Arrêt du Tribunal (neuvième chambre) du 16 septembre 2026.#Société des produits Nestlé SA contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure de nullité – Marque de l’Union européenne verbale FITNESS – Causes de nullité absolue – Caractère descriptif – Article 7, paragraphe 1, sous c), et article 51, paragraphe 1, sous a), du règlement (CE) no 40/94 – Éléments de preuve présentés pour la première fois devant la chambre de recours – Article 76, paragraphe 2, du règlement (CE) no 207/2009.#Affaire T-509/25.
| CELEX | 62025TJ0509 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 16 septembre 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (neuvième chambre)
16 septembre 2026 (*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure de nullité – Marque de l’Union européenne verbale FITNESS – Causes de nullité absolue – Caractère descriptif – Article 7, paragraphe 1, sous c), et article 51, paragraphe 1, sous a), du règlement (CE) no 40/94 – Éléments de preuve présentés pour la première fois devant la chambre de recours – Article 76, paragraphe 2, du règlement (CE) no 207/2009 »
Dans l’affaire T‑509/25,
Société des produits Nestlé SA, établie à Vevey (Suisse), représentée par Mes A. Lambrecht, C. Elkemann et J. Thomsen, avocats,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. V. Ruzek, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant
European Food SA, établie à Păntășești (Roumanie), représentée par Me I. Speciac, avocate,
LE TRIBUNAL (neuvième chambre),
composé de Mme S. Kingston, présidente, MM. P. Zilgalvis (rapporteur) et J. Hettne, juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la phase écrite de la procédure,
vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Société des produits Nestlé SA, demande l’annulation de la décision de la cinquième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 26 mai 2025 (affaire R 894/2020-5) (ci-après la « décision attaquée »).
I. Antécédents du litige
2 Le 2 septembre 2011, l’intervenante, European Food SA, a présenté à l’EUIPO une demande en nullité de la marque de l’Union européenne ayant été enregistrée le 30 mai 2005 sous le numéro 2470326 à la suite d’une demande déposée le 20 novembre 2001 pour le signe verbal FITNESS.
3 Les produits couverts par la marque contestée pour lesquels la nullité était demandée relevaient des classes 29, 30 et 32 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondaient, pour chacune de ces classes, à la description suivante :
– classe 29 : « Lait, crème, beurre, fromage, yoghourts et autres préparations alimentaires à base de lait, succédanés d’aliments laitiers, œufs, gelées, fruits, légumes, préparations de protéines pour l’alimentation humaine » ;
– classe 30 : « Céréales et préparations de céréales ; céréales prêtes à consommer ; céréales pour le petit-déjeuner ; produits alimentaires à base de riz ou de farine » ;
– classe 32 : « Eaux plates, eaux gazeuses ou gazéifiées, eaux de source, eaux minérales, eaux aromatisées, boissons aux fruits, jus de fruits, nectars, limonades, sodas et autres boissons non alcoolisées, sirops et autres préparations pour faire des sirops et autres préparations pour faire des boissons ».
4 Les causes invoquées à l’appui de la demande en nullité étaient celles visées à l’article 52, paragraphe 1, sous a), du règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1) [remplacé par le règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1)], lu conjointement avec l’article 7, paragraphe 1, sous b) et c), du même règlement.
5 Le 18 octobre 2013, la division d’annulation a rejeté la demande en nullité.
6 Le 16 décembre 2013, l’intervenante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’annulation. Au cours de la procédure de recours, à l’appui de son argumentation selon laquelle le terme « fitness » avait un contenu descriptif pour les produits en cause, elle a produit les éléments de preuve suivants (ci-après les « éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours ») :
– pièce nº 1: des extraits de sites Internet concernant le livre de Wilkins, F.E., DIETMINDER Personal Food & Fitness Journal - A Food and Exercise Diary, MemoryMinder Journals, 2000 ;
– pièce nº 2: un extrait d’un site Internet concernant le livre de Kent, M., Food and Fitness: A Dictionary of Diet and Exercise, Oxford University Press, 1997, publié en ligne en 2003 ;
– pièce no 3: un extrait d’un site Internet concernant le livre de Carmichael, C., et autres, Chris Carmichael’s Food for Fitness, 2005 ;
– pièce no 4 : des extraits de sites Internet concernant le livre de Bean, A., Food for Fitness, 2nd edition, 2002 ;
– pièce no 5 : un extrait d’un site Internet concernant le livre de Sheehan, T., Fitness Food Cookbook and inspirational Nutrition Guide, 2005 ;
– pièces nos 6 et 7 : des extraits du site Internet « fitnessista.com », comportant des publications datant d’août 2010 ;
– pièce no 8 : des extraits d’un blog datant de 2005 sur l’alimentation et la perte de poids ;
– pièce no 9 : un extrait d’un forum Internet au sujet de recettes « fitness » ;
– pièces nos 10, 11 et 12 : des références à des sites Internet portant sur une alimentation saine et datant de la période entre 2001 à 2005 ;
– pièce no 13 : un extrait d’un site Internet du gouvernement gallois sur la promotion d’une alimentation saine et de l’activité physique ;
– pièces nos 14 et 17 : des extraits de numéros du magazine Men’s Fitness datant de 1996 à 2002 ;
– pièces nos 15, 16 et 18 à 22 : diverses références à des sites Internet sur des régimes et les calories.
7 Par décision du 19 juin 2015 rendue dans l’affaire R 2542/2013-4, la quatrième chambre de recours de l’EUIPO a rejeté le recours. En particulier, elle a rejeté comme tardives, sans les prendre en considération, les preuves introduites pour la première fois devant elle.
8 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 19 août 2015, l’intervenante a formé un recours contre la décision de la quatrième chambre de recours du 19 juin 2015.
9 Par l’arrêt du 28 septembre 2016, European Food/EUIPO – Société des produits Nestlé (FITNESS) (T‑476/15, EU:T:2016:568), le Tribunal a annulé la décision de la quatrième chambre de recours du 19 juin 2015. Il a jugé que, en considérant que les éléments de preuve produits par l’intervenante pour la première fois au stade du recours ne devaient pas être pris en considération à cause de leur introduction tardive, ladite chambre avait commis une erreur de droit.
10 L’EUIPO a formé un pourvoi contre l’arrêt du 28 septembre 2016, FITNESS (T‑476/15, EU:T:2016:568). Par l’arrêt du 24 janvier 2018, EUIPO/European Food (C‑634/16 P, ci-après l’« arrêt sur pourvoi », EU:C:2018:30), la Cour a rejeté le pourvoi.
11 Par décision du 6 juin 2018 rendue dans l’affaire R 755/2018-2, la deuxième chambre de recours a annulé la décision de la division d’annulation mentionnée au point 5 ci-dessus. En particulier, elle a considéré qu’il découlait de l’arrêt du 28 septembre 2016, FITNESS (T‑476/15, EU:T:2016:568) et de l’arrêt sur pourvoi qu’elle était obligée d’examiner le recours déposé devant elle en tenant compte des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours. Compte tenu desdits éléments, la deuxième chambre de recours a considéré que la marque contestée était descriptive et dépourvue de tout caractère distinctif.
12 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 11 septembre 2018, la requérante a formé un recours contre la décision de la deuxième chambre de recours du 6 juin 2018.
13 Par l’arrêt du 10 octobre 2019, Société des produits Nestlé/EUIPO – European Food (FITNESS) (T‑536/18, non publié, EU:T:2019:737), le Tribunal a annulé la décision de la deuxième chambre de recours du 6 juin 2018. En particulier, il a jugé que cette dernière avait erronément considéré qu’il découlait de l’arrêt du 28 septembre 2016, FITNESS (T‑476/15, EU:T:2016:568) et de l’arrêt sur pourvoi qu’elle était obligée de prendre en compte les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours.
14 L’intervenante a formé un pourvoi contre l’arrêt du 10 octobre 2019, FITNESS (T‑536/18, non publié, EU:T:2019:737). Par l’ordonnance du 18 mars 2020, European Food/EUIPO (C‑908/19 P, non publiée, EU:C:2020:212), la Cour n’a pas admis le pourvoi.
15 Par décision du 12 octobre 2021 rendue dans l’affaire R 894/2020‑1 (ci-après la « décision du 12 octobre 2021 »), la première chambre de recours a rejeté le recours contre la décision de la division d’annulation mentionnée au point 5 ci-dessus. S’agissant des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours, elle a considéré que l’intervenante n’avait pas justifié de manière adéquate leur présentation tardive et que, par conséquent, elle était tenue d’exercer son pouvoir d’appréciation de manière négative et de ne pas les accepter.
16 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 24 décembre 2021, l’intervenante a formé un recours contre la décision de la première chambre de recours du 12 octobre 2021.
17 Par décision du 27 juin 2022, la première chambre de recours a révoqué sa décision du 12 octobre 2021.
18 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 29 août 2022, la requérante a formé un recours contre la décision de révocation du 27 juin 2022.
19 Par l’arrêt du 7 juin 2023, Société des produits Nestlé/EUIPO – European Food (FITNESS) (T‑519/22, EU:T:2023:314), le Tribunal a annulé la décision de révocation du 27 juin 2022, en considérant, en substance, qu’aucune des erreurs identifiées par la chambre de recours dans cette décision ne pouvait constituer une erreur manifeste au sens de l’article 103, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, relatif à la révocation des décisions de l’EUIPO.
20 Par l’arrêt du 27 novembre 2024, European Food/EUIPO – Société des produits Nestlé (FITNESS) (T‑799/21, non publié, ci-après l’« arrêt d’annulation de 2024 », EU:T:2024:865), le Tribunal a annulé la décision du 12 octobre 2021. En substance, il a considéré que ladite chambre n’avait pas avancé de motifs valables pour écarter les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours. En particulier, le Tribunal a considéré que le seul motif avancé par la première chambre de recours pour considérer que l’intervenante n’avait pas présenté d’« élément nouveau » justifiant la présentation d’éléments de preuve supplémentaires était entaché d’une erreur de droit.
21 Par la décision attaquée, la cinquième chambre de recours a accueilli le recours formé par l’intervenante, d’une part, en annulant la décision de la division d’annulation et, d’autre part, en déclarant nulle dans son intégralité la marque contestée. En substance, dans un premier temps, elle a accepté les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours et, dans un second temps, elle a considéré que la marque contestée avait été enregistrée en violation de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement no 207/2009. Selon la cinquième chambre de recours, l’intervenante a suffisamment démontré qu’il existait une relation directe entre la signification de la marque contestée et les produits en cause, qu’à la date pertinente de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, il était très probable que ce signe serait utilisé dans un avenir proche comme une indication pour décrire les qualités intrinsèques ou la destination de ces produits et que cet usage descriptif du terme « fitness » en relation avec les produits alimentaires en général était effectivement intervenu dans les années ayant suivi le dépôt de la marque contestée.
II. Conclusions des parties
22 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– condamner l’EUIPO et l’intervenante aux dépens.
23 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens exposés par lui en cas de convocation d’une audience.
