109 ci-dessus est toutefois fondé sur la prémisse erronée selon laquelle un examen approfondi des informations fournies par le requérant aurait nécessairement conduit le Conseil à radier son nom des listes litigieuses (voir point 89 ci‑dessus).
111 Par ailleurs, dans ses observations sur le mémoire en adaptation déposé par le requérant le 26 mai 2025, le Conseil a expliqué, en substance, que les informations fournies par le requérant le 10 février 2025 au soutien de ses allégations relatives à la cession de ses participations, notamment dans AEON Corporation, ne démontraient pas qu’il avait commis une erreur d’appréciation en maintenant le nom de celui-ci sur les listes litigieuses. Le Conseil a donc nécessairement considéré, à la suite d’un examen approfondi de l’ensemble desdites informations qu’il n’était pas justifié qu’il reconsidère sa position avant l’expiration des actes de mars 2025, prévue le 15 septembre 2025.
112 Le Conseil n’a donc pas méconnu les droits de la défense du requérant, ni les principes de bonne administration et de protection de la confiance légitime lors de l’adoption des actes de mars 2025.
4. Sur les actes de septembre 2025
113 Le requérant soutient que le Conseil n’a pas procédé à un examen approprié des arguments qu’il avait avancés et des éléments de preuve qu’il avait produits avant l’adoption des actes de septembre 2025. Par ailleurs, il fait valoir que, avant ladite adoption, le Conseil ne lui a pas communiqué les éléments additionnels qui concernaient Aeon Mining LLC et qui étaient mentionnés dans la note en bas de page no 2 de sa lettre du 15 septembre 2025 (voir point 29 ci‑dessus). Enfin, il reproche, en substance, au Conseil de ne pas lui avoir communiqué le document WK 4494/2024 EXT 1 (voir point 27 ci‑dessus) de la même manière que le second dossier de preuves (voir point 25 ci‑dessus).
114 À cet égard, premièrement, il convient de rappeler que, le 17 avril 2025, le requérant a informé le Conseil qu’il avait achevé la cession de ses participations indirectes dans Vorkutagol et Group Russian Energy et demandé le retrait de son nom des listes litigieuses (voir point 22 ci‑dessus). Le 2 juin 2025, le requérant a adressé une demande de réexamen de sa situation au Conseil (voir point 24 ci‑dessus). Enfin, le 16 juillet 2025, il a présenté ses observations sur le second dossier de preuves et demandé, une nouvelle fois, le retrait de son nom desdites listes (voir point 26 ci‑dessus).
115 Par lettre du 15 septembre 2025, le Conseil a expliqué que, malgré les arguments avancés et les éléments produits par le requérant dans ses demandes des 17 avril, 2 juin et 16 juillet 2025, il avait décidé de maintenir le nom de celui-ci sur les listes litigieuses au moyen des actes de septembre 2025. Pour parvenir à cette conclusion, le Conseil a fait référence aux écritures qu’il avait déposées dans la présente affaire. Par ailleurs, il a expliqué que les différentes pièces contenues dans le second dossier de preuves justifiaient un tel maintien.
116 Ainsi, préalablement à l’adoption des actes de septembre 2025, le requérant a été en mesure de faire connaître utilement son point de vue et, notamment, sur l’intention du Conseil de maintenir son nom sur les listes litigieuses ainsi que sur les éléments de preuve pertinents contenus dans le second dossier de preuves, qui s’ajoutaient au contenu du premier dossier de preuves. Par ailleurs, dans sa lettre au requérant du 15 septembre 2025, le Conseil a procédé à un examen approprié des arguments avancés et des éléments de preuve produits par le requérant préalablement à l’adoption des actes de septembre 2025.
117 Deuxièmement, s’agissant du document WK 4494/2024 EXT 1, il importe de souligner qu’il a pour objet de constituer des preuves à l’appui sur la disponibilité et la fiabilité des données commerciales russes. Ce document, daté du 17 juillet 2025, constitue un extrait d’un précédent document de travail qui avait été distribué notamment au groupe des conseillers pour les relations extérieures le 22 mars 2024 et qui avait été établi à l’appui de l’intention du Conseil d’adopter les actes de mai 2025. En revanche, le document WK 4494/2024 EXT 1 ne contient aucun élément relatif à la situation individuelle du requérant ou à l’inscription du nom de celui-ci sur les listes litigieuses. En outre, les actes de mai 2025 s’appliquent à l’ensemble des personnes dont les noms sont susceptibles d’être inscrits ou maintenus sur les listes litigieuses en qualité de « femmes ou hommes d’affaires influents exerçant des activités en Russie » et qui sont susceptibles de prétendre avoir transféré la propriété, le contrôle ou l’avantage économique de leurs intérêts commerciaux le 24 février 2022 ou après cette date. Ainsi, et comme l’ont confirmé les parties lors de l’audience, les actes de mai 2025 constituent des actes de portée générale.
118 Or le droit d’être entendu dans le contexte d’une procédure administrative visant une personne spécifique, qui doit être respecté même en l’absence de toute réglementation concernant la procédure, ne saurait être transposé dans le contexte de la procédure prévue à l’article 29 TUE et de celle prévue à l’article 215 TFUE conduisant, comme dans le cas d’espèce, à l’adoption de mesures de portée générale (voir, en ce sens, arrêt du 13 septembre 2023, Venezuela/Conseil, T‑65/18 RENV, EU:T:2023:529, point 39).
119 Par ailleurs, en l’espèce, le Conseil a transmis le document WK 4494/2024 EXT 1 au requérant avant l’adoption des actes de septembre 2025 et, dans le cadre de sa demande d’annulation de ces actes, ce dernier a été en mesure de soulever une exception d’illégalité de certaines dispositions des actes de mai 2025 devant le Tribunal.
120 Le fait, allégué par le requérant, que le Conseil ne lui a pas transmis le document WK 4494/2024 EXT 1 de la même manière que le second dossier de preuves ne méconnaît donc pas ses droits de la défense.
121 Troisièmement, s’agissant des éléments de preuve mentionnés dans la note en bas de page no 2 de la lettre du Conseil du 15 septembre 2025 au sujet d’Aeon Mining, le requérant ne conteste pas qu’ils contiennent des informations semblables voire identiques à celles qui figurent dans les pièces nos 4 et 5 du second dossier de preuves qui lui a été communiqué régulièrement le 3 juillet 2025. Ces éléments de preuve additionnels visaient uniquement à démontrer, en réponse à un argument avancé dans la demande du requérant du 16 juillet 2025, que les informations contenues dans les pièces nos 4 et 5 du second dossier de preuves étaient corroborées par d’autres sources. Ainsi, le Conseil n’a pas méconnu les droits de la défense du requérant lorsqu’il a mentionné lesdits éléments de preuve additionnels postérieurement à l’adoption des actes de septembre 2025, à savoir dans sa lettre du 15 septembre 2025.
122 Quatrièmement, le fait que le requérant aurait démontré que son implication dans Aeon Mining était dépourvue de pertinence ne permet pas de conclure que le Conseil s’est abstenu de procéder à un examen approprié des arguments avancés et des éléments produits par le requérant (voir points 89 et 99 ci‑dessus).
123 Le Conseil n’a donc pas méconnu les droits de la défense du requérant lors de l’adoption des actes de septembre 2025.
124 Compte tenu de ce qui précède, le premier moyen est rejeté dans son ensemble. Le sixième moyen est également rejeté.
C. Sur le troisième moyen, tiré d’exceptions d’illégalité
125 Le requérant invoque, sur le fondement de l’article 277 TFUE, l’illégalité des premier et troisième volets du critère g) modifié. Dans les deuxième et troisième mémoires en adaptation, visant respectivement à l’annulation des actes de mars 2025 et à l’annulation des actes de septembre 2025, le requérant demande également au Tribunal de déclarer que l’article 1er, paragraphe 1, sous e), de la décision 2014/145, telle que modifiée, lui est inapplicable. Enfin, dans son troisième mémoire en adaptation, visant à l’annulation des actes de septembre 2025, le requérant invoque également l’illégalité de l’article 2 ter de ladite décision, telle que modifiée par la décision 2025/904, et de l’article 3, paragraphe 1 ter, du règlement no 269/2014, tel que modifié par le règlement 2025/903.
126 Il convient d’examiner tout d’abord la légalité du troisième volet du critère g) modifié.
127 Selon l’article 277 TFUE, toute partie peut, à l’occasion d’un litige mettant en cause un acte de portée générale adopté par une institution, un organe ou un organisme de l’Union, se prévaloir des moyens prévus à l’article 263, deuxième alinéa, TFUE pour invoquer devant la Cour de justice de l’Union européenne l’inapplicabilité de cet acte.
128 L’article 277 TFUE constitue l’expression d’un principe général assurant à toute partie le droit de contester, par voie incidente, en vue d’obtenir l’annulation d’un acte contre lequel elle peut former un recours, la validité des actes institutionnels antérieurs, qui constituent la base juridique de l’acte attaqué, si cette partie ne disposait pas du droit d’introduire, en vertu de l’article 263 TFUE, un recours direct contre ces actes, dont elle subit ainsi les conséquences sans avoir été en mesure d’en demander l’annulation (voir arrêt du 17 février 2017, Islamic Republic of Iran Shipping Lines e.a./Conseil, T‑14/14 et T‑87/14, EU:T:2017:102, point 55 et jurisprudence citée).
129 En outre, il convient de rappeler que le Conseil dispose d’un large pouvoir d’appréciation en ce qui concerne la définition générale et abstraite des critères juridiques et des modalités d’adoption des mesures restrictives. Par conséquent, les règles de portée générale définissant ces critères et ces modalités font l’objet d’un contrôle juridictionnel restreint, se limitant à la vérification du respect des règles de procédure et de motivation, de l’exactitude matérielle des faits, de l’absence d’erreur de droit ainsi que de l’absence d’erreur manifeste dans l’appréciation des faits et de détournement de pouvoir (voir, en ce sens, arrêt du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 35).
130 C’est à l’aune de ces considérations qu’il convient d’examiner l’exception d’illégalité soulevée par le requérant en ce qu’elle concerne le troisième volet du critère g) modifié.
