Arrêt du Tribunal (huitième chambre) du 15 juillet 2026.#OpenAI, Inc. contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Demande de marque de l’Union européenne verbale OPENAI – Motifs absolus de refus – Absence de caractère distinctif – Caractère descriptif – Article 7, paragraphe 1, sous b) et c), du règlement (UE) 2017/1001 – Égalité de traitement – Principe de bonne administration.#Affaire T-555/25.
| CELEX | 62025TJ0555 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 15 juillet 2026 |
Texte intégral
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (huitième chambre)
15 juillet 2026 (*)
« Marque de l’Union européenne – Demande de marque de l’Union européenne verbale OPENAI – Motifs absolus de refus – Absence de caractère distinctif – Caractère descriptif – Article 7, paragraphe 1, sous b) et c), du règlement (UE) 2017/1001 – Égalité de traitement – Principe de bonne administration »
Dans l’affaire T‑555/25,
OpenAI, Inc., établie à San Francisco, Californie (États-Unis), représentée par Mes A. Klett et C. Mikyska, avocats,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par MM. T. Klee et V. Ruzek, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (huitième chambre),
composé de M. I. Gâlea (rapporteur), président, Mmes M. J. Costeira et L. Spangsberg Grønfeldt, juges,
greffier : M. J. Čuboň, administrateur,
vu la phase écrite de la procédure,
à la suite de l’audience du 21 avril 2026,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, OpenAI, Inc., demande l’annulation de la décision de la cinquième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 10 juin 2025 (affaire R 190/2025‑5) (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Le 15 juin 2023, la requérante, a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe verbal OPENAI.
3 La marque demandée désignait, les produits et les services relevant, après la limitation intervenue au cours de la procédure devant l’EUIPO, des classes 9, 38, 42 et 45 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant, pour les classes 9, 42 et 45, notamment à la description suivante :
– classe 9 : « Supports enregistrés et téléchargeables, logiciels informatiques, supports d’enregistrement et de stockage vierges numériques ou analogiques ; logiciels pour ordinateurs ; logiciels pour ordinateurs ; plates-formes logicielles ; outils de développement de logiciels ; programmes d’ordinateurs téléchargeables ; logiciels d’applications ; logiciels interactifs ; programmes d’ordinateurs téléchargeables ; logiciels de moteurs de recherche ; applications ; logiciels [programmes enregistrés] ; applications logicielles informatiques téléchargeables ; applications logicielles mobiles ; applications pour smartphones et tablettes ; logiciels d’application pour la diffusion en continu de contenu multimédia audiovisuel par internet ; logiciels pour le traitement d’images, d’illustrations graphiques, de contenus audio, de contenus vidéo et de textes ; bases de données ; bases de données (électroniques) ; logiciels de bases de données interactives ; programmes informatiques utilitaires pour la gestion des fichiers ; logiciels informatiques de création de bases de données de recherche d’informations et de données ; logiciels systèmes ; systèmes informatiques ; systèmes de traitement de données ; système et logiciels de soutien au système, et micrologiciels ; logiciels de systèmes d’exploitation pour ordinateurs ; logiciels destinés à la gestion de documents ; logiciels de systèmes de gestion du flux de travail ; logiciels informatiques téléchargeables à partir de réseaux informatiques mondiaux ; applications logicielles informatiques téléchargeables ; logiciels de gestion de bases de données ; logiciels à usage commercial ; logiciels pour la communication sur des réseaux sans fil ; logiciels informatiques d’application et d’intégration de bases de données ; logiciels pour scanner des images et des documents ; logiciels informatiques téléchargeables pour la transmission de données et d’informations ; logiciels téléchargeables pour la gestion de données ; logiciel destiné à être utilisé comme une interface de programmation d’application (API) ; logiciels informatiques téléchargeables destinés à être utilisés comme une interface de programmation d’applications (API) ; fichiers numériques téléchargeables authentifiés par des jetons non fongibles [NFT] ; montres intelligentes ; bracelets intelligents ; bijoux intelligents ; logiciels d’arts graphiques ; logiciels de génération d’images virtuelles ; logiciels téléchargeables destinés à l’achat, la vente, la réception, l’envoi, le stockage, l’échange et le traitement électroniques de transactions liées à l’art et aux objets de collection numériques, aux crypto-objets de collection, aux NFT, aux jetons d’application et aux monnaies numériques ; logiciels téléchargeables permettant l’accès à un environnement virtuel en ligne » ;
