Arrêt du Tribunal (première chambre) du 16 septembre 2026.#Absara Industrial, SL contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale KROMAT – Marque de l’Union européenne verbale antérieure CROMA – Incident technique lors de la production d’éléments de preuve par l’une des parties – Réouverture de la procédure – Principe du contradictoire – Article 94, paragraphe 1, deuxième phrase, du règlement (UE) 2017/1001 – Valeur probante des éléments de preuve de l’usage sérieux de la marque antérieure – Article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001 – Motif relatif de refus – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.#Affaire T-467/25.
| CELEX | 62025TJ0467 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 16 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (première chambre)
16 septembre 2026(*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale KROMAT – Marque de l’Union européenne verbale antérieure CROMA – Incident technique lors de la production d’éléments de preuve par l’une des parties – Réouverture de la procédure – Principe du contradictoire – Article 94, paragraphe 1, deuxième phrase, du règlement (UE) 2017/1001 – Valeur probante des éléments de preuve de l’usage sérieux de la marque antérieure – Article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001 – Motif relatif de refus – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 »
Dans l’affaire T‑467/25,
Absara Industrial, SL, établie à San Juan de Moró (Espagne), représentée par Me M. C. March Cabrelles, avocate,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par MM. T. Frydendahl et V. Ruzek, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO ayant été
Hansgrohe SE, établie à Schiltach (Allemagne),
LE TRIBUNAL (première chambre),
composé de M. E. Buttigieg, président, Mme M. Kancheva (rapporteure) et M. F. Bestagno, juges,
greffier : M. J. Čuboň, administrateur,
vu la phase écrite de la procédure,
à la suite de l’audience du 20 mai 2026,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Absara Industrial, SL, demande l’annulation et, en substance, la réformation de la décision de la deuxième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 22 mai 2025 (affaire R 22/2024‑2) (ci-après la « décision attaquée »).
I. Antécédents du litige
2 Le 18 août 2020, la requérante a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe verbal KROMAT.
3 La marque demandée désignait les produits relevant notamment de la classe 11 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant notamment à la description suivante : « Installations de salles de bains ; installations sanitaires ; installations de conduites d’eau à usage sanitaire ; appareils et installations sanitaires ; appareils pour bains ; installations de bains‑douches ; installations de douche ; douches ; receveurs de douche ; plates-formes de douche ; cabines de douche ; garnitures de douche ; pare-douches ; portes de douches ; appareils de douches ; unités de douche ; douches multifonctionnelles prémontées ; revêtements adaptés pour receveurs de douche ; douches vendues en kit ; baignoires-douches ; vannes de douche ; parois de cabines de douche [pare-douches] ; baignoires ; pare-douches pour baignoires ; cabines de douche ; garnitures de baignoires ; becs muraux pour baignoires ; mélangeurs de douche ; robinets ; pare-baignoires ; trop-pleins pour baignoires ; vannes [parties d’installations de robinetterie] ; soupapes régulatrices du niveau d’eau ».
4 Le 17 décembre 2020, l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO, Hansgrohe SE, a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée notamment pour les produits visés au point 3 ci-dessus.
5 L’opposition était fondée sur la marque verbale antérieure CROMA, désignant les produits relevant notamment de la classe 11 et correspondant à la description suivante : « Appareils d’éclairage, de distribution d’eau et installations sanitaires ; installations pour réchauffer l’eau ; vannes mélangeuses en tant que pièces d’installations sanitaires, robinets à commande manuelle ou automatique pour l’amenée et l’écoulement de l’eau ; robinets de lavabos, de bidets et d’éviers, robinets de baignoires et de douches ; cuves et éviers sanitaires, baignoires, bacs de douches, baignoires à jets d’eau, urinoirs, bidets, systèmes et cabines de douches ; douches combinées, douches complètes, douches multifonctionnelles ; douches multifonctionnelles prémontées ; douchettes et garnitures de douchettes, supports de douchettes, combinaisons de douchettes, douches pour le corps, douches latérales, tuyaux de douchettes, vaporisateurs et nébuliseurs en tant que pièces d’installations sanitaires, douches et baignoires ; robinets d’arrivée et d’écoulement pour toilettes, lavabos, éviers, bidets, baignoires et douches ; siphons (bondes anti-odeurs), tuyaux d’amenée et d’évacuation d’eau, robinets métalliques pour conduites d’eau comme pièces d’installations sanitaires ; raccords enfichables non métalliques pour le raccordement de tuyaux flexibles et de robinets pour conduites d’eau ; parties constitutives des produits précités ».
6 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).
7 À la suite de la demande formulée par la requérante, l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO a été invitée par l’EUIPO à apporter la preuve de l’usage sérieux de la marque antérieure invoquée à l’appui de l’opposition. Cette dernière a déféré à ladite demande dans le délai imparti.
8 Le 7 novembre 2023, la division d’opposition a partiellement fait droit à l’opposition pour une partie des produits désignés par la marque demandée.
9 Le 5 janvier 2024, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition pour autant que celle-ci a fait droit à l’opposition.
10 Par la décision attaquée, la chambre de recours a partiellement accueilli le recours. Tout d’abord, elle a confirmé l’usage sérieux de la marque antérieure uniquement pour la sous-catégorie des « installations sanitaires, à savoir des douchettes et des douches à tuyau ». Ensuite, elle a considéré que les produits couverts par la marque antérieure soit étaient identiques, soit présentaient un degré de similitude avec les produits désignés par la marque demandée variant de moyen à élevé. La chambre de recours a également considéré, en substance, que le public pertinent était composé à la fois du grand public et des professionnels ayant un niveau d’attention élevé. Eu égard au fait que les marques en conflit CROMA et KROMAT présentaient le lien le plus étroit dans la langue catalane, dans laquelle ces marques évoquaient les mots « crom » et « cromat », désignant le « chrome » ou le fait d’être « chromé », la chambre de recours a décidé de limiter son analyse au public catalanophone. Elle a considéré que lesdites marques avaient un caractère distinctif intrinsèque, en substance, faible, étant donné qu’elles faisaient référence à la caractéristique descriptive de « chrome », les produits en cause ayant souvent une apparence chromée. La chambre de recours a considéré que lesdites marques présentaient un degré de similitude, en substance, élevé sur les plans visuel et phonétique, alors que conceptuellement elles étaient moyennement similaires. Enfin, eu égard au niveau d’attention élevé du public pertinent, la chambre de recours a constaté l’existence d’un risque de confusion uniquement à l’égard des produits mentionnés au point 3 ci-dessus, considérés comme identiques ou présentant un degré de similitude élevé avec « les douchettes et les douches à tuyau ».
II. Conclusions des parties
11 La requérante conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée dans la mesure où la demande de marque a été rejetée pour les produits visés au point 3 ci-dessus ;
– ordonner à l’EUIPO d’accepter l’enregistrement de la marque demandée pour tous les produits pour lesquels elle a été déposée ;
– condamner l’EUIPO aux dépens.
12 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal d’annuler la décision attaquée.
III. En droit
A. Sur la compétence du Tribunal pour connaître du deuxième chef de conclusions de la requérante
13 L’EUIPO fait valoir que les conclusions de la requérante visant à ce que le Tribunal lui ordonne d’accepter l’enregistrement de la marque demandée pour tous les produits pour lesquels elle a été déposée sont irrecevables dans la mesure où elles visent à ce que le Tribunal lui adresse une injonction.
14 Lors de l’audience, la requérante a précisé que, par son deuxième chef de conclusions, elle demandait au Tribunal de réformer la décision attaquée, en concluant à l’absence de risque de confusion entre les marques en conflit pour tous les produits pour lesquels la marque demandée avait été déposée.
15 Partant, dans la mesure où la requérante a précisé, lors de l’audience, que, par son deuxième chef de conclusions, elle demandait à ce que le Tribunal réforme la décision attaquée au sens de l’article 72, paragraphe 3, du règlement 2017/1001, en adoptant la décision que la chambre de recours aurait dû prendre, en considérant qu’il n’existe pas de risque de confusion entre les marques en conflit, conformément aux dispositions dudit règlement, il convient d’écarter l’argumentation de l’EUIPO résumée au point 13 ci-dessus et de vérifier ultérieurement si les conditions pour effectuer la réformation demandée sont réunies en l’espèce, ce que l’EUIPO conteste.
B. Sur le fond
16 À l’appui de son recours, la requérante invoque, en substance, trois moyens, tirés, le premier, de la violation de l’article 10, paragraphe 7, du règlement délégué (UE) 2018/625 de la Commission, du 5 mars 2018, complétant le règlement 2017/1001 et abrogeant le règlement délégué (UE) 2017/1430 (JO 2018, L 104, p. 1), le deuxième, de la violation de l’article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001 et, le troisième, de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du même règlement.
1. Sur la demande d’annulation de la décision attaquée
a) Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 10, paragraphe 7, du règlement délégué 2018/625
17 La requérante soutient, en substance, que l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO a produit les annexes II, IV, V et VI devant la division d’opposition après l’expiration du délai initialement fixé sans aucune explication, ce que la division d’opposition, puis la chambre de recours auraient accepté sous prétexte d’une erreur technique non établie et sur la base de l’index décrivant des éléments de preuve incluant les annexes manquantes, déposé initialement. La requérante reproche à la chambre de recours d’avoir donné une nouvelle interprétation de son pouvoir discrétionnaire permettant d’accepter de nouveaux documents, selon laquelle la présentation d’une liste des preuves serait un moyen acceptable de se conformer au délai fixé conformément à l’article 10, paragraphe 2, du règlement délégué 2018/625, ouvrant la possibilité de déposer tardivement les documents indiqués sur ladite liste. Selon la requérante, cette interprétation est contraire à la jurisprudence et modifie l’obligation légale figurant à l’article 47 du règlement 2017/1001.
18 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
19 Dans la décision attaquée, la chambre de recours a indiqué, en substance, que l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO avait produit dans le délai initialement imparti des éléments de preuve de l’usage sérieux de la marque antérieure ainsi qu’un index des annexes répertoriant celles-ci de I à VI et en indiquant le contenu (y compris le type de document et le nombre de pages).
