Jurisprudence CJUE62025TJ0566

Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 16 septembre 2026.#Worldwide Machinery Ltd contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure de cession de la marque de l’Union européenne – Marque de l’Union européenne figurative SUPERIOR MANUFACTURING – Article 53, paragraphe 1, sous b) du règlement (CE) no 207/2009 – Article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009 – Notion d’“agent ou représentant” – Rejet de la demande en cession – Obligation de motivation – Article 94, paragraphe 1, du règlement (UE) 2017/1001.#Affaire T-566/25.

CELEX62025TJ0566
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 16 septembre 2026

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)

16 septembre 2026 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure de cession de la marque de l’Union européenne – Marque de l’Union européenne figurative SUPERIOR MANUFACTURING – Article 53, paragraphe 1, sous b) du règlement (CE) no 207/2009 – Article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009 – Notion d’“agent ou représentant” – Rejet de la demande en cession – Obligation de motivation – Article 94, paragraphe 1, du règlement (UE) 2017/1001 »

Dans l’affaire T‑566/25,

Worldwide Machinery Ltd, établie à Channelview, Texas (États-Unis), représentée par Me B. Woltering, avocat,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par Me D. Hanf, en qualité d’agent,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant

Scaip SpA, établie à Parme (Italie), représentée par Me A. Guareschi, avocate

LE TRIBUNAL (deuxième chambre),

composé de Mmes N. Półtorak, présidente, G. Steinfatt (rapporteure) et M. I. Dimitrakopoulos, juges,

greffier : M. V. Di Bucci,

vu la phase écrite de la procédure,

vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Worldwide Machinery Ltd, demande l’annulation de la décision de la deuxième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 16 juin 2025 (affaire R 1270/2024‑2) (ci‑après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

2 La collaboration entre, d’une part, Worldwide Machinery, Inc., prédécesseur en droit de la requérante, et, d’autre part, Scaip Srl, prédécesseur en droit de l’intervenante, Scaip SpA, remonte à 1996. Dans le cadre de cette collaboration, les parties ont conclu des accords en 1996, 2007 et 2013. Leurs relations commerciales consistaient essentiellement en la vente, par la première, de machines et d’équipements de construction lourde fabriqués par la seconde.

3 Le 29 novembre 2012, Scaip Srl a présenté une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne à l’EUIPO, en vertu du règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1), tel que modifié.

4 La marque dont l’enregistrement a été demandé est le signe figuratif suivant :

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5 Les produits pour lesquels la marque est enregistrée relèvent de la classe 12 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondent à la description suivante : « Machines automotrices pour la création d’oléoducs, conduites de gaz et d’eau ; véhicules terrestres, à savoir équipements automoteurs pour la pose de tuyaux ; kits pour la conversion de véhicules terrestres sur chenilles en véhicules terrestres comprenant des équipements automoteurs pour la pose de tuyaux ; godets cribleurs ; ventouses pour élévateurs ; mandrins hydrauliques ; cintreuses automotrices pour tuyaux ».

6 Le 19 octobre 2018, la requérante a présenté à l’EUIPO une demande en cession à son profit et une demande de nullité de la marque contestée. Les causes invoquées à l’appui de la demande en cession à son profit étaient celles visées à l’article 60, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1), lu conjointement avec l’article 8, paragraphe 3, dudit règlement. Les causes invoquées à l’appui de la demande de nullité étaient celles visées à l’article 59, paragraphe 1, sous b), et à l’article 60, paragraphe 2, sous c), du règlement 2017/1001.

7 La demande en cession était fondée sur une marque figurative identique non enregistrée aux États-Unis, en Australie, en Belgique, en Allemagne, en Espagne, en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

8 Le 23 avril 2024, la division d’annulation a fait droit à la demande en cession de la requérante au motif que celle-ci était titulaire d’une marque antérieure non enregistrée aux États-Unis, l’intervenante était l’agent ou le représentant de la requérante et l’intervenante avait demandé la marque en son propre nom et sans le consentement de la requérante. En ce qui concerne la relation fiduciaire entre les parties, la division d’annulation a considéré que le constat d’une telle relation ressortait des contrats de distribution conclus en 1996, 2007 et 2013. Aucun des accords ne désignerait l’intervenante comme titulaire de la marque contestée, l’intervenante n’aurait pas apporté de preuve démontrant qu’elle utilisait la marque indépendamment de la requérante et l’intervenante n’aurait pas démontré que l’article 8 de l’accord de 2007 couvrait la marque contestée. Pour cette raison, la division d’annulation a estimé qu’il n’y avait pas lieu d’examiner les motifs invoqués à l’appui de la demande en nullité.