– classe 42 : « Services scientifiques et technologiques ainsi que services de recherches et de conception y relatifs ; services de contrôle qualité et d’authentification ; conception et développement de matériel informatique et de logiciels ; recherches technologiques ; services d’essais de sécurité relatifs aux logiciels informatiques ; certification des normes de sécurité relatives aux logiciels informatiques ; recherche en matière de logiciels ; services d’intégration de systèmes informatiques ; développement de logiciels ; services d’hébergement et logiciel en tant que service, et location de logiciel ; développement de logiciels multimédia interactifs ; fourniture de logiciels non téléchargeables en ligne ; fourniture de logiciels non téléchargeables en ligne ; logiciels en tant que service [SaaS] ; plateforme informatique en tant que service [PaaS] ; plateforme en tant que service (PaaS) proposant des plates formes logicielles pour la transmission d’images, de contenus audiovisuels, de contenus vidéo et de messages ; fournisseur de services applicatifs proposant des logiciels d’interface de programmation d’applications (API) ; conception, développement, mise à jour et maintenance de logiciels informatiques ; développement de systèmes informatiques ; services d’intégration de systèmes informatiques ; développement de systèmes informatiques ; développement de plateformes informatiques ; conception et développement de systèmes de stockage de données ; conception et développement de systèmes de saisie de données ; conception et développement de systèmes de traitement de données ; conception et développement de systèmes de sécurité de données électroniques ; développement de systèmes pour la transmission de données ; informatique en nuage ; services de stockage en nuage pour fichiers et données électroniques ; services de développement de banques de données informatiques ; conception et développement de bases de données informatiques ; sécurisation de données ; logiciels en tant que service (SaaS) accessibles via le web relatifs aux jetons non fongibles (NFT) reposant sur la blockchain, proposant des logiciels pour la création, la fourniture d’informations, l’authentification, la classification, l’évaluation, la vente, la mise aux enchères et l’échange de NFT ; plate-forme en tant que service (PaaS) et logiciels en tant que service (SaaS) proposant des plates-formes logicielles destinées à l’achat, la vente, la réception, l’envoi, le stockage, l’échange et le traitement électroniques de transactions liées à l’art et aux objets de collection numériques, aux crypto-objets de collection, aux NFT, aux jetons d’application et aux monnaies numériques ; services technologiques incluant l’intelligence artificielle et les technologies d’apprentissage appliquées à l’art et aux objets de collection numériques, aux crypto-objets de collection, aux NFT, aux jetons d’application et aux monnaies numériques ; conception et développement de matériel et de logiciels de réalité virtuelle ; services de fournisseur de services applicatifs (ASP) proposant des logiciels destinés à l’échange et aux transactions de monnaies virtuelles, de monnaies numériques, de cryptomonnaies et d’actifs numériques » ;
– classe 45 : « Services de confirmation de l’identité des utilisateurs ; services de vérification d’identité des entreprises ; authentification de renseignements individuels sur l’identité [services de vérification d’identité] ».
4 Par décision du 5 décembre 2024, l’examinateur a partiellement rejeté la demande d’enregistrement de ladite marque, sur le fondement de l’article 7, paragraphe 1, sous b) et c) du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1), lu conjointement avec l’article 7, paragraphe 2, dudit règlement, au motif que cette marque était descriptive et dépourvue de caractère distinctif pour les produits et les services visés au point 3 ci-dessus.