131 En substance, le requérant invoque une violation de l’article 215 TFUE en raison de l’absence de lien suffisant entre, d’une part, les personnes dont le nom est inscrit sur les listes litigieuses au titre du troisième volet du critère g) modifié et, d’autre part, la Fédération de Russie ou la situation combattue. Il ajoute que le troisième volet du critère g) modifié doit être interprété en ce sens qu’il exige que le Conseil démontre, dans chaque cas individuel, que l’inscription du nom d’une personne sur lesdites listes est susceptible d’accroître la pression sur la Fédération de Russie et d’augmenter le coût de ses actions. En effet, toute autre interprétation rendrait ce volet illégal.
132 Le requérant soutient également que le troisième volet du critère g) modifié viole les principes de prévisibilité et de sécurité juridique ainsi que le principe de proportionnalité.
133 En premier lieu, il importe de souligner que l’article 215, paragraphe 2, TFUE prévoit la possibilité pour le Conseil d’adopter des mesures restrictives non seulement contre les dirigeants d’un pays tiers et les personnes ou entités associées à ceux-ci ou contrôlées directement ou indirectement par eux, mais également contre des personnes et des entités n’ayant aucun lien avec le régime dirigeant d’un tel pays (voir, en ce sens, arrêts du 3 septembre 2008, Kadi et Al Barakaat International Foundation/Conseil et Commission, C‑402/05 P et C‑415/05 P, EU:C:2008:461, points 166 et 216 ; du 13 mars 2012, Tay Za/Conseil, C‑376/10 P, EU:C:2012:138, points 63 et 64, et du 19 juillet 2012, Parlement/Conseil, C‑130/10, EU:C:2012:472, points 51 à 53 et 73).
134 S’agissant des personnes et des entités n’ayant aucun lien avec le régime dirigeant d’un pays tiers, les critères d’inscription prévus dans une décision adoptée sur le fondement de l’article 29 TUE et reproduits dans un règlement adopté sur le fondement de l’article 215, paragraphe 2, TFUE, doivent cibler des catégories de personnes, de groupes et d’entités non étatiques présentant un lien objectif avec le pays tiers auquel l’Union entend s’opposer. Un critère d’inscription sur une liste de personnes faisant l’objet de mesures restrictives à l’égard d’un pays tiers ne saurait être considéré comme étant illégal dès lors qu’il cible des catégories de personnes ou d’entités qui entretiennent un lien objectif, fût-ce de manière indirecte, avec le pays tiers en question.
135 À cet égard, s’agissant du lien objectif entre les personnes visées par le troisième volet du critère g) modifié et la Fédération de Russie, il convient de souligner que les mesures restrictives individuelles et sectorielles prises dès l’année 2014 avaient pour objectif, notamment, d’accroître le coût des actions de la Fédération de Russie visant à compromettre l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (voir, en ce sens, arrêts du 28 mars 2017, Rosneft, C‑72/15, EU:C:2017:236, points 104 et 123, et du 25 juin 2020, VTB Bank/Conseil, C‑729/18 P, non publié, EU:C:2020:499, point 59). Compte tenu de la persistance et de l’ampleur croissante de ces actions, le législateur de l’Union a graduellement renforcé ce régime de sanctions et a aussi progressivement élargi la portée de certains critères existants, de manière à pouvoir imposer des mesures restrictives à un cercle de personnes, d’entités ou d’organismes de plus en plus large et ainsi d’augmenter le coût des actions de la Fédération de Russie.
136 Dans ce contexte, il importe de relever que, avant la modification opérée par la décision 2023/1094 et par le règlement 2023/1089, l’article 2, paragraphe 1, sous g), de la décision 2014/145 et l’article 3, paragraphe 1, sous g), du règlement no 269/2014 visaient uniquement les « femmes et hommes d’affaires influents [...] ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie » [ci-après le « critère g) initial »].
137 La modification apportée au critère g) initial par la décision 2023/1094 a eu pour effet d’élargir la portée de ce critère aux « femmes et hommes d’affaires influents exerçant des activités en Russie » [premier volet du critère g) modifié], ainsi qu’aux « femmes et hommes d’affaires ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie » [troisième volet du critère g) modifié] (voir point 42 ci‑dessus).
138 Le considérant 2 de la décision 2023/1094 souligne que l’Union continue d’apporter un soutien sans réserve à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Le considérant 3 de cette décision explique que, dans ses conclusions du 9 février 2023, le Conseil européen a réaffirmé que l’Union condamnait résolument la guerre d’agression menée par la Fédération de Russie contre l’Ukraine, qui constitue une violation manifeste de la charte des Nations unies et que l’Union se tenait prête à continuer de renforcer ses mesures restrictives à l’encontre de la Fédération de Russie. Il ressort également du considérant 4 de ladite décision (voir point 43 ci‑dessus) que l’élargissement de la portée du critère g) initial poursuit l’objectif d’accroître la pression exercée sur le gouvernement russe afin que celui-ci mette fin à ses actions et à ses politiques déstabilisant l’Ukraine ainsi qu’à l’agression militaire de ce pays (voir, en ce sens, arrêts du 20 novembre 2024, Uss/Conseil, T‑571/23, non publié, EU:T:2024:839, point 77, et du 17 décembre 2025, Melnichenko/Conseil, T‑1114/23, non publié, EU:T:2025:1111, point 77).
139 Certes, au regard du libellé du critère g) initial, qui utilisait l’adjectif « influent », le troisième volet du critère g) modifié ne vise plus seulement des personnes « influentes ». Désormais, ledit volet vise des femmes et hommes d’affaires, des personnes morales, des entités ou des organismes ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement russe.
140 Toutefois, premièrement, la notion de « femmes et hommes d’affaires » ne saurait viser l’ensemble des opérateurs économiques, mais vise ceux qui exercent une activité économique qualitativement ou quantitativement non négligeable (arrêts du 20 novembre 2024, Zubitskiy/Conseil, T‑1074/23, non publié, EU:T:2024:840, point 47, et du 2 avril 2025, Pumpyanskiy/Conseil, T‑272/24, non publié, EU:T:2025:351, point 47).
141 En outre, le troisième volet du critère g) modifié continue d’exiger que le Conseil démontre non seulement que la personne visée n’est pas une femme ou un homme d’affaires sans importance, mais aussi qu’elle ou il exerce une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement russe. À cet égard, l’emploi de l’adjectif qualificatif « substantielle », qui se rapporte au groupe nominal « source de revenus », implique que cette source de revenus doit être significative et donc non négligeable (arrêts du 13 septembre 2023, Rashnikov/Conseil, T‑305/22, non publié, EU:T:2023:530, point 87, et du 20 novembre 2024, Uss/Conseil, T‑571/23, non publié, EU:T:2024:839, point 89).
142 Deuxièmement, il a été jugé que le fait de cibler des femmes et des hommes d’affaires qui exercent des activités « dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie » est de nature à accroître les coûts des actions de ce gouvernement, dès lors que de tels secteurs, en apportant une source substantielle de revenus audit gouvernement, alimentent, directement ou indirectement, la capacité du gouvernement en question à mener ses actions et ses politiques visant à compromettre l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (voir, en ce sens, arrêts du 20 novembre 2024, Uss/Conseil, T‑571/23, non publié, EU:T:2024:839, point 79, et du 20 novembre 2024, Zubitskiy/Conseil, T‑1074/23, non publié, EU:T:2024:840, point 49).
143 Il a également été jugé qu’il existe un lien logique entre le fait de cibler des femmes et des hommes d’affaires dans des secteurs économiques fournissant des revenus substantiels au gouvernement russe, d’une part, et l’objectif des mesures restrictives en cause, qui est d’accroître la pression sur la Fédération de Russie ainsi que d’augmenter le coût des actions de cette dernière visant à compromettre l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine, d’autre part (voir, en ce sens, arrêts du 20 novembre 2024, Uss/Conseil, T‑571/23, non publié, EU:T:2024:839, point 81 ; du 20 novembre 2024, Zubitskiy/Conseil, T‑1074/23, non publié, EU:T:2024:840, point 52, et du 18 décembre 2024, Rosbank/Conseil, T‑270/23, non publié, EU:T:2024:904, point 90).
144 Il existe donc un lien objectif entre les personnes visées par le troisième volet du critère g) modifié et la Fédération de Russie.
145 En tout état de cause, c’est au requérant qu’il appartient d’apporter, au soutien de son exception d’illégalité, tout élément susceptible d’établir qu’une telle considération est manifestement erronée et qu’elle entache ainsi la légalité du troisième volet du critère g) modifié (voir, en ce sens, du 10 septembre 2025, Khudaverdyan/Conseil, T‑1116/23, non publié, EU:T:2025:840, point 73).
146 Or, en l’espèce, le requérant ne démontre pas que l’existence d’un lien objectif entre les personnes visées par le troisième volet du critère g) modifié et la Fédération de Russie est manifestement erronée. En particulier, il ne démontre pas que le Conseil a commis une erreur manifeste d’appréciation lorsqu’il a considéré que les « femmes et hommes d’affaires ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie », tels que définis aux points 140 et 141 ci‑dessus, étaient susceptibles de d’accroître la pression sur ce gouvernement et d’augmenter le coût de ses actions visant à compromettre l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine.
147 Troisièmement, et compte tenu de ce qui précède, aux fins de l’application du troisième volet du critère g) modifié à la situation individuelle de chaque personne physique dont le nom est inscrit sur les listes litigieuses, il incombe au Conseil de démontrer, d’une part, qu’une personne physique est une femme ou un homme d’affaires et, d’autre part, que cette personne physique a des activités dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement russe.
148 À cet égard, il n’y a pas lieu d’interpréter le troisième volet du critère g) modifié dans le sens défendu par le requérant (voir point 131 ci-dessus). En effet, la seule circonstance d’appartenir à la catégorie des femmes et hommes d’affaires ayant des activités dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement russe suffit pour justifier l’adoption de mesures restrictives sur le fondement du troisième volet du critère g) modifié, sans qu’il soit nécessaire de rapporter la preuve additionnelle, dans chaque cas particulier, que l’inscription du nom de la personne concernée sur les listes litigieuses est susceptible d’accroître la pression sur ledit gouvernement et d’augmenter le coût de ses actions.
149 Ainsi, l’argumentation du requérant tirée d’une violation de l’article 215 TFUE doit être rejetée.
150 En deuxième lieu, il importe de rappeler que le principe de sécurité juridique exige que les règles de droit soient claires et précises et que leur application soit prévisible pour les justiciables, en particulier lorsqu’elles peuvent avoir des conséquences défavorables (arrêt du 1er août 2025, Timchenko/Conseil, C‑703/23 P, EU:C:2025:608, point 33).