9 Le 22 juin 2025, l’intervenante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’annulation.

10 Par la décision attaquée, la chambre de recours a accueilli le recours au motif que, premièrement, il ne résulterait pas clairement du libellé du contrat datant de 2007 que celui-ci s’applique à la marque contestée ou uniquement à d’autres marques. Deuxièmement, même dans l’hypothèse que l’accord de 2007 pouvait être considéré comme couvrant la marque contestée, selon ledit contrat, l’intervenante ne pourrait être qualifiée d’agente ou de représentante de la requérante, mais plutôt, inversement, la requérante de représentante de l’intervenante. Troisièmement, la requérante n’aurait pas établi la preuve d’être titulaire d’une marque antérieure non enregistrée aux États-Unis ou en Australie, étant donné que les rapports juridiques fournis à cet égard auraient été commandés par la requérante et n’auraient ainsi qu’une valeur probatoire limitée. Pour ces raisons, la chambre de recours a considéré que les conditions fixées à l’article 60, paragraphe 1, sous b) et à l’article 21, paragraphe 1 et paragraphe 2, sous a), du règlement 2017/1001 n’étaient pas remplies, et a renvoyé l’affaire à la division d’annulation en vue de la poursuite de la procédure concernant la demande en nullité fondée sur l’article 59, paragraphe 1, sous b), et l’article 60, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

Conclusions des parties

11 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée dans son intégralité et lui accorder la cession de la marque contestée ;

– ordonner le remboursement des dépens qu’elle a exposés dans le cadre de la procédure devant le Tribunal.

12 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens exposés par l’EUIPO en cas de convocation d’une audience.

13 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours comme non fondé ;

– condamner la requérante à supporter les dépens de l’intervenante dans toutes les phases de la procédure.

En droit

14 Compte tenu de la date d’introduction de la demande d’enregistrement de la marque contestée, à savoir le 29 novembre 2012, qui est déterminante aux fins de l’identification du droit matériel applicable, les faits de l’espèce sont régis par les dispositions matérielles du règlement no 207/2009. Par ailleurs, selon une jurisprudence constante, les règles de procédure sont généralement censées s’appliquer à la date à laquelle elles entrent en vigueur [voir ordonnance du 19 février 2025, QX World/EUIPO – Mandelay (EDUCTOR), T‑102/24, non publiée, EU:T:2025:170, point 18 et jurisprudence citée].

15 Par suite, en l’espèce, d’une part, en ce qui concerne les règles de fond, il convient d’entendre les références faites dans la décision attaquée ainsi que par les parties dans leurs écritures aux dispositions du règlement 2017/1001, comme visant les dispositions du règlement no 207/2009. D’autre part, en ce qui concerne les règles de procédure, le litige est régi par les dispositions du règlement 2017/1001 (ordonnance du 19 février 2025, EDUCTOR, T‑102/24, non publiée, EU:T:2025:170, points 19 et 20).

16 La requérante invoque deux moyens tirés, le premier, de la violation de l’article 53, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, lu conjointement avec l’article 18 et l’article 8, paragraphe 3, dudit règlement et avec l’article 95, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, et, le second, de la violation de l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001.

Sur le premier moyen

17 Le premier moyen est divisé en quatre branches tirées de ce que, premièrement, la chambre de recours aurait méconnu que la notion d’« agent ou représentant » doit être interprétée de manière large, deuxièmement, la chambre de recours aurait constaté à tort qu’il n’existait « aucune relation donnant lieu à des obligations fiduciaires », troisièmement, la chambre de recours aurait omis erronément d’établir que la requérante pouvait se prévaloir de droits antérieurs et, quatrièmement, la chambre de recours aurait appliqué un mauvais critère dans l’appréciation de l’avis d’un juriste américain et l’avis d’un juriste australien.

Sur les première et deuxième branches du premier moyen

18 Dans la mesure où la première et la deuxième branche du premier moyen concernent toutes les deux l’existence d’une relation fiduciaire entre la requérante et l’intervenante au sens de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009, il convient de les examiner ensemble.

19 La requérante reproche à la chambre de recours d’avoir commis une erreur de droit en retenant que, aux fins de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009, une relation classique d’« agent » ou de « représentant » était nécessaire, en ce sens qu’une partie devait représenter l’autre vis-à-vis de tiers. Cependant, un accord de coopération commerciale de nature à créer une relation fiduciaire en imposant au demandeur de la marque, de manière expresse ou implicite, une obligation générale de confiance et de loyauté à l’égard des intérêts du titulaire de la marque serait suffisant. À cet égard, il ressortirait également des directives relatives à l’examen des marques de l’Union européenne publiées par l’EUIPO que la fabrication de produits ou la coopération dans le cadre d’efforts publicitaires afin d’en optimiser la commercialisation indiquent également l’existence d’une relation commerciale au sens de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009.

20 En l’espèce, contrairement à leur désignation comme « accords de distribution », les accords conclus entre la requérante et l’intervenante devraient être qualifiés d’accords de fabrication, en vertu desquels l’intervenante agissait en tant que fabricante en marque blanche et était tenue d’apposer la marque de la requérante sur les produits. L’accord de 2007 indiquerait clairement que les parties ont coopéré étroitement, ce qui dépassait une simple relation vendeur-acheteur. Comme l’intervenante disposerait des moyens et connaissances de produire les produits en cause, cette relation contractuelle impliquerait une obligation générale de confiance et de loyauté eu égard aux intérêts de la requérante.