5 Le 27 janvier 2025, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de l’examinateur.
6 Par la décision attaquée, la chambre de recours a rejeté le recours. En ce qui concerne le motif de refus prévu à l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001, elle a tout d’abord estimé que les produits et les services en cause s’adressaient tant au grand public qu’au public professionnel anglophone de l’Union européenne, le niveau d’attention pouvant varier de moyen à élevé. Ensuite, la chambre de recours a considéré qu’au moins une partie non négligeable du public pertinent reconnaitra les éléments composant le signe demandé, à savoir, « open », signifiant« non fermé ou non restreint; disponible; non limité; prêt à exercer une activité; accessible à tous; en informatique (se dit d’un logiciel ou d’un système informatique) conçu selon une norme reconnue au niveau international afin de permettre la communication entre ordinateurs, indépendamment de leur taille, de leur fabricant, etc.», et « AI », comme l’abréviation de l’expression « artificial intelligence » qui désigne « un type de technologie informatique qui a pour objet de faire fonctionner les machines de manière intelligente, similaire au fonctionnement de l’esprit humain ». Par conséquent, la chambre de recours a estimé que ces deux éléments étaient descriptifs de la nature et de la destination des produits et des services en cause, dans leur ensemble dès lors que tous les produits et services compris dans les classes 9, 42 et 45 seraient fondés sur une « intelligence artificielle ouverte ». En ce qui concerne le motif de refus prévu à l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, elle a également constaté que si ledit signe ne serait pas perçu comme indiquant l’origine commerciale, il fournirait néanmoins des informations directes indiquant que les produits et les services en cause sont liés ou fonctionnent grâce à l’intelligence artificielle librement accessible. Enfin, s’agissant des enregistrements antérieurs similaires invoqués par la requérante, la chambre de recours a rappelé que lesdits enregistrements ne représentaient pas la pratique et la jurisprudence actuelles et que la légalité des décisions des chambres de recours doit être appréciée uniquement sur la base du règlement 2017/1001 et non sur la base d’une pratique administrative antérieure. La chambre de recours a également indiqué qu’une fois la décision attaquée devenue définitive, la procédure reprendra aux fins de l’examen de la demande subsidiaire de la requérante fondée sur l’article 7, paragraphe 3, du règlement 2017/1001, relatif au caractère distinctif acquis par l’usage.
Conclusions des parties
7 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– condamner l’EUIPO aux dépens.
8 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens, en cas de convocation à une audience.
En droit
9 La requérante invoque en substance trois moyens, tirés, le premier, de la violation de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001, le deuxième, de la violation de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 et, le troisième, d’une violation des principes d’égalité de traitement et de bonne administration au regard de la pratique antérieure de l’EUIPO.
Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001
10 Par son premier moyen, la requérante premièrement, reproche, à la chambre de recours d’avoir retenu, à tort, que le public pertinent comprendrait le signe OPENAI comme signifiant « intelligence artificielle librement accessible », deuxièmement, considère que ce signe est un signe complexe dépourvu de signification, ne pouvant être considéré comme descriptif d’une caractéristique des produits et des services en cause, et, troisièmement, soutient que la chambre de recours ne pouvait pas recourir à une motivation globale s’agissant de l’ensemble des produits et des services pour lesquels l’enregistrement était demandé.
11 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
12 Aux termes de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001, sont refusées à l’enregistrement les marques qui sont composées exclusivement de signes ou d’indications pouvant servir, dans le commerce, pour désigner l’espèce, la qualité, la quantité, la destination, la valeur, la provenance géographique ou l’époque de la production du produit ou de la prestation du service, ou d’autres caractéristiques de ceux-ci. En vertu de l’article 7, paragraphe 2, du même règlement, l’article 7, paragraphe 1, est applicable même si les motifs de refus n’existent que dans une partie de l’Union.
13 Ces signes ou indications sont réputés incapables d’exercer la fonction essentielle de la marque, à savoir celle d’identifier l’origine commerciale du produit ou du service [arrêts du 23 octobre 2003, OHMI/Wrigley, C‑191/01 P, EU:C:2003:579, point 30, et du 27 février 2002, Eurocool Logistik/OHMI (EUROCOOL), T‑34/00, EU:T:2002:41, point 37].