151 En l’espèce, il ressort des points 140 et 141 ci-dessus que le troisième volet du critère g) modifié est suffisamment circonscrit et précis.
152 Par ailleurs, le troisième volet du critère g) modifié s’inscrit dans un cadre juridique clairement délimité par les objectifs légitimes qui sont poursuivis par la réglementation régissant les mesures restrictives en cause et qui sont rappelés au point 138 ci‑dessus.
153 Par conséquent, le troisième volet du critère g) modifié n’est pas contraire aux principes de prévisibilité et de sécurité juridique.
154 En troisième lieu, le principe de proportionnalité, qui fait partie des principes généraux du droit de l’Union, exige que les moyens mis en œuvre par une disposition du droit de l’Union soient aptes à réaliser les objectifs légitimes poursuivis par la réglementation concernée et n’aillent pas au-delà de ce qui est nécessaire pour les atteindre (arrêt du 13 mars 2012, Melli Bank/Conseil, C‑380/09 P, EU:C:2012:137, point 52).
155 À cet égard, le Conseil dispose d’un large pouvoir d’appréciation dans des domaines qui impliquent de la part de ce dernier des choix de nature politique, économique et sociale et dans lesquels il est appelé à effectuer des appréciations complexes. Ainsi, seul le caractère manifestement inapproprié d’une mesure adoptée dans ces domaines, par rapport à l’objectif que l’institution compétente entend poursuivre, peut affecter la légalité d’une telle mesure (arrêt du 1er mars 2016, National Iranian Oil Company/Conseil, C‑440/14 P, EU:C:2016:128, point 77).
156 En l’espèce, d’abord, le troisième volet du critère g) modifié s’inscrit dans un cadre juridique clairement délimité par les objectifs légitimes qui sont poursuivis par la réglementation régissant les mesures restrictives en cause et qui sont rappelés au point 138 ci‑dessus.
157 Ensuite, c’est sans commettre d’erreur manifeste d’appréciation que le Conseil pouvait considérer que le troisième volet du critère g) modifié contribuait à accroître la pression sur le gouvernement russe, responsable de l’invasion de l’Ukraine et à augmenter le coût de ses actions visant à compromettre l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (voir points 142 et 143 ci-dessus).
158 Enfin, le troisième volet du critère g) modifié est le résultat d’une démarche fondée sur une approche progressive et adaptée à l’effectivité des mesures précédemment adoptées et à l’évolution de la situation en Ukraine. En effet, c’est en raison de la persistance, voire de l’aggravation, de la situation en Ukraine que le Conseil a estimé devoir élargir le cercle des personnes visées par le critère g) initial, afin d’atteindre les objectifs poursuivis (voir point 138 ci‑dessus).
159 Par conséquent, le troisième volet du critère g) modifié n’est pas manifestement inapproprié au vu des objectifs poursuivis qui relèvent de ceux visés à l’article 21, paragraphe 2, sous b) et c), TUE et qui visent la cessation de la violation flagrante de l’intégrité territoriale, de la souveraineté et de l’indépendance de l’Ukraine.
160 Compte tenu de ce qui précède, le troisième moyen est rejeté en ce qu’il concerne la prétendue illégalité du troisième volet du critère g) modifié.
D. Sur le quatrième moyen, tiré d’erreurs d’appréciation
161 Le requérant soutient que le Conseil a commis des erreurs d’appréciation lorsque, au moyen des actes initiaux et de septembre 2024, ce dernier a inscrit puis maintenu son nom sur les listes litigieuses sur le fondement du critère f) ainsi que sur le fondement des premier et troisième volets du critère g) modifié. Le requérant fait également valoir que le Conseil a commis des erreurs d’appréciation lorsque, au moyen des actes de mars et de septembre 2025, il a maintenu son nom sur lesdites listes sur le fondement des premier et troisième volets du critère g) modifié.
162 Il convient d’examiner tout d’abord les arguments du requérant tirés d’erreurs d’appréciation commises par le Conseil au regard du troisième volet du critère g) modifié.
1. Sur les actes initiaux et les actes de septembre 2024
a) Sur la fiabilité des éléments de preuve
163 Le requérant soutient que les preuves présentées par le Conseil dans le premier dossier de preuves sont des preuves indirectes fondées sur des informations peu fiables qui ne citent pas leur source.
164 Il y a lieu de rappeler que, conformément à une jurisprudence constante, l’activité du juge de l’Union est régie par le principe de libre appréciation des preuves et le seul critère pour apprécier la valeur des preuves produites réside dans leur crédibilité. À cet égard, pour apprécier la valeur probante d’un document, il faut vérifier la vraisemblance de l’information qui y figure en tenant compte, notamment, de l’origine du document, des circonstances de son élaboration ainsi que de son destinataire, et se demander si, d’après son contenu, il semble sensé et fiable [voir arrêts du 31 mai 2018, Kaddour/Conseil, T‑461/16, EU:T:2018:316, point 107 et jurisprudence citée, et du 12 février 2020, Amisi Kumba/Conseil, T‑163/18, EU:T:2020:57, point 95 (non publié) et jurisprudence citée].
165 En l’absence de pouvoirs d’enquête dans des pays tiers, l’appréciation des autorités de l’Union doit, de fait, se fonder sur des sources d’information accessibles au public, des rapports, des articles de presse, des rapports des services secrets ou d’autres sources d’information similaires (arrêts du 14 mars 2018, Kim e.a./Conseil et Commission, T‑533/15 et T‑264/16, EU:T:2018:138, point 107, et du 1er juin 2022, Prigozhin/Conseil, T‑723/20, non publié, EU:T:2022:317, point 59).
166 En outre, il importe de relever que la situation de conflit dans laquelle la Fédération de Russie et l’Ukraine sont impliquées rend en pratique particulièrement difficile l’accès à certaines sources, l’indication expresse de la source primaire de certaines informations ainsi que l’éventuel recueil de témoignages de la part de personnes acceptant d’être identifiées. Les difficultés d’investigation qui s’ensuivent peuvent ainsi contribuer à faire obstacle à ce que des preuves précises et des éléments d’information objectifs soient apportés (voir, en ce sens, arrêt du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 116 et jurisprudence citée).
167 En l’espèce, le Conseil s’est fondé sur le premier dossier de preuves lorsqu’il a adopté les actes initiaux puis les actes de septembre 2024.
168 Les preuves utilisées par le Conseil consistent en douze articles de presse ou extraits de sites Internet issus de plusieurs sources et regroupés au sein du premier dossier de preuves, à savoir le site Internet « forbes.com » (pièce no 1), le journal en ligne, détenus par ses journalistes et sans but lucratif, « The Barents Observer » (pièces nos 2, 5 et 6), l’agence de presse russe Tass (pièce no 3), un média russe indépendant dénommé « Proekt » (pièce no 4), le site Internet de « Intelligence Online », qui est spécialisé dans les services de renseignement des États et l’intelligence économique et qui est publié par un groupe de presse indépendant (pièce no 7), le site Internet de « Business-vector-info » qui se présente comme une agence d’information économique russe autorisée par le Service fédéral de supervision des communications, des technologies de l’information et des médias de masse (Roskomnadzor) (pièce no 8), les plateformes en ligne « www.rusprofile.ru » et « list-org.com » qui fournissent des informations sur les personnes morales russes (pièces nos 9 et 10), le site Internet de « goodreturns » qui est un site de média indien d’informations économiques (pièce no 11) et le site Internet « gem.wiki », qui consiste en un projet mené par Global Energy Monitor, à savoir une organisation non gouvernementale qui suit les projets lancés dans le secteur de l’énergie (pièce no 12).
169 S’agissant de la pièce no 1 du premier dossier de preuves, dont le requérant conteste la valeur probante, il a été jugé que le magazine américain Forbes constituait une source d’information fiable dans le domaine économique (arrêt du 5 mars 2025, Ponomarenko/Conseil, T‑249/22, non publié, EU:T:2025:202, point 147).
170 Par ailleurs, le fait que les pièces nos 2, 5 et 6 du premier dossier de preuves sont issues d’un seul et même journal en ligne n’affecte pas leur fiabilité. En effet, ces pièces émanent d’un journal en ligne indépendant. Par ailleurs, ces pièces ne sont pas les seules sur lesquelles le Conseil s’est appuyé pour adopter les actes initiaux et de septembre 2024.
171 En outre, le fait, allégué par le requérant, que la pièce no 3 du premier dossier de preuves émane de l’agence de presse russe Tass, qui appartient à l’État russe et qui a été retiré par l’agence de presse Reuters de son marché des contenus en mars 2022 ne prive pas cette pièce de crédibilité. En effet, des articles de presse émanant d’une agence de presse considérée comme étant contrôlée et appuyée par le gouvernement russe peuvent être considérés comme dotés d’une certaine fiabilité lorsque, comme en l’espèce, de tels articles visent notamment à démontrer qu’une personne remplit les conditions du critère g) modifié.
172 De plus, la circonstance, invoquée par le requérant, selon laquelle certains articles contenus dans les pièces du premier dossier de preuves ne citent pas leur source ne saurait, à elle‑seule, priver ces articles de fiabilité (voir, en ce sens, arrêt du 11 septembre 2024, Tokareva/Conseil, T‑744/22, EU:T:2024:608, point 109). En tout état de cause, la plupart des articles en cause citent leur source, à savoir, notamment, les déclarations du requérant lui-même ou les publications des sociétés dans lesquelles ce dernier a des intérêts.
173 De même, le fait que, dans le premier dossier de preuves, la source des informations contenues dans la pièce no 7 soit décrite d’une manière erronée et le fait que cette pièce contienne uniquement le titre et un résumé d’un article de presse n’affecte pas sa fiabilité. D’ailleurs, le requérant a été en mesure d’identifier la véritable source de ladite pièce et de comprendre que le Conseil s’appuyait uniquement sur le contenu des informations effectivement reproduites dans la même pièce et communiquées au requérant.
174 Il convient d’ajouter que le fait que certaines pièces du premier dossier de preuves datent de 2019 (pièce no 2), de 2021 (pièce no 5) ou de 2022 (pièce no 7) ne prive pas ces pièces de fiabilité. Il en va d’autant plus ainsi que les informations contenues dans ces pièces sont corroborées pas d’autres pièces plus contemporaines de l’adoption des actes initiaux et de septembre 2024.