20 La chambre de recours a également relevé, dans la décision attaquée, que, la requérante, dans ses observations sur les éléments de preuve produits par l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO devant la division d’opposition, ayant critiqué les annexes I et III et ayant indiqué ne pas avoir reçu les annexes II, IV, V et VI listées sur l’index, tous les éléments de preuve ont été produits à nouveau par l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO en réponse à ces critiques.
21 La chambre de recours a également indiqué que la division d’opposition avait considéré, au vu de l’index des annexes indiquant le type de document et le nombre de pages des annexes et compte tenu du fait que les annexes II, IV, V et VI produites ultérieurement correspondaient à leur description figurant dans cet index, que ces annexes avaient été soumises dans le délai imparti et qu’il était probable qu’un problème technique soit à l’origine du fait que la requérante n’ait pas reçu toutes les annexes. La chambre de recours a ajouté que c’est pour cette raison que la division d’opposition avait décidé de rouvrir la procédure en donnant la possibilité à la requérante de présenter ses observations à l’égard de toutes les annexes produites par l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO. La chambre de recours a noté que la division d’opposition avait, par conséquent, conclu que l’opposante avait produit tous les éléments de preuve dans le délai initialement fixé et que l’argument de la requérante à cet égard devait être rejeté.
22 La chambre de recours a relevé qu’elle souscrivait aux considérations de la division d’opposition et que, en tout état de cause, cette dernière avait fait, à bon droit, usage de son pouvoir discrétionnaire au titre de l’article 10, paragraphe 7, du règlement délégué 2018/625, lu conjointement avec l’article 95, paragraphe 2, du règlement 2017/1001. En effet, la chambre de recours a considéré que les annexes supplémentaires complétaient les annexes produites avant la date limite pour prouver l’usage de la marque antérieure. Selon elle, tout d’abord, les annexes initialement produites comprenaient déjà une déclaration sous serment et une ventilation des ventes dans chaque pays de l’Union européenne entre 2016 et 2021, avec des chiffres d’affaires importants, ainsi que des photographies de l’emballage de produits couverts par la marque antérieure. Ensuite, les éléments de preuve supplémentaires étaient explicitement mentionnés dans l’index initial, démontrant ainsi qu’il avait toujours été prévu qu’ils fassent partie de la soumission globale. Elle a ajouté que ces éléments de preuve étaient susceptibles d’être pertinents pour l’issue de l’affaire et que l’existence du prétendu problème technique constituait, à la lumière des autres circonstances de l’espèce, une raison valable pour la présentation tardive de ceux-ci. La chambre de recours a, enfin, rappelé que, en tout état de cause, la division d’opposition avait rouvert la procédure afin de donner à la requérante la possibilité de présenter ses observations en réponse à tous les documents présentés à ce stade ultérieur par l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO et qu’elle a donc garanti le droit de la requérante d’être entendue en ce qui concerne ces éléments de preuve. La chambre de recours en a conclu que les éléments de preuve présentés après le délai fixé initialement devaient être acceptés en tant qu’éléments de preuve supplémentaires.
23 En premier lieu, il convient de relever que, dès lors que l’index des annexes produit dans le délai initialement imparti mentionnait les annexes II, IV, V et VI ainsi que le contenu et le nombre de pages de celles-ci, et que ces annexes, produites ultérieurement, correspondaient à la description qui en avait été faite dans l’index, la chambre de recours a considéré, à juste titre, en substance, que la division d’opposition avait, à bon droit, considéré qu’il était plausible que le fait que la requérante n’ait pas reçu ces annexes soit dû à un problème technique et, dans ces conditions, avait rouvert la procédure afin de donner la possibilité à la requérante de prendre position sur ces annexes, transmises après le délai imparti, en garantissant ainsi le droit de la requérante d’être entendue en ce qui concerne ces annexes.
24 En second lieu, à supposer, ainsi que le suggère la requérante en soutenant que ce problème technique n’était pas établi, que la non-réception initiale des annexes II, IV, V et VI par la requérante ne soit pas due à un problème technique, mais à une omission de la part de l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO, il convient de relever que la chambre de recours a considéré que, en tout état de cause, la division d’opposition avait, à juste titre, exercé son pouvoir discrétionnaire au titre de l’article 10, paragraphe 7, du règlement délégué 2018/625, lu conjointement avec l’article 95, paragraphe 2, du règlement 2017/1001.
25 À cet égard, il convient de rappeler que, conformément à l’article 10, paragraphe 7, du règlement délégué 2018/625, lorsque, après l’expiration du délai imparti par l’EUIPO, des indications ou des preuves complétant les indications ou les preuves pertinentes déjà présentées dans ledit délai sont présentées, l’EUIPO peut tenir compte des éléments de preuve soumis hors délai en raison du pouvoir discrétionnaire que lui confère l’article 95, paragraphe 2, du règlement 2017/1001. En exerçant son pouvoir discrétionnaire, l’EUIPO tient compte, en particulier, du stade de la procédure, de la question de savoir si les faits ou les preuves sont, à première vue, susceptibles d’être pertinents pour l’issue de l’affaire et de l’existence de raisons valables justifiant la présentation tardive des faits ou des preuves.
26 Il ressort de la décision attaquée, présentée au point 22 ci-dessus, que, si la chambre de recours a, certes, indiqué que le fait que l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO avait fourni, dans le délai imparti, un index mentionnant les annexes II, IV, V et VI démontrait que lesdites annexes faisaient partie de la soumission initiale de cette partie, c’est, en substance, les considérations tirées du fait que lesdites annexes venaient compléter les annexes reçues par la requérante dans le délai initialement fixé et qu’elles étaient susceptibles d’être pertinentes pour l’issue de l’affaire qui ont permis à la chambre de recours de justifier un éventuel dépôt tardif desdits éléments de preuve.
27 Partant, c’est à tort que la requérante reproche à la chambre de recours d’avoir donné une nouvelle interprétation de son pouvoir discrétionnaire permettant d’accepter de nouveaux documents, selon laquelle la présentation d’une liste des preuves serait un moyen acceptable de se conformer au délai fixé conformément à l’article 10, paragraphe 2, du règlement délégué 2018/625.
28 Dès lors, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que la division d’opposition avait admis, à juste titre, les preuves supplémentaires produites par l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO.
29 Il s’ensuit que le premier moyen doit être rejeté.
b) Sur le deuxième moyen, tiré de la violation de l’article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001
30 La requérante soutient que la chambre de recours a violé l’article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001 au motif que, contrairement à ce que cette dernière a estimé, les éléments produits par l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO en vue d’établir l’usage sérieux de la marque antérieure sont insuffisants et ne prouvent ni la fréquence, ni la continuité de l’usage, ni un usage vers l’extérieur et en volume suffisant. Outre leur nombre limité, aucun desdits éléments ne provient d’une source indépendante permettant de vérifier l’exactitude des informations qu’ils contiennent. Ainsi, l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO n’aurait pas apporté, comme exigé par la jurisprudence et notamment par l’arrêt du 18 janvier 2011, Advance Magazine Publishers/OHMI – Capela & Irmãos (VOGUE) (T‑382/08, non publié, EU:T:2011:9, point 22), d’éléments concrets et objectifs qui prouvent une utilisation effective et suffisante de la marque sur le marché concerné.
31 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
32 Aux termes de l’article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001, sur requête du demandeur, le titulaire d’une marque de l’Union européenne antérieure qui a formé opposition apporte la preuve que, au cours des cinq années qui précèdent la date de dépôt ou la date de priorité de la demande de marque de l’Union européenne, la marque de l’Union européenne antérieure a fait l’objet d’un usage sérieux dans l’Union pour les produits ou les services pour lesquels elle est enregistrée et sur lesquels l’opposition est fondée, ou qu’il existe de justes motifs pour le non-usage, pour autant que, à cette date, la marque antérieure soit enregistrée depuis cinq ans au moins. À défaut d’une telle preuve, l’opposition est rejetée. Si la marque de l’Union européenne antérieure n’a été utilisée que pour une partie des produits ou des services pour lesquels elle est enregistrée, elle n’est réputée enregistrée, aux fins de l’examen de l’opposition, que pour cette partie des produits ou des services.
33 Aux fins de l’interprétation de la notion d’usage sérieux, il convient de rappeler qu’une marque fait l’objet d’un usage sérieux lorsqu’elle est utilisée, conformément à sa fonction essentielle qui est de garantir l’identité d’origine des produits ou des services pour lesquels elle a été enregistrée, afin de créer ou de conserver un débouché pour ces produits et services, à l’exclusion d’usages de caractère symbolique ayant pour seul objet le maintien des droits conférés par la marque. De plus, la condition relative à l’usage sérieux de la marque exige que celle-ci, telle qu’elle est protégée sur le territoire pertinent, soit utilisée publiquement et vers l’extérieur [voir arrêt du 8 juillet 2004, Sunrider/OHMI – Espadafor Caba (VITAFRUIT), T‑203/02, EU:T:2004:225, point 39 et jurisprudence citée].
34 L’appréciation du caractère sérieux de l’usage de la marque doit reposer sur l’ensemble des faits et des circonstances propres à établir la réalité de l’exploitation commerciale de celle-ci, en particulier les usages considérés comme justifiés dans le secteur économique concerné pour maintenir ou créer des parts de marché au profit des produits ou des services protégés par la marque, la nature de ces produits ou de ces services, les caractéristiques du marché, l’étendue et la fréquence de l’usage de la marque (voir arrêt du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 40 et jurisprudence citée).
35 Quant à l’importance de l’usage qui a été fait de la marque antérieure, il convient de tenir compte, notamment, du volume commercial de l’ensemble des actes d’usage, d’une part, et de la durée de la période pendant laquelle des actes d’usage ont été accomplis ainsi que de la fréquence de ces actes, d’autre part [arrêts du 8 juillet 2004, MFE Marienfelde/OHMI – Vétoquinol (HIPOVITON), T‑334/01, EU:T:2004:223, point 35, et du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 41]. Il y a lieu, en outre, de préciser qu’il n’est pas nécessaire que l’usage dure pendant toute la période de cinq ans, mais pendant une période suffisamment longue pour établir que cet usage est sérieux [arrêt du 16 novembre 2011, Buffalo Milke Automotive Polishing Products/OHMI – Werner & Mertz (BUFFALO MILKE Automotive Polishing Products), T‑308/06, EU:T:2011:675, point 74].