14 Pour qu’un signe tombe sous le coup de l’interdiction énoncée à l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001, il faut qu’il présente avec les produits ou les services en cause un rapport suffisamment direct et concret de nature à permettre au public pertinent de percevoir immédiatement, et sans autre réflexion, une description des produits et des services en cause ou d’une de leurs caractéristiques [voir arrêts du 12 janvier 2005, Deutsche Post EURO EXPRESS/OHMI (EUROPREMIUM), T‑334/03, EU:T:2005:4, point 25 et jurisprudence citée, et du 22 juin 2005, Metso Paper Automation/OHMI (PAPERLAB), T‑19/04, EU:T:2005:247, point 25 et jurisprudence citée].
15 L’appréciation du caractère descriptif d’un signe ne peut être opérée que, d’une part, par rapport aux produits ou aux services concernés et, d’autre part, par rapport à la compréhension qu’en a le public pertinent [voir arrêt du 25 octobre 2005, Peek & Cloppenburg/OHMI (Cloppenburg), T‑379/03, EU:T:2005:373, point 37 et jurisprudence citée].
16 En interdisant l’enregistrement en tant que marque de tels signes ou indications, l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001 poursuit un but d’intérêt général, lequel exige que les signes ou les indications descriptives des caractéristiques de produits ou de services pour lesquels l’enregistrement est demandé puissent être librement utilisés par tous. Cette disposition empêche, dès lors, que de tels signes ou indications soient réservés à une seule entreprise en raison de leur enregistrement en tant que marque (voir arrêt du 23 octobre 2003, OHMI/Wrigley, C‑191/01 P, EU:C:2003:579, point 31 et jurisprudence citée).
17 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’examiner si, comme le soutient la requérante, la chambre de recours a méconnu l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001.
Sur le public pertinent
18 La chambre de recours a considéré que le public pertinent était le public anglophone de l’Union, composé tant par le grand public que par le public professionnel, dont le niveau d’attention pouvait varier de moyen à élevé.
19 Ces constatations n’ont pas été remises en cause par la requérante.
Sur la signification du signe demandé
20 La chambre de recours a estimé, premièrement, que le public pertinent reconnaitra les termes « open » et « AI » dans le signe demandé, et ce, même en l’absence de trait d’union. S’agissant du terme « open », la chambre de recours a constaté qu’il sera compris comme signifiant « non fermé ou non restreint ; disponible ; non limité ; prêt à exercer une activité ; accessible à tous ; en informatique (se dit d’un logiciel ou d’un système informatique) conçu selon une norme reconnue au niveau international afin de permettre la communication entre ordinateurs, indépendamment de leur taille, de leur fabricant, etc. ». S’agissant du terme « AI », la chambre de recours a constaté que celui-ci était l’abréviation de l’expression « artificial intelligence » (intelligence artificielle), signifiant ainsi « un type de technologie informatique qui a pour objet de faire fonctionner les machines de manière intelligente, similaire au fonctionnement de l’esprit humain ».
21 Deuxièmement, la chambre de recours a considéré que, mis en relation avec des produits et des services liés à l’informatique compris dans les classes 9, 42 et 45, le terme « open » pourrait indiquer qu’ils sont disponibles librement ou qu’ils disposent d’un accès sans restriction. Ainsi, le signe demandé ne serait pas perçu comme un terme fantaisiste, mais comme une juxtaposition des termes « open » et « AI ». Partant, lesdits termes, utilisés ensemble, pourraient signifier une intelligence artificielle accessible ou non restreinte, une intelligence artificielle basée sur les principes de l’open source ou encore une intelligence artificielle transparente ou explicable.
22 La requérante reproche, en substance, à la chambre de recours d’avoir retenu que le public pertinent comprendrait le signe OPENAI comme signifiant « intelligence artificielle librement accessible » et qu’il serait perçu comme une simple juxtaposition des termes « open » et « AI » et non comme un terme fantaisiste.