21 Or, la chambre de recours aurait méconnu cette relation en ne s’appuyant que sur l’accord de 2007 et en procédant à une interprétation erronée de celui-ci. Premièrement, la chambre de recours n’aurait pas pu se fonder uniquement sur l’accord de 2007 en ignorant celui de 2013. Deuxièmement, les clauses relatives aux marques ainsi que l’article 14 de l’accord de 2007 ne s’appliqueraient pas à la marque contestée. La clause relative aux marques serait une clause générale standard qui ne concernait pas la marque contestée qui n’existait pas encore au moment de la conclusion du contrat. Au contraire, le fait que l’accord de 2013 ne contient aucune clause relative aux marques de l’intervenante montrerait de manière concluante que la marque contestée n’appartient pas à l’intervenante. L’article 14 de l’accord de 2007 ne contiendrait que des clauses types sans portée juridique, puisque l’intervenante aurait agi en tant que fabricante de marque blanche. Troisièmement, la chambre de recours aurait ignoré à tort les aspects autres que les accords écrits comme les aspects liés à la conception et à la propriété de la marque contestée.

22 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

23 Aux termes de l’article 53, paragraphe 1, sous b) du règlement no 207/2009, la marque communautaire est déclarée nulle sur demande présentée auprès de l’Office ou sur demande reconventionnelle dans une action en contrefaçon, lorsqu’il existe une marque visée à l’article 8, paragraphe 3, dudit règlement, et que les conditions énoncées audit paragraphe sont remplies. Selon l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009, sur opposition du titulaire de la marque, une marque est refusée à l’enregistrement lorsqu’elle est demandée par l’agent ou le représentant du titulaire de la marque, en son propre nom et sans le consentement du titulaire, à moins que cet agent ou ce représentant ne justifie de ses agissements.

24 Il ressort du libellé de l’article 53, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, lu conjointement avec l’article 8, paragraphe 3, dudit règlement que, pour qu’une demande en nullité aboutisse sur ce fondement, il faut, premièrement, que le demandeur en nullité soit le titulaire de la marque antérieure, deuxièmement, que le titulaire de la marque contestée soit ou ait été l’agent ou le représentant du demandeur en nullité, troisièmement, que la demande d’enregistrement ait été déposée au nom de l’agent ou du représentant sans le consentement du demandeur en nullité et sans qu’il y ait de raisons légitimes justifiant les agissements de l’agent ou du représentant et, quatrièmement, que le dépôt concerne essentiellement des signes et des produits identiques ou similaires. Ces conditions sont cumulatives [voir arrêt du 14 février 2019, Mouldpro/EUIPO – Wenz Kunststoff (MOULDPRO), T‑796/17, non publié, EU:T:2019:88, point 21 et jurisprudence citée].

25 Il ressort de la jurisprudence que l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009, a pour objectif d’éviter le détournement de la marque antérieure par l’agent ou le représentant du titulaire de celle-ci, ces derniers pouvant exploiter les connaissances et l’expérience acquises au cours de la relation commerciale les unissant à ce titulaire et, partant, tirer indûment profit des efforts et de l’investissement que celui-ci aurait fournis (arrêt du 11 novembre 2020, EUIPO/John Mills, C‑809/18 P, EU:C:2020:902, point 83).

26 Les termes « agent » et « représentant » visés par l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009 doivent être interprétés largement, de façon à couvrir toutes les formes de relations fondées sur un accord contractuel aux termes duquel l’une des parties représente les intérêts de l’autre, et ce indépendamment de la qualification de la relation contractuelle établie entre les parties. Aux fins de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009, il suffit qu’il existe entre les parties un accord de coopération commerciale de nature à créer une relation de confiance en imposant au demandeur, expressément ou implicitement, une obligation générale de confiance et de loyauté eu égard aux intérêts du titulaire de la marque. Cependant, il faut qu’il existe un accord entre les parties. Si le demandeur agit en toute indépendance, sans qu’aucune relation ait été établie avec le titulaire, il ne peut être considéré comme un agent au sens de l’article 8, paragraphe 3, dudit règlement. Ainsi, un simple acheteur ou client du titulaire ne saurait être considéré comme un « agent » ou un « représentant » aux fins de l’article 8, paragraphe 3, de ce même règlement, puisque ces personnes n’ont aucune obligation particulière de confiance envers le titulaire de la marque (voir arrêt du 14 février 2019, MOULDPRO, T‑796/17, non publié, EU:T:2019:88, points 23 et 24 et jurisprudence citée).

27 L’existence d’une telle relation contractuelle ne peut être démontrée par des probabilités ou des présomptions, mais doit reposer sur des éléments concrets et objectifs [voir arrêt du 28 juin 2023, CEDC International/EUIPO – Underberg (Forme d’un brin d’herbe dans une bouteille), T‑145/22, EU:T:2023:365, point 53 et jurisprudence citée]. D’un point de vue procédural, la charge de la preuve de l’existence d’une relation contractuelle d’agence ou de représentation pèse sur la requérante [voir, en ce sens, arrêt du 14 février 2019, MOULDPRO, T‑796/17, non publié, EU:T:2019:88, point 30].