24 L’intervenante conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal de rejeter le recours.
III. En droit
A. Sur le droit applicable ratione temporis
25 La requérante soutient que pour apprécier la recevabilité des éléments de preuve tardifs, la cinquième chambre de recours s’est référée à l’article 76, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 alors qu’il ressortirait d’une jurisprudence constante qu’aux fins de l’identification du droit procédural applicable, il conviendrait de tenir compte de la date d’adoption de la décision attaquée. Ainsi, elle se réfère à l’article 95, paragraphe 2, du règlement 2017/1001.
26 Compte tenu de la date d’introduction de la demande d’enregistrement en cause, à savoir le 20 novembre 2001, qui est déterminante aux fins de l’identification du droit matériel applicable, les faits de l’espèce sont régis par les dispositions matérielles du règlement (CE) no 40/94 du Conseil, du 20 décembre 1993, sur la marque communautaire (JO 1994, L 11, p. 1) (voir, en ce sens, ordonnance du 5 octobre 2004, Alcon/OHMI, C‑192/03 P, EU:C:2004:587, points 39 et 40, et arrêt du 23 avril 2020, Gugler France/Gugler et EUIPO, C‑736/18 P, non publié, EU:C:2020:308, point 3 et jurisprudence citée).
27 Par ailleurs, dans la mesure où, selon une jurisprudence constante, les règles de procédure sont généralement censées s’appliquer à la date à laquelle elles entrent en vigueur (voir arrêt du 11 décembre 2012, Commission/Espagne, C‑610/10, EU:C:2012:781, point 45 et jurisprudence citée), le litige est régi par les dispositions procédurales du règlement 2017/1001 et du règlement délégué (UE) 2018/625 de la Commission, du 5 mars 2018, complétant le règlement 2017/1001, et abrogeant le règlement délégué (UE) 2017/1430 (JO 2018, L 104, p. 1).
28 Toutefois, en l’espèce, s’agissant de la recevabilité des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours, cette question devrait s’apprécier à la lumière des dispositions procédurales applicables aux recours introduits avant le 1er octobre 2017, conformément à l’article 82, paragraphe 2, sous j), du règlement délégué 2018/625. En effet, conformément à cette dernière disposition, le titre V du règlement délégué 2018/625, lequel inclut l’article 27, paragraphe 4, relatif aux éléments de preuve produits pour la première fois devant la chambre de recours, ne s’applique pas aux recours introduits avant le 1er octobre 2017. Il en découle que, en l’espèce, ce sont les dispositions du règlement no 207/2009 et du règlement (CE) no 2868/95 de la Commission, du 13 décembre 1995, portant modalités d’application du règlement no 40/94 (JO 1995, L 303, p. 1) qui sont applicables aux éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours.
29 Il s’ensuit que, s’agissant des dispositions procédurales applicables aux éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours, les références faites par la requérante et par l’intervenante à l’article 95, paragraphe 2, du règlement 2017/1001 doivent être entendues comme visant l’article 76, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 d’une teneur identique (voir, en ce sens, arrêt d’annulation de 2024, points 25 et 27).
B. Sur le fond
30 À l’appui de son recours, la requérante invoque deux moyens, tirés, le premier, de la violation de l’article 76, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 et, le second, de la violation de l’article 51, paragraphe 1, sous a), du règlement no 40/94, lu en combinaison avec l’article 7, paragraphe 1, sous c), du même règlement.
1. Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 76, paragraphe 2, du règlement no 207/2009
31 Par son premier moyen, la requérante soutient, en substance, que la cinquième chambre de recours n’a pas exercé son pouvoir d’appréciation au titre de l’article 76, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 de manière objective et motivée. Elle invoque, à cet égard, quatre griefs, tirés, premièrement, d’une erreur concernant l’interprétation de l’arrêt sur pourvoi, deuxièmement, de l’absence de pertinence des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours, troisièmement, de l’absence de caractère complémentaire de ces éléments de preuve et, quatrièmement, de l’absence de justification suffisante du dépôt tardif desdits éléments de preuve.
32 L’EUIPO et l’intervenante contestent les allégations de la requérante.
a) Considérations liminaires
33 Aux termes de l’article 76, paragraphe 2, du règlement no 207/2009, l’EUIPO « peut ne pas tenir compte des faits que les parties n’ont pas invoqués ou des preuves qu’elles n’ont pas produites en temps utile ».
34 Il découle du libellé de cette disposition que, en règle générale et sauf disposition contraire, la présentation de faits et de preuves par les parties demeure possible après l’expiration des délais auxquels se trouve subordonnée une telle présentation en application des dispositions du règlement no 207/2009 et qu’il n’est nullement interdit à l’EUIPO de tenir compte de faits et de preuves ainsi tardivement invoqués ou produits (voir arrêt du 26 septembre 2013, Centrotherm Systemtechnik/OHMI et centrotherm Clean Solutions, C‑610/11 P, EU:C:2013:593, point 77 et jurisprudence citée).
35 En revanche, il ressort de manière tout aussi certaine dudit libellé qu’une telle invocation ou production tardive de faits et de preuves n’est pas de nature à conférer à la partie qui y procède un droit inconditionnel à ce que de tels faits ou preuves soient pris en considération par l’EUIPO. En précisant que l’EUIPO « peut » décider de ne pas tenir compte de tels faits et preuves, ladite disposition investit en effet celui-ci d’un large pouvoir d’appréciation à l’effet de décider, tout en motivant sa décision sur ce point, s’il y a lieu ou non de prendre ceux-ci en compte (voir, en ce sens, arrêt du 13 mars 2007, OHMI/Kaul, C‑29/05 P, EU:C:2007:162, point 43).
36 Ainsi, la prise en compte par l’EUIPO de faits et de preuves tardivement produits, lorsqu’il est appelé à statuer dans le cadre d’une procédure de nullité, est, en particulier, susceptible de se justifier lorsque celui-ci considère que, d’une part, les éléments tardivement produits sont de prime abord susceptibles de revêtir une réelle pertinence en ce qui concerne le sort de la demande en nullité formée devant lui et, d’autre part, le stade de la procédure auquel intervient cette production tardive et les circonstances qui l’entourent ne s’opposent pas à cette prise en compte (voir arrêt du 28 février 2018, mobile.de/EUIPO, C‑418/16 P, EU:C:2018:128, point 63 et jurisprudence citée).
37 Partant, l’éventuelle prise en compte desdits éléments de preuve supplémentaires ne constitue en aucune manière une « faveur » accordée à l’une ou à l’autre partie, mais doit incarner le résultat d’un exercice objectif et motivé du pouvoir d’appréciation, dont ledit article 76, paragraphe 2, investit l’EUIPO (voir, en ce sens, arrêt du 26 septembre 2013, Centrotherm Systemtechnik/OHMI et centrotherm Clean Solutions, C‑610/11 P, EU:C:2013:593, point 111).
38 Ainsi, la jurisprudence met en balance la possibilité, pour les parties, de soumettre des preuves supplémentaires ou nouvelles, la sécurité juridique des titulaires des marques de l’Union européenne ainsi que le pouvoir d’appréciation de l’EUIPO, et particulièrement des chambres de recours, quant à la recevabilité de ces preuves (arrêt d’annulation de 2024, point 60).
39 Quant à la présente affaire, la Cour a déjà affirmé, au point 42 de l’arrêt sur pourvoi, qu’il était toujours possible de présenter des preuves en temps utile pour la première fois devant la chambre de recours, dans la mesure où ces preuves visaient à contester les motifs retenus par la division d’annulation dans la décision attaquée. Ces preuves étaient, dès lors, soit des preuves supplémentaires à celles présentées à l’instance devant la division d’annulation, soit des preuves qui portaient sur un élément nouveau qui n’avait pu être soulevé au cours de ladite instance. Elle a ajouté, au point 43 de cet arrêt, que, dans le cadre de l’application du règlement no 207/2009, il appartenait à la partie qui présentait les preuves pour la première fois devant la chambre de recours de justifier les raisons pour lesquelles ces preuves étaient introduites à ce stade de la procédure ainsi que de démontrer l’impossibilité d’une telle présentation au cours de l’instance devant la division d’annulation (arrêt d’annulation de 2024, point 61).
40 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’examiner le présent moyen.
b) Sur le premier grief, tiré d’une interprétation erronée de l’arrêt sur pourvoi
41 La requérante avance que la conclusion de la cinquième chambre de recours, au point 100 de la décision attaquée, selon laquelle il y avait lieu d’utiliser son large pouvoir d’appréciation « en faveur de l’acceptation des éléments de preuve produits tardivement » est incompatible avec l’arrêt sur pourvoi dont il ressortirait que la prise en compte des éléments tardifs ne constituait en aucune manière une « faveur » accordée à l’une ou à l’autre partie, mais devait incarner le résultat d’un exercice objectif et motivé de son pouvoir d’appréciation. En tout état de cause, la cinquième chambre de recours n’aurait pas exercé son pouvoir d’appréciation de manière objective et motivée. Elle aurait commis des erreurs de droit à chacune des étapes de son appréciation.
42 L’EUIPO et l’intervenante contestent les allégations de la requérante.
43 En l’espèce, à l’instar de l’EUIPO et de l’intervenante, force est de constater que l’argumentation de la requérante résulte d’une lecture erronée de la décision attaquée. Certes, il est vrai qu’au point 100 de la décision attaquée, la cinquième chambre de recours a indiqué que, à la lumière des motivations et des explications fournies par l’intervenante et compte tenu des faits et des conclusions qui précédaient dans ladite décision, elle avait exercé son large pouvoir d’appréciation « en faveur de l’acceptation des éléments de preuve produits tardivement par [l’intervenante] au stade du recours ». Toutefois, il convient de relever qu’il s’agit d’une conclusion que ladite chambre a tirée de l’appréciation de tous les éléments pertinents et de l’exercice de son large pouvoir d’appréciation et non d’« une faveur » au sens de la jurisprudence citée au point 37 ci-dessus, contrairement à ce qu’allègue la requérante. L’emploi de l’expression « en faveur » signifie en l’espèce uniquement que la cinquième chambre de recours a décidé, après un examen de toutes les circonstances pertinentes de l’espèce, d’accepter les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours. Partant, l’argument de la requérante ne peut qu’être rejeté comme non fondé.
c) Sur le deuxième grief, tiré de l’absence de pertinence des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours
44 Premièrement, la requérante soutient que la cinquième chambre de recours a procédé à une appréciation insuffisante et erronée du critère lié à la pertinence des preuves tardives. Cette dernière, pour considérer que les éléments de preuve tardifs devaient être considérés comme pertinents, se serait référée aux points 53 et 83 de l’arrêt d’annulation de 2024 au lieu de procéder à sa propre appréciation et de se conformer à son obligation de motivation. Selon la requérante, la référence audit arrêt ne saurait remplacer une appréciation indépendante et motivée. En outre, dans les points cités par la cinquième chambre de recours, le Tribunal aurait uniquement résumé les points de la décision annulée par l’arrêt en question. En renvoyant aux appréciations qui figurent dans une décision éliminée rétroactivement de l’ordre juridique de l’Union, la cinquième chambre de recours aurait commis une erreur de droit.