23 Elle fait valoir, en particulier, que le terme « open » a de multiples significations et que c’est à tort que la chambre de recours a retenu que ledit terme serait compris comme « librement accessible » ou comme une abréviation de la notion « open source ». Partant, à supposer même que le public pertinent perçoive le terme « open » comme un terme isolé, ce que la requérante conteste, celui-ci pourrait avoir de multiples significations, et, associé au terme « AI », il composerait un signe complexe, constitué d’un seul mot sans séparation visuelle et dépourvu de signification intrinsèque, sans évoquer une quelconque caractéristique des produits et des services en cause.
24 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
25 Selon la jurisprudence, un signe doit se voir opposer un refus d’enregistrement si, en au moins une de ses significations potentielles, il désigne une caractéristique des produits ou des services concernés [arrêt du 23 octobre 2003, OHMI/Wrigley, C‑191/01 P, EU:C:2003:579, point 32 ; voir, également, arrêt du 12 juin 2024, Nike Innovate/EUIPO – Puma (FOOTWARE), T‑130/23, non publié, EU:T:2024:373, point 38 et jurisprudence citée].
26 À cet égard, il y a lieu de constater que c’est à juste titre que la chambre de recours, en s’appuyant sur les définitions issues de dictionnaires, a constaté que le terme « open » pouvait être compris comme signifiant « non fermé ou restreint ; disponible ; non limité ; accessible à tous ; en informatique (se dit d’un logiciel ou d’un système informatique) conçu selon une norme reconnue au niveau international afin de permettre la communication entre ordinateurs, indépendamment de leur taille, de leur fabricant, etc. ». C’est également à juste titre que la chambre de recours a estimé que le terme « AI » constitue l’abréviation de l’expression « artificial intelligence » (intelligence artificielle). En effet, il y a lieu de constater, à l’instar de la chambre de recours, que ce terme est largement connu est couramment utilisé dans le domaine des nouvelles technologies, notamment par les utilisateurs d’outils informatiques.
27 Toutefois, la requérante reproche à ce titre à la chambre de recours d’avoir fondé son appréciation sur la signification du terme « open » compris comme « librement accessible » en raison de l’association implicite et erronée avec la notion « open source » et ce, en dépit des nombreuses autres significations possibles. En effet, elle souligne que le terme « source » n’est pas inclus dans le signe demandé et que le terme « open » n’est pas une abréviation communément admise de l’expression « open source ».
28 Premièrement, il ressort clairement de la décision attaquée que la chambre de recours a pris en considération différentes définitions possibles du terme « open » en se fondant notamment sur des dictionnaires. Par ailleurs, elle a précisé que, dans le contexte de produits et de services liés à l’informatique, tels que ceux compris dans les classes 9, 42 et 45, ce terme serait susceptible de décrire ces produits et ces services comme étant disponibles ou accessibles librement, ou encore qu’ils disposent d’un accès sans restriction.
29 Par conséquent, il ne saurait être reproché à la chambre de recours d’avoir complété le terme « open » par l’ajout implicite du terme « source » et d’avoir ainsi, en réalité, fondé son analyse sur la notion « open source ». Certes, la chambre de recours a constaté, en complément de son raisonnement, que, dans la terminologie technologique, le terme « open » était utilisé pour désigner des normes ouvertes, des formats « open source » ou des formats accessibles. Néanmoins, ce seul constat subséquent ne permet pas de regarder la décision attaquée comme étant fondée sur le fait que le terme « open » constituait l’abréviation de la notion « open source ».
30 Partant, c’est à juste titre que la chambre de recours a retenu, au point 37 de la décision attaquée, que le terme « open » combiné avec le terme « AI » pourrait désigner également une intelligence artificielle accessible ou non restreinte, ou encore une intelligence artificielle transparente ou explicable.
31 Deuxièmement, il convient de rappeler que, conformément à la jurisprudence citée au point 25 ci-dessus, un signe doit se voir opposer un refus d’enregistrement si, en au moins une de ses significations potentielles, il désigne une caractéristique des produits ou des services concernés.
32 Dès lors, à supposer même que le terme « open » puisse avoir de multiples significations, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que la chambre de recours a estimé que, mis en relation avec les produits et services contestés, ledit terme pourrait être perçu comme signifiant « librement disponible ou accessible ».