36 Pour examiner, dans un cas d’espèce, le caractère sérieux de l’usage d’une marque antérieure, il convient de procéder à une appréciation globale en tenant compte de tous les facteurs pertinents du cas d’espèce. Cette appréciation implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte. Ainsi, un faible volume de produits commercialisés sous ladite marque peut être compensé par une forte intensité ou une grande constance dans le temps de l’usage de cette marque et inversement (arrêts du 8 juillet 2004, HIPOVITON, T‑334/01, EU:T:2004:223, point 36, et du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 42).
37 Le chiffre d’affaires réalisé ainsi que la quantité de ventes de produits sous la marque antérieure ne sauraient être appréciés dans l’absolu, mais doivent l’être en rapport avec d’autres facteurs pertinents, tels que le volume de l’activité commerciale, les capacités de production ou de commercialisation ou le degré de diversification de l’entreprise exploitant la marque ainsi que les caractéristiques des produits ou des services sur le marché concerné. De ce fait, il n’est pas nécessaire que l’usage de la marque antérieure soit toujours quantitativement important pour être qualifié de sérieux (arrêts du 8 juillet 2004, HIPOVITON, T‑334/01, EU:T:2004:223, point 36, et du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 42). Un usage même minime peut donc être suffisant pour être qualifié de sérieux, à condition qu’il soit considéré comme justifié, dans le secteur économique concerné, pour maintenir ou créer des parts de marché pour les produits ou les services protégés par la marque. Ainsi, il n’est pas possible de fixer a priori, de façon abstraite, quel seuil quantitatif devrait être retenu pour déterminer si l’usage avait ou non un caractère sérieux, de sorte qu’une règle de minimis, qui ne permettrait pas à l’EUIPO ou, sur recours, au Tribunal d’apprécier l’ensemble des circonstances du litige qui leur est soumis, ne saurait être fixée (voir arrêt du 11 mai 2006, Sunrider/OHMI, C‑416/04 P, EU:C:2006:310, point 72 et jurisprudence citée).
38 L’usage sérieux d’une marque ne peut pas être démontré par des probabilités ou des présomptions, mais doit reposer sur des éléments concrets et objectifs qui prouvent une utilisation effective et suffisante de la marque sur le marché concerné [arrêts du 12 décembre 2002, Kabushiki Kaisha Fernandes/OHMI – Harrison (HIWATT), T‑39/01, EU:T:2002:316, point 47, et du 6 octobre 2004, Vitakraft-Werke Wührmann/OHMI – Krafft (VITAKRAFT), T‑356/02, EU:T:2004:292, point 28].
39 En l’espèce, en vue d’établir l’usage sérieux de la marque antérieure, l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO a produit les éléments de preuve suivants :
– annexe I : une déclaration sous serment faite par la responsable des droits de propriété intellectuelle de l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO, datée du 11 février 2022. Elle indique que la marque en cause est utilisée depuis 1995 en lien avec des douches et des systèmes de douche. Le document fournit les chiffres annuels des ventes pour la période 2016-2021 pour l’Union (annexes A et B.1 à B.6) ;
– annexe II : six factures émises par l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO entre 2016 et 2021 à l’attention de clients situés en Belgique, en Tchéquie, en Allemagne et en France. La marque CROMA apparaît sur toutes les factures avec d’autres mots, par exemple « Showerpipe », « Select » ou « Multi green ». Les montants sont exprimés en euros et en couronnes tchèques. Les quantités de produits vendus et les montants sont apparents. Les langues des factures sont le tchèque, le français et l’allemand ;
– annexe III : des photographies de l’emballage de produits tels qu’une douchette et une douche à main montrant la marque ;
– annexes IV à VI : des pages choisies d’un catalogue, d’un manuel des ventes et d’une brochure datées respectivement de 2016-2017, 2017 et 2018. Le nom « Hansgrohe » et la date apparaissent sur le côté droit de la dernière page. Ils contiennent des informations (en anglais) sur la gamme de douches de l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO (y compris les ensembles de douche et les tuyaux de douche), ainsi que les numéros de référence et les codes-barres identifiant chacun de ces produits. Les codes des articles (par exemple, 26592-400 ou 26563-400) figurant sur certaines des images coïncident avec ceux indiqués sur les factures (par exemple, 26592-400 Croma Select E Vario ou 26563-400 Croma Select S Vario EcoSmart).
40 Tout d’abord, s’agissant de la durée et du lieu de l’usage, la chambre de recours a considéré que l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO avait prouvé l’usage de la marque antérieure durant la période de cinq ans précédant la date de la demande d’enregistrement de la marque demandée, à savoir du 18 août 2015 au 17 août 2020 (ci-après la « période pertinente »), sur le territoire pertinent de l’Union, notamment en Belgique, en France, en Allemagne et en Tchéquie. La chambre de recours a fondé ses appréciations sur les six factures, montrant des ventes durant six ans vers ces pays, ainsi que sur des catalogues de vente (2016-2017), un manuel de vente (2017) et une brochure promotionnelle (2018).
41 Ensuite, s’agissant de l’importance de l’usage, la chambre de recours a souscrit à l’appréciation selon laquelle la déclaration sous serment ainsi que les six factures faisaient référence à la vente de produits portant la marque antérieure et fournissaient suffisamment d’informations concernant le volume commercial, la durée et la fréquence de l’usage de la marque antérieure. La chambre de recours a conclu que les factures démontraient une utilisation qui n’était pas quantitativement parlant simplement symbolique, minime ou théorique dans le seul but de préserver les droits conférés par la marque antérieure. La chambre de recours a rejeté l’argument de l’insuffisance des éléments de preuve et notamment des faibles volumes qui, selon la requérante, ressortent desdites factures, en précisant que, lorsque, comme en l’espèce, la numérotation des factures est très espacée et suit un ordre chronologique ascendant, les factures doivent être considérées comme purement illustratives de l’activité commerciale. Selon la chambre de recours, les quantités et les chiffres d’affaires qui ressortent desdites factures sont suffisants pour considérer que l’importance de l’usage a été prouvée, ce qui est également confirmé par les catalogues de vente, les manuels d’utilisation et les brochures, ainsi que par les chiffres de vente annuels en rapport avec la déclaration sous serment.
42 Enfin, quant à la nature de l’usage, la chambre de recours a considéré, premièrement, s’agissant de l’usage en tant que marque dans la vie des affaires, que la plupart des éléments de preuve démontraient l’usage du signe verbal CROMA, qui apparaît systématiquement dans l’ensemble des éléments de preuve, la preuve de son usage se reflétant également dans les factures qui font référence à des produits (douches et douchettes) figurant dans les catalogues de vente ou dans les brochures promotionnelles. Ainsi, le signe antérieur a été utilisé couramment en tant que marque, indiquant l’origine commerciale des produits en cause. Deuxièmement, s’agissant de l’usage de la marque telle qu’enregistrée, la chambre de recours a considéré, en substance, que les éléments de preuve montraient un usage du signe qui suffisait à prouver un usage minimal de la marque verbale antérieure telle qu’elle a été enregistrée. Selon la chambre de recours, en substance, l’usage de la marque antérieure avec des éléments descriptifs, tels que « HG Showerpipe Croma 220 », « HG douchette Croma 100 », « HG Croma 100 Multi Green/Unica » ou avec la marque maison Hansgrohe ou ses initiales HG ne saurait détourner l’attention de l’élément verbal « croma ». Par conséquent, l’usage de la marque telle qu’enregistrée ou sous une forme qui n’altère pas son caractère distinctif a été démontré. Troisièmement, s’agissant de l’usage en rapport avec les produits pour lesquels la marque antérieure a été enregistrée, la chambre de recours a considéré, en substance, que les éléments de preuve ne démontraient l’usage sérieux qu’en ce qui concernait « les douchettes et les douches à tuyau », lesquelles, contrairement aux arguments de la requérante, ne peuvent pas être considérées comme une simple sous-catégorie d’accessoires de plomberie, même si elles peuvent être utilisées ou être reliées à de tels accessoires, mais constituent une sous-catégorie objective d’« installations sanitaires », relevant de la classe 11, étant donné qu’il s’agit de produits complexes, dont la fonction principale est de fournir de l’eau à l’utilisateur pour la douche, en assurant à la fois le contrôle de la température et du débit.
43 La requérante conteste, en substance, de façon générale la valeur probante des éléments de preuve et en particulier les appréciations relatives à l’importance de l’usage de la marque antérieure.
44 À cet égard, tout d’abord, la requérante soutient que la déclaration sous serment d’un employé du personnel encadrant (annexe I) n’est corroborée par aucun autre document provenant d’une source objective, comme cela était le cas dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 11 juin 2025, Nio/EUIPO – Audi (ES8) (T‑593/23, non publié, EU:T:2025:587), et que, partant, la force probante de ladite déclaration est limitée. De même, les informations données par cette déclaration seraient vagues et sans rapport avec la situation de la marque antérieure sur le marché des consommateurs finaux. De plus, les chiffres d’affaires par année ne préciseraient pas s’ils se réfèrent aux ventes de Hansgrohe en général ou aux produits spécifiques commercialisés sous la marque antérieure. En effet, il n’y aurait pas de lien logique entre la déclaration sous serment, les chiffres d’affaires et les autres éléments de preuve.