28 Il ressort de la jurisprudence que les obligations de confiance et de loyauté ne s’éteignent pas immédiatement après que la relation contractuelle a pris fin, mais que des obligations post-contractuelles s’appliquent pendant une période de transition raisonnable après la résiliation de l’accord, au cours de laquelle les parties peuvent redéfinir leurs stratégies commerciales (arrêt du 28 juin 2023, Forme d’un brin d’herbe dans une bouteille, T‑145/22, EU:T:2023:365, point 73).

29 En l’espèce, la chambre de recours a constaté que l’accord le plus susceptible d’être applicable au moment du dépôt de la marque contestée était celui de 2007. Elle a relevé que, premièrement, conformément à son article 12, le contrat de 2007 avait pris fin le 15 novembre 2012 et n’était donc plus en vigueur au moment du dépôt de la marque contestée. Pourtant, l’accord de 2013 ne serait entré en vigueur qu’au 1er janvier 2013. Bien que cela ne soit pas clairement indiqué dans la décision attaquée, la chambre de recours a néanmoins estimé que, malgré l’absence de tout contrat juridiquement en vigueur à la date du dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, il était possible de supposer que les parties entretenaient des relations commerciales durant la période comprise entre le 16 novembre et le 31 décembre 2012. Elle a donc considéré que l’accord de 2007 devait servir de référence pour apprécier la nature de la relation entre les parties à la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, à savoir le 29 novembre 2012. Deuxièmement, la chambre de recours a considéré que l’accord ne se référait pas explicitement à la marque contestée. Pour cette raison, il ne pourrait pas être déduit des dispositions de l’accord de 2007 si celui-ci s’applique à ladite marque ou seulement à des marques différentes. Troisièmement, la chambre de recours a constaté que, à la lumière des dispositions de l’accord, l’intervenante ne pouvait être qualifiée de représentante ou agente de la requérante, mais que la requérante était plutôt la représentante de l’intervenante et que la requérante n’avait pas apporté d’autres preuves de nature à démontrer que l’intervenante était sa représentante ou son agente, d’une manière telle qu’elle soit liée par une obligation fiduciaire.

30 Cette appréciation n’est pas remise en cause par les arguments de la requérante.

31 En premier lieu, en ce qui concerne l’argument selon lequel la chambre de recours aurait ignoré que la notion d’« agent ou représentant » doit être interprétée de manière large, il ressort des points 40 à 48 de la décision attaquée que la chambre de recours s’est référée à la jurisprudence pertinente de la Cour à cet égard et l’a appliquée correctement. Au point 40 de la décision attaquée, la chambre de recours a rappelé l’objectif de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009, conformément à la jurisprudence citée au point 25 ci-dessus. Conformément à la jurisprudence citée au point 26 ci-dessus la chambre de recours a énoncé au point 41 de la décision attaquée sans commettre une erreur de droit que les termes « mandant » et « mandataire » doivent être interprétés de façon à couvrir toutes les formes de relations fondées sur un accord contractuel aux termes duquel l’une des parties représente les intérêts de l’autre, de sorte qu’il suffit, aux fins de l’application de cette disposition, qu’il existe entre les parties d’un accord de coopération commerciale de nature à créer une relation de confiance en imposant au demandeur, expressément ou implicitement, une obligation générale de confiance et de loyauté eu égard aux intérêts du titulaire de la marque antérieure. Il s’ensuit que l’argument de la requérante, selon lequel la chambre de recours aurait commis une erreur de droit en retenant une interprétation erronée des conditions de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009, doit être écarté.

32 En deuxième lieu, en ce qui concerne l’argument selon lequel la chambre de recours aurait ignoré que l’intervenante agissait en tant que fabricante en marque blanche et était, pour cette raison, tenue par une obligation fiduciaire ne saurait pas prospérer. La requérante n’a apporté aucun élément de preuve permettant de conclure qu’il existait, parallèlement aux accords de 1996, 2007 et 2013, un accord de fabrication de marque blanche. À cet égard, la chambre de recours a constaté à juste titre que ces accords écrits constituaient les seuls éléments de preuve pertinents concernant la relation entre les parties. Pour cette raison, l’affirmation de la requérante selon laquelle l’intervenante n’était qu’une fabricante en marque blanche des produits n’est étayée par aucun élément de preuve versé au dossier.