33 Par ailleurs, il résulte de la jurisprudence citée au point 25 ci-dessus que la circonstance, à la supposer établie, que des définitions du terme «open », dont se prévaut la requérante, ne désignent pas de caractéristiques des produits et des services en cause est sans incidence sur le bien-fondé du motif retenu par la chambre de recours, à savoir qu’une autre définition du terme « open » désigne une caractéristique des produits et des services en cause.
34 En second lieu, il convient de rejeter l’allégation de la requérante selon laquelle le signe demandé serait un néologisme, en raison de son agencement syntaxique inhabituel et de son absence de signification lexicale.
35 À cet égard, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, si le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails, il n’en reste pas moins que, en percevant un signe verbal, il décomposera celui-ci en des éléments verbaux qui, pour lui, suggèrent une signification concrète ou qui ressemblent à des mots qu’il connaît [voir arrêt du 13 février 2007, Mundipharma/OHMI – Altana Pharma (RESPICUR), T‑256/04, EU:T:2007:46, point 57 et jurisprudence citée].
36 De plus, une marque constituée d’un néologisme ou d’un mot composé d’éléments dont chacun est descriptif des caractéristiques des produits ou des services pour lesquels l’enregistrement est demandé est elle-même descriptive des caractéristiques de ces produits ou de ces services, au sens de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001, sauf s’il existe un écart perceptible entre le néologisme ou le mot en question et la simple somme des éléments qui le composent. Cela suppose que, en raison du caractère inhabituel de la combinaison au regard desdits produits ou services, le néologisme ou le mot en cause crée une impression suffisamment éloignée de celle produite par la simple réunion des indications apportées par les éléments qui le composent, de sorte qu’il prime la somme desdits éléments. À cet égard, l’analyse du terme en cause au vu des règles lexicales et grammaticales appropriées est également pertinente [voir arrêt du 28 avril 2021, Freistaat Bayern/EUIPO (GEWÜRZSOMMELIER), T‑348/20, non publié, EU:T:2021:228, point 39 et jurisprudence citée].
37 En l’espèce, eu égard au fait que les termes « open » et « AI » sont aisément et immédiatement reconnaissables, que l’expression « open AI » est conforme aux règles grammaticales de l’anglais, l’adjectif précédant le substantif, et que ladite expression ne contient aucun élément inhabituel dans sa syntaxe, il y a lieu de considérer que cette expression ne crée pas, auprès du public pertinent, une impression suffisamment éloignée de celle produite par la simple juxtaposition des éléments qui la composent pour que l’expression en question prime sur la somme desdits éléments. Ce public peut comprendre le terme « OPENAI » comme signifiant une intelligence artificielle accessible ou non restreinte, basée sur les principes de l’open source, ou encore, transparente ou explicable.
38 En outre, ainsi que l’a relevé à juste titre la chambre de recours, le fait que les termes « open » et « ai » sont accolés sans espace ne saurait renforcer son caractère fantaisiste. À cet égard, il y a lieu à relever que l’absence de trait d’union ou d’espace entre les deux termes composant un signe ne constituant pas un élément d’ordre créatif susceptible de rendre ce signe non descriptif [voir, en ce sens, arrêt du 13 novembre 2008, Duro Sweden/OHMI (EASYCOVER), T‑346/07, non publié, EU:T:2008:496, point 52 et jurisprudence citée].
39 Par ailleurs, il n’importe guère que l’expression « open AI » n’ait pas de signification lexicale et qu’elle ne constitue pas une expression reconnue de la langue anglaise. En effet, il n’est pas exigé que la marque demandée figure dans un dictionnaire ou qu’elle soit utilisée dans le langage courant pour qu’elle soit refusée à l’enregistrement au titre de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001 [voir, en ce sens, arrêts du 6 mars 2015, Braun Melsungen/OHMI (SafeSet), T‑513/13, non publié, EU:T:2015:140, point 42, et du 13 juillet 2022, Brand Energy Holdings/EUIPO (RAPIDGUARD), T‑573/21, non publié, EU:T:2022:450, point 40].