175 Ainsi, eu égard à la variété et à la qualité des éléments de preuve figurant dans le premier dossier de preuves et eu égard à leur contenu, lesdits éléments de preuves sont dotés d’une fiabilité suffisante.
b) Sur le bien-fondé des actes initiaux et des actes de septembre 2024
176 L’effectivité du contrôle juridictionnel garanti par l’article 47 de la Charte exige, notamment, que le juge de l’Union s’assure que la décision par laquelle des mesures restrictives ont été adoptées ou maintenues, qui revêt une portée individuelle pour la personne ou l’entité concernée, repose sur une base factuelle suffisamment solide. Cela implique une vérification des faits allégués dans l’exposé des motifs qui sous-tend ladite décision, de sorte que le contrôle juridictionnel ne soit pas limité à l’appréciation de la vraisemblance abstraite des motifs invoqués, mais porte sur le point de savoir si ces motifs, ou, à tout le moins, l’un d’eux considéré comme suffisant en soi pour soutenir cette même décision, sont étayés (voir, en ce sens, arrêts du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 119, et du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 122).
177 Une telle appréciation doit être effectuée en examinant les éléments de preuve et d’information non de manière isolée, mais dans le contexte dans lequel ils s’insèrent. En effet, le Conseil satisfait à la charge de la preuve qui lui incombe s’il fait état devant le juge de l’Union d’un faisceau d’indices suffisamment concrets, précis et concordants permettant d’établir l’existence d’un lien suffisant entre la personne ou l’entité sujette à une mesure de gel de ses fonds et le régime ou, en général, les situations combattues (voir, en ce sens, arrêt du 1er août 2025, Timchenko/Conseil, C‑702/23 P, EU:C:2025:605, point 39).
178 C’est à l’autorité compétente de l’Union qu’il appartient, en cas de contestation, d’établir le bien-fondé des motifs retenus à l’encontre de la personne ou de l’entité concernée, et non à cette dernière d’apporter la preuve négative de l’absence de bien-fondé desdits motifs. À cette fin, il n’est pas requis que le Conseil produise devant le juge de l’Union l’ensemble des informations et des éléments de preuve inhérents aux motifs allégués dans l’acte dont il est demandé l’annulation. Il importe toutefois que les informations ou les éléments produits étayent les motifs retenus à l’encontre de la personne ou de l’entité concernée (voir arrêt du 28 novembre 2013, Conseil/Fulmen et Mahmoudian, C‑280/12 P, EU:C:2013:775, points 66 et 67 et jurisprudence citée).
179 Dans cette hypothèse, il incombe au juge de l’Union de vérifier l’exactitude matérielle des faits allégués au regard des informations ou éléments de preuve fournis et d’apprécier la force probante de ces derniers en fonction des circonstances de l’espèce et à la lumière des éventuelles observations présentées, notamment, par la personne ou l’entité concernée à leur sujet (voir, en ce sens, arrêt du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 124).
180 S’agissant, plus particulièrement, de la légalité des actes de maintien d’une personne sur les listes litigieuses, il convient de rappeler qu’il n’est pas interdit au Conseil de se fonder sur les mêmes éléments de preuve ayant justifié l’inscription initiale, la réinscription ou le maintien précédent du nom de la personne concernée sur ces listes, pour autant que, d’une part, les motifs d’inscription demeurent inchangés et, d’autre part, le contexte n’a pas évolué d’une manière telle que ces éléments de preuve seraient devenus obsolètes. Ledit contexte inclut non seulement la situation du pays à l’égard duquel le système de mesures restrictives a été établi, mais également la situation particulière de la personne concernée. De même, le maintien sur les listes litigieuses est justifié au regard de l’ensemble des circonstances pertinentes et, notamment, au regard du fait que les objectifs visés par les mesures restrictives n’auraient pas été atteints (voir arrêt du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 169 et jurisprudence citée).
181 À titre liminaire, il convient de rappeler que, comme cela ressort des points 147 et 148 ci‑dessus, l’argument du requérant, selon lequel le Conseil a l’obligation de démontrer que chaque personne dont le nom est inscrit sur les listes litigieuses est susceptible d’accroître la pression sur le gouvernement russe et d’augmenter le coût de ses actions, ne peut prospérer. En effet, il suffit que le Conseil établisse que la personne concernée est une femme ou un homme d’affaires et que cette personne a une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus audit gouvernement.
182 Le requérant soutient que les motifs des actes initiaux et de septembre 2024 sont matériellement inexacts et non étayés par des éléments de preuve.
183 En particulier, le requérant fait valoir, en premier lieu, que ses participations dans AEON Corporation et Vorkutagol étaient bien plus faibles que ce qu’avance le Conseil. Il précise qu’il détenait uniquement une participation minoritaire passive de 31 % dans AEON Corporation et une participation minoritaire indirecte passive de 25,075 % dans Vorkutagol. Selon lui, le Conseil affirme erronément qu’il contrôlait AEON Corporation et Vorkutagol et qu’il exerçait une activité économique. Par ailleurs, il soutient s’être désengagé d’Arctic Energy Group LLC, la société mère de Northern Star LLC, en décembre 2023, avant le début de toute production de charbon dans le cadre du projet charbonnier lancé par cette dernière.
184 En deuxième lieu, selon le requérant, le Conseil ne démontre pas que les entreprises, dans lesquelles il avait des intérêts commerciaux, faisaient partie des principaux groupes russes dans leurs secteurs respectifs ou revêtaient une importance particulière pour l’économie russe.
185 En l’espèce, par les actes initiaux, le Conseil a inscrit le nom du requérant sur les listes litigieuses sur le fondement du troisième volet du critère g) modifié au motif qu’il était un homme d’affaires qui avait des intérêts commerciaux dans plusieurs entreprises et que les entreprises qu’il contrôlait, à savoir, notamment, AEON Corporation et Vorkutagol, opéraient dans les secteurs économiques du minerai de fer et de l’acier, du charbon, des infrastructures et de l’énergie qui constituent une source substantielle de revenus pour le gouvernement russe (voir point 48 ci‑dessus). Par les actes de septembre 2024, le Conseil a maintenu le nom du requérant sur les listes litigieuses pour les mêmes raisons. Par ailleurs, le contexte général de la situation en Ukraine en ce qui concerne les menaces à son intégrité territoriale, à sa souveraineté et à son indépendance est resté inchangé entre l’adoption des actes initiaux et l’adoption des actes de septembre 2024.
1) Sur la qualité d’homme d’affaires du requérant
i) Sur les activités du requérant dans le secteur des infrastructures
186 En premier lieu, les pièces nos 1, 2, 4, 6, 8 et 11 du premier dossier de preuves décrivent le requérant comme ayant des activités dans divers secteurs et, en particulier, dans le secteur des infrastructures de transport, notamment en sa qualité de propriétaire d’AEON Corporation.
187 À cet égard, les pièces nos 2 et 6 du premier dossier de preuves présentent AEON Corporation comme une société d’investissement. La pièce no 4 dudit dossier décrit AEON Corporation comme une société holding. Dans la pièce no 11 de ce dossier, AEON Corporation est considérée comme un conglomérat ayant des intérêts dans divers secteurs. La pièce no 6 du même dossier précise qu’AEON Corporation constitue le « vaisseau amiral » de la famille du requérant.
188 La pièce no 4 du premier dossier de preuves décrit le requérant comme le fondateur d’AEON Corporation, qui exploite notamment des aéroports et des ports. Selon la pièce no 1 dudit dossier, AEON Corporation détient 22 aéroports, des lignes de transport par bateau et plusieurs ports fluviaux. Cette information est confirmée par la pièce no 8 de ce dossier.
189 Par ailleurs, les pièces nos 2 et 4 à 8 du premier dossier de preuves mentionnent les importants investissements effectués par le requérant, au moyen de ses sociétés, dans des projets d’infrastructures de transport, telles que des infrastructures portuaires, ferroviaires ou routières, permettant de stocker, de transporter et d’exporter du charbon produit dans l’Arctique, notamment le charbon de la société Northern Star. La pièce no 6 dudit dossier précise que, malgré les mesures restrictives décidées par les États-Unis d’Amérique en 2023 à l’égard de certaines sociétés détenues par le requérant, Northern Star continuait de développer des infrastructures et des installations de production. Il ressort également de cette dernière pièce que Northern Star était une filiale d’Arctic Energy Group qui était détenue par le requérant. Par ailleurs, selon la pièce no 11 de ce dossier, le requérant est le cofondateur d’Arctic Energy Group. Enfin, selon les pièces nos 2, 4 et 7 du même dossier, les projets du requérant dans le secteur des infrastructures étaient soutenus politiquement et financièrement par les autorités locales ainsi que par le gouvernement russe.
190 Il ressort ainsi des pièces du premier dossier de preuves que le requérant avait des possessions capitalistiques importantes qui lui permettaient de contrôler des sociétés actives dans le secteur des infrastructures de transports, telles qu’AEON Corporation et ses filiales. Ces sociétés détenaient et exploitaient des ports et de nombreux aéroports régionaux. Par ailleurs, ces sociétés étaient capables d’investir massivement dans de grands projets de construction d’infrastructures de transport. Pour corroborer les éléments figurant dans ledit dossier, le Conseil a produit un document additionnel en annexe à la duplique qui confirme les activités d’AEON Corporation et de ses filiales dans le secteur des infrastructures de transport en Russie.
191 Par conséquent, le Conseil a fait état d’indices concrets, précis et concordants, permettant d’établir que le requérant exerçait une activité économique qualitativement ou quantitativement non négligeable dans le secteur des infrastructures de transport.
192 En second lieu, premièrement, le requérant soutient qu’il était un actionnaire minoritaire d’AEON Corporation à hauteur de 31 % et qu’il ne contrôlait pas cette société.
193 Cependant, d’abord, l’argument du requérant selon lequel il ne contrôlait pas AEON Corporation au sens des critères de « propriété et de contrôle » figurant dans les meilleures pratiques de l’Union en ce qui concerne la mise en œuvre effective de mesures restrictives mises à jour le 27 juin 2022 (document ST 10572/22) ne peut prospérer.