45 Ensuite, selon la requérante, les six factures (annexe II) étant établies entre le producteur et des intermédiaires et n’étant pas accompagnées de preuves supplémentaires montrant que les produits ont atteint les consommateurs finaux, conformément à l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 18 janvier 2011, VOGUE (T‑382/08, non publié, EU:T:2011:9), ne suffisent pas à établir l’usage sérieux, car ces preuves ne démontrent pas le volume des ventes des produits couverts par la marque antérieure aux consommateurs finaux. De même, aucune information n’avait été fournie sur les ventes effectives des produits auxdits intermédiaires pour déterminer si lesdits produits ont effectivement été mis sur le marché ou s’ils sont stockés dans les entrepôts de ces revendeurs. Par ailleurs, rien ne prouverait que les intermédiaires n’auraient pas acheté et stocké ces produits, uniquement pour se conformer aux exigences d’achat de quantités minimum imposées dans un contrat de distribution. La requérante soutient que les six factures représentent un usage très dispersé et démontrent un faible volume de ventes compte tenu de la nature des produits, ce qui ne reflèterait pas des ventes d’une intensité et d’une fréquence suffisantes pour être considérées comme traduisant un usage effectif. La requérante rappelle que la jurisprudence indique clairement qu’une présence minimale sur le marché est nécessaire pour conserver la part de marché et être qualifiée d’usage. Ce « minimum » peut varier en fonction de la nature du produit et du type de marché. Or, les pommeaux de douche et douches à tuyau n’étant pas chers (moins de 100 euros), les quantités de vente indiquées sur les factures pour une période de six années seraient anecdotiques (moins de 250 pièces vendues en France, 93 pièces vendues en Allemagne, 18 pièces vendues en Tchéquie) et ne démontreraient ni l’usage effectif de la marque ni sa présence sur le marché. Dès lors, l’usage sérieux ne serait pas prouvé.
46 Enfin, la requérante avance que certaines conclusions de la chambre de recours reposent sur des présomptions et des probabilités, faute de véritables informations. Or, conformément à la jurisprudence, l’usage sérieux d’une marque ne peut pas être démontré par des probabilités ou des présomptions. Dès lors, les éléments de preuve ne répondent pas au standard minimal permettant de considérer que la marque antérieure a fait l’objet d’un usage sérieux.
47 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
48 À cet égard, en premier lieu, s’agissant des arguments relatifs aux éléments de preuve visant à établir l’usage sérieux, il convient de rappeler, quant à la question de la suffisance des volumes de vente et des quantités mentionnées sur les six factures, que le ratio legis de l’exigence selon laquelle la marque antérieure doit avoir fait l’objet d’un usage sérieux ne vise ni à évaluer la réussite commerciale, ni à contrôler la stratégie économique d’une entreprise ou encore à réserver la protection des marques à leurs seules exploitations commerciales quantitativement importantes [voir arrêts du 8 juillet 2004, HIPOVITON, T‑334/01, EU:T:2004:223, point 32 et jurisprudence citée, et du 27 septembre 2007, La Mer Technology/OHMI – Laboratoires Goëmar (LA MER), T‑418/03, non publié, EU:T:2007:299, point 53 et jurisprudence citée].
49 En l’espèce, il y a lieu de considérer, à l’instar de la chambre de recours au point 62 de la décision attaquée, que les volumes de vente ressortant des factures, à savoir 526 unités de douchette et de kit de douche à tuyau vendus pour les six factures produites, sont suffisants pour que l’importance de l’usage soit considérée comme suffisante. En outre, les factures ont été émises entre 2016 et 2021 et couvrent ainsi la quasi-intégralité de la période pertinente, ce qui démontre une certaine constance dans le temps de l’usage de la marque antérieure. De plus, le fait que ces six factures soient adressées à six entités distinctes situées dans différentes régions du territoire pertinent suggère un usage géographiquement diversifié et durable.
50 Ainsi, il y a lieu de considérer, eu égard à la jurisprudence citée aux points 36, 37 et 48 ci-dessus, que la chambre de recours a estimé, à juste titre, que, collectivement, les factures soumises par l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO montraient plus qu’un usage symbolique de la marque antérieure. Elle a également considéré, à juste titre, que cette conclusion était confirmée par d’autres éléments de preuve, tels que les catalogues présentant les produits vendus, sous les marques antérieures, des manuels d’utilisation et des brochures, ainsi que les chiffres de vente annuels liés à la déclaration sous serment, et que, par conséquent, en substance, l’importance de l’usage avait été démontrée.
51 Cette conclusion n’est pas remise en cause par les autres arguments de la requérante.
52 Premièrement, s’agissant de l’argument relatif à la valeur probante de la déclaration sous serment, il convient de rappeler que, lorsqu’une déclaration a été établie, au sens de l’article 97, paragraphe 1, sous f), du règlement 2017/1001, par l’un des cadres de la partie intéressée, il ne peut être attribué de valeur probante à ladite déclaration que si elle est corroborée par d’autres éléments de preuve. En effet, une déclaration établie dans l’intérêt de son auteur n’a qu’une valeur probante limitée et nécessite d’être étayée par des éléments de preuve supplémentaires, même si cela n’autorise toutefois pas les instances de l’EUIPO à considérer par principe qu’une telle déclaration est en soi dépourvue de toute crédibilité. La valeur probante à accorder à pareille déclaration, prise isolément ou conjointement avec d’autres éléments de preuve, est fonction, notamment, des circonstances de l’espèce [voir arrêt du 28 juin 2023, CEDC International/EUIPO – Underberg (Forme d’un brin d’herbe dans une bouteille), T‑145/22, EU:T:2023:365, point 84 et jurisprudence citée].
53 En l’espèce, la déclaration sous serment en cause ne saurait être considérée comme dénuée de valeur probante pour la seule raison qu’elle n’émane pas de tiers, mais d’une personne ayant des liens étroits avec l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO. Cette déclaration constitue un indice d’usage corroboré par d’autres éléments probants, sans que ni l’impartialité ni la crédibilité de ceux-ci ne doivent être mises en cause. En effet, ladite déclaration est étayée par les informations relatives aux chiffres d’affaires importants par année et par État membre de l’Union durant la période pertinente et l’année suivant cette période. L’usage de la marque antérieure est également étayé par les six factures fournies par la requérante. Les éléments de preuve promotionnels et de vente témoignent également des efforts déployés aux fins de l’utilisation de la marque antérieure en tant que telle, publiquement et vers l’extérieur suivant sa fonction première d’identification de l’origine commerciale des produits. Partant, les factures et les éléments de preuve relatifs à la promotion et à la vente des « douchettes et douches à tuyau » rendent crédible la déclaration sous serment [voir, en ce sens, arrêt du 3 octobre 2019, 6Minutes Media/EUIPO – ad pepper media International (ad pepper), T‑666/18, non publié, EU:T:2019:720, points 89, 90 et 92].
54 Dans ces conditions, c’est sans commettre d’erreur que la chambre de recours a tenu compte de la déclaration sous serment en cause dans son analyse globale des pièces produites afin de démontrer l’usage sérieux de la marque antérieure.
55 Deuxièmement, quant à l’argumentation de la requérante selon laquelle il n’est pas clair si les chiffres d’affaires se rapportent à l’activité de l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO ou à la vente des produits sous la marque CROMA, il convient de relever qu’il ressort clairement de la déclaration sous serment que la marque antérieure est utilisée depuis 1995 et que les chiffres d’affaires importants attestent du succès de celle-ci, tel que décrit dans la déclaration. Dans la mesure où cette déclaration est rendue crédible par les autres éléments de preuve, ainsi que cela est constaté aux points 53 et 54 ci-dessus, il convient d’écarter comme étant non fondé l’argument contestant le lien entre les chiffres d’affaires et la marque antérieure.
56 Troisièmement, quant au lien logique général entre les éléments de preuve, il convient de relever que, d’une part, la déclaration est étayée par les chiffres d’affaires et que, d’autre part, les codes des produits identifiés sur ces factures sont identiques aux codes de certains produits présents sur les pages de catalogues, des manuels de vente ou de la brochure promotionnelle. Ainsi, le lien entre les éléments de preuve est évident, compte tenu du fait que ces éléments se rapportent à la même marque antérieure, se situent au sein de la même période et visent les mêmes produits, ce qui est suffisant pour considérer que les éléments de preuve présentent un lien. Partant, il convient de considérer que le lien direct entre les éléments de preuve dans le contexte du cas d’espèce a été établi à suffisance.
57 En deuxième lieu, s’agissant de la question relative à l’usage de la marque antérieure publiquement et vers l’extérieur, il convient d’écarter l’argument de la requérante selon lequel il n’est pas établi que les produits vendus sous la marque antérieure ont atteint les consommateurs finaux, sans qu’il soit nécessaire de se prononcer sur la recevabilité de l’annexe A.11, présentée pour la première fois devant le Tribunal, par laquelle la requérante tente d’établir que les factures produites par l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO sont destinées uniquement à de gros revendeurs et non aux clients finaux.
58 En effet, d’une part, contrairement à l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 18 janvier 2011, VOGUE (T‑382/08, non publié, EU:T:2011:9, point 50), cité par la requérante, en l’espèce, des informations sur les chiffres d’affaires permettant de juger de l’intensité de l’usage et des volumes des ventes des produits couverts par la marque antérieure ont été produites. Eu égard à l’ampleur de ces chiffres en dizaines de millions d’euros, le fait que les produits couverts par la marque antérieure ont atteint le consommateur final doit être considéré comme établi.
59 D’autre part, à l’instar de l’EUIPO, il convient de considérer que l’usage extérieur d’une marque n’équivaut pas nécessairement à un usage orienté vers les consommateurs finaux, même si ce sont eux les utilisateurs des produits en cause. En effet, les intermédiaires, qui sont les destinataires des factures produites aux fins de l’établissement de l’usage sérieux de la marque antérieure de l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO, sont des entités indépendantes de cette dernière et existent grâce à la revente des produits avec lesquels ils opèrent.
60 En ce sens, l’idée même que les intermédiaires vont acheter des produits uniquement pour se conformer à un contrat de distribution est en contradiction totale avec le mode de fonctionnement de ces entités. De même, eu égard à l’importance des chiffres d’affaires, une telle hypothèse n’est pas plausible. La requérante n’étaye d’ailleurs pas son raisonnement et n’explique pas pourquoi un revendeur voudrait se conformer à un tel contrat et ne pas le dénoncer, si le produit ne se vend pas et exige en outre un stockage, ce qui engendre des frais supplémentaires. Toutefois, même à considérer que c’est le cas, l’usage effectif de la marque se rapporte au marché sur lequel le titulaire de la marque de l’Union européenne exerce ses activités commerciales et sur lequel il espère exploiter sa marque.