45 Deuxièmement, la requérante fait valoir que l’intervenante n’a pas prouvé que les éléments de preuve tardifs étaient susceptibles, à première vue, d’être pertinents pour l’issue du recours. Cette dernière aurait reconnu que les éléments de preuve tardifs avaient été collectés afin de prouver que le prétendu lien entre une alimentation saine et la forme physique existait déjà au moment de l’enregistrement de la marque contestée. Or, la seule date pertinente serait la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, de sorte que les éléments de preuve tardifs se rapporteraient à une période non pertinente.
46 Troisièmement, la requérante soutient avoir démontré, point par point, devant la quatrième chambre de recours que le contenu des éléments de preuve tardifs n’était pas non plus pertinent pour l’issue de la procédure et ne saurait étayer les affirmations de l’intervenante. À cet égard, elle renvoie aux observations formulées devant ladite chambre.
47 L’EUIPO et l’intervenante contestent les allégations de la requérante.
48 En l’espèce, il doit être relevé que, aux points 51 à 53 de la décision attaquée, la cinquième chambre de recours a examiné la question de la pertinence des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours et a, notamment, conclu au point 53 de cette décision que ces éléments étaient susceptibles d’avoir une incidence sur l’issue du recours. En particulier, au point 52 de la décision attaquée, elle s’est référée aux points 139 à 166 de la même décision qui contiennent une appréciation détaillée desdits éléments de preuve et dont il ressort qu’ils portaient sur la perception, la compréhension et l’utilisation du terme « fitness » à la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, ainsi que sur le lien étroit entre les produits alimentaires et la forme physique au sens d’un bon état de santé. De même, au point 102 de la décision attaquée, la cinquième chambre de recours a considéré que les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours renforçaient et clarifiaient les éléments de preuve initialement déposés devant la division d’annulation et étaient donc pertinents pour l’issue du recours.
49 Premièrement, s’agissant de l’allégation de la requérante selon laquelle la cinquième chambre de recours n’a pas procédé à une appréciation indépendante et motivée pour considérer que les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours étaient pertinents, il convient de relever ce qui suit. Certes, comme l’avance la requérante, au point 51 de la décision attaquée, la cinquième chambre de recours s’est limitée à citer les points 53 et 83 de l’arrêt d’annulation de 2024 et, au point 52 de ladite décision, elle a indiqué que les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours seraient analysés en détail aux points 139 à 166 de cette décision. Toutefois, au point 102 de la même décision, et ainsi qu’il est indiqué au point 48 ci-dessus, elle a considéré que les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours étaient pertinents pour l’issue du recours en ce qu’ils renforçaient et clarifiaient les éléments de preuve initiaux. Partant, la requérante n’est pas fondée à reprocher à la cinquième chambre de recours de ne pas avoir procédé à sa propre appréciation. De même, il convient de constater que le point 102 ainsi que les points 139 à 166 de la décision attaquée permettent à la requérante de connaître les motifs ayant conduit à son adoption et au Tribunal d’exercer son contrôle, de sorte que le grief tiré de l’absence de motivation n’est pas non plus fondé.
50 Deuxièmement, quant à l’argument selon lequel les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours n’étaient pas, à première vue, pertinents, ou selon lequel l’intervenante n’avait pas démontré cette pertinence, il n’est pas de nature à remettre en cause la conclusion de la cinquième chambre de recours selon laquelle ils renforçaient et clarifiaient les éléments de preuve initialement déposés devant la division d’annulation et étaient donc pertinents pour l’issue du recours, pour les motifs figurant aux points 139 à 166 de la décision attaquée (voir point 48 ci-dessus).
51 À cet égard, il doit être rappelé, à l’instar de l’EUIPO, que, conformément à la jurisprudence citée au point 35 ci-dessus, la chambre de recours jouit d’un large pouvoir d’appréciation pour décider, tout en motivant sa décision sur ce point, s’il y a lieu ou non de prendre en compte des preuves produites tardivement. Il ressort également de la jurisprudence que l’exercice par la chambre de recours d’un large pouvoir d’appréciation n’a pas pour effet de soustraire cette appréciation au contrôle du juge de l’Union, mais de restreindre ledit contrôle quant au fond à la vérification de l’absence d’erreur manifeste d’appréciation et de détournement de pouvoir [voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 4 mai 2017, Kasztantowicz/EUIPO – Gbb Group (GEOTEK), T‑97/16, non publié, EU:T:2017:298, point 58 et jurisprudence citée]. Or, la requérante, en se limitant à soutenir que la pertinence, à première vue, des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours n’a pas été démontrée, n’a pas établi l’existence d’une telle erreur manifeste ou d’un tel détournement de pouvoir.
52 Troisièmement, dans la mesure où la requérante se réfère, de manière globale, à ses observations formulées devant la quatrième chambre de recours, il doit être rappelé que, si le corps de la requête peut être étayé et complété, sur des points spécifiques, par des renvois à des extraits de pièces qui y sont annexées, un renvoi global à d’autres écrits ne saurait pallier l’absence des éléments essentiels de l’argumentation en droit qui doivent figurer dans la requête [voir arrêt du 19 octobre 2006, Bitburger Brauerei/OHMI – Anheuser-Busch (BUD, American Bud et Anheuser Busch Bud), T‑350/04 à T‑352/04, EU:T:2006:330, point 33 et jurisprudence citée ; voir également, en ce sens, arrêt du 11 septembre 2014, MasterCard e.a./Commission, C‑382/12 P, EU:C:2014:2201, point 41 et jurisprudence citée]. Un tel renvoi général est donc irrecevable.
53 Quatrièmement, enfin, en ce qui concerne l’argument selon lequel l’intervenante, dans l’exposé des motifs de son recours devant la quatrième chambre de recours, aurait indiqué que les éléments de preuve additionnels avaient été soumis afin de démontrer que le lien entre la nourriture saine et la bonne forme physique existait déjà au moment de l’enregistrement de la marque contestée, il suffit de constater que cette affirmation ne remet pas en cause la pertinence desdits éléments. En effet, même dans l’hypothèse où ils concerneraient une période postérieure à la date de la demande d’enregistrement, en vertu de la jurisprudence, il n’est pas exclu que les instances de l’EUIPO puissent prendre en compte, le cas échéant, des éléments de preuve postérieurs à cette date, pour autant que ceux-ci permettent de tirer des conclusions sur la situation telle qu’elle se présentait à cette même date [voir arrêt du 13 mai 2020, SolNova/EUIPO – Canina Pharma (BIO-INSECT Shocker), T‑86/19, EU:T:2020:199, point 59 et jurisprudence citée].
54 Il en découle que la cinquième chambre de recours n’a pas commis d’erreur de droit ni d’erreur manifeste d’appréciation en considérant que les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours étaient, à première vue, pertinents pour l’issue du litige.
d) Sur le troisième grief, tiré de l’absence de caractère complémentaire des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours
55 La requérante soutient que la conclusion de la cinquième chambre de recours selon laquelle les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours étaient complémentaires par rapport à ceux soumis en temps utile devant la division d’annulation, dans la mesure où, selon la cinquième chambre de recours, ils visaient également à renforcer le lien descriptif allégué entre la signification du terme « fitness » et les produits en cause, viole l’article 76, paragraphe 2, du règlement no 207/2009.
56 Selon la requérante, le caractère complémentaire d’un élément de preuve doit être analysé au regard des éléments de preuve particuliers produits en temps utile et ne saurait être déduit simplement de l’intention d’une partie de prouver le même argument ou la même notion juridique. L’élément pertinent serait plutôt limité au contenu factuel des éléments de preuve déjà versés au dossier. De l’avis de la requérante, dans l’hypothèse où la division d’annulation estimerait que certains faits ou éléments de preuve présentés devant elle seraient dépourvus de pertinence ou insuffisants pour renverser la présomption de validité d’une marque enregistrée, il ne serait pas possible de prouver que la conclusion de ladite division est erronée en se référant, au stade du recours, à des faits ou à des éléments de preuve différents, c’est-à-dire à un contenu n’ayant jamais été présenté devant la division d’annulation. La requérante en déduit que la notion de « complémentarité », au sens de l’article 76, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 doit faire l’objet d’une interprétation stricte. En n’effectuant pas l’analyse requise, point par point, afin de déterminer s’il existait un lien factuel et substantiel entre les éléments de preuve spécifiques, la cinquième chambre de recours aurait commis une erreur de droit.
57 La requérante avance qu’une analyse correcte, en l’espèce, aurait démontré l’inexistence d’un tel lien factuel. Les éléments de preuve tardifs auraient été collectés et produits dans le but spécifique de prouver le lien descriptif et l’usage au moment de l’enregistrement, tandis que la quasi-totalité des documents produits devant la division d’annulation concernaient les années 2011 et postérieures. Ainsi, il n’existerait aucun lien factuel entre les différents éléments de preuve et, partant, les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours ne sauraient être considérés comme complémentaires.
58 Enfin, la cinquième chambre de recours aurait commis d’autres erreurs de droit en considérant que la requérante n’avait pas expliqué pourquoi elle estimait que les éléments de preuve tardifs n’étaient pas complémentaires mais nouveaux, ni exposé de raisons valables susceptibles de remettre en cause les conclusions selon lesquelles ces éléments étaient complémentaires. La requérante soutient que c’est à l’intervenante qu’il incombait de prouver le caractère complémentaire de ces preuves et qu’elle avait expliqué, en détail, dans ses observations des 12 mai 2014 et 17 décembre 2020, pourquoi il s’agissait d’« éléments de preuve présentés pour la première fois » et non de simples compléments.
59 L’EUIPO et l’intervenante contestent les allégations de la requérante.
60 Il convient de relever que, en l’espèce, la cinquième chambre de recours a considéré que les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours complétaient ceux présentés devant la division d’annulation en ce qu’ils clarifiaient le lien descriptif entre la signification du terme « fitness » et les produits en cause, à la date pertinente de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée.
61 En particulier, la cinquième chambre de recours a indiqué, au point 57 de la décision attaquée, que, compte tenu des motifs exposés dans la décision de la division d’annulation, à savoir que les éléments de preuve produits par l’intervenante devant elle, bien que pertinents, n’étaient pas suffisants pour démontrer le lien descriptif entre la signification du terme « fitness » et les produits en cause, il apparaissait que les éléments de preuve produits pour la première fois au stade du recours, qui contenaient davantage d’exemples de la signification et de la compréhension du terme en question en rapport avec les produits en cause, devaient être considérés comme simplement complémentaires et destinés à appuyer le contenu des documents produits initialement.