194 En effet, les critères de propriété et de contrôle mentionnés dans le document ST 10572/22 n’ont ni pour objet d’interpréter le troisième volet du critère g) modifié ni pour effet de restreindre son champ d’application (voir, en ce sens et par analogie, arrêts du 29 mai 2024, Vinokurov/Conseil, T‑302/22, non publié, EU:T:2024:325, point 122, et du 17 décembre 2025, Melnichenko/Conseil, T‑1114/23, non publié, EU:T:2025:1111, point 114).
195 Ensuite, un actionnaire, même minoritaire, est susceptible, du fait de l’importance de ses parts dans le capital d’une société, de la répartition de l’actionnariat ou des modalités d’adoption des décisions, d’exercer une influence dominante sur cette société dans laquelle il détient des participations (voir, en ce sens, arrêt du 29 mai 2024, Vinokurov/Conseil, T‑302/22, non publié, EU:T:2024:325, point 123).
196 En effet, il importe de souligner que, en fonction des statuts de la société concernée et des accords conclus entre les différents actionnaires, le détenteur de participations minoritaires peut avoir le pouvoir de s’opposer à des décisions stratégiques de cette société telle que des décisions relatives à sa politique commerciale, à la désignation de ses dirigeants ou à son budget (voir, en ce sens, arrêt du 29 mai 2024, Vinokurov/Conseil, T‑302/22, non publié, EU:T:2024:325, point 128).
197 En l’espèce, même si la participation alléguée par le requérant dans AEON Corporation est minoritaire, elle n’en demeure pas moins significative étant donné qu’elle s’élevait à 31 % des parts de ladite société et qu’elle était détenue dans une société qui possédait et exploitait, par l’intermédiaire de ses filiales, de nombreuses infrastructures de transport en Russie.
198 En outre, le requérant ne fournit pas les statuts d’AEON Corporation. En effet, il se limite à fournir la liste des actionnaires de cette société et un extrait du registre national unifié russe des personnes morales relatif à ladite société qui démontreraient qu’il détenait 31 % des parts de la société en question. Il fournit également l’avis juridique du 15 juillet 2024 pour démontrer que le niveau de ses participations dans une telle société ne lui permettait pas de contrôler cette dernière.
199 Or, l’avis juridique du 15 juillet 2024 a uniquement pour objet d’apprécier si le requérant contrôlait AEON Corporation au sens des meilleures pratiques de l’Union en ce qui concerne la mise en œuvre effective de mesures restrictives (voir point 194 ci‑dessus).
200 Par ailleurs, l’avis juridique du 15 juillet 2024 a été élaboré à la demande du requérant aux fins de contester les mesures prises par le Conseil et sur le fondement d’informations fournies par ledit requérant. Ainsi, la valeur probante dudit avis est limitée. Il en va d’autant plus ainsi que certaines sources citées dans cet avis, telles que les statuts d’AEON Corporation du 23 juin 2016, n’ont pas été produites devant le Tribunal (voir, par analogie, arrêts du 21 février 2018, Klyuyev/Conseil, T‑731/15, EU:T:2018:90, point 124, et du 17 décembre 2025, Melnichenko/Conseil, T‑1114/23, non publié, EU:T:2025:1111, point 113).
201 Il convient d’ajouter que le requérant ne peut pas utilement invoquer l’interprétation de la notion d’« activité économique » utilisée notamment dans le domaine du droit de la concurrence pour soutenir que la simple détention de participations minoritaires est insuffisante pour conclure qu’une personne est « une femme ou un homme d’affaires » au sens du troisième volet du critère g) modifié.
202 En effet, la notion d’« activité économique » utilisée dans d’autres domaines du droit de l’Union et, notamment, en droit de la concurrence, s’inscrit dans un contexte juridique différent et poursuit un objectif différent de celui dans lequel s’inscrit le critère g) modifié, applicable en l’espèce (voir, en ce sens, arrêt du 10 septembre 2025, Abramovich/Conseil, T‑1105/23, non publié, sous pourvoi, EU:T:2025:839, point 164).
203 Deuxièmement, le requérant allègue qu’AEON Corporation est une entreprise de petite taille qui compte uniquement deux filiales qui cessent ou ont progressivement cessé leurs activités et qui n’ont pas ou peu d’actifs.
204 Cependant, l’allégation du requérant visée au point 203 ci-dessus n’est pas étayée par des éléments de preuve dotés d’une valeur probante suffisante.
205 En effet, d’une part, le requérant s’appuie sur des déclarations qui émanent du directeur général d’AEON Corporation ou du directeur d’une filiale détenue à plus de 99 % par AEON Corporation. Or le requérant ne conteste pas être le fondateur d’AEON Corporation, avoir détenu 100 % du capital de cette dernière avant l’adoption des actes initiaux et avoir détenu encore des participations dans cette société à la date de l’adoption des actes initiaux et à la date de l’adoption des actes de septembre 2024. Par ailleurs, la déclaration du directeur d’AEON Corporation a été rédigée pour être produite devant le Conseil ou devant le Tribunal afin de contester l’inscription et le maintien du nom du requérant sur les listes litigieuses. Ces déclarations ont donc une valeur probante très limitée.
206 D’autre part, le requérant s’appuie sur un avis juridique émis par un cabinet d’audit et de conseil russe le 30 août 2024 (ci-après l’« avis juridique du 30 août 2024 »). Or, ledit avis a été rédigé à la demande du requérant afin de contester l’inscription et le maintien de son nom sur les listes litigieuses. Par ailleurs, en ce qui concerne les activités ou bien les actifs des filiales d’AEON Corporation, cet avis a été formulé sur la base de documents, notamment financiers, qui n’ont pas été communiqués au Tribunal ou sur des documents qui, tels que ceux mentionnés au point 205 ci‑dessus, ont une valeur probante très limitée.
207 Il convient d’ajouter que les seuls documents produits par le requérant pour démontrer qu’AEON Corporation comptait uniquement deux filiales ne sont pas suffisamment probants, puisqu’il s’agit d’une déclaration du directeur général de cette société et de l’avis juridique du 30 août 2024 qui s’appuie sur cette déclaration.
208 Troisièmement, le requérant soutient que, en décembre 2023, il s’est désengagé d’Arctic Energy Group, à savoir la société mère de Northern Star impliquée dans les projets mentionnés au point 189 ci-dessus.
209 À cet égard, il importe de souligner que, certes, c’est au Conseil qu’il incombe d’établir le bien-fondé des motifs retenus à l’encontre de la personne ou de l’entité dont le nom est inscrit ou maintenu sur les listes litigieuses. Toutefois, lorsqu’une personne visée par des mesures restrictives, telle que le requérant, allègue que sa situation personnelle ne correspond pas à celle qui ressort des éléments de preuves avancés par le Conseil, il lui incombe d’apporter les éléments de preuve de nature à démontrer la réalité de cette situation (voir, en ce sens, arrêt du 23 juillet 2025, OT/Conseil, T‑1095/23, sous pourvoi, EU:T:2025:744, points 133 et 134).
210 En l’espèce, le requérant n’a produit aucune preuve qui permettrait d’apprécier si le désengagement allégué implique un renoncement effectif à ses prérogatives d’actionnaire. En particulier, il ne fournit aucune information relative aux modalités et aux contreparties de son désengagement d’Arctic Energy Group, en particulier, le contrat de cession, le prix de cession et les modalités de paiement (voir, en ce sens et par analogie, arrêts du 5 mars 2025, Ponomarenko/Conseil, T‑249/22, non publié, EU:T:2025:202, point 130, et du 23 juillet 2025, OT/Conseil, T‑1095/23, sous pourvoi, EU:T:2025:744, point 137).
211 Il convient d’ajouter que l’avis juridique du 15 juillet 2024, qui est d’ailleurs fondé sur des documents qui n’ont pas tous été produits devant le Tribunal, n’est pas doté d’une valeur probante suffisante pour contredire les éléments concrets, précis et concordants contenus dans le premier dossier de preuves (voir point 200 ci‑dessus).
212 Quatrièmement, s’agissant de l’argument du requérant selon lequel les « infrastructures » ne constituent pas un secteur économique autonome, il y a lieu de souligner que le Conseil n’est pas tenu de suivre le système de classification et notamment les codes prévus par la nomenclature statistique des activités économiques dans la Communauté Européenne (NACE). Par ailleurs, les « infrastructures » mentionnées dans les actes initiaux et de septembre 2024 incluent les « infrastructures de transport » et le requérant a été en mesure de comprendre sans difficulté que le Conseil avait entendu inscrire puis maintenir son nom sur les listes litigieuses au motif qu’il avait des activités dans le secteur des infrastructures de transport.
213 Compte tenu de ce qui précède, le Conseil a valablement considéré que le requérant était un homme d’affaires qui avait des activités dans le secteur des infrastructures de transport.
ii) Sur les activités du requérant dans les secteurs du charbon et de l’énergie
214 En premier lieu, il importe de rappeler que les pièces du premier dossier de preuves démontrent que, par le biais de certaines sociétés, le requérant a effectué d’importants investissements dans des projets d’infrastructures de transport permettant de transporter et d’exporter de grandes quantités de charbon produit dans l’Arctique (voir point 189 ci‑dessus).
215 Il convient également de rappeler qu’il ressort du premier dossier de preuves que le requérant est le cofondateur et le propriétaire d’Arctic Energy Group, active dans l’industrie charbonnière et dont la filiale est Northern Star (voir point 189 ci‑dessus). Par ailleurs, il ressort des pièces nos 2 et 5 dudit dossier que Northern Star détient des licences d’exploitation de mines de charbon.
216 En outre, selon les pièces nos 1, 4, 5, 11 et 12 du premier dossier de preuves, le requérant a acquis le producteur de charbon Vorkutagol à la fin de l’année 2021 ou au début de l’année 2022. Les pièces nos 5 et 12 dudit dossier décrivent Vorkutagol comme l’une des plus grandes entreprises charbonnières de Russie qui représente plus de 10 % ou environ 11 % de la production charbonnière du pays. Selon ces dernières pièces, le requérant a acquis Vorkutagol par l’intermédiaire de la société Group Russian Energy dont il détient la majorité des parts, ce qui est également confirmé par la pièce no 9 de ce dossier.
217 Dans ce contexte, la pièce no 5 décrit le requérant comme un « magnat du charbon » et la pièce no 7 présente celui-ci comme un « acteur majeur dans le secteur de l’énergie ».