61 Ainsi, considérer que l’usage extérieur d’une marque, au sens de la jurisprudence, consiste nécessairement en un usage orienté vers les consommateurs finaux reviendrait à exclure les marques utilisées dans les seuls rapports entre sociétés de la protection du règlement 2017/1001. En effet, le public pertinent auquel les marques ont vocation à s’adresser ne comprend pas uniquement les consommateurs finaux, mais également les spécialistes, des clients industriels et d’autres utilisateurs professionnels et notamment les revendeurs (voir, en ce sens, arrêt du 3 octobre 2019, ad pepper, T‑666/18, non publié, EU:T:2019:720, point 80 et jurisprudence citée).
62 Dès lors, il convient de considérer que, en l’espèce, les distributeurs des produits en cause font partie intégrante du public pertinent, en l’occurrence de sa partie professionnelle. Partant, l’argument de la requérante doit être écarté comme étant non fondé.
63 En troisième lieu, pour ce qui est des critiques relatives au recours à des présomptions et à des probabilités aux points 62 et 63 de la décision attaquée, il y a lieu de relever que, dans le contexte de l’affaire et notamment à la suite du constat que les six factures présentées comme éléments de preuve de l’usage sérieux de la marque antérieure ne sont que des échantillons représentatifs, des formules comme « il est très peu probable que [l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO] soit en mesure de produire une seule facture pour six années consécutives et que ces factures représentent les seules ventes réalisées par [elle] au cours de ces années » ou encore « il est raisonnable de supposer qu’il existe d’autres factures » ne reflètent pas une supposition hâtive, mais une simple déduction logique dans le contexte de plusieurs dizaines de millions d’euros de chiffres d’affaires attestés par une déclaration sous serment et des éléments dont ni l’impartialité ni la crédibilité ne sauraient être mises en cause (voir points 48, 53 et 54 ci-dessus). Il convient d’ajouter que des factures avec une numérotation qui n’est pas consécutive constituent une indication de l’existence d’autres factures [voir arrêt du 4 avril 2019, United Wineries/EUIPO – Compañía de Vinos Miguel Martín (VIÑA ALARDE), T‑779/17, non publié, EU:T:2019:220, point 52 et jurisprudence citée]. En tout état de cause, il y a lieu de relever, en substance, à l’instar de l’EUIPO, qu’il ressort du point 62 de la décision attaquée que la chambre de recours a estimé que les quantités et les montants figurant sur les six factures fournies étaient suffisants pour que l’importance de l’usage soit considérée comme suffisante, avant d’ajouter, au point 63 de cette décision, qu’il était raisonnable de supposer qu’il existait d’autres factures. Partant, la chambre de recours a conclu à l’existence d’un degré suffisant d’usage, indépendamment de la question de savoir si ces factures constituaient des exemples ou non.
64 Partant, la chambre de recours s’étant fondée uniquement sur des éléments concrets, appréciés globalement et attestant d’un usage suffisant de la marque antérieure, l’argumentation de la requérante doit être écartée comme étant non fondée.
65 Il ressort de tout ce qui précède qu’il convient de rejeter le deuxième moyen.
c) Sur le troisième moyen, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001
66 Par son argumentation, la requérante remet en cause, en substance, la portée de la notion d’« installation sanitaire » et considère que la perception du public pertinent à cet égard et, partant, le niveau de similitude des produits en cause n’auraient pas été correctement évalués. La requérante conteste également la comparaison des marques en conflit, en soutenant qu’elles présentent des différences au niveau visuel et phonétique. Elle soutient de plus que la marque antérieure est une marque faible, à la différence de la marque demandée, ayant un caractère distinctif intrinsèque normal. Enfin, selon la requérante, dans le cadre de l’analyse globale du risque de confusion, la chambre de recours serait arrivée à la conclusion de l’absence d’un tel risque si elle avait tenu compte à la fois du faible caractère distinctif de la marque antérieure, d’une part, et du fait que la similitude entre les marques en conflit résidait dans un élément faiblement distinctif, à savoir le concept de « chrome », d’autre part, et les aurait analysés à la lumière des compétences et des connaissances spécifiques du public pertinent.
67 L’EUIPO conteste l’argumentation de la requérante quant à la similitude des produits en cause ainsi que des marques en conflit. En revanche, il soutient, en substance, que la décision attaquée devrait être annulée, car le faible caractère distinctif tant de la marque antérieure que du signe demandé n’aurait pas été explicitement pris en considération dans le cadre de la comparaison visuelle et phonétique des signes en conflit ni dans l’appréciation globale du risque de confusion en ce qui concerne les produits en cause.
68 Lors de l’audience, l’EUIPO a précisé que le faible caractère distinctif de la marque antérieure seul était visé par son argumentation, la référence à la marque demandée en tant que telle étant une erreur de plume et devant être comprise comme visant le caractère distinctif des éléments qui la constituent.
69 Il importe d’observer que, en ce qui concerne la position procédurale de l’EUIPO, ce dernier ne saurait être tenu de défendre systématiquement toute décision attaquée d’une chambre de recours ou de conclure obligatoirement au rejet de tout recours dirigé contre une telle décision et que rien ne s’oppose à ce que l’EUIPO se rallie à une conclusion de la partie requérante [voir, en ce sens, arrêt du 25 octobre 2005, Peek & Cloppenburg/OHMI (Cloppenburg), T‑379/03, EU:T:2005:373, point 22].
70 En l’espèce, les conclusions de l’EUIPO sont recevables dans la mesure où celles-ci et les arguments exposés à l’appui de celles-ci ne sortent pas du cadre des conclusions et des moyens avancés par la requérante [arrêt du 7 mai 2019, mobile.de/EUIPO (Représentation d’une voiture dans une infobulle), T‑629/18, EU:T:2019:292, point 19].
71 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.
72 Constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 33 et jurisprudence citée].
73 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14 , point 42 et jurisprudence citée].
74 À titre liminaire, il convient de constater qu’il n’y a pas lieu de remettre en cause les conclusions de la chambre de recours, au demeurant non contestées par la requérante, selon lesquelles les produits en cause s’adressaient, en substance, au grand public passionné par le bricolage et aux professionnels ayant des connaissances ou une expérience professionnelle spécifiques en rapport avec ces mêmes produits et selon lesquelles le public pertinent, ainsi défini, présentait un niveau d’attention élevé à l’égard desdits produits.
1) Sur la comparaison des produits en cause
75 Par son argumentation, la requérante soutient, en substance, en visant la définition du groupe de produits désignés par la marque demandée, d’une part, que la chambre de recours n’a pas correctement évalué les différents sous-types de produits sur le marché et que, de ce fait, elle a inclus sous les termes généraux d’« installations sanitaires » tant des produits fabriqués à partir de matériaux métalliques ou plastiques, comportant de telles finitions, notamment en chrome (les produits couverts par la marque antérieure), servant uniquement à l’acheminement de l’eau, que des produits qui ne sont pas faits en métal ou en plastique chromé et n’ont pas de finitions chromées (les produits désignés par la marque demandée). D’autre part, la requérante soutient que la nature, la destination, le mode d’utilisation et les canaux de distribution des produits désignés par les marques en conflit sont différents.
76 L’EUIPO conteste l’argumentation de la requérante.
77 Selon la jurisprudence, pour apprécier la similitude entre les produits en cause, il y a lieu de tenir compte de tous les facteurs pertinents qui caractérisent le rapport entre eux. Ces facteurs incluent, en particulier, leur nature, leur destination, leur utilisation ainsi que leur caractère concurrent ou complémentaire. D’autres facteurs peuvent également être pris en compte, tels que les canaux de distribution des produits concernés [arrêts du 11 juillet 2007, El Corte Inglés/OHMI – Bolaños Sabri (PiraÑAM diseño original Juan Bolaños), T‑443/05, EU:T:2007:219, point 37 ; du 1er mars 2018, Altunis/EUIPO – Hotel Cipriani (CIPRIANI), T‑438/16, non publié, EU:T:2018:110, point 48, et du 19 avril 2018, Rintisch/EUIPO – Compagnie laitière européenne (PROTICURD), T‑25/17, non publié, EU:T:2018:195, point 84].
78 Conformément à la jurisprudence, les produits complémentaires sont ceux entre lesquels il existe un lien étroit, en ce sens que l’un est indispensable ou important pour l’usage de l’autre, de sorte que les consommateurs peuvent penser que la responsabilité de la fabrication de ces produits incombe à la même entreprise (voir arrêt du 11 juillet 2007, PiraÑAM diseño original Juan Bolaños, T‑443/05, EU:T:2007:219, point 48 et jurisprudence citée). Ne peuvent donc être regardés comme complémentaires que des produits adressés au même public et susceptibles d’être utilisés ensemble [voir arrêt du 20 novembre 2024, Domator24/EUIPO – Acer (PREDATOR), T‑33/23, non publié, EU:T:2024:845, point 41 et jurisprudence citée].
79 À titre liminaire, il convient de relever que, d’une part, il n’y a pas lieu de remettre en cause l’appréciation de la chambre de recours effectuée au point 105 de la décision attaquée, au demeurant non contestée par la requérante, selon laquelle la sous-catégorie des « installations sanitaires, à savoir douchettes et douches à tuyau » est identique aux « installations de salles de bains ; installations sanitaires ; installations de conduites d’eau à usage sanitaire ; appareils et installations sanitaires », eu égard au fait que, lorsque les produits désignés par la marque antérieure sont couverts par une indication générale ou inclus dans une catégorie générale utilisée dans la marque demandée, ces produits peuvent être considérés comme identiques [voir arrêt du 7 septembre 2006, Meric/OHMI – Arbora & Ausonia (PAM-PIM'S BABY-PROP), T‑133/05, EU:T:2006:247, point 29 et jurisprudence citée].