33 En troisième lieu, en ce qui concerne l’argument selon lequel la chambre de recours a erronément considéré que la requérante n’a pas démontré que l’intervenante agissait en tant que mandataire de la requérante, celle-ci agissant en tant que mandante, il convient d’observer, premièrement, que pour examiner la relation contractuelle entre la requérante et l’intervenante, il faut prendre en compte tous les éléments pertinents. Pour cette raison, la requérante soutient à juste titre que les relations des parties au moment du dépôt de la demande de marque, le 29 novembre 2012, ne devaient pas être analysées uniquement sur le fondement de l’accord de 2007 qui a pris fin de 15 novembre 2012, mais qu’il y avait lieu de tenir compte également de la manière dont les relations entre les parties avaient évolué dans le cadre de l’accord de 2013, alors en cours de négociation à la fin de l’année 2012. En ce qui concerne l’accord de 2007, il résulte de la jurisprudence citée au point 28 ci‑dessus qu’il n’est pas nécessaire que l’accord conclu entre les parties soit toujours en vigueur au moment du dépôt de la demande de la marque. Comme la demande de marque a été déposée le 29 novembre 2012, soit environ deux semaines après que le contrat a pris fin, des obligations post‑contractuelles existaient à ce moment-là. En ce qui concerne l’accord de 2013, bien que celui-ci n’ait été formalisé qu’au mois de juin 2013, il apparaît que, à la fin de l’année 2012, la requérante et l’intervenante étaient déjà engagées dans un processus de négociation de leurs relations commerciales futures. Pour cette raison, comme le soutient la requérante, l’accord de 2013 était également un élément à prendre en considération.

34 Cependant, conformément à la jurisprudence citée au point 27 ci-dessus, il incombait à la requérante de prouver que l’accord de 2007 ou l’accord de 2013 établissait entre les parties un rapport mandant-mandataire donnant lieu à des obligations fiduciaires au sens de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009.

35 Or, ces accords, intitulés « accord de distribution » ou « contrat de distribution » stipulent à leur article 1er respectif que l’intervenante accorde à la requérante le droit exclusif de vendre certains produits dans certains territoires.

36 Ensuite, les accords définissent les obligations contractuelles de la requérante en vertu desquelles elle était obligée de promouvoir les produits à l’aide de supports de vente, brochures et fiches techniques fournies par l’intervenante (article 3.1 et 3.2 de l’accord de 2007 et article 2.2 et 2.5 de l’accord de 2013), de vendre les produits (article 3.1 de l’accord de 2007 et article 2.1 de l’accord de 2013) et de satisfaire à un volume minimal de ventes (article 5 de l’accord de 2007 et article 4 de l’accord de 2013), de ne pas entrer en concurrence avec les produits fournis par l’intervenante (article 6.1 de l’accord de 2007 et article 3 de l’accord de 2013) et d’avertir l’intervenante de toute réglementation nouvelle affectant l’exécution des obligations contractuelles (article 6.5 de l’accord de 2007 et article 2.3 de l’accord de 2013). Après la fin du contrat, la requérante était tenue de rendre les manuels, documents, listes de prix, bulletins et autres informations en relation avec les produits à l’intervenante (article 14.1 de l’accord de 2007 et article 10.1 de l’accord de 2013). Finalement, l’accord de 2007 prévoit à son article 8 des obligations pour la requérante afin de protéger certaines marques de l’intervenante.

37 En revanche, l’intervenante s’engageait à fournir à la requérante des formations relatives à l’installation, au fonctionnement ou à la maintenance des produits (article 7.1 de l’accord de 2007). Elle s’engageait également à fournir une garantie sur les produits aux acheteurs finaux (article 10.1 de l’accord de 2007 et article 7 de l’accord de 2013) conformément aux conditions générales de garantie.

38 Cependant, ni l’accord de 2007 ni celui de 2013 ne contiennent expressément une disposition imposant à l’intervenante une obligation générale de confiance et de loyauté eu égard aux intérêts de la requérante. Il s’ensuit qu’une obligation fiduciaire explicite de l’intervenante en faveur de la requérante ne fait pas partie de ces accords.

39 Enfin, il n’est pas établi qu’une telle obligation fiduciaire découle implicitement de la relation contractuelle entre la requérante et l’intervenante.

40 Premièrement, une telle obligation fiduciaire ne découle pas du fait que l’accord de 2013, contrairement à l’accord de 2007, ne contient pas de clause relative aux marques. Cette évolution dans la relation contractuelle entre la requérante et l’intervenante, résultant de la suppression, dans l’accord de 2013, des obligations de protection des marques de l’intervenante et de transfert des droits sur les marques acquises dans le cadre de l’exécution de l’accord, qui figuraient dans l’accord de 2007, n’est pas de nature à démontrer que la marque contestée n’appartenait pas à l’intervenante ni, plus généralement, que l’accord de 2013 avait pour objet de créer des obligations de confiance ou de confidentialité de l’intervenante envers la requérante.