62 En outre, en réponse à l’allégation de la requérante selon laquelle les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours n’étaient pas complémentaires dans la mesure où ils tendaient à démontrer le caractère descriptif de la marque contestée à une période différente de celle visée par les éléments de preuve initiaux, la cinquième chambre de recours a indiqué que la demande en nullité avait été rejetée par la division d’annulation, non pas en raison de l’absence de démonstration du caractère descriptif de la marque contestée à la date pertinente, mais parce que l’intervenante n’avait pas expliqué, ni établi que le public percevait le terme « fitness » comme ayant un lien descriptif direct et immédiat avec les produits en cause. Elle a ajouté que, même à supposer que l’intention de l’intervenante ait été d’établir l’existence du caractère descriptif allégué à la date pertinente, ces éléments de preuve devaient continuer à être considérés comme complémentaires et non nouveaux.
63 À cet égard, il convient de constater, premièrement, que l’approche préconisée par la requérante, selon laquelle, pour pouvoir être qualifiées de preuves complémentaires, celles-ci doivent présenter un lien factuel avec les éléments de preuve produits devant la division d’annulation, est fondée sur une interprétation stricte de l’article 76, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 qui n’est pas soutenue par la jurisprudence. En effet, une preuve complémentaire est celle qui se caractérise par un lien avec d’autres preuves déjà présentées au préalable dans le délai imparti et qui vient s’ajouter à ces dernières preuves [voir arrêt du 19 janvier 2022, Masterbuilders, Heiermann, Schmidtmann/EUIPO – Cirillo (POMODORO), T‑76/21, non publié, EU:T:2022:16, point 40 et jurisprudence citée].
64 De même, la jurisprudence exige seulement que les preuves présentées au-delà du délai imparti par la division d’annulation ne soient pas les premières et uniques preuves concernant la signification d’un terme et de sa perception en lien avec les produits ou les services en cause, ces preuves pouvant être qualifiées de preuves « complémentaires » ou « supplémentaires » venant s’ajouter à des éléments de preuve pertinents, déposés dans le délai imparti [voir, en ce sens, arrêts du 18 juillet 2013, New Yorker SHK Jeans/OHMI, C-621/11 P, EU:C:2013:484, point 30 et du 9 septembre 2020, Kludi/EUIPO – Adlon Brand (ADLON), T‑144/19, non publié, EU:T:2020:404, point 59 et jurisprudence citée].
65 Or, en l’espèce, force est de constater que les éléments de preuve soumis par l’intervenante devant la division d’annulation portaient sur la signification et la perception du terme « fitness » en lien avec les produits en cause. Toutefois, ceux-ci ont été considérés par ladite division comme étant, certes, pertinents mais insuffisants pour démontrer qu’il existait un lien suffisamment direct entre la signification du terme « fitness », au sens d’une bonne condition physique, et les produits en cause. Or, les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours, consistant en d’autres exemples de la signification et de la compréhension du terme « fitness » en rapport avec les produits en cause, revêtaient, ainsi que l’a considéré la cinquième chambre de recours, un caractère complémentaire par rapport à ceux présentés devant la division d’annulation.
66 Deuxièmement, en ce qui concerne l’allégation de la requérante selon laquelle la cinquième chambre de recours aurait inversé la charge de la preuve, il doit être relevé que celle-ci résulte d’une lecture partielle et erronée de la décision attaquée. S’il est vrai que ladite chambre a considéré, au point 60 de la décision attaquée, que la requérante n’avait pas expliqué pourquoi elle estimait que les éléments de preuve supplémentaires n’étaient pas complémentaires, mais nouveaux et, au point 66 de cette décision, que la requérante n’avait pas exposé des raisons valables susceptibles de remettre en cause les conclusions de ladite chambre, ces appréciations visaient uniquement à indiquer que l’argumentation avancée par la requérante n’était pas de nature à infirmer la conclusion selon laquelle les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours étaient complémentaires. À plus forte raison, il y a lieu de relever, à l’instar de l’intervenante, que celle-ci a indiqué, dans son mémoire exposant les motifs du recours, pourquoi, selon elle, ces éléments de preuve étaient complémentaires.
67 Troisièmement, quant au renvoi global, par la requérante, aux pièces présentées devant les différentes chambres de recours, il convient de rappeler qu’en vertu de la jurisprudence citée au point 52 ci-dessus, celui-ci est irrecevable.
68 Il s’ensuit que la requérante n’a pas démontré que la cinquième chambre de recours a commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article 76, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 en considérant que les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours étaient complémentaires par rapport à ceux présentés devant la division d’annulation.
e) Sur le quatrième grief, tiré de l’absence de motifs justifiant le dépôt tardif des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours
69 La requérante avance que la qualification par la cinquième chambre de recours de la décision de la division d’annulation en tant qu’élément nouveau justifiant la production des preuves tardives est entachée d’une dénaturation des faits et d’erreurs de droit. Selon elle, il ne découle pas de l’arrêt d’annulation de 2024 que cette décision devait être considérée comme une justification suffisante. Aussi, la requérante affirme que la cinquième chambre de recours a commis une erreur de droit en ignorant totalement le fait que l’intervenante n’avait pas prouvé l’impossibilité de présenter les éléments de preuve tardifs devant ladite division. La simple déclaration selon laquelle les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours correspondaient à des « éléments de preuve complémentaires » ne pourrait justifier leur dépôt tardif.
70 De l’avis de la requérante, les circonstances entourant le dépôt de ces éléments de preuve plaideraient contre leur prise en considération. À cet égard, elle indique avoir soutenu tout au long de la procédure devant la division d’annulation que les preuves produites par l’intervenante ne se rapportaient pas à la période pertinente et que leur contenu était insuffisant, de sorte que la décision de cette division était une conséquence directe et prévisible des arguments échangés devant elle. Ainsi, selon la requérante, l’intervenante avait de multiples occasions de remédier aux insuffisances de sa demande en nullité et les éléments de preuve tardifs auraient pu être recueillis avant l’introduction de cette demande ou à tout moment au cours de la procédure devant la division d’annulation. Partant, c’est à tort, selon elle, que la cinquième chambre de recours a supposé qu’il était « raisonnable » pour l’intervenante de s’appuyer sur les éléments produits en première instance, car ce prétendu caractère « raisonnable » serait contredit par le fait que, dans la décision attaquée, la cinquième chambre de recours se serait presque exclusivement appuyée sur les éléments de preuve tardifs. Par ailleurs, ce serait également à tort que la cinquième chambre de recours aurait affirmé qu’il n’y avait pas « non plus de négligence » de la part de l’intervenante. Selon la requérante, un demandeur en nullité raisonnablement prudent aurait cherché à remédier aux insuffisances évidentes et controversées des preuves produites devant la division d’annulation, ne serait-ce qu’à titre de thèse subsidiaire.
71 De surcroît, il ne ressortirait pas de l’arrêt sur pourvoi que l’existence d’un « élément nouveau » justifierait en soi la présentation tardive de preuves. La cinquième chambre de recours se serait fondée sur la prémisse erronée selon laquelle l’intervenante avait déjà apporté la preuve que le terme « fitness » avait été utilisé de manière descriptive pour des produits devant la division d’annulation. Or, tel ne serait pas le cas. Bien que cet aspect ait été souligné par la requérante devant la division d’annulation, l’intervenante aurait choisi délibérément de ne pas produire d’autres éléments de preuve dans ses observations finales devant cette division.
72 En outre, la requérante soutient que c’est à tort que la cinquième chambre de recours a fondé son raisonnement sur l’arrêt du 16 novembre 2011, Buffalo Milke Automotive Polishing Products/OHMI – Werner & Mertz (BUFFALO MILKE Automotive Polishing Products) (T‑308/06, EU:T:2011:675), qui concernerait un ensemble de faits et de considérations juridiques complètement différents.
73 Enfin, selon la requérante, la cinquième chambre de recours aurait complètement ignoré le poids, la valeur et le contenu des observations et des arguments de la requérante.
74 L’EUIPO et l’intervenante contestent les allégations de la requérante.
75 S’agissant, en premier lieu, de l’existence d’un élément nouveau en l’espèce, justifiant la présentation des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours, il convient de rappeler que le Tribunal, au point 77 de l’arrêt d’annulation de 2024, a considéré que la première chambre de recours avait commis une erreur de droit dans sa décision du 12 octobre 2021, en estimant, dans celle-ci, par référence à l’arrêt du 22 septembre 2011, Cesea Group/OHMI – Mangini & C. (Mangiami) (T‑250/09, non publié, EU:T:2011:516), que la décision de la division d’annulation n’était pas un « élément nouveau » pouvant justifier la présentation de preuves tardives au cours de la procédure de recours. De même, au point 83 de l’arrêt d’annulation de 2024, le Tribunal a jugé que le seul motif avancé par la première chambre de recours pour considérer que la requérante n’avait pas présenté d’« élément nouveau » justifiant la présentation d’éléments de preuve supplémentaires était entaché d’une erreur de droit et que, partant, ladite chambre n’avait pas avancé de motifs valables pour écarter les preuves produites pour la première fois au stade du recours.
76 Dans la décision attaquée, en se référant notamment à l’arrêt d’annulation de 2024, la cinquième chambre de recours a souscrit aux justifications avancées par l’intervenante selon lesquelles la finalité des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours était de contester les conclusions de la décision de la division d’annulation, en particulier en ce qui concerne la preuve prétendument insuffisante d’un lien descriptif direct entre la signification du terme « fitness » et les produits en cause. Elle a notamment ajouté que les éléments de preuve produits devant la division d’annulation étaient déjà « assez substantiels » et contenaient des références à la signification du terme « fitness » à la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée.
77 Partant, compte tenu des explications fournies par l’intervenante, des éléments de preuve déjà présentés devant la division d’annulation ainsi que de l’objectif et de l’intérêt général d’une procédure fondée sur des motifs absolus, la cinquième chambre de recours a conclu que la décision de la division d’annulation constituait un « élément nouveau » tel qu’établi dans la jurisprudence pertinente, justifiant ainsi la présentation tardive de preuves supplémentaires.
78 À cet égard, il convient de constater que la cinquième chambre de recours a respecté les motifs de l’arrêt d’annulation de 2024, qui n’a pas fait l’objet d’un pourvoi et est ainsi devenu définitif, et dont il ressort, en substance, que la décision de la division d’annulation était un élément nouveau pouvant justifier le dépôt de preuves supplémentaires (voir point 75 ci-dessus). En outre, contrairement aux allégations de la requérante, tout en s’appuyant sur l’arrêt d’annulation de 2024, la cinquième chambre de recours n’a pas considéré qu’il ressortait de cet arrêt que la décision de la division d’annulation devait nécessairement, et sans autre appréciation, être qualifiée de justification suffisante pour la soumission des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre. En effet, ainsi qu’il ressort des points 67 à 82 de la décision attaquée, ladite chambre a procédé à sa propre appréciation de la justification avancée par l’intervenante pour considérer que la décision de la division d’annulation constituait un élément nouveau justifiant la présentation des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours. Or, ces considérations ne sont pas utilement remises en cause par les différents arguments de la requérante par lesquels celle-ci vise, en substance, à contester le caractère, à première vue, pertinent et complémentaire de ces éléments de preuve, ces arguments ayant déjà été écartés aux points 54 et 68 ci-dessus.