218 Il ressort ainsi des pièces du premier dossier de preuves que le requérant a des possessions capitalistiques importantes qui lui permettent de contrôler des sociétés actives dans les secteurs du charbon et de l’énergie, telles qu’Arctic Energy Group, Northern Star, Group Russian Energy et Vorkutagol, et que ces sociétés exercent des activités non négligeables dans lesdits secteurs.
219 Par conséquent, le Conseil a fait état d’indices concrets, précis et concordants, permettant d’établir que le requérant exerçait une activité économique qualitativement ou quantitativement non négligeable dans les secteurs du charbon et de l’énergie.
220 En second lieu, premièrement, le requérant soutient qu’il ne contrôlait pas Vorkutagol. Il allègue que sa participation dans cette société se limitait à une participation minoritaire indirecte passive de 25,075 %. Selon lui, cette participation ne permet pas de considérer qu’il exerçait une activité économique.
221 Cependant, même si le requérant allègue que sa participation dans Vorkutagol était minoritaire, une telle participation n’en demeure pas moins significative, avec 25,075 % des parts de ladite société.
222 Par ailleurs, le requérant ne fournit pas les statuts de Vorkutagol ni les statuts des différentes sociétés au moyen desquelles il détiendrait une participation minoritaire dans Vorkutagol. En effet, pour soutenir que le niveau de ses participations dans cette dernière ne lui permet pas de la contrôler, il se limite à fournir, premièrement, des extraits du registre national unifié russe des personnes morales relatifs à plusieurs autres sociétés que Vorkutagol, deuxièmement, la liste des actionnaires de Vorkutagol et de plusieurs autres sociétés et, troisièmement, l’avis juridique du 15 juillet 2024 qui est fondé sur ces documents ainsi que sur des documents qui n’ont pas tous été produits devant le Tribunal.
223 Ainsi, pour des motifs analogues à ceux exposés aux points 193 à 202 ci‑dessus, ces éléments ne sont pas suffisants pour démontrer que le Conseil a commis une erreur d’appréciation lorsqu’il a estimé que le requérant contrôlait Vorkutagol. Également pour des motifs analogues, le requérant ne démontre pas que les éléments concrets, précis et concordants contenus dans le premier dossier de preuves sont erronés lorsqu’ils décrivent Group Russian Energy comme une société dans laquelle il détient des participations majoritaires et au moyen de laquelle il a pris le contrôle de Vorkutagol.
224 Deuxièmement, le requérant conteste l’importance des activités de Vorkutagol décrites dans le premier dossier de preuves. D’une part, Vorkutagol représenterait 1,6 % du volume total de la production de charbon en Russie et non 10 %. D’autre part, l’activité de Vorkutagol se serait considérablement réduite ces dernières années, après l’acquisition d’une participation minoritaire indirecte par le requérant.
225 À cet égard, d’une part, il ressort d’un rapport publié par le ministère de l’Énergie russe en mars 2024 sous le titre « Résultats de l’activité de l’industrie charbonnière russe pour l’année 2023 » et présenté par le requérant devant le Tribunal que, en 2023, Vorkutagol avait produit environ 7,2 millions de tonnes de charbon pour la métallurgie. Cette quantité est significative et cohérente avec les quantités mentionnées dans la pièce no 12 du premier dossier de preuves au sujet d’années antérieures. Par ailleurs, selon ledit rapport, cette quantité de charbon pour la métallurgie représente une part significative de la production totale de ce type de charbon.
226 D’autre part, s’agissant de l’argument du requérant selon lequel l’activité de Vorkutagol s’est considérablement réduite ces dernières années, il convient de relever qu’il est étayé par l’avis juridique du 30 août 2024. Or, ledit avis est doté d’une valeur probante insuffisante pour les motifs rappelés au point 206 ci‑dessus. Il en va d’autant plus ainsi que le requérant n’a pas produit, devant le Tribunal, les documents, notamment financiers, qui ont servi de support à la partie de cet avis consacrée à l’activité de Vorkutagol.
227 Troisièmement, s’agissant du fait, allégué par le requérant, qu’il s’est désengagé d’Arctic Energy Group, il ne permet pas, pour les motifs mentionnés aux points 208 à 211 ci‑dessus, de remettre en cause les appréciations effectuées par le Conseil sur la base d’éléments concrets précis et concordants issus du premier dossier de preuves.
228 Compte tenu de ce qui précède, le Conseil a valablement considéré, dans les actes initiaux et de septembre 2024, que le requérant était « un homme d’affaires » au sens du troisième volet du critère g) modifié ayant des activités dans les secteurs des infrastructures, du charbon et de l’énergie.
2) Sur le fait que le requérant a des activités dans des secteurs économiques fournissant une source substantielle de revenus pour le gouvernement russe
229 À titre liminaire, il convient de relever que le requérant ne conteste pas clairement et directement le fait que les secteurs dans lesquels il était actif constituaient des secteurs qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement russe. En effet, le requérant invoque la faiblesse des activités des sociétés dans lesquelles il avait des participations et soutient que le Conseil n’a pas démontré que l’inscription et le maintien de son nom sur les listes litigieuses était susceptible d’accroître la pression sur ledit gouvernement et d’augmenter le coût de ses actions.
230 En tout état de cause, premièrement, il importe de souligner que l’industrie charbonnière fait partie du secteur de l’énergie dans la mesure où le charbon est un combustible fossile qui sert à la production d’énergie. Par ailleurs, le secteur de l’énergie est un secteur qui fournit une source substantielle de revenus au gouvernement russe (voir, en ce sens, arrêts du 29 novembre 2023, Khan/Conseil, T‑333/22, non publié, EU:T:2023:758, point 108, et du 22 janvier 2025, Melnichenko/Conseil, T‑271/22, non publié, sous pourvoi, EU:T:2025:47, points 80 et 82).
231 En outre, il a été jugé que le secteur du charbon constituait un secteur qui fournissait une source substantielle de revenus pour le gouvernement russe (arrêt du 20 novembre 2024, Uss/Conseil, T‑571/23, non publié, EU:T:2024:839, point 122 ; voir également, en ce sens, arrêt du 20 novembre 2024, Zubitskiy/Conseil, T‑1074/23, non publié, EU:T:2024:840, points 112 et 114). Ce fait est confirmé par le rapport intitulé « Résultats de l’activité de l’industrie charbonnière russe pour l’année 2023 » présenté par le requérant devant le Tribunal. En effet, il ressort de ce rapport que, entre janvier et décembre 2023, les entreprises d’extraction et de transformation du charbon ont réalisé un chiffre d’affaires de 1 951,9 milliards de roubles (prix courants, hors TVA) pour leur activité principale. Par ailleurs, selon ce rapport, le bénéfice total des entreprises du secteur charbonnier (avant impôts) s’élevait à 398,7 milliards de roubles au 1er décembre 2023. Ce rapport précise également que, sur le marché russe, les principaux consommateurs de charbon sont les centrales électriques et les usines métallurgique ou chimiques.
232 Deuxièmement, le secteur de la construction et du développement d’infrastructures de transport est un secteur économique qui fournit une source substantielle de revenus au gouvernement russe (voir, en ce sens, arrêt du 6 septembre 2023, Pumpyanskiy/Conseil, T‑291/22, non publié, EU:T:2023:499, points 61 et 62).
233 Par ailleurs, comme cela ressort du premier dossier de preuves et des constatations effectuées au point 189 ci‑dessus, les infrastructures de transport facilitent la commercialisation et l’exportation d’une grande quantité de matières premières ou de sources d’énergie telles que le charbon. Ce fait est également corroboré par le rapport intitulé « Résultats de l’activité de l’industrie charbonnière russe pour l’année 2023 » présenté par le requérant devant le Tribunal. Il ressort en effet de ce rapport que, en 2023, 196,3 millions de tonnes de charbon ont été exportées et que 91,7 % de ce volume était exporté au moyen de ports maritimes.
234 En outre, en annexe à la duplique, le Conseil a produit des éléments concrets, précis et concordant qui démontrent l’importance du secteur des transports dans l’économie russe. En effet, il a fourni des données qui démontrent que le secteur des transports contribuait au produit intérieur brut en Russie à hauteur de 6,5 % environ en 2020 et de 6,3 % environ en 2023.
235 Les infrastructures de transport procurent donc des revenus substantiels au gouvernement russe en ce qu’elles contribuent au bon fonctionnement et au développement d’autres secteurs qui fournissent des revenus substantiels à ce gouvernement.
236 Par conséquent, le fait que le requérant avait des activités dans des secteurs économiques fournissant une source substantielle de revenus pour le gouvernement russe est établi par des éléments suffisamment concrets, précis et concordants.
237 Compte tenu de ce qui précède, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que, dans les actes initiaux et de septembre 2024, le Conseil a considéré que le requérant était un homme d’affaires qui avait des activités dans des secteurs économiques qui fournissaient une source substantielle de revenus au gouvernement russe et donc qu’il a inscrit puis maintenu le nom dudit requérant sur les listes litigieuses au titre du troisième volet du critère g) modifié.
2. Sur les actes de mars 2025 et de septembre 2025
238 S’agissant du contexte général ayant justifié l’adoption, par le Conseil, des mesures restrictives en cause, force est de constater que, à la date de l’adoption des actes de mars 2025 et à la date de l’adoption des actes septembre 2025, la gravité de la situation en Ukraine demeurait. De même, lesdites mesures étaient toujours justifiées au regard de l’objectif poursuivi, à savoir exercer une pression maximale sur les autorités russes, afin que celles-ci mettent fin à leurs actions et à leurs politiques déstabilisant l’Ukraine ainsi qu’à l’agression militaire de ce pays, et accroître le coût des actions de la Fédération de Russie visant à compromettre l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine.
239 En ce qui concerne la situation personnelle du requérant, le Conseil a considéré en substance, dans les motifs des actes de mars 2025 et de septembre 2025, que, en raison de l’importance de ses participations dans AEON Corporation, Vorkutagol et Group Russian Energy, il était un homme d’affaires qui avait des activités notamment dans les secteurs du charbon, de l’énergie et des infrastructures, à savoir des secteurs économiques constituant une source substantielle de revenus pour le gouvernement russe (voir point 59 ci‑dessus).
240 Il est vrai que, comme le relève le requérant, le Conseil a modifié la rédaction des motifs des actes initiaux et de septembre 2024 afin d’expliquer que le requérant était un actionnaire important au sein d’AEON Corporation, de Vorkutagol et de Group Russian Energy.