41 Deuxièmement, ainsi qu’il ressort des constatations effectuées par la chambre de recours aux points 46 et 47 de la décision attaquée, les dispositions contractuelles de l’accord de 2007 « semblent indiquer que c’est la [requérante] qui avait été chargée d’« agir au nom » de [l’intervenante], plutôt que l’inverse ». À cet égard, la chambre de recours a relevé à juste titre que, premièrement, l’intervenante a accordé à la requérante le droit exclusif de vendre certains produits dans certains territoires, deuxièmement, la requérante s’est engagée à satisfaire à un volume minimal de ventes, troisièmement, seulement la requérante était tenue par une obligation de non-concurrence et, quatrièmement, la requérante n’est en aucun cas la représentante légale de l’intervenante et ne peut assumer aucune obligation d’aucune sorte, implicite ou explicite, au nom de cette dernière. Par conséquent, si la requérante et l’intervenante coopéraient certes en vertu des accords de 2007 et de 2013 pour atteindre un objectif commun, cette coopération n’impliquait toutefois pas que l’intervenante était tenue par une obligation fiduciaire à l’égard de la requérante.

42 Cette interprétation de l’accord de 2007 est corroborée par la disposition contractuelle relative aux marques (article 8 de l’accord de 2007). Selon cette disposition, seule la requérante était tenue de coopérer dans toute la mesure du possible avec l’intervenante afin de prendre les mesures que cette dernière jugeait nécessaires pour protéger les marques de l’intervenante ou d’autres fabricants de produits fournis par l’intervenante à la requérante, utilisées, actuellement ou à l’avenir, en relation avec les produits couverts par l’accord. En outre, cette disposition prévoyait que, à l’expiration ou à la résiliation du contrat, la requérante était tenue de prendre toutes les mesures nécessaires pour transférer et céder à l’intervenante ou à son mandataire tous les droits, titres ou intérêts relatifs aux marques commerciales de cette dernière que la requérante aurait pu acquérir de quelque manière que ce soit à la suite de la gestion et de l’assistance à la distribution de l’un des produits visés par le contrat. Par ailleurs, la requérante était tenue de cesser d’utiliser toute marque commerciale de l’intervenante sans autorisation écrite spécifique.

43 Il résulte de ces éléments que c’est à juste titre que la chambre de recours a conclu, au points 48 et 66 de la décision attaquée, que la requérante n’a pas établi qu’il existait entre elle et l’intervenante, au moment du dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, une relation mandant-mandataire donnant lieu à des obligations fiduciaires au sens de l’article 8, paragraphe 3, du règlement n 207/2009, dans le cadre de laquelle l’intervenante agissait en tant que mandataire de la requérante, celle-ci agissant en tant que mandante.

44 En quatrième lieu, en ce qui concerne la prétendue violation de l’article 95, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, la requérante n’a pas étayé les raisons pour lesquelles la chambre de recours aurait violé cette disposition.

45 Il s’ensuit que la première branche du premier moyen, tirée de ce que la notion d’« agent ou représentant » doit être interprétée d’une manière large, et la deuxième branche du premier moyen, tirée de ce que la chambre de recours a commis une erreur en concluant qu’il n’existait pas de « relation donnant lieu à des obligations fiduciaires », doivent être écartées.

Sur les troisième et quatrième branches du premier moyen

46 Dans la mesure où la troisième et la quatrième branche du premier moyen concernent toutes les deux l’existence d’une marque antérieure au sens de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009, il convient de les examiner ensemble.

47 La requérante reproche à la chambre de recours d’avoir commis une erreur de droit en retenant que la requérante ne pouvait pas se prévaloir de droits antérieurs américain et australien (non enregistrés) sur la marque.

48 En ce qui concerne le droit américain, la requérante soutient que, en constatant que l’avis d’un cabinet d’avocats américain concernant les droits de marques non enregistrées aux États-Unis ne serait pas impartial et objectif, la chambre de recours aurait dénaturé cet avis. La production d’un avis juridique d’un avocat local serait le seul moyen possible pour prouver l’existence d’un droit antérieur. À cet égard, la personne qui rend l’avis devrait connaître sa finalité. La conclusion de la chambre de recours selon laquelle la requérante aurait demandé au cabinet d’avocats de parvenir à des conclusions qui soutiennent l’issue souhaitée de la procédure serait hautement spéculative. En outre, la chambre de recours aurait, en se référant à la jurisprudence concernant des déclarations sous serment des parties, appliqué une règle erronée lors de son appréciation de l’avis juridique. Pour ces raisons, selon la requérante, le contenu de l’avis juridique devrait être considéré comme un élément de preuve solide. Le fait que cet avis ne mentionne pas les contrats qui existaient entre la requérante et l’intervenante s’expliquerait par le motif que la marque contestée appartenait à la requérante et les contrats ne portaient pas sur cette marque.

49 En outre, la requérante soutient que la chambre de recours a constaté à tort que le contenu de cet avis était insuffisant pour prouver l’existence de droits antérieurs. Elle aurait dû conclure que les éléments de preuve produits donnaient un aperçu suffisant de la législation nationale invoquée et que, en outre, ces éléments de preuve étayaient la conclusion selon laquelle la requérante pouvait se prévaloir, en vertu de la législation américaine, de droits antérieurs sur une marque non enregistrée.