79 En deuxième lieu, s’agissant de l’allégation selon laquelle l’intervenante n’a pas démontré pourquoi il lui était impossible de produire les éléments de preuve tardifs devant la division d’annulation, il doit être relevé que l’intervenante a justifié leur présentation tardive par les considérations de la division d’annulation selon lesquelles les preuves initialement soumises étaient inadéquates et insuffisantes. Cette argumentation, dans les circonstances de la présente affaire, doit être considérée comme équivalente à la démonstration de l’impossibilité de soumettre ces preuves dans le délai imparti. En effet, l’intervenante ne pouvait pas connaître la position de la division d’annulation avant que cette dernière n’ait adopté sa décision, même si la requérante a soutenu au cours de la procédure devant ladite division que les preuves initialement soumises étaient insuffisantes.
80 Dans ce contexte, il doit être ajouté que la cinquième chambre de recours a répondu à l’allégation selon laquelle le rejet de la demande en nullité par la division d’annulation était prévisible et que, partant, l’intervenante aurait fait preuve de négligence. En effet, ladite chambre a considéré que, étant donné que l’intervenante avait déposé les éléments de preuve supplémentaires devant la quatrième chambre de recours à la première occasion possible, elle n’avait pas eu recours à une quelconque tactique dilatoire, pas plus qu’elle n’avait fait preuve de négligence. Elle a ajouté que le stade de la procédure et les autres circonstances invoquées par la requérante ne sauraient neutraliser ou contrebalancer les motifs plaidant en faveur de l’acceptation de ces éléments de preuve. Ces considérations de la cinquième chambre de recours ne sont entachées d’aucune erreur manifeste d’appréciation.
81 En troisième lieu, quant à l’arrêt du 16 novembre 2011, BUFFALO MILKE Automotive Polishing Products (T‑308/06, EU:T:2011:675), la cinquième chambre de recours s’y est référée, aux points 79 et 80 de la décision attaquée, simplement pour illustrer le fait que le Tribunal avait déjà qualifié une décision d’une division d’opposition d’élément nouveau justifiant la présentation d’éléments de preuve supplémentaires au stade du recours. Il s’ensuit que l’argumentation de la requérante par laquelle celle-ci soutient que les éléments de preuve complémentaires dans l’affaire ayant donné lieu à cet arrêt étaient différents par nature doit être écartée.
82 En quatrième lieu, enfin, s’agissant de l’argument selon lequel la cinquième chambre de recours aurait complètement ignoré le poids, la valeur et le contenu des observations et des arguments de la requérante, il suffit de constater, d’une part, que ladite chambre a répondu aux observations de la requérante aux points 83 à 98 de la décision attaquée et, d’autre part, que cette dernière ne vise aucun argument concret qui aurait été ignoré par ladite chambre.
83 Au vu de tout ce qui précède, il y a lieu de conclure que la cinquième chambre de recours n’a pas commis d’erreur de droit ni d’erreur manifeste d’appréciation en considérant que la décision de la division d’annulation constituait un élément nouveau justifiant la présentation des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours et que les circonstances de l’affaire ne s’opposaient pas à la prise en compte de ces éléments.
84 Partant, il convient de rejeter le premier moyen comme non fondé.
2. Sur le second moyen, tiré de la violation de l’article 51, paragraphe 1, sous a), du règlement no 40/94, lu en combinaison avec l’article 7, paragraphe 1, sous c), du même règlement
85 Par son second moyen, la requérante allègue une violation de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement no 40/94 en soutenant qu’il n’a pas été démontré que la marque contestée était descriptive pour les produits en cause.
86 L’EUIPO et l’intervenante contestent les allégations de la requérante.
87 À cet égard, en vertu de l’article 51, paragraphe 1, sous a), du règlement no 40/94, la nullité de la marque de l’Union européenne est déclarée, sur demande présentée auprès de l’EUIPO ou sur demande reconventionnelle dans une action en contrefaçon, lorsque cette marque a été enregistrée contrairement aux dispositions de l’article 7 du même règlement.
88 Aux termes de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement no 40/94, sont refusées à l’enregistrement les marques qui sont composées exclusivement de signes ou d’indications pouvant servir, dans le commerce, pour désigner l’espèce, la qualité, la quantité, la destination, la valeur, la provenance géographique ou l’époque de la production du produit ou de la prestation du service, ou d’autres caractéristiques de ceux-ci. En vertu de l’article 7, paragraphe 2, du même règlement, l’article 7, paragraphe 1, du règlement no 40/94 est applicable même si les motifs de refus n’existent que dans une partie de l’Union.
89 Ces signes ou indications sont réputés incapables d’exercer la fonction essentielle de la marque, à savoir celle d’identifier l’origine commerciale du produit ou du service [arrêts du 23 octobre 2003, OHMI/Wrigley, C‑191/01 P, EU:C:2003:579, point 30, et du 27 février 2002, Eurocool Logistik/OHMI (EUROCOOL), T‑34/00, EU:T:2002:41, point 37].
90 Pour qu’un signe tombe sous le coup de l’interdiction énoncée à l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement no 40/94, il faut qu’il présente, avec les produits ou les services en cause, un rapport suffisamment direct et concret de nature à permettre au public pertinent de percevoir immédiatement, et sans autre réflexion, une description des produits et des services en cause ou d’une de leurs caractéristiques [voir arrêts du 12 janvier 2005, Deutsche Post EURO EXPRESS/OHMI (EUROPREMIUM), T‑334/03, EU:T:2005:4, point 25 et jurisprudence citée, et du 22 juin 2005, Metso Paper Automation/OHMI (PAPERLAB), T‑19/04, EU:T:2005:247, point 25 et jurisprudence citée].
91 À cet égard, il y a lieu de rappeler que, par l’emploi, à l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement no 40/94, des termes « l’espèce, la qualité, la quantité, la destination, la valeur, la provenance géographique ou l’époque de la production du produit ou de la prestation du service, ou d’autres caractéristiques de ceux-ci », le législateur de l’Union a, d’une part, indiqué que ces termes devaient tous être considérés comme correspondant à des caractéristiques de produits ou de services et, d’autre part, précisé que cette liste n’était pas exhaustive, toute autre caractéristique de produits ou de services pouvant également être prise en compte [voir arrêt du 7 mai 2019, Fissler/EUIPO (vita), T‑423/18, EU:T:2019:291, point 42 et jurisprudence citée].
92 Le choix, par le législateur de l’Union, du terme « caractéristique » met en exergue le fait que les signes visés à l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement no 40/94 ne sont que ceux qui servent à désigner une propriété, facilement reconnaissable par le public pertinent, des produits ou des services pour lesquels l’enregistrement est demandé. Ainsi, un signe ne saurait être refusé à l’enregistrement sur le fondement de cette disposition que s’il est raisonnable d’envisager qu’il sera effectivement reconnu par le public pertinent comme une description de l’une desdites caractéristiques [voir, en ce sens, arrêts du 10 mars 2011, Agencja Wydawnicza Technopol/OHMI, C‑51/10 P, EU:C:2011:139, point 50, et du 3 juillet 2013, Airbus/OHMI (NEO), T‑236/12, EU:T:2013:343, point 32].
93 De plus, s’il est indifférent qu’une telle caractéristique soit essentielle ou accessoire sur le plan commercial, une caractéristique, au sens de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement no 40/94, doit néanmoins être objective et inhérente à la nature du produit ou du service ainsi qu’intrinsèque et permanente pour ce produit ou ce service (voir arrêt du 7 mai 2019, vita, T‑423/18, EU:T:2019:291, point 44 et jurisprudence citée).
94 En outre, il convient de rappeler que, en vertu de la jurisprudence, les instances de l’EUIPO doivent, pour examiner si les motifs absolus visés à l’article 7, paragraphe 1, du règlement no 40/94 s’opposent à l’enregistrement d’une marque ou doivent entraîner la déclaration de la nullité d’une marque préalablement enregistrée, se placer à la date de dépôt de la demande d’enregistrement (voir arrêt du 13 mai 2020, BIO-INSECT Shocker, T‑86/19, EU:T:2020:199, point 23 et jurisprudence citée). Toutefois, aux fins d’examiner une telle demande en nullité, il est possible, conformément à la jurisprudence citée au point 53 ci-dessus, de prendre en compte des éléments qui, bien que postérieurs à cette date, permettent de tirer des conclusions sur la situation telle qu’elle se présentait à ce moment-là [voir ordonnance du 23 avril 2010, OHMI/Frosch Touristik, C‑332/09 P, non publiée, EU:C:2010:225, point 43, et arrêt du 2 février 2022, Maternus/EUIPO – adp Gauselmann (WILD), T‑116/21, non publié, EU:T:2022:47, point 38 et jurisprudence citée].
95 Par ailleurs, il n’est pas nécessaire que les signes et indications composant la marque visés à l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement no 40/94 soient effectivement utilisés, au moment de la demande d’enregistrement, à des fins descriptives de produits ou de services tels que ceux pour lesquels la demande est présentée ou des caractéristiques de ces produits ou de ces services. Il suffit, comme l’indique la lettre même de cette disposition, que ces signes et indications puissent être utilisés à de telles fins. Un signe verbal doit ainsi se voir opposer un refus d’enregistrement, en application de ladite disposition, si, en au moins une de ses significations potentielles, il désigne une caractéristique des produits ou services concernés (voir, en ce sens, arrêts du 23 octobre 2003, OHMI/Wrigley, C‑191/01 P, EU:C:2003:579, point 32, et du 10 mars 2011, Agencja Wydawnicza Technopol/OHMI, C‑51/10 P, EU:C:2011:139, point 38 et jurisprudence citée).
96 Enfin, dans le cadre d’une procédure de nullité fondée sur un motif absolu de refus, la marque de l’Union européenne enregistrée étant présumée valide, il appartient à la personne ayant présenté la demande en nullité d’invoquer devant l’EUIPO les éléments concrets qui mettraient en cause sa validité [arrêt du 13 septembre 2013, Fürstlich Castell’sches Domänenamt/OHMI – Castel Frères (CASTEL), T‑320/10, EU:T:2013:424, point 28].
97 C’est à la lumière des principes susmentionnés qu’il convient d’examiner les griefs développés dans le cadre du présent moyen.
98 En l’espèce, à titre liminaire, il convient de relever que la requérante ne conteste pas la définition du public pertinent, retenue par la cinquième chambre de recours aux points 125 à 127 de la décision attaquée, selon laquelle celui-ci était composé du grand public des États membres dont l’anglais était la langue officielle à la date de la demande d’enregistrement de la marque contestée, soit le 20 novembre 2001, à savoir l’Irlande et le Royaume-Uni.
a) Sur l’examen des preuves
99 En sus de l’argumentation avancée dans le cadre du premier moyen, la requérante allègue que l’examen des preuves par la cinquième chambre de recours est entaché d’inexactitudes matérielles et conteste les motifs avancés par celle-ci.