241 Toutefois, par la modification en cause, le Conseil a uniquement procédé à une précision des motifs des actes initiaux et de septembre 2024, qui n’affecte nullement l’exactitude desdits motifs.
242 Le requérant considère que, à la date de l’adoption des actes de mars 2025 et à celle de l’adoption des actes de septembre 2025, sa situation personnelle avait changé. Il affirme avoir cédé ses participations dans AEON Corporation, Vorkutagol et Group Russian Energy avant l’adoption des actes de mars 2025. Par ailleurs, il indique avoir informé le Conseil du changement fondamental de sa situation en temps utile et avoir fourni à ce dernier un ensemble complet de preuves documentaires et de preuves par expertises. En tout état de cause, il estime que ses participations minoritaires ne suffisaient pas à justifier le maintien de son nom sur les listes litigieuses.
a) Sur les actes de mars 2025
243 En premier lieu, il importe de rappeler que le premier dossier de preuves contient des éléments concrets, précis et concordants qui démontrent que le requérant est un homme d’affaires ayant des activités dans le secteur des infrastructures de transport. En particulier, il ressort dudit dossier que le requérant avait des possessions capitalistiques importantes dans des sociétés actives dans le secteur des infrastructures de transports, telles qu’AEON Corporation et ses filiales et que ces sociétés exerçaient des activités non négligeables dans ledit secteur (voir points 186 à 188 ci‑dessus)
244 Le requérant fait valoir que, à la date de l’adoption des actes de mars 2025, il avait définitivement cédé ses participations dans AEON Corporation. Au soutien de son argumentation, il produit, premièrement, un acte signé par un notaire le 19 décembre 2024, deuxièmement, un certificat du 26 décembre 2024 issu du registre national unifié russe des personnes morales selon lequel il s’était retiré d’AEON Corporation et avait transféré ses participations à cette dernière, troisièmement, un extrait dudit registre concernant cette société daté du 14 janvier 2025 et, quatrièmement, un avis juridique émis par un cabinet d’audit et de conseil russe le 7 février 2025.
245 Cependant, premièrement, l’acte signé par un notaire le 19 décembre 2024 se limite à vérifier l’identité et la capacité juridique du requérant ainsi qu’à recueillir et à certifier la déclaration dans laquelle ce dernier exprime l’intention de se retirer du capital d’AEON Corporation et demande à cette dernière de lui payer la valeur de sa participation.
246 Deuxièmement, le certificat issu du registre national unifié russe des personnes morales et l’extrait dudit registre produits par le requérant sont insuffisants pour démontrer qu’il a renoncé de manière effective à ses prérogatives d’actionnaire d’AEON Corporation.
247 En effet, d’une part, le certificat et l’extrait en cause ne démontrent pas que le requérant a transféré ses participations dans AEON Corporation à un cessionnaire indépendant, puisqu’il ressort desdits documents que le requérant a transféré lesdites participations à la société dont il est le fondateur, un ancien dirigeant et dans laquelle il ne conteste pas avoir détenu des participations.
248 D’autre part, le requérant n’a pas produit les statuts d’AEON Corporation ni de document attestant de la contrepartie, notamment financière, qu’il aurait reçue de cette société à la suite de son prétendu retrait (voir, en ce sens et par analogie, arrêts du 5 mars 2025, Ponomarenko/Conseil, T‑249/22, non publié, EU:T:2025:202, point 130, et du 23 juillet 2025, OT/Conseil, T‑1095/23, sous pourvoi, EU:T:2025:744, point 137).
249 Troisièmement, l’avis juridique émis par un cabinet d’audit et de conseil russe le 7 février 2025 est doté d’une valeur probante limitée. En effet, ledit avis a été rédigé à la demande du requérant et aux fins d’étayer sa défense dans la présente affaire. En outre, les informations fournies par le requérant audit cabinet d’audit et de conseil pour la rédaction de cet avis n’ont pas toutes été produites devant le Tribunal. Tel est en particulier le cas des statuts d’AEON Corporation.
250 Il s’ensuit que, en l’absence de preuves suffisantes d’une cession effective des participations du requérant dans AEON Corporation, le Conseil n’a pas commis d’erreur d’appréciation lorsqu’il a considéré que, à la date de l’adoption des actes de mars 2025, le requérant était un actionnaire important de cette société et donc qu’il était toujours un homme d’affaires ayant des activités dans le secteur des infrastructures.
251 En deuxième lieu, le premier dossier de preuves contient des éléments concrets, précis et concordants qui démontrent que le requérant est un homme d’affaires ayant des activités dans les secteurs du charbon et de l’énergie. En particulier, il ressort de ce dossier que le requérant avait des possessions capitalistiques importantes dans Group Russian Energy et Vorkutagol et que ces sociétés exerçaient des activités non négligeables dans lesdits secteurs (voir points 216 à 218 ci‑dessus).
252 Le requérant soutient que sa situation personnelle a changé. En effet, le requérant invoque la cession de ses participations indirectes dans Group Russian Energy et dans Vorkutagol afin de démontrer le caractère obsolète du contenu du premier dossier de preuves et le caractère erroné des appréciations effectuées par le Conseil sur la base dudit dossier.
253 Cependant, dans les observations contenues dans sa demande adressée au Conseil du 10 février 2025, le requérant a présenté la cession alléguée de ses participations indirectes dans Group Russian Energy et dans Vorkutagol comme n’étant pas définitivement achevée au motif qu’elle était subordonnée à l’obtention de l’accord des banques prêteuses.
254 Ainsi, à la date de l’adoption des actes de mars 2025, aucun transfert de la propriété des participations du requérant dans Group Russian Energy et dans Vorkutagol n’était intervenu et il n’avait pas donc pas renoncé de manière effective à ses prérogatives d’actionnaire desdites sociétés.
255 Le Conseil pouvait donc valablement considérer que le requérant était un actionnaire important de Group Russian Energy et de Vorkutagol à la date de l’adoption des actes de mars 2025 et donc qu’il continuait d’être un homme d’affaires ayant des activités dans les secteurs du charbon et de l’énergie.
256 Par conséquent, et eu égard aux appréciations effectuées aux points 230 à 236 ci‑dessus, le Conseil n’a pas commis d’erreur d’appréciation lorsque, par les actes de mars 2025, il a maintenu le nom du requérant sur les listes litigieuses au motif qu’il était un homme d’affaires qui avait des activités dans des secteurs économiques qui fournissaient une source substantielle de revenus au gouvernement russe au sens du troisième volet du critère g) modifié.
b) Sur les actes de septembre 2025
257 D’abord, il convient de relever que le requérant n’invoque aucun élément de preuve supplémentaire par rapport à ceux examinés au point 244 à 250 ci-dessus pour démontrer la cession de ses participations dans AEON Corporation.
258 Ensuite, force est de constater que, le 17 avril 2025, le requérant a produit, devant le Conseil, afin de démontrer que la cession de ses participations indirectes dans Vorkutagol et Group Russian Energy a été achevée le 31 mars 2025, premièrement, trois rapports du 31 mars 2025 sur l’exécution d’opérations de dépôt qui émanaient d’un dépositaire et qui concernaient le transfert à deux personnes physiques et à une personne morale des actions détenues par A-Razvitie LLC (dont le requérant est actionnaire à 100 %) dans Anthracite JSC qui était elle-même actionnaire de Group Russian Energy, deuxièmement, des extraits du registre des sociétés par actions qui contenaient la liste des actionnaires d’Anthracite au 25 février puis au 1er avril 2025, troisièmement, un extrait du registre national unifié russe des personnes morales du 2 avril 2025 en ce qui concerne la société Pechora Invest LLC et, quatrièmement, un avis juridique émis par un cabinet d’audit et de conseil russe le 14 avril 2025.
259 Toutefois, les extraits du registre national unifié russe des personnes morales ou du registre des sociétés par actions et les trois rapports du 31 mars 2025 sur l’exécution d’opérations de dépôt émanant d’un dépositaire ne sont pas, à eux-seuls, suffisants pour démontrer un renoncement effectif des prérogatives du requérant en sa qualité d’actionnaire de Group Russian Energy et de Vorkutagol. En effet, le requérant n’a pas produit les statuts des sociétés concernées ni les actes de cessions des actions détenues par A-Razvitie dans Anthracite. Il n’a pas davantage fourni d’indications sur le prix auquel lesdites actions auraient été cédées et sur les modalités de paiement de celles‑ci (voir, en ce sens et par analogie, arrêts du 5 mars 2025, Ponomarenko/Conseil, T‑249/22, non publié, EU:T:2025:202, point 130, et du 23 juillet 2025, OT/Conseil, T‑1095/23, sous pourvoi, EU:T:2025:744, point 137).
260 Il convient d’ajouter que l’avis juridique émis par un cabinet d’audit et de conseil le 14 avril 2025 est doté d’une valeur probante limitée. En effet, ledit avis a été rédigé à la demande du requérant et aux fins d’étayer sa défense dans la présente affaire. Par ailleurs, les informations fournies par le requérant audit cabinet d’audit et de conseil pour la rédaction de cet avis n’ont pas toutes été produites devant le Tribunal. Tel est en particulier le cas des statuts des différentes sociétés concernées ou des contrats de cession des actions détenues par A‑Razvitie dans la société Anthracite.
261 Enfin, il importe de souligner que les pièces nos 1 et 15 du second dossier de preuves (voir point 25 ci‑dessus), présentent toujours le requérant comme étant le propriétaire d’AEON Corporation à la date du 4 juin 2025, à savoir postérieurement à la cession alléguée par le requérant de ses participations dans cette société. Par ailleurs, la pièce no 3 de ce second dossier de preuves, qui consiste en un article de presse émanant de l’agence de presse russe Tass du 18 avril 2025, présente Vorkutagol comme une filiale d’AEON Corporation. En outre, contrairement à ce qu’a soutenu le requérant lors de l’audience, il ressort clairement du titre et du contenu de cet article, que le requérant est décrit comme étant capable de conclure des accords avec un gouverneur régional au nom d’AEON Corporation et de Vorkutagol et donc comme étant toujours capable d’influencer activement les décisions prises par ces sociétés d’investir dans des projets d’infrastructures dans la ville minière de Vorkuta (Russie) et, notamment, de moderniser la piste d’atterrissage et l’aire de trafic de l’aéroport de cette ville. À cet égard, l’allégation formulée par le requérant lors de l’audience selon laquelle il a conclu les accords en question en son nom personnel et financé personnellement les investissements en cause, ne ressort pas de la pièce no 3 du second dossier de preuves. De plus cette allégation n’est étayée par aucun élément de preuve.