50 Enfin, selon la requérante, la chambre de recours aurait ignoré des arguments avancés par la requérante. Elle n’aurait pas tenu compte du fait que l’Office américain de la propriété intellectuelle avait accepté les déclarations d’usage des marques « Superior » aux États-Unis, ni des déclarations respectives de son président devant l’Office américain de la propriété intellectuelle, ni des aspects liés à la conception du logo.

51 En ce qui concerne le droit australien, la requérante fait valoir que la chambre de recours a écarté à tort l’avis juridique d’un cabinet d’avocats australien au motif de son absence de fiabilité, en se fondant sur les mêmes objections que celles qu’elle a soulevées à l’encontre de l’avis juridique américain. En outre, elle aurait négligé la décision finale de l’Office australien de la propriété intellectuelle, par laquelle celui-ci aurait décidé que la requérante pouvait se prévaloir de droits antérieurs en matière de marques en application du droit australien.

52 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

53 Aux points 54 à 60 et 65 de la décision attaquée, la chambre de recours a considéré que bien que les cabinets d’avocats ne soient pas des employés de la requérante et ne relèvent donc pas directement de sa sphère d’influence, ils ne peuvent pas non plus être considérés comme une source totalement indépendante, car les avis juridiques ont été commandés et financés par la requérante dans un but déclaré. Pour cette raison, la chambre de recours a estimé que ces avis juridiques ne démontraient pas suffisamment que la requérante était propriétaire d’une marque antérieure aux États-Unis et en Australie. En outre, la chambre de recours a constaté qu’il était surprenant que les avis juridiques ne fassent aucune mention des accords contractuels conclus entre les parties. Cette omission diminuerait la crédibilité globale de ces moyens de preuve. Finalement, en ce qui concerne l’avis juridique relatif au droit américain, la chambre de recours a considéré que les éléments de preuve cités par cet avis juridique étaient plutôt rares et ne permettaient pas de confirmer le contenu, les conditions d’application et le champ d’application de la législation américaine.

54 Selon une jurisprudence constante, il convient, pour apprécier la valeur probante d’un document, de vérifier la vraisemblance et la véracité de l’information qui y est contenue. Il faut tenir compte notamment de l’origine du document, des circonstances de son élaboration et de son destinataire et se demander si, d’après son contenu, il semble sensé et fiable [voir arrêt du 16 décembre 2020, Forbo Financial Services/EUIPO – Windmöller (Canoleum), T‑3/20, EU:T:2020:606, point 51 et jurisprudence citée].

55 En l’espèce, il faut tenir en compte, premièrement, qu’il s’agit des avis juridiques élaborés par un avocat [voir, à cet égard, arrêt du 9 avril 2014, MHCS/OHMI – Ambra (DORATO), T‑249/13, non publié, EU:T:2014:193, point 55]. Un tel avis juridique reflète l’appréciation d’un seul avocat concernant un fait juridique.

56 Ces avis juridiques n’ont pas été établis par une personne indépendante par rapport à la requérante. Comme l’a indiqué la chambre de recours au point 55 de la décision attaquée, les avis juridiques ont été commandés par des représentants de la requérante. En outre, l’avis concernant le droit américain commence par l’expression « notre client », ce qui témoigne du fait que ledit cabinet américain agissait en tant que conseil juridique de la requérante.

57 En ce qui concerne le contenu de l’avis juridique, il convient de souligner, comme l’a fait la chambre de recours aux points 58 et 59 de la décision attaquée, que l’avis concernant le droit américain ne cite guère d’éléments de preuve pertinents. De plus, la jurisprudence et les doctrines juridiques mentionnées dans ledit avis ne sont pas accompagnées d’une explication suffisamment détaillée, d’autant plus que le droit applicable est celui d’une juridiction située en dehors de l’Union européenne. Enfin, les deux avis juridiques n’examinent nullement la question de savoir si la requérante était propriétaire d’une marque antérieure non enregistrée eu égard aux accords contractuels entre la requérante et l’intervenante, qui constituent un élément important pour l’appréciation de cette question. Pour cette raison, les avis juridiques contiennent une lacune qui empêche de les considérer comme preuve solide des éléments qui y sont rapportés.

58 Au vu de ce qui précède, la requérante ne saurait reprocher à la chambre de recours d’avoir considéré à tort que les avis juridiques n’étaient pas de nature à démontrer à suffisance de droit qu’elle était propriétaire d’une marque antérieure au sens de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009.

59 Par conséquent, la chambre de recours pouvait à juste titre, au point 66 de la décision attaquée, constater que la requérante n’avait pas suffisamment démontré qu’elle était propriétaire d’une marque antérieure au sens de l’article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009.