80 D’autre part, s’agissant des produits désignés par la marque demandée présentant un niveau élevé de similitude avec les produits antérieurs, la chambre de recours a considéré, aux points 103, 106 à 108 et 110 de la décision attaquée, que « les appareils pour bains ; installations de bains-douches ; installations de douche ; douches ; receveurs de douche ; plates-formes de douche ; cabines de douche ; garnitures de douche ; pare-douches ; portes de douches ; appareils de douches ; unités de douche ; douches multifonctionnelles prémontées ; revêtements adaptés pour receveurs de douche ; douches vendues en kit ; baignoires-douches ; vannes de douche ; parois de cabines de douche [pare-douches] ; baignoires ; pare-douches pour baignoires ; cabines de douche ; garnitures de baignoires ; becs muraux pour baignoires ; mélangeurs de douche ; robinets ; pare-baignoires ; trop-pleins pour baignoires ; vannes [parties d’installations de robinetterie] ; soupapes régulatrices du niveau d’eau », relevant de la classe 11 étaient soit des douches elles-mêmes, soit des composants indispensables ou importants pour le fonctionnement des produits antérieurs. La chambre de recours a considéré que les produits désignés par la marque demandée contribuaient à la destination principale et spécifique d’une douche, à savoir l’entretien de l’hygiène personnelle de l’ensemble du corps. Selon ladite chambre, les produits en cause présentent un chevauchement tant de finalité que de complémentarité fonctionnelle et sont généralement produits par les mêmes entreprises et, par conséquent, présentent un degré élevé de similitude avec les « douches à tuyau » de l’autre partie à la procédure devant l’EUIPO.
81 À cet égard, en premier lieu, il convient de relever que la requérante ne conteste pas spécifiquement la raison principale pour laquelle les produits cités au point 80 ci-dessus ont été analysés ensemble par la chambre de recours, notamment la destination première commune et la complémentarité spécifique, ainsi qu’il ressort des points 106, 108, 110 et 111 de la décision attaquée. Elle ne nie pas non plus que les produits demandés, ainsi rassemblés, contribuent tous à la finalité première de laver l’ensemble du corps humain, à la différence des autres produits désignés par la marque antérieure, relevant de la classe 11, qui ont été jugés moyennement ou faiblement similaires, car ils visaient à contribuer à laver les mains ou à évacuer les déchets du corps humain. Dans ces conditions, la différence de matériaux identifiée par la requérante, relevant in fine de considérations esthétiques, ne saurait prédominer sur l’identité de destination principale et le lien de complémentarité fonctionnel entre les produits de la marque demandée. À cet égard, il convient, notamment, de tenir compte de la remarque de la requérante, selon laquelle « les appareils pour bains, vannes de douche, mélangeurs de douche, robinets, trop-pleins pour baignoires, vannes, soupapes régulatrices du niveau d’eau » seraient inutiles sans une baignoire ou un receveur de douche et seraient vendus en kit avec ces derniers. En effet, cette argumentation de la requérante démontre que des produits de nature différente peuvent être, et en l’espèce sont, fonctionnellement indispensables les uns pour les autres, compte tenu de leur destination première, qui est de créer les conditions pour entretenir l’hygiène de l’ensemble du corps humain. Eu égard à ce qui précède, et tout en prenant en compte qu’une baignoire ou un receveur de douche n’est pas fait en métal, ainsi que le soutient la requérante, il convient de considérer que cette dernière n’a pas établi que l’utilisation d’accessoires en métal ou ayant une telle apparence était exclue en l’espèce à l’égard des produits demandés, tous les accessoires précités pouvant avoir une apparence chromée.
82 De même, ainsi que la chambre de recours l’a mentionné à juste titre, la nature des produits en cause ainsi que leurs caractéristiques ne sont pas, en tant que telles, pertinentes pour la définition de sous-catégories de produits [voir arrêt du 20 décembre 2023, Pharmaselect International et OmniActive Health Technologies/EUIPO – OmniActive Health Technologies et Pharmaselect International (LUTAMAX), T‑221/22 et T‑242/22, non publié, EU:T:2023:858, point 64 et jurisprudence citée].
83 Dès lors, il y a lieu d’écarter l’argumentation de la requérante selon laquelle, en substance, la chambre de recours a regroupé erronément les produits désignés par la marque demandée, cités au point 80 ci-dessus, sans tenir compte de leur nature ni des différents sous-types de produits, en mélangeant des produits structurels et non structurels, les uns étant faits en matériaux différents du métal et du plastique, alors que les autres, servant à acheminer l’eau, sont faits en métal ou en plastique et ont une apparence chromée. De même, plusieurs produits désignés par la marque demandée pouvant avoir une apparence chromée, la requérante n’a pas établi que ce n’était pas le cas en l’espèce ni que le public pertinent ne s’attendrait pas à ce que certains produits ou leurs accessoires aient une telle apparence.
84 Partant, la chambre de recours a correctement identifié et regroupé les produits désignés par la marque demandée en rapport direct et fonctionnel avec une « installation sanitaire, à savoir des douchettes et douches à tuyau ».
85 En second lieu, quant à la comparaison des produits couverts par la marque antérieure avec les produits désignés par la marque demandée (voir point 80 ci-dessus), il convient de relever que, aux points 106 et 107 de la décision attaquée, lus à la lumière du point 111 de la même décision, la chambre de recours a précisé que les facteurs pertinents qui caractérisaient le rapport entre les produits en cause étaient notamment la finalité commune, à savoir de laver l’ensemble du corps humain et la stricte complémentarité fonctionnelle des produits en cause aux fins de cette finalité.
86 La requérante considère, en substance, que les produits en cause sont différents, car ils ont une destination spécifique différente, et ne sont pas complémentaires, car il n’existe pas d’interaction entre eux et les uns ne sont pas nécessaires au bon fonctionnement des autres. Par ailleurs, ils auraient une nature, un mode d’utilisation, des producteurs et des canaux de distribution complètement différents.
87 Premièrement, quant à la destination des produits en cause, la requérante soutient, en substance, que ces derniers sont différents en raison des différences relatives à leur destination spécifique. Les baignoires et les receveurs de douche seraient destinés à contenir l’eau, à être antidérapants pour éviter les accidents domestiques et à faire partie de l’ameublement de la pièce, alors que les douches auraient pour finalité de distribuer le débit d’eau d’une manière et avec une intensité particulières.
88 À cet égard, il convient de relever que, à partir du moment où la destination première des produits en cause se confond, comme en l’espèce, tous ces produits étant fabriqués afin de permettre l’entretien de l’hygiène de l’ensemble du corps, étant donné que les produits sont en rapport direct les uns avec les autres, les éventuelles destinations spécifiques de chaque produit n’ont qu’un impact limité, voire inexistant, sur l’évaluation de la similitude des produits en cause. De même, l’aspect structurel de ces produits n’a aucun impact sur la prétendue différence entre les produits concernés, une douche à tuyau étant choisie en même temps que l’éventuel receveur de douche ou la baignoire ainsi que leurs accessoires idoines aux fins de la constitution de l’espace douche au sein d’une salle de bain.
89 Deuxièmement, quant à la complémentarité fonctionnelle des produits en cause, la requérante conteste explicitement les conclusions effectuées par la chambre de recours aux points 103 et 107 de la décision attaquée, selon lesquelles les produits en cause seraient complémentaires et leurs producteurs se confondraient, de sorte que le consommateur pourrait penser que la responsabilité des produits en cause pourrait relever d’une seule et même entreprise. Sur la base des annexes A.8 et A.12, présentées pour la première fois devant le Tribunal, la requérante soutient que les producteurs de baignoires et de receveurs de douche ne produisent pas des produits tels que des pommeaux de douche, des tuyaux ou des robinets. De même, l’utilisation des produits antérieurs n’exigerait pas nécessairement la présence d’un receveur de douche. Les douches à l’italienne et les douches intégrées dans la salle de bain sans receveur en seraient des exemples pertinents, ainsi que le démontreraient les annexes A.9 et A.10, présentées également pour la première fois devant le Tribunal. Par ailleurs, les appareils pour bains, vannes de douche, mélangeurs de douche, robinets, trop-pleins pour baignoires, vannes, soupapes régulatrices du niveau d’eau seraient inutiles sans une baignoire ou un receveur de douche et seraient vendus en kit avec ces derniers.
90 En l’espèce, ainsi que l’a relevé l’EUIPO, tous les produits en cause peuvent être utilisés ensemble et, ainsi que cela a été constaté dans la décision attaquée, sans que cela soit contesté par la requérante, ces produits sont tous destinés au même public pertinent. Dès lors, ces produits sont aptes à présenter une complémentarité fonctionnelle, ainsi que cela a été rappelé au point 78 ci-dessus.
91 À cet égard, certes, la requérante est fondée à soutenir qu’une douche à tuyau peut fonctionner sans receveur de douche. Néanmoins, le contraire n’est pas vrai, car personne n’irait acheter un receveur de douche s’il n’avait pas de douche. De même, personne n’achèterait des pare-douches pour baignoires si le consommateur final ne voulait pas faire un espace bain avec une douche à tuyau dans la baignoire. Par ailleurs, ainsi que le soutient la requérante, une partie des produits désignés par la marque demandée sont des accessoires qui sont indispensables ou importants pour le fonctionnement d’un receveur de douche ou d’une baignoire, lesquels sont fonctionnellement complémentaires aux douches à tuyau couvertes par la marque antérieure. Il convient de rappeler, à l’instar de la chambre de recours, que les produits en cause sont non seulement susceptibles d’être utilisés ensemble, conformément à la jurisprudence citée au point 78 ci-dessus, mais que, pour la plupart, ils sont conçus à cet effet. Certes, il existe des tendances relatives aux produits en cause qui peuvent varier et, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des annexes A.9 et A.10, il peut être envisagé que certains consommateurs finaux puissent effectivement préférer une douche à l’italienne ou une douche naturelle dans leur jardin. Néanmoins, cela ne prouve pas pour autant que la perception du public pertinent a changé, ainsi que le soutient la requérante, au point de ne plus utiliser des receveurs de douche. Si tel était le cas, la requérante ne produirait tout simplement pas de tels produits.
92 En outre, s’agissant de la différence quant aux producteurs des produits en cause, il convient de relever également, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des annexes A.8 et A.12, que les exemples de la requérante sont contradictoires eu égard à sa propre situation, étant donné qu’elle propose tant des baignoires et des receveurs de douche que des mélangeurs de douche et des robinets. Partant, même à considérer que les producteurs des produits en cause ne se confondent pas nécessairement, en l’espèce, il convient de tenir compte que c’est le cas de la requérante.