1) Sur la signification du terme « fitness » et la pertinence des éléments de preuve présentés devant la division d’annulation
100 La requérante soutient que le terme « fitness » est communément compris, tout d’abord, comme désignant l’ « adéquation des choses à leur usage » ou l’« aptitude à remplir une fonction ». Aucun des extraits de dictionnaires figurant dans le dossier ne fournirait d’indication sur une perception réelle ou concevable de l’utilisation descriptive du terme « fitness » par le public pertinent en relation avec des produits alimentaires en général. La requérante avance que même la signification la plus restrictive adoptée par la cinquième chambre de recours selon laquelle « fitness » signifie « une bonne condition physique ou une bonne santé qui peut être obtenue notamment par l’exercice physique et une alimentation saine » ne ressortirait pas des éléments figurant dans le dossier.
101 De même, selon la requérante, la pièce no 20, produite par l’intervenante et contenant vraisemblablement des pages de deux dictionnaires roumains, à laquelle s’est référée la cinquième chambre de recours, n’est pas pertinente dans la mesure où elle ne concerne pas le public pertinent, ni la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée pertinente. En tout état de cause, ces extraits ne se référeraient ni à l’exercice physique ni à la nutrition et n’étaieraient pas la notion d’alimentation saine comme moyen nécessaire pour atteindre une bonne condition physique, pas plus que le fait que le terme « nutrition » serait équivalent à « aliments » ou « boissons ».
102 En outre, la requérante avance que le sens plus étroit du terme « fitness » retenu par la cinquième chambre de recours est spécifique au secteur du sport et, ainsi, n’est pas pertinent à l’égard des consommateurs qui achètent les produits alimentaires du quotidien. Ces produits ne seraient pas achetés dans l’intention d’améliorer les performances sportives comme le seraient certains compléments alimentaires ni dans le but d’améliorer la santé ou de fournir l’apport de nutriments précis, dès lors qu’ils ne poursuivraient pas cette finalité.
103 Enfin, la requérante fait valoir que l’appréciation de la cinquième chambre de recours relative aux autres éléments de preuve produits devant la division d’annulation est également erronée. Selon elle, ces derniers n’étayent pas l’usage du terme « fitness » de manière descriptive « sur les produits ».
104 L’EUIPO et l’intervenante contestent les allégations de la requérante.
105 En ce qui concerne la signification du terme « fitness », la cinquième chambre de recours a considéré qu’il ressortait de la pièce no 20 que ce terme faisait référence, déjà à la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée pertinente, à une bonne condition physique ou à une bonne santé qui peut être obtenue notamment par l’exercice physique et par une alimentation saine. De l’avis de ladite chambre, cette définition est corroborée par les éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours, dont il ressortirait que les consommateurs finaux des États membres dont l’anglais est la langue officielle comprendraient la marque contestée comme une référence à une bonne condition physique ou à une bonne santé qui pourrait être obtenue notamment par l’exercice physique et par une alimentation saine.
106 S’agissant de l’allégation de la requérante selon laquelle la pièce no 20 correspond à des extraits de dictionnaires roumains et, partant, est dénuée de pertinence au regard du public retenu par la cinquième chambre de recours, il convient de constater que tel est effectivement le cas et que ladite chambre a vraisemblablement repris la numérotation erronée des éléments de preuve adoptée par la division d’annulation.
107 Toutefois, malgré cette erreur de plume, il y a lieu de relever qu’un extrait du site Internet « The Free Dictionary », se référant aux dictionnaires The American Heritage® Dictionary of the English Language et Collins English Dictionary, décrit comme « pièce no 20 » par la division d’annulation et contenant la définition reprise par la cinquième chambre de recours au point 129 de la décision attaquée, figure parmi les éléments de preuve soumis par l’intervenante devant ladite division. Partant, l’argument de la requérante ne saurait prospérer.
108 La pertinence de la définition retenue par la cinquième chambre de recours ne saurait être remise en cause par les autres arguments de la requérante.
109 Premièrement, en ce qui concerne l’argument selon lequel le terme « fitness » serait compris par le public anglophone, avant tout, comme signifiant « l’adéquation des choses à leur usage » ou « l’aptitude à remplir une fonction », il doit être rappelé qu’en vertu de la jurisprudence, citée au point 95 ci-dessus, un signe verbal doit se voir opposer un refus d’enregistrement, en application de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001, si, en au moins une de ses significations potentielles, il désigne une caractéristique des produits ou des services concernés. Partant, le fait que le terme constituant la marque contestée peut aussi être compris dans le sens allégué par la requérante est sans incidence en l’espèce.
110 Deuxièmement, quant à l’argument selon lequel le terme « fitness », dans la mesure où il signifierait « bonne condition physique », serait spécifique au secteur du sport, il y a lieu de relever qu’il n’est pas étayé et que cette caractéristique ne ressort pas de la définition du terme « fitness » retenue par la cinquième chambre de recours (voir point 105 ci-dessus). De surcroît, cet argument a déjà été écarté, en substance, par la cinquième chambre de recours (voir points 131 à 133 et 169 de la décision attaquée) sans que la requérante n’avance des arguments concrets pour remettre en cause la position de ladite chambre.
111 Enfin, les allégations de la requérante portant sur la pertinence des autres éléments de preuve présentés devant la division d’annulation ne sont aucunement étayées et, pour cette raison, doivent être rejetées.
2) Sur la pertinence des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours
112 La requérante fait valoir que la cinquième chambre de recours a erronément apprécié les éléments de preuve produits tardivement par l’intervenante. Ces éléments de preuve n’auraient pas établi que, peu de temps après la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, le terme « fitness » était utilisé de manière descriptive en indiquant la finalité de produits alimentaires sains favorisant et contribuant à maintenir ou à atteindre un bon état de santé physique. Selon la requérante, les éléments de preuve produits par l’intervenante feraient plutôt allusion à un simple lien conceptuel et suggestif entre la notion de bonne condition physique et l’importance générale d’une bonne alimentation.
113 L’EUIPO et l’intervenante contestent les allégations de la requérante.
114 En l’espèce, la cinquième chambre de recours a considéré que, sur la base des éléments de preuve produits devant la quatrième chambre de recours, l’intervenante avait démontré que la bonne condition physique ou le fait d’être en bonne santé, ce qui correspondrait à la notion de « fitness », étaient très étroitement liés, entre autres, à la nutrition et dépendants de celle-ci.
115 Premièrement, s’agissant des pièces nos 1 à 3, force est de constater que l’argumentation de la requérante visant à soutenir que ces ouvrages ne traitaient pas de la qualité que les aliments devraient avoir pour favoriser la forme physique ne sont pas de nature à remettre en cause la conclusion de la cinquième chambre de recours selon laquelle ils établissent que les notions de produits alimentaires et de forme physique étaient étroitement liés dans la perception des consommateurs pertinents (voir points 139, 140 et 144 de la décision attaquée).
116 Deuxièmement, en ce qui concerne la pièce no 4, l’argument de la requérante selon lequel, d’une part, cet ouvrage ne traite pas des caractéristiques ou de la finalité des produits alimentaires du quotidien et, d’autre part, les deux concepts d’« alimentation » et d’« exercice physique » y sont traités séparément, ne saurait contredire la constatation de la cinquième chambre de recours selon laquelle ce livre montre qu’à la date concernée, à savoir en 2002, une bonne condition physique dépendait fortement d’une consommation saine et équilibrée de produits alimentaires appropriés (voir point 147 de la décision attaquée).
117 Troisièmement, s’agissant des pièces nos 8 à 11, la requérante s’est limitée à soutenir que les pages Internet qui y sont contenues sont confuses et ne sont pas pertinentes, étant donné qu’elles s’adresseraient à un public différent et, par conséquent, ne pourraient pas étayer la relation directe alléguée. Ces allégations ne sont toutefois pas de nature à remettre en cause les appréciations de la cinquième chambre de recours selon lesquelles il ressort de ces sites Internet que la forme physique et la santé peuvent être acquises ou favorisées par un régime alimentaire à base de pain ou de céréales. Quant à la circonstance que ces sites ne s’adresseraient pas au public pertinent, la cinquième chambre de recours a indiqué que, dans la mesure où ils sont rédigés en anglais, ils pouvaient être consultés par le public anglophone de l’Union et, en tout état de cause, refléter également la compréhension du terme « fitness » en Europe (voir points 148 à 151 de la décision attaquée).
118 Quatrièmement, s’agissant de la pièce no 13, la requérante avance que la cinquième chambre de recours, qui a accordé une attention particulière à cet élément de preuve, a considéré, à tort, qu’il ressortait de ce document que les termes « fitness » et « santé » étaient synonymes. Selon elle, le document ne porterait pas sur les caractéristiques ou la finalité des produits alimentaires du quotidien et traiterait des concepts du régime alimentaire et de l’activité physique séparément.
119 À cet égard, la cinquième chambre de recours a relevé que ce document contenu dans la pièce no 13 correspondait à un programme complet visant à promouvoir une alimentation saine et une activité physique chez les enfants et les jeunes au pays de Galles. Selon elle, il sensibilise à l’importance d’une consommation saine et équilibrée de produits alimentaires pour le bien-être physique, en particulier chez les enfants, et propose un plan d’action comportant des mesures mettant en évidence le lien étroit entre une alimentation saine et la forme physique, au sens d’une bonne santé et d’une bonne condition physique. De même, la cinquième chambre de recours a déduit de ce plan qu’un régime alimentaire équilibré et des niveaux appropriés d’activité physique étaient importants pour une bonne santé ou, en d’autres termes, une bonne forme physique.
120 Force est de constater que les allégations de la requérante sont dénuées de tout fondement. En effet, la précision « en d’autres termes, une bonne forme physique (“fitness”) » contenue dans l’affirmation de la cinquième chambre de recours, figurant au point 157 de la décision attaquée, selon laquelle un régime alimentaire et des niveaux appropriés d’activité physique sont importants pour une bonne santé ou, en d’autres termes, une bonne forme physique (« fitness »), ne provient pas de la pièce no 13, mais de la définition du terme « fitness » retenue (voir point 105 ci-dessus) comme signifiant une bonne condition physique ou une bonne santé. De même, la cinquième chambre de recours n’a pas considéré que le document portait sur les caractéristiques ou la finalité des produits alimentaires du quotidien. Enfin, le fait que le régime alimentaire et l’activité physique sont traités séparément dans ce document n’empêche pas que ces deux aspects soient susceptibles d’améliorer la santé.
121 Cinquièmement, en ce qui concerne les pièces nos 14 à 22, la requérante indique que, si le magazine américain Men’s Fitness propose des articles dans la catégorie « Alimentation et nutrition » (« Food and Nutrition »), cela ne démontre toutefois pas que le terme « fitness », tel qu’il est utilisé dans le titre du magazine, est descriptif de l’expression « alimentation et nutrition » (« food and nutrition »).
122 Or, si la cinquième chambre de recours a relevé que certains des articles produits par l’intervenante abordaient la relation fondamentale entre les « aliments » et la « forme physique » (« fitness »), elle n’a pas pour autant considéré, contrairement aux allégations de la requérante, que le terme « fitness », employé dans le titre du magazine, serait, du fait de cet emploi, descriptif de l’expression « food and nutrition ». Partant, les appréciations de la cinquième chambre de recours ne sont pas remises en cause par l’argumentation de la requérante.