40 Il y a lieu de conclure que, pris dans son ensemble, le signe demandé ne saurait créer, auprès du public pertinent, une impression suffisamment éloignée de celle produite par la simple juxtaposition des mots qui le composent pour en modifier le sens ou la portée.
41 Il s’ensuit que l’analyse de la chambre de recours quant à la perception du public pertinent et à la signification de la marque demandée n’est entachée d’aucune erreur d’appréciation.
Sur le lien entre le signe demandé et les produits et les services en cause
42 La chambre de recours a estimé que tous les produits en cause compris dans la classe 9 sont des applications logicielles utilisant l’intelligence artificielle ou impliquant une fonctionnalité fondée sur celle-ci, que tous les services en cause compris dans la classe 42 font appel à des technologies d’intelligence artificielle « ouvertes » en termes d’architecture, d’accès ou de transparence et que tous les services relevant de la classe 45 fonctionnent sur la base d’un logiciel doté de fonctionnalités liées à l’intelligence artificielle « ouverte ». Elle a également considéré que la marque demandée décrivait simplement la nature, la fonction, ou la finalité des produits et des services en cause, lesquels pourraient tous être fondés ou pilotés par une intelligence artificielle « ouverte » et que les caractéristiques descriptives communes à l’ensemble des produits et des services en cause sont la nature et la destination, formant ainsi une catégorie ou un groupe de produits et de services suffisamment homogène.
43 Par conséquent, la chambre de recours a considéré que, pour au moins une partie non négligeable du public pertinent, notamment celle de plus en plus sensibilisée à l’intelligence artificielle, le terme « OPENAI » transmettait directement l’information descriptive selon laquelle les produits et les services en cause sont liés à ou sont fournis à l’aide d’un certain type de système ou de logiciel d’intelligence artificielle, à savoir qu’ils intègrent ou qu’ils sont proposés au moyen d’une intelligence artificielle « open source » ou « ouverte en accès ».
44 La requérante fait valoir, premièrement, qu’aucune des significations possibles n’évoque une caractéristique, une fonction ou un avantage des produits et services contestés. Elle estime que les produits et les services en cause impliquent une variété d’applications différentes ou peuvent servir différentes finalités sans rapport avec l’intelligence artificielle. La finalité de ces produits ne serait pas nécessairement d’offrir une intelligence artificielle « ouverte », le signe demandé n’étant dès lors pas approprié pour décrire directement leur nature ou leur caractéristique. Par ailleurs, il ne serait pas clair que les produits et les services en cause soient « fondés sur une IA ouverte ». En outre, la marque demandée serait connue du public pertinent et serait ainsi perçue comme une référence directe à la requérante.
45 Deuxièmement, la requérante reproche à la chambre de recours de s’être bornée à constater que tous les produits compris dans les classes 9, 42 et 45 pouvaient « être fondés ou pilotés par une intelligence artificielle ouverte », alors que certains de ces produits ne présentent pas un rapport suffisamment direct et concret entre eux, au point de former une catégorie suffisamment homogène pour permettre une motivation globale. Le fait que les produits et services en cause relèvent de la même classe de l’arrangement de Nice serait insuffisant. Partant, la requérante estime que la décision attaquée est excessivement générale et abstraite et entachée d’un défaut de motivation.
46 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
47 En premier lieu, s’agissant de l’obligation, pour l’autorité compétente, de motiver le refus d’enregistrement d’une marque à l’égard de chacun des produits ou des services pour lesquels cet enregistrement est demandé, l’autorité compétente peut se limiter à une motivation globale pour tous les produits ou les services concernés, lorsque le même motif de refus est opposé pour une catégorie ou un groupe de produits ou de services (voir arrêt du 17 mai 2017, EUIPO/Deluxe Entertainment Services Group, C‑437/15 P, EU:C:2017:380, point 30 et jurisprudence citée). Cependant, une telle faculté ne s’étend qu’à des produits et à des services présentant entre eux un lien suffisamment direct et concret, au point qu’ils forment une catégorie ou un groupe de produits ou de services d’une homogénéité suffisante (voir arrêt du 17 mai 2017, EUIPO/Deluxe Entertainment Services Group, C‑437/15 P, EU:C:2017:380, point 31 et jurisprudence citée).