93 Partant, il ressort de ce qui précède que l’argumentation de la requérante n’est pas de nature à remettre en cause les appréciations effectuées par la chambre de recours et, partant, il convient de l’écarter comme étant non fondée.
94 Troisièmement, quant à la nature des produits en cause, il convient de relever, à titre liminaire, que la requérante ne conteste pas l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle une partie des produits désignés par la marque demandée sont des douches elles-mêmes. Quant aux produits restants, ainsi que cela a été constaté aux points 81 à 83 ci-dessus, la nature différente n’empêchait en rien de considérer que, en l’espèce, même si les uns sont faits en métal et les autres en céramique, les produits en cause sont pour la plupart conçus pour fonctionner ensemble (voir point 81 ci-dessus), malgré le fait que certains peuvent fonctionner de manière indépendante, ainsi que cela a été largement développé par la requérante. Partant, tout en tenant compte de la nature des produits en cause, il convient d’écarter l’argumentation de la requérante.
95 De même, quatrièmement, quant à l’utilisation des produits en cause, ces derniers étant conçus pour répondre à la finalité première de permettre l’entretien de l’hygiène de l’ensemble du corps, leur utilisation principale est nécessairement en rapport avec cet objectif principal et, de ce point de vue, elle est fort semblable, sinon identique. Le fait que la douche à tuyau soit éventuellement manipulée, en la décrochant et en la tenant à la main, ne crée pas une différence d’utilisation pertinente avec la baignoire qui reste immobile, faisant partie du décor, lors de la prise d’une douche, contrairement à l’avis de la requérante, car l’utilisation des produits en cause répond à un seul et même objectif. De même, l’utilisation d’un receveur de douche exige l’utilisation d’une douche, sans laquelle le receveur n’aurait pas d’intérêt à être utilisé, ainsi que cela a déjà été constaté. Dès lors, contrairement à l’argumentation de la requérante, l’utilisation des produits en cause est à la fois concomitante et similaire, et est effectuée dans le seul objectif d’entretenir l’hygiène de l’ensemble du corps humain.
96 Enfin, cinquièmement, quant aux canaux de distribution, la requérante soutient que le simple fait que deux produits soient disponibles dans le même établissement commercial ne signifie pas nécessairement qu’il existe un lien direct entre eux ou qu’ils doivent être considérés comme similaires. Toutefois, dans les grands établissements commerciaux, les produits structurels, tels que les baignoires, les receveurs de douches, les pare-douches, les portes de douche et les cabines de douche ou leurs accessoires, seraient vendus séparément des pommeaux de douches et des robinets, compte tenu de leur différence technique.
97 À cet égard, il convient de relever qu’il n’est nullement établi en l’espèce que les produits en cause sont vendus dans des rayons différents. Partant, en l’absence d’éléments pouvant étayer l’argumentation de la requérante, il convient de l’écarter comme étant non fondée.
98 Au vu de ce qui précède, il convient de conclure que c’est à juste titre que la chambre de recours a considéré qu’il existait un degré élevé de similitude entre les produits couverts par la marque antérieure et ceux identifiés au point 80 ci-dessus et désignés par la marque demandée.
99 Il ressort de tout ce qui précède que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que les produits en cause étaient soit identiques soit similaires à un degré élevé.
2) Sur la comparaison des marques en conflit
100 Selon la requérante, les marques en conflit sont, en substance, différentes sur les plans visuel, phonétique et conceptuel. Elle soutient notamment que la chambre de recours s’est contredite dans son analyse en ce qu’elle a considéré que, sur le plan visuel, la différence au début des signes en conflit n’aurait pas forcément un impact, alors qu’elle a considéré le contraire sur le plan phonétique. La requérante soutient également que lesdits signes sont constitués de seulement deux syllabes, ce qui rend d’autant plus visible toute différence existant entre ces signes courts. De même, le début et la fin des marques en conflit étant différents, cela renforcerait l’impression d’ensemble différente produite par celles-ci.
101 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante et considère que, les marques en conflit étant constituées de plus de trois lettres ou caractères, elles ne sont pas qualifiées de courtes. Quant à la prétendue contradiction, l’EUIPO soutient qu’il s’agit d’une lecture erronée de la décision attaquée et qu’il convient de comprendre que le principe relatif à l’impact du début d’un signe ne saurait remettre en cause le principe selon lequel l’examen de la similitude des marques doit prendre en compte l’impression d’ensemble produite par ces marques. Selon l’EUIPO, sur le plan visuel, la chambre de recours a tenu compte de la longueur des signes et des lettres en commun. En ce qui concerne l’appréciation phonétique, l’affirmation critiquée de la chambre de recours doit être lue dans le contexte de l’impression phonétique d’ensemble produite par les signes et comme reflétant le fait que la prononciation des signes ne diffère que par la dernière lettre du signe demandé. Quant à la similitude conceptuelle, l’EUIPO considère que la requérante n’a pas établi que ces produits ne pouvaient pas être chromés ou revêtir un tel aspect, par exemple par le biais d’accessoires tels que des poignées ou des profilés, ni que le public pertinent ne s’attendrait pas à trouver des éléments d’un tel aspect. Dès lors, les marques en conflit coïncideraient dans le concept descriptif et faiblement distinctif de chrome.
102 Selon la jurisprudence, deux marques sont similaires lorsque, du point de vue du public pertinent, il existe entre elles une égalité au moins partielle en ce qui concerne un ou plusieurs aspects pertinents, à savoir les aspects visuel, phonétique et conceptuel [arrêts du 23 octobre 2002, Matratzen Concord/OHMI – Hukla Germany (MATRATZEN), T‑6/01, EU:T:2002:261, point 30, et du 15 décembre 2010, Novartis/OHMI – Sanochemia Pharmazeutika (TOLPOSAN), T‑331/09, EU:T:2010:520, point 43].
103 L’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).
104 Selon une jurisprudence constante, le caractère distinctif plus ou moins élevé des éléments communs à une marque demandée et à une marque antérieure est un des éléments pertinents dans le cadre de l’appréciation de la similitude des signes [voir arrêt du 26 mars 2015, Royal County of Berkshire Polo Club/OHMI – Lifestyle Equities (Royal County of Berkshire POLO CLUB), T‑581/13, non publié, EU:T:2015:192, point 41 et jurisprudence citée].
105 En effet, les éléments descriptifs non distinctifs ou faiblement distinctifs d’une marque complexe ont généralement un poids moindre dans l’analyse de la similitude entre les signes que les éléments revêtus d’un caractère distinctif plus important, qui ont également une faculté plus grande à dominer l’impression d’ensemble produite par cette marque (voir, en ce sens, arrêt du 12 juin 2019, Hansson, C‑705/17, EU:C:2019:481, point 53 et jurisprudence citée).
106 En l’espèce, la chambre de recours a commencé son analyse des similitudes des marques en conflit en considérant à titre liminaire, aux points 127 à 136 de la décision attaquée, que, en substance, dans le contexte des produits en cause, les éléments composant lesdites marques évoquaient ou faisaient allusion au concept descriptif de « chrome », ce qui l’a amenée à conclure que ces éléments avaient un caractère distinctif faible.
107 La requérante conteste cette appréciation et soutient que la marque demandée possède un caractère distinctif intrinsèque moyen, car, même si elle peut évoquer dans une certaine mesure le « chrome », aucun des produits désignés par la marque demandée n’a un aspect chromé ou n’est fait de chrome, de sorte que l’allusion au chrome ne décrit aucune caractéristique des produits désignés par ladite marque.
108 À cet égard, ainsi que le fait valoir l’EUIPO, la requérante n’a pas établi que ces produits n’auraient pas un aspect chromé, ne serait-ce que quant aux accessoires idoines desdits produits, ni que le public pertinent ne s’attendrait pas à trouver des produits avec un tel aspect ou une telle apparence. En l’absence d’éléments qui étayent cette assertion, il convient de considérer que, dans le contexte des produits en cause, les éléments composant les marques en conflit évoquent une caractéristique des produits en cause et ont donc un caractère distinctif faible, ainsi que la chambre de recours l’a relevé.
109 Quant à la comparaison visuelle, ainsi que l’a mentionné à juste titre la chambre de recours, les marques en conflit ont en commun la séquence des quatre lettres « roma », placées dans le même ordre. Elles diffèrent tant dans leur partie initiale par les lettres « c » et « k », respectivement, que dans leur partie finale par les lettres « a » et « t », respectivement. La marque antérieure est constituée de cinq lettres, alors que la marque demandée est composée de six lettres.
110 À cet égard, il convient de tenir compte du fait que l’alphabet est composé d’un nombre limité de lettres, lesquelles, au demeurant, ne sont pas toutes utilisées avec la même fréquence, et qu’il est inévitable que plusieurs mots se composent du même nombre de lettres et en partagent même certaines, sans qu’ils puissent, de ce seul fait, être qualifiés de similaires sur le plan visuel [voir arrêt du 28 avril 2021, Nosio/EUIPO – Tros del Beto (ACCUSÌ), T‑300/20, non publié, EU:T:2021:223, point 42 et jurisprudence citée].
111 De même, d’une manière générale, s’agissant de signes verbaux relativement brefs, tels que ceux du cas d’espèce, les éléments centraux sont aussi importants que les éléments de début et de fin du signe [voir arrêt du 20 avril 2005, Krüger/OHMI – Calpis (CALPICO), T‑273/02, EU:T:2005:134, point 39 et jurisprudence citée]. Or, il ressort de la jurisprudence que des différences, même peu importantes, entre de tels signes sont susceptibles d’entraîner une impression d’ensemble différente [voir arrêt du 12 juillet 2019, MAN Truck & Bus/EUIPO – Halla Holdings (MANDO), T‑698/17, non publié, EU:T:2019:524, point 58 et jurisprudence citée].
112 En l’espèce, les signes en conflit présentent effectivement des différences sur le plan visuel, tenant à leur début et à leur fin qui sont aisément perceptibles par le public pertinent, de sorte que, contrairement à la considération effectuée par la chambre de recours au point 142 de la décision attaquée, la similitude visuelle est faible et non pas élevée.