123 Il s’ensuit que l’ensemble des arguments avancés par la requérante visant à remettre en cause les appréciations des éléments de preuve par la cinquième chambre de recours doivent être rejetés comme non fondés.
b) Sur l’application erronée de la notion de « caractère descriptif » et l’absence de relation directe avec les caractéristiques intrinsèques ou la destination des produits en cause
124 La requérante avance que, s’agissant de la notion de « caractère descriptif », la cinquième chambre de recours « a imposé une norme trop stricte qui ne trouve pas de fondement en droit ». Ainsi, ladite chambre, dans son résumé des principes essentiels de la notion de caractère descriptif, aurait adopté un point de vue partiel, ayant abouti à une application manifestement erronée de cette notion en ce que ladite chambre aurait négligé la distinction entre les marques descriptives et les marques évocatrices. Selon la requérante, la cinquième chambre de recours n’aurait pas suffisamment mis l’accent sur le fait que la constatation d’un caractère descriptif exigeait une relation facilement reconnaissable, directe et spécifique permettant au public pertinent de percevoir immédiatement une description claire du produit ou du service ou de l’une de ses caractéristiques intrinsèques et permanentes.
125 La requérante allègue que la cinquième chambre de recours a commis une erreur de droit en concluant qu’à la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, il était très probable que le terme « fitness » serait utilisé à l’avenir comme une indication pour décrire les qualités intrinsèques ou la finalité des produits en cause. Elle soutient que les considérations aux points 176 et 191 de la décision attaquée, relatives à l’existence d’un lien direct et spécifique entre le signe et ces produits, ne sont pas étayées par les éléments de preuve produits par l’intervenante, sont fondées sur un examen inexact de ces preuves, et ne peuvent pas davantage étayer la constatation d’un caractère descriptif en l’espèce. Les conclusions de la cinquième chambre de recours seraient le résultat d’une extrapolation poussée, centrée sur des suppositions non étayées et, en tout état de cause, non spécifiques qui seraient « toutes mêlées dans une analyse complexe en plusieurs étapes ».
126 Ces étapes consisteraient, premièrement, en la sélection d’une signification du mot « fitness », spécifique au secteur du sport, deuxièmement, en la supposition qu’une bonne forme physique serait perçue comme équivalente à une « bonne santé », troisièmement, que cette bonne forme physique ne serait pas seulement liée à la consommation générale de nourriture, quatrièmement, qu’elle serait directement liée à une qualité particulière de la nourriture et, cinquièmement, que cette qualité permettrait d’établir une distinction claire entre, d’une part, les aliments de base perçus comme « bons » et d’autre part, des aliments transformés ou en conserve qui ne seraient pas « bons » ou « sains ». La requérante conteste ces suppositions de la cinquième chambre de recours et fait valoir que, en tout état de cause, la complexité de l’analyse dans son ensemble prouve qu’un processus cognitif est nécessaire pour parvenir aux conclusions de la décision attaquée.
127 En se référant à la jurisprudence, la requérante avance que la notion de « fitness » n’est nullement une caractéristique intrinsèque et permanente des produits en cause. Il n’existerait pas de relation directe entre ces produits et la notion de « fitness », même lorsque cette dernière serait comprise comme une « bonne condition physique ». Cette notion ne correspondrait pas à une fonction ou à une finalité des produits en tant que tels. Ce n’est qu’en combinaison avec d’autres activités comme l’exercice physique ou un régime alimentaire spécifique que l’alimentation pourrait être liée à la bonne condition physique et y contribuer. De l’avis de la requérante, la marque contestée serait tout au plus évocatrice ou suggestive pour les produits en cause.
128 L’EUIPO et l’intervenante contestent les allégations de la requérante.
129 En l’espèce, la cinquième chambre de recours a considéré que le terme « fitness » était compris au moins dans le sens d’une « bonne santé ou d’une bonne condition physique » et que l’intervenante avait démontré que cette bonne condition physique ou le fait d’être en bonne santé étaient très étroitement liés, entre autres, à la nutrition et dépendants de celle-ci.
130 En particulier, la cinquième chambre de recours a relevé que les éléments de preuve soumis par les parties établissaient clairement que le terme « fitness », renvoyant à un bon état physique et de santé, était utilisé en relation avec la consommation de produits alimentaires qui ne contenaient pas de quantité excessive de certains ingrédients malsains, présentaient des qualités nutritionnelles, étaient faibles en calories ou en matières grasses, et que cette caractéristique pouvait s’appliquer à presque tous les types d’aliments. Par conséquent, de l’avis de ladite chambre, il ressortait des éléments de preuve soumis par les parties que, peu de temps après la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, le terme « fitness » avait été utilisé de manière descriptive en indiquant la finalité des produits alimentaires sains qui favorisaient et contribuaient à maintenir ou à atteindre un bon état physique et de santé. Cette circonstance, selon la cinquième chambre de recours, confirmait et démontrait précisément que, à la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, il pouvait être raisonnablement supposé que le concept de « fitness » serait utilisé, dans un avenir proche, pour décrire certaines qualités de presque tous les types de produits alimentaires ainsi que leur finalité en vue d’atteindre ou de maintenir une bonne forme physique et un bon état de santé.
131 Ainsi, la cinquième chambre de recours est parvenue à la conclusion que, à la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, il était très probable que, dans un avenir proche, le signe FITNESS permettrait aux consommateurs d’établir immédiatement et sans autre réflexion un rapport concret et direct avec les produits en cause, à savoir, en ce qui concerne leurs qualités nutritionnelles, le fait qu’ils sont pauvres en calories ou en matières grasses, ou qu’ils permettent une remise en forme ou le maintien de la forme physique ou d’un bon état de santé. Elle a ajouté qu’il était bien connu, à la date de dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, que la consommation d’aliments et de boissons sains et de qualité, contenant certains éléments tels que vitamines, protéines, oligoéléments, favorisait la santé en termes de protection immunologique, de résistance, de performances physiques et mentales, ainsi que de bien-être. Aussi, selon la cinquième chambre de recours, les éléments de preuve produits tant devant la division d’annulation qu’au stade du recours montraient sans équivoque que, dans le secteur général des produits alimentaires ainsi que celui des boissons, le terme « fitness » avait été toujours utilisé pour indiquer que des produits étaient de bonne qualité et que, par conséquent, leur consommation aurait des effets positifs sur la condition physique et sur la santé.
132 Tout d’abord, en ce qui concerne la notion de caractère descriptif, il convient de constater que, contrairement aux allégations de la requérante, la cinquième chambre de recours n’a ni imposé des critères trop stricts, ni négligé la distinction entre le caractère descriptif et le caractère évocateur, pas plus qu’elle ne s’est contentée « d’un lien quelconque » entre le signe et les produits en cause. En effet, en amont de son analyse, au point 172 de la décision attaquée, ladite chambre a expressément rappelé les principes applicables, cités au point 95 ci-dessus, selon lesquels, pour apprécier si une marque est descriptive, il convient de déterminer si, dans l’esprit de la catégorie des personnes concernées, le signe en cause décrit une caractéristique des produits ou des services concernés ou s’il est raisonnable de supposer que cela pourrait être le cas à l’avenir. Or, ce faisant, la cinquième chambre de recours n’a ni dénaturé cette jurisprudence ni tenté d’introduire de nouveaux critères quant à l’appréciation du caractère descriptif de la marque contestée.
133 Ensuite, il convient de relever que, en application de ces principes, ainsi que de ceux rappelés aux points 89 à 96 ci-dessus, la cinquième chambre de recours a conclu qu’il existait une relation directe entre la signification de la marque contestée et les produits en cause et qu’à la date de dépôt de la demande d’enregistrement de cette marque, il était très probable que le signe FITNESS serait utilisé dans un avenir proche comme une indication pour décrire les qualités intrinsèques ou la destination des produits en cause (voir points 130 et 131 ci-dessus).
134 À cet égard, il doit être constaté que, contrairement aux allégations de la requérante, la cinquième chambre de recours n’a pas procédé à une « extrapolation poussée » de suppositions non étayées ou à une analyse complexe effectuée en plusieurs étapes. Bien au contraire, ainsi qu’il ressort de la décision attaquée, le lien entre la marque contestée et les produits en cause est directement descriptif, étant donné que l’emploi du terme « fitness », qui signifie une bonne santé ou une bonne condition physique pouvant être obtenue notamment par l’exercice physique et une alimentation saine (voir point 105 ci-dessus), indique la qualité et la finalité des produits en cause en ce qu’ils permettent d’atteindre ou de maintenir une bonne forme physique et un bon état de santé.
135 Enfin, en ce qui concerne les arrêts auxquels s’est référée la requérante pour soutenir que la notion de « fitness » ne correspond pas à une caractéristique intrinsèque et permanente des produits en cause, il convient de constater que les circonstances des affaires ayant donné lieu à ces arrêts sont différentes de celles de la présente affaire et que l’argumentation par laquelle la requérante s’en est prévalue a été écartée par la cinquième chambre de recours (voir point 193 de la décision attaquée) sans que la requérante avance des arguments susceptibles de remettre en cause le raisonnement de ladite chambre.
136 Il s’ensuit que le présent grief doit être écarté comme non fondé.
c) Sur le caractère descriptif de la marque contestée à l’égard de tous les produits visés par celle-ci
137 La requérante soutient que la cinquième chambre de recours a commis une erreur « fondamentale » en considérant que tous les produits couverts par la marque contestée comprenaient des produits alimentaires de base, sains et traditionnels qui sont indéniablement bons, voire indispensables pour vivre sainement. Elle avance que ces suppositions sont sans fondement et ne sont étayées par aucun élément de preuve produit par l’intervenante. La cinquième chambre de recours aurait ainsi violé l’article 95, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 en faisant de ces éléments le centre de son analyse. À supposer que la cinquième chambre de recours se soit fondée sur des faits notoires, elle aurait violé l’article 94, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 en ce que les parties n’ont pas pu prendre position sur ces éléments.
138 En tout état de cause, la requérante avance que les suppositions de la cinquième chambre de recours ne pouvaient pas être appliquées à l’ensemble des produits en cause, en particulier, les succédanés d’aliments laitiers, les gelées, les eaux aromatisées, les boissons aux fruits, les limonades, les sodas et autres boissons non alcoolisées, les sirops et autres préparations pour faire des sirops et les autres préparations pour faire des boissons qui ne seraient ni « sains », ni « bons », mais relèveraient plutôt de la catégorie des « aliments transformés ou en conserve ».
139 Enfin, la requérante fait valoir que la décision attaquée viole l’article 95, paragraphe 1, première phrase, du règlement 2017/1001 dans la mesure où la motivation donnée par la cinquième chambre de recours concernant le caractère descriptif de la marque contestée ne s’appliquerait pas à chacun des produits en cause. Selon la requérante, dans la mesure où ces produits n’étaient pas homogènes et ne présentaient pas tous la même caractéristique, il incombait à la cinquième chambre de recours de motiver le caractère prétendument descriptif de la marque contestée de manière précise pour chacun des produits couverts par cette marque.