60 Il s’ensuit que la troisième et la quatrième branche du premier moyen doivent être écartées.

Sur le deuxième moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision attaquée

61 Par le deuxième moyen, la requérante fait valoir, en substance, que la chambre de recours a violé l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, en examinant inexactement les faits et les éléments de preuve, en donnant une motivation insuffisante et en négligeant des arguments. Spécifiquement, la requérante reproche à la chambre de recours d’avoir pris à tort l’accord de 2007 comme base de son interprétation et d’avoir tiré une conclusion erronée sur la base de passages extraits du cet accord. En outre, la chambre de recours aurait négligé les aspects liés à la conception et la propriété de la marque de l’Union européenne contestée et aurait commis une erreur d’appréciation et dans sa motivation en affirmant que la requérante ne pouvait pas se prévaloir d’un droit antérieur non enregistré aux États‑Unis et en Australie.

62 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.

63 Aux termes de l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, les décisions de l’EUIPO sont motivées.

64 L’obligation de motivation ainsi consacrée a la même portée que celle découlant de l’article 296 TFUE. Il est de jurisprudence constante que la motivation exigée par l’article 296 TFUE doit faire apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’auteur de l’acte de manière à permettre aux intéressés de connaître les justifications de la mesure prise et à la juridiction compétente d’exercer son contrôle. Il n’est pas exigé que la motivation spécifie tous les éléments de fait et de droit pertinents, dans la mesure où la question de savoir si la motivation d’un acte satisfait aux exigences de l’article 296 TFUE doit être appréciée au regard non seulement de son libellé, mais aussi de son contexte ainsi que de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée [voir, en ce sens, arrêts du 21 octobre 2004, KWS Saat/OHMI, C‑447/02 P, EU:C:2004:649, points 63 à 65 ; et du 13 juin 2019, MPM-Quality/EUIPO – Elton Hodinářská (MANUFACTURE PRIM 1949), T‑75/18, non publié, EU:T:2019:413, point 25 et jurisprudence citée].

65 À cet égard, la chambre de recours n’est pas obligée de prendre position sur tous les arguments avancés par les parties. Il lui suffit d’exposer les faits et les considérations juridiques revêtant une importance essentielle dans l’économie de la décision [voir, en ce sens, arrêts du 9 décembre 2010, Tresplain Investments/OHMI – Hoo Hing (Golden Elephant Brand), T‑303/08, EU:T:2010:505, point 46 et jurisprudence citée, et du 29 novembre 2016, Chic Investments/EUIPO (eSMOKING WORLD), T‑617/15, non publié, EU:T:2016:679, point 102 et jurisprudence citée].

66 Par ailleurs, il convient de distinguer le contrôle du respect de l’obligation de motivation d’une décision soumise au contrôle du juge de l’Union, lequel relève de la violation des formes substantielles et porte sur la question de savoir si la décision fait apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de son auteur, de celui du bien-fondé de cette décision, lequel relève de la violation des règles de droit applicables (voir, en ce sens, arrêts du 2 avril 1998, Commission/Sytraval et Brink’s France, C‑367/95 P, EU:C:1998:154, points 63 et 67, et du 22 septembre 2016, Pensa Pharma/EUIPO, C‑442/15 P, non publié, EU:C:2016:720, point 35 et jurisprudence citée).

67 En l’espèce, les appréciations que la chambre de recours a consacré spécifiquement à l’examen de la relation contractuelle applicable entre la requérante et l’intervenante figurent aux points 28 à 51 de la décision attaquée. La chambre de recours y a interprété l’accord de 2007 et exposé les raisons pour lesquelles une obligation fiduciaire de l’intervenante n’était pas établie. Aux points 52 à 65 de la décision attaquée, elle a ensuite exposé les raisons pour lesquelles la requérante ne pouvait pas se prévaloir d’un droit antérieur non enregistré aux États‑Unis et en Australie en examinant la valeur probatoire des rapports juridiques respectifs. Or, ces indications figurant dans la décision attaquée sont suffisantes pour comprendre les raisons pour lesquelles la chambre de recours a estimé que ni une relation fiduciaire ni un droit antérieur non enregistré aux États-Unis ou en Australie n’avaient été établis.

68 L’ensemble de ces constatations, qui tiennent compte de l’ensemble des éléments de preuve présentés par les parties, est de nature à permettre au Tribunal d’exercer le contrôle du bien-fondé de la décision attaquée et à mettre en mesure la requérante d’en contester la légalité. Par conséquent, la décision attaquée est conforme à l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001. Il s’ensuit que le deuxième moyen tiré d’un défaut de motivation doit être écarté.

69 Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, aucun des moyens invoqués par la requérante ne devant être accueilli, il y a lieu de rejeter le recours dans son intégralité.

Sur les dépens

70 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

71 La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens exposés par l’intervenante, conformément aux conclusions de cette dernière. En revanche, l’EUIPO n’ayant conclu à la condamnation de la requérante aux dépens qu’en cas de convocation d’une audience, il convient, en l’absence d’organisation d’une audience, de décider que l’EUIPO supportera ses propres dépens.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (deuxième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) Worldwide Machinery Ltd.est condamnée à supporter ses propres dépens ainsi que ceux exposés par Scaip SpA.

3) L’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) supportera ses propres dépens.

Półtorak

Steinfatt

Dimitrakopoulos

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 16 septembre 2026.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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