113 Quant à la comparaison phonétique, la chambre de recours a considéré à juste titre que les marques en conflit avaient deux syllabes, respectivement, « cro » et « ma », et « kro » et « mat », dont uniquement le son final « t » de la marque demandée différenciait lesdites marques.
114 Toutefois, il y a lieu de relever que l’accent tonique dans les deux signes ne porte pas sur la même syllabe et que la lettre « t » à la fin du signe demandé appuie l’intonation montante en fin de prononciation, et que, par conséquent, le rythme diffère, ainsi que le soutient à juste titre la requérante.
115 Dès lors, il convient de considérer que les marques dissyllabiques en conflit présentent une similitude phonétique d’un degré moyen et non pas élevé, contrairement à ce qu’avait considéré la chambre de recours au point 145 de la décision attaquée, la seconde syllabe desdites marques étant d’une intonation, d’un rythme et d’un accent tonique différents.
116 Quant à la comparaison conceptuelle, la chambre de recours a estimé à juste titre que les marques en conflit coïncidaient, dans le contexte des produits en cause, au sein de l’allusion au concept descriptif du « chrome ». À cet égard, même à considérer que la marque demandée peut évoquer d’autres termes, comme « chromatique », cela ne change rien au fait que, dans le contexte des produits en cause, ladite marque sera perçue par le public pertinent comme une connotation visant le chrome. Partant, l’argument de la requérante susmentionné est inopérant. De même, la requérante reconnaît elle-même, au point 101 de la requête, que la marque demandée peut être comprise comme une allusion au « chrome », ce qui suffit pour considérer que les marques en conflit font référence à un concept identique. Toutefois, ces marques coïncidant dans l’allusion à un concept commun qui est descriptif au regard des produits en cause, la chambre de recours a tenu compte à juste titre de cette coïncidence pour conclure à un degré de similitude conceptuelle moyen. Néanmoins, il y a lieu de considérer qu’elle aurait dû conclure à un degré de similitude plus faible, au regard de la jurisprudence citée au point 105 ci-dessus. Par conséquent, il y a lieu de conclure que le degré de similitude conceptuelle doit être considéré comme étant faible et non pas moyen, contrairement à la conclusion tirée par la chambre de recours au point 147 de la décision attaquée.
117 Dès lors, la chambre de recours a commis une erreur d’appréciation lors de l’analyse des similitudes visuelle, phonétique et conceptuelle (voir points 112, 115 et 116 ci-dessus), dont l’impact sera évalué lors de l’analyse globale du risque de confusion, étant entendu que le constat d’une erreur ne justifierait l’annulation automatique de la décision attaquée que dans la mesure où elle aurait une quelconque incidence sur la solution du litige [voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 15 octobre 2020, Rothenberger/EUIPO – Paper Point (ROBOX), T‑49/20, non publié, EU:T:2020:492, point 70].
3) Sur l’analyse globale de risque de confusion
118 La requérante soutient, en substance, que la chambre de recours n’a pas effectué correctement l’appréciation globale du risque de confusion, car elle n’aurait pas pris en compte tous les éléments pertinents en l’espèce et, notamment, le fait que les produits ne sont pas similaires, la marque antérieure possédant un caractère distinctif intrinsèque faible et les marques présentant des différences sur les plans visuel et phonétique qui concernent des éléments moyennement distinctifs, lesquels domineront l’impression d’ensemble produite par ces marques.
119 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante. Toutefois, il considère que la décision attaquée doit être annulée, étant donné que la chambre de recours n’aurait pas pris explicitement en compte le faible caractère distinctif de la marque antérieure ni les éléments communs des marques en conflit, présentant un caractère distinctif faible, lors de l’analyse globale du risque de confusion.
120 Selon une jurisprudence constante, l’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement (voir, par analogie, arrêt du 22 juin 1999, Lloyd Schuhfabrik Meyer, C‑342/97, EU:C:1999:323, point 19 et jurisprudence citée). Il résulte également de la jurisprudence que le risque de confusion est d’autant plus élevé que le caractère distinctif de la marque antérieure se révèle être important (arrêts du 11 novembre 1997, SABEL, C‑251/95, EU:C:1997:528, point 24, et du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 18).
121 À titre liminaire, il convient de relever qu’il n’y a pas lieu de remettre en question l’appréciation de la chambre de recours, au demeurant non contestée par la requérante, selon laquelle le caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure doit être considéré comme étant faible.
122 La chambre de recours a considéré, en substance, que, malgré le niveau élevé d’attention du public pertinent et le caractère distinctif intrinsèque faible de la marque antérieure, la longueur presque identique et la séquence identique de quatre lettres, prises en combinaison avec l’impression visuelle d’ensemble, sont suffisantes pour conclure à l’existence d’un risque de confusion en ce qui concerne les produits qui ont été considérés comme identiques ou similaires à un degré élevé aux produits couverts par la marque antérieure.
123 En l’espèce, eu égard aux erreurs d’appréciation relevées précédemment (voir point 117 ci-dessus), il y a lieu de vérifier si celles-ci ont pour conséquence d’entacher d’illégalité le résultat de l’analyse globale du risque de confusion entre les marques en conflit.
124 À cet égard, il convient de tenir compte du fait que les produits en cause sont identiques ou similaires à un degré élevé, que l’attention du public pertinent, possédant une expérience et des connaissances techniques spécifiques en rapport avec les produits, est également élevée, que le caractère distinctif intrinsèque de la marque antérieure est faible et que les marques en conflit présentent une similitude visuelle, phonétique et conceptuelle, respectivement, d’un degré faible, moyen et faible. Ainsi, lesdites marques étant globalement faiblement similaires et eu égard au niveau d’attention élevé du public pertinent, combinée au faible caractère distinctif de la marque antérieure, le risque de confusion peut être exclu tant à l’égard des produits considérés comme identiques que pour ceux considérés comme présentant un degré de similitude élevé avec les produits couverts par la marque antérieure.
125 En effet, le principe d’interdépendance n’a pas vocation à s’appliquer de manière mécanique. Ainsi, s’il est vrai que, en vertu du principe d’interdépendance, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les signes en cause, inversement, rien ne s’oppose à constater que, eu égard aux circonstances d’un cas d’espèce, il n’existe pas de risque de confusion, même en présence de produits identiques et d’un faible degré de similitude entre les signes [voir arrêt du 6 décembre 2023, Vi.ni.ca./EUIPO – Venica & Venica (agricolavinica. Le Colline di Ripa), T‑627/22, non publié, EU:T:2023:782, point 111 et jurisprudence citée].
126 Partant, c’est à tort que la chambre de recours a conclu à l’existence d’un risque de confusion entre les signes en conflit au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.
127 Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu d’accueillir le troisième moyen de la requérante et, par conséquent, d’annuler la décision attaquée.
2. Sur la demande de réformation de la décision attaquée
128 Ainsi que cela a été constaté au point 15 ci-dessus, par le deuxième chef de conclusions, la requérante demande au Tribunal de réformer la décision attaquée en constatant l’absence de risque de confusion, en substance, à l’égard de tous les produits visés au point 3 ci-dessus.
129 L’EUIPO fait valoir que la demande en réformation de la requérante doit être rejetée, car les conditions de la réformation n’étaient pas réunies. Il précise que, en l’espèce, la chambre de recours avait examiné le risque de confusion uniquement à l’égard du public pertinent catalanophone. Ainsi, si ce risque n’était pas avéré à l’égard de ce segment du public de l’Union pertinent, il conviendrait d’examiner si, à l’égard du reste du public de l’Union, il n’existerait pas un tel risque. Par conséquent, le Tribunal ne pourrait pas réformer la décision attaquée. L’EUIPO a réaffirmé cette position lors de l’audience.
130 Il ressort de la jurisprudence que le pouvoir de réformation, reconnu au Tribunal en vertu de l’article 72, paragraphe 3, du règlement 2017/1001, n’a pas pour effet de conférer à celui-ci le pouvoir de substituer sa propre appréciation à celle de la chambre de recours et pas davantage de procéder à une appréciation sur laquelle ladite chambre n’a pas encore pris position. L’exercice du pouvoir de réformation doit par conséquent, en principe, être limité aux situations dans lesquelles le Tribunal, après avoir contrôlé l’appréciation portée par la chambre de recours, est en mesure de déterminer, sur la base des éléments de fait et de droit tels qu’ils sont établis, la décision que celle-ci était tenue de prendre [arrêt du 5 juillet 2011, Edwin/OHMI, C‑263/09 P, EU:C:2011:452, point 72 ; voir, également, arrêt du 28 janvier 2016, Gugler France/OHMI – Gugler (GUGLER), T‑674/13, non publié, EU:T:2016:44, point 100 et jurisprudence citée].
131 En l’espèce, il convient de relever que la chambre de recours n’a pas pris position, dans la décision attaquée, sur l’existence d’un risque de confusion entre les signes en conflit pour la partie non catalanophone du public pertinent, de sorte qu’il n’appartient pas au Tribunal de procéder à l’appréciation de l’existence d’un risque de confusion pour cette partie du public pertinent dans le cadre de l’examen de la demande de réformation de ladite décision.
132 En effet, il ressort du point 137 de la décision attaquée que la chambre de recours a considéré qu’il convenait d’examiner le risque de confusion à l’égard du public catalanophone, les marques en conflit présentant le rapport le plus étroit avec cette partie du public pertinent. Toutefois, ainsi que le soutient l’EUIPO, le fait que le risque de confusion soit écarté à l’égard de ce public ne veut pas dire forcement que ce risque est à exclure automatiquement pour le reste du public pertinent, de sorte que Tribunal ne saurait conclure qu’il n’existe aucun risque de confusion entre les marques en conflit sur tout le territoire de l’Union et pour tout le public pertinent, sous peine de substituer sa propre appréciation à celle de la chambre de recours.
133 Cette demande doit donc être rejetée.
IV. Sur les dépens
134 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
135 L’EUIPO ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens, conformément aux conclusions de la requérante.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (première chambre)
déclare et arrête :
1) La décision de la deuxième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 22 mai 2025 (affaire R 22/2024‑2) est annulée.
2) L’EUIPO est condamné aux dépens.
| Buttigieg | Kancheva | Bestagno |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 16 septembre 2026
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
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