140 L’EUIPO et l’intervenante contestent les allégations de la requérante.
141 En premier lieu, en ce qui concerne les considérations figurant aux points 188 à 193 et 213 de la décision attaquée, l’argumentation de la requérante vise, d’une part, à contester le bien-fondé des considérations de la cinquième chambre de recours et, d’autre part, à soutenir qu’elles ne sont pas étayées par des éléments de preuve.
142 À cet égard, il doit être relevé que, après avoir identifié les qualités nutritives de certains produits couverts par la marque contestée, comme le lait et les produits laitiers, le jus de fruits, les céréales et l’eau minérale, la cinquième chambre de recours a indiqué, au point 191 de la décision attaquée, que tous les produits couverts par la marque contestée comprenaient des produits alimentaires de base, sains et traditionnels qui, contrairement, par exemple, aux aliments transformés ou en conserve, étaient indéniablement bons, voire indispensables, pour vivre sainement et pour être en bonne forme physique. De même, comme l’avance la requérante, au point 213 de la décision attaquée, la cinquième chambre de recours a formulé des considérations spécifiques en ce qui concerne le lait ou les produits laitiers, les céréales ou différents types de boissons non alcooliques, qui contiendraient des protéines et des fibres, seraient souvent enrichis en vitamines et en oligo-éléments, et seraient donc destinés à fournir un apport nutritionnel dans le but de préserver une bonne santé, tant physique que mentale.
143 S’agissant, d’une part, du bien-fondé de la décision attaquée, il doit être précisé que les considérations de celle-ci, reproduites au point 142 ci-dessus, ne sauraient être lues de manière isolée, mais doivent l’être à la lumière des autres appréciations énoncées dans cette décision. Ainsi, au point 173 de la décision attaquée, la cinquième chambre de recours a indiqué qu’il ressortait des éléments de preuve que le terme « fitness » était utilisé en relation avec la consommation de produits alimentaires qui ne contenaient pas certains ingrédients malsains en quantité excessive, présentaient des qualités nutritionnelles et étaient faibles en calories ou en matières grasses. De même, au point 207 de ladite décision, il a été considéré que le terme « fitness » servait directement à désigner les ingrédients de qualité et sains des produits relevant des classes 29, 30 et 32. Or, il y a lieu de constater que ces considérations s’appliquent également aux produits alimentaires qui ne sont pas intrinsèquement bons et sains ou qui sont transformés, comme ceux mentionnés par la requérante, à savoir les succédanés d’aliments laitiers, les gelées, les eaux aromatisées ou les autres boissons transformées. En effet, ces produits peuvent contenir des ingrédients de qualité ou, au contraire, ne pas contenir certains ingrédients malsains en quantité excessive.
144 De plus, au point 195 de la décision attaquée, la cinquième chambre de recours a considéré que, en apercevant le terme « fitness » sur les produits couverts par la marque contestée, les consommateurs concluraient que ces produits étaient spécifiquement conçus pour favoriser la santé ou qu’ils étaient des produits alimentaires ou des boissons naturelles ou biologiques sans additifs, et que leur consommation, associée à d’autres modifications du mode de vie, comme suffisamment d’exercice physique, entraînerait une meilleure forme physique ou un meilleur état de santé. Il convient de relever que, ce faisant, la cinquième chambre de recours a estimé, en substance, que l’apposition de la marque contestée sur les produits en cause était susceptible d’être perçue par le public pertinent comme indiquant que ces produits pourraient avoir certaines qualités nutritives contribuant à atteindre, maintenir ou améliorer une bonne forme physique ou un bon état de santé. Dès lors qu’il s’agit de la perception du public pertinent qui, en vertu de la jurisprudence citée au point 90 ci-dessus, est décisive en l’espèce, il importe peu que certains produits comme ceux mentionnés par la requérante ne soient pas sains ou bons pour la santé. En effet, en raison de la présence du terme « fitness » sur ces produits, le public pourrait croire que ces produits possèdent certaines qualités nutritives pouvant contribuer à l’amélioration de la forme physique ou de la santé, comme le soutiennent, en substance, l’EUIPO et l’intervenante.
145 Il s’ensuit que la cinquième chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation dans l’identification des différentes caractéristiques des produits en cause.
146 D’autre part, il y a lieu d’examiner l’allégation selon laquelle les affirmations de la cinquième chambre de recours figurant aux points 188 à 191 et 213 de la décision attaquée ne ressortent pas des écritures des parties en violation de l’article 95, paragraphe 1, du règlement 2017/1001 et, dans l’hypothèse où elles seraient tirées de faits notoires, ladite chambre aurait violé l’article 94, paragraphe 1, du même règlement dans la mesure où les parties n’auraient pas eu la possibilité de prendre position sur ces faits notoires.
147 Étant donné que les points 188 à 191 et 213 de la décision attaquée ne comportent pas de références aux écritures des parties, les considérations y figurant relatives aux différentes qualités nutritives de certains produits alimentaires proviennent nécessairement de faits notoires, comme l’a d’ailleurs admis l’EUIPO.
148 À cet égard, il ressort d’une jurisprudence constante que, d’une part, les organes de l’EUIPO peuvent fonder leurs décisions sur des faits notoires qui n’ont pas été invoqués devant eux, sans avoir à en établir l’exactitude [voir arrêt du 10 septembre 2019, Oakley/EUIPO – Xuebo Ye (Représentation d’une ellipse discontinue), T‑744/18, non publié, EU:T:2019:568, points 57 et 58 et jurisprudence citée], et que, d’autre part, le demandeur à qui l’EUIPO oppose de tels faits notoires est en mesure de contester d’une manière circonstanciée leur exactitude devant le Tribunal [voir arrêt du 9 juillet 2025, AirPlus International/EUIPO – Alpian (+a), T‑407/24, non publié, EU:T:2025:685, point 29 et jurisprudence citée].
149 En l’espèce, la requérante n’a pas fourni de preuves à l’appui de sa contestation. De même, en tout état de cause, ses allégations quant au bien-fondé des considérations de la cinquième chambre de recours relatives à l’identification des différentes caractéristiques des produits en cause ont déjà été écartées (voir point 145 ci-dessus). Dans ces conditions, le présent grief ne peut qu’être écarté.
150 En second lieu, s’agissant de la motivation de l’appréciation du caractère descriptif de la marque contestée pour les produits en cause, il y a lieu de rappeler que, en vertu de la jurisprudence, lorsque le même motif de refus est opposé pour une catégorie ou un groupe de produits ou de services, l’autorité compétente peut se limiter à une motivation globale pour tous les produits ou les services concernés. Cependant, une telle faculté ne s’étend qu’à des produits et à des services présentant entre eux un lien suffisamment direct et concret, au point qu’ils forment une catégorie ou un groupe de produits ou de services d’une homogénéité suffisante (voir arrêt du 17 mai 2017, EUIPO/Deluxe Entertainment Services Group, C‑437/15 P, EU:C:2017:380, points 30 et 31 et jurisprudence citée).
151 Or, en l’espèce, la cinquième chambre de recours a considéré que le terme « fitness » serait utilisé pour décrire certaines qualités de tous les types de produits alimentaires, ainsi que leur finalité en ce qu’ils permettent d’atteindre ou de maintenir une bonne forme physique et un bon état de santé. De même, elle a, notamment, indiqué que les produits couverts par la marque contestée étaient destinés à fournir un apport nutritionnel dans le but de préserver un bon état de santé, tant physique que mental. Force est de constater que la cinquième chambre de recours a identifié une caractéristique commune permettant, en application de la jurisprudence citée au point 150 ci-dessus, d’avancer une motivation globale. Il s’ensuit que ladite chambre a motivé à suffisance de droit son appréciation selon laquelle le caractère descriptif de la marque contestée s’appliquait à l’ensemble des produits en cause.
152 Partant, le grief de la requérante ne peut qu’être rejeté comme non fondé.
153 Au regard de tout ce qui précède, il y a lieu de rejeter le présent moyen ainsi que le recours dans son ensemble.
IV. Sur les dépens
154 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
155 La requérante a certes succombé en l’espèce. Toutefois, l’intervenante n’ayant pas conclu sur les dépens et l’EUIPO n’ayant conclu à la condamnation de la requérante aux dépens qu’en cas de convocation des parties à une audience, il convient, en l’absence d’organisation d’une telle audience, de décider que chaque partie supportera ses propres dépens.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (neuvième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) Chaque partie supportera ses propres dépens.
| Kingston | Zilgalvis | Hettne |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 16 septembre 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
Documents similaires
Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 16 septembre 2026.#Roman Trotsenko contre Conseil de l'Union européenne.#Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine – Gel des fonds – Listes des personnes, des entités et des organismes auxquels s’applique le gel des fonds et des ressources économiques ou faisant l’objet de restrictions en matière d’admission sur le territoire des États membres – Inscription et maintien du nom du requérant sur les listes – Notion de “femmes et hommes d’affaires ayant une activité dans des secteurs économiques qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement de la Fédération de Russie” – Article 2, paragraphe 1, sous g), de la décision 2014/145/PESC – Article 3, paragraphe 1, sous g), du règlement (UE) no 269/2014 – Obligation de motivation – Droits de la défense – Exception d’illégalité – Erreur d’appréciation – Droit de propriété – Proportionnalité.#Affaire T-459/24.
16/09/2026
Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 16 septembre 2026.#Worldwide Machinery Ltd contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure de cession de la marque de l’Union européenne – Marque de l’Union européenne figurative SUPERIOR MANUFACTURING – Article 53, paragraphe 1, sous b) du règlement (CE) no 207/2009 – Article 8, paragraphe 3, du règlement no 207/2009 – Notion d’“agent ou représentant” – Rejet de la demande en cession – Obligation de motivation – Article 94, paragraphe 1, du règlement (UE) 2017/1001.#Affaire T-566/25.
16/09/2026
Arrêt du Tribunal (première chambre) du 16 septembre 2026.#Absara Industrial, SL contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale KROMAT – Marque de l’Union européenne verbale antérieure CROMA – Incident technique lors de la production d’éléments de preuve par l’une des parties – Réouverture de la procédure – Principe du contradictoire – Article 94, paragraphe 1, deuxième phrase, du règlement (UE) 2017/1001 – Valeur probante des éléments de preuve de l’usage sérieux de la marque antérieure – Article 47, paragraphe 2, du règlement 2017/1001 – Motif relatif de refus – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.#Affaire T-467/25.
16/09/2026
Arrêt du Tribunal (septième chambre) du 16 septembre 2026.#Fitmart Gmbh & Co. KG contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Enregistrement international désignant l’Union européenne – Marque figurative ULTRAPURE – Motif absolu de refus – Absence de caractère distinctif – Article 7, paragraphe 1, sous b), et paragraphe 2, du règlement (UE) 2017/1001.#Affaire T-890/25.
16/09/2026