262 D’ailleurs, l’information présentée dans la pièce no 3 du second dossier de preuves est corroborée par un article de presse publié le 17 avril 2025 et reproduit à l’annexe I.12 des observations du Conseil sur le troisième mémoire en adaptation déposé. En outre, même après avoir été corrigés par leur auteur à la demande du requérant, les articles de presse qui figurent dans les annexes I.13 et I.14 de ces observations démontrent que, en juin 2025, le requérant s’exprimait toujours publiquement sur des questions liées au soutien accordé par le gouvernement russe à l’industrie charbonnière ou sur des questions liées au financement des projets d’infrastructures de transport.
263 Ainsi, dans les circonstances de l’espèce, le Conseil a fait état d’indices concrets, précis et concordants, permettant d’établir que le requérant était toujours un homme d’affaires ayant des activités dans les secteurs des infrastructures, du charbon et de l’énergie à la date de l’adoption des actes de septembre 2025.
264 Par conséquent, et eu égard aux appréciations effectuées aux points 230 à 236 ci‑dessus, le Conseil n’a pas commis d’erreur d’appréciation lorsque, par les actes de septembre 2025, il a maintenu le nom du requérant sur les listes litigieuses au motif qu’il était un homme d’affaires qui avait des activités dans des secteurs économiques qui fournissaient une source substantielle de revenus au gouvernement russe au sens du troisième volet du critère g) modifié.
265 Compte tenu de ce qui précède, le quatrième moyen est rejeté en ce qu’il concerne de prétendues erreurs d’appréciation commises par le Conseil dans les actes attaqués au regard du troisième volet du critère g) modifié.
E. Sur le cinquième moyen, tiré d’une violation du principe de proportionnalité et des droits fondamentaux
266 Le requérant soutient que la seule façon pour lui d’échapper aux mesures restrictives en cause serait de céder les participations qu’il détient dans certaines sociétés. Il en déduit que la limitation de son droit de propriété n’est pas proportionnée et ne respecte pas le contenu essentiel de ce droit.
267 Le droit de propriété, tel que protégé par l’article 17, paragraphe 1, de la Charte, ne constitue pas une prérogative absolue et peut, en conséquence, faire l’objet de limitations, dans les conditions énoncées à l’article 52, paragraphe 1, de la Charte (arrêt du 20 septembre 2023, Mordashov/Conseil, T‑248/22, non publié, EU:T:2023:573, point 153).
268 Ainsi, pour être conforme au droit de l’Union, une atteinte aux droits fondamentaux doit répondre à quatre conditions. Premièrement, la limitation en cause doit être « prévue par la loi », en ce sens que l’institution de l’Union adoptant des mesures susceptibles de restreindre le droit de propriété d’une personne, physique ou morale, doit disposer d’une base légale à cette fin. Deuxièmement, la limitation en cause doit respecter le contenu essentiel du droit de propriété. Troisièmement, elle doit répondre effectivement à un objectif d’intérêt général, reconnu comme tel par l’Union. Quatrièmement, la limitation en cause doit être proportionnée (voir arrêt du 27 juillet 2022, RT France/Conseil, T‑125/22, EU:T:2022:483, point 145 et jurisprudence citée).
269 En l’espèce, en premier lieu, le requérant ne conteste pas que les mesures restrictives en cause sont prévues par la loi et répondent à un objectif d’intérêt général, reconnu comme tel par l’Union.
270 En second lieu, il importe de souligner que les mesures restrictives adoptées à l’égard du requérant n’imposent pas à ce dernier l’obligation de céder ses participations dans les sociétés dans lesquelles il a des intérêts. En effet, comme cela ressort du point 6 ci‑dessus, les actes attaqués ont uniquement pour conséquence le gel de tous les fonds et ressources économiques du requérant situés sur le territoire de l’Union.
271 À cet égard, le requérant ne soutient pas que le gel de ses fonds porte atteinte au contenu essentiel de son droit de propriété et constitue une limitation disproportionnée de ce droit. Il convient d’ajouter premièrement que, en l’espèce, la nature et l’étendue du gel temporaire des fonds du requérant respectent le contenu essentiel de son droit de propriété et ne remettent pas en cause ce droit en tant que tel (voir, par analogie, arrêts du 29 mai 2024, Vinokurov/Conseil, T‑302/22, non publié, EU:T:2024:325, point 196, et du 5 mars 2025, Ponomarenko/Conseil, T‑249/22, non publié, EU:T:2025:202, point 199). Deuxièmement, s’agissant du caractère proportionné de la limitation du droit de propriété du requérant, il convient de relever que les mesures restrictives imposées au requérant, sont, en tant que telles, appropriées et nécessaires au regard de l’importance primordiale des objectifs qu’elles poursuivent Par ailleurs, l’importance des objectifs poursuivis par les mesures restrictives en cause, qui s’inscrivent dans l’objectif plus large du maintien de la paix et de la sécurité internationale, conformément aux objectifs de l’action extérieure de l’Union énoncés à l’article 21 TUE, est de nature à prévaloir sur des conséquences négatives, même considérables, pour le requérant (voir, par analogie, arrêts du 29 mai 2024, Vinokurov/Conseil, T‑302/22, non publié, EU:T:2024:325, points 199 à 201, et du 5 mars 2025, Ponomarenko/Conseil, T‑249/22, non publié, EU:T:2025:202, points 202 à 204).
272 Ainsi, les actes initiaux et de septembre 2024 ne portent pas atteinte au contenu essentiel du droit de propriété du requérant et ne prévoient pas une limitation disproportionnée de ce droit.
273 Pour autant que le requérant fait valoir que le maintien de son nom sur les listes litigieuses au moyen des actes de mars 2025 puis des actes de septembre 2025 est manifestement inapproprié pour atteindre les objectifs poursuivis par les mesures restrictives au motif qu’il avait cédé ses participations dans AEON Corporation et dans Vorkutagol, il suffit de rappeler que le Conseil n’a pas commis d’erreur d’appréciation lorsqu’il a considéré que le requérant était un actionnaire important dans AEON Corporation, Vorkutagol et Group Russian Energy tant à la date de l’adoption des actes de mars 2025 (voir points 243 à 255 ci-dessus) qu’à la date de l’adoption des actes de septembre 2025 (voir points 257 à 263 ci‑dessus).
274 Le cinquième moyen est donc rejeté.
275 Il ressort de l’ensemble des considérations qui précèdent que le Conseil a pu, à bon droit, inscrire puis maintenir le nom du requérant sur les listes litigieuses au titre du troisième volet du critère g) modifié au moyen des actes attaqués.
276 Eu égard à la nature préventive d’une décision adoptant des mesures restrictives, si le juge de l’Union considère que, à tout le moins, l’un des motifs mentionnés dans les actes attaqués est suffisamment précis et concret, qu’il est étayé et qu’il constitue en soi une base suffisante pour soutenir cette décision, la circonstance que d’autres de ces motifs ne le seraient pas ne saurait justifier l’annulation desdits actes (voir, en ce sens, arrêt du 28 novembre 2013, Conseil/Manufacturing Support & Procurement Kala Naft, C‑348/12 P, EU:C:2013:776, point 72 et jurisprudence citée).
277 Par conséquent, le recours est rejeté dans son intégralité sans qu’il soit besoin d’examiner le bien-fondé des autres griefs soulevés par le requérant visant à remettre en cause l’inscription ou le maintien du nom de celui-ci sur les listes litigieuses au titre du premier volet du critère g) modifié ou, s’agissant des actes initiaux et de septembre 2024, au titre du critère f). En particulier, il n’est pas nécessaire d’examiner la légalité du premier volet du critère g) modifié ni la légalité de l’article 2 ter de la décision 2014/145, telle que modifiée par la décision 2025/904, et de l’article 3, paragraphe 1 ter, du règlement no 269/2014, tel que modifié par le règlement 2025/903 (voir point 125 ci-dessus) qui, comme l’ont souligné les parties lors de l’audience, concernent la mise en œuvre de ce premier volet. Il n’est pas davantage nécessaire d’examiner l’existence d’erreurs d’appréciation commises par le Conseil lorsque, par les actes attaqués, il a inscrit puis maintenu le nom du requérant sur ces listes litigieuses au titre dudit volet.
V. Sur les dépens
278 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. Le requérant ayant succombé, il y a lieu de le condamner à supporter ses propres dépens ainsi que ceux exposés par le Conseil, conformément aux conclusions de ce dernier.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (quatrième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) M. Roman Trotsenko est condamné aux dépens.
| De Baere | Mac Eochaidh | Jočienė |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 16 septembre 2026.
Signatures
Table des matières
I. Antécédents du litige
II. Faits postérieurs à l’introduction du recours
III. Conclusions des parties
IV. En droit
A. Sur le deuxième moyen, tiré d’une violation du droit à une protection juridictionnelle effective et de l’obligation de motivation
1. Sur les actes initiaux et de septembre 2024
2. Sur les actes de mars et de septembre 2025
B. Sur le premier moyen, tiré d’une violation des droits de la défense, et sur le sixième moyen, tiré d’une violation des principes de bonne administration et de protection de la confiance légitime
1. Sur les actes initiaux
2. Sur les actes de septembre 2024
3. Sur les actes de mars 2025
4. Sur les actes de septembre 2025
C. Sur le troisième moyen, tiré d’exceptions d’illégalité
D. Sur le quatrième moyen, tiré d’erreurs d’appréciation
1. Sur les actes initiaux et les actes de septembre 2024
a) Sur la fiabilité des éléments de preuve
b) Sur le bien-fondé des actes initiaux et des actes de septembre 2024
1) Sur la qualité d’homme d’affaires du requérant
i) Sur les activités du requérant dans le secteur des infrastructures
ii) Sur les activités du requérant dans les secteurs du charbon et de l’énergie
2) Sur le fait que le requérant a des activités dans des secteurs économiques fournissant une source substantielle de revenus pour le gouvernement russe
2. Sur les actes de mars 2025 et de septembre 2025
a) Sur les actes de mars 2025
b) Sur les actes de septembre 2025
E. Sur le cinquième moyen, tiré d’une violation du principe de proportionnalité et des droits fondamentaux
V. Sur les dépens
* Langue de procédure : l’anglais.
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