48 En l’espèce, les produits et les services en cause compris dans les classes 9, 42 et 45 présentent la caractéristique commune de pouvoir être tous fondés ou pilotés par une intelligence artificielle accessible librement. En effet, contrairement à ce que fait valoir la requérante, cette appréciation vaut également pour les « NFT » ou les « bracelets intelligents » compris dans la classe 9, les « services de sécurisation des données » compris dans la classe 42, ainsi que pour les « services de confirmation de l’identité des utilisateurs » compris dans la classe 45, ceux-ci étant tous susceptibles d’être basés ou fondés sur l’intelligence artificielle ou encore de fonctionner grâce à celle-ci.
49 Dès lors, aux fins de l’appréciation du caractère descriptif de la marque demandée, qui sera perçue par le public pertinent comme une information selon laquelle les logiciels et autres services en cause sont basés sur l’intelligence artificielle accessible, ces différents produits et services présentent entre eux une homogénéité suffisante, en raison de la caractéristique commune mentionnée au point 48 ci-dessus. Partant, le recours à une motivation globale, par la chambre de recours était justifié en application de la jurisprudence rappelée au point 47 ci-dessus.
50 À cet égard, contrairement à ce que soutient la requérante, la circonstance que les produits et les services en cause relèvent de plusieurs classes différentes ne saurait à elle seule démontrer leur hétérogénéité, cette circonstance ne faisant pas par elle-même obstacle à l’existence d’un lien suffisamment direct et concret entre les produits et les services en cause. En effet, la chambre de recours a conclu à l’existence d'un lien suffisamment direct et concret entre les produits et services en cause en raison de leur caractéristique commune par rapport à la signification de la marque demandée, rappelée au point 48 ci-dessus.
51 En second lieu, s’agissant des produits et services en cause, il y a lieu de constater, à l’instar de la chambre de recours, que, premièrement, les produits compris dans la classe 9, sont des applications logicielles recourant à l’intelligence artificielle ou à une fonctionnalité fondée sur celle-ci, et qui peuvent être accessibles au grand public. Deuxièmement, s’agissant des services compris dans la classe 42 visés par la marque demandée, à savoir, l’informatique en nuage, la recherche de logiciels, la certification de logiciels, ou encore la recherche en matière d’IA en libre accès, ou les plateformes en nuage soutenant des outils d’IA ouverts, il y a lieu de relever qu’ils peuvent tous faire appel à des technologies de l’intelligence artificielle qui sont ouvertes en termes d’accès ou de transparence, leur permettant de rendre les technologies liées à l’intelligence artificielle plus accessibles, transparentes ou bénéfiques à un public large. Troisièmement, les services compris dans la classe 45 sont des services proposés à des clients qui peuvent fonctionner sur la base d’un logiciel doté de fonctionnalités liées à la technologie de l’intelligence artificielle.
52 Il s’ensuit que les produits et les services en cause présentent tous, comme caractéristique commune, le fait de pouvoir être fondés sur une intelligence artificielle librement accessible ou encore d’être pilotés par une intelligence artificielle rendue accessible au grand public.
53 Ainsi, contrairement aux arguments de la requérante, il n’importe pas que les produits et les services en cause puissent servir différentes finalités ou que leur finalité première ne serait pas nécessairement celle d’offrir une intelligence artificielle accessible, dès lors qu’ils sont susceptibles d’être utilisés à de telles fins.
54 En effet, pour que la marque demandée soit considérée comme présentant un rapport suffisamment direct et concret avec les produits et les services concernés, il suffit que l’une des utilisations possibles de ces produits et de ces services soit celle désignée par la marque demandée [voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 19 mai 2021, Steinel/EUIPO (GluePro), T‑256/20, non publié, EU:T:2021:279, points 49 et 50].
55 Dès lors, c’est à bon droit que la chambre de recours a conclu que le terme « OPENAI », compris par le public pertinent comme signifiant « intelligence artificielle accessible ou non restreinte » est descriptif de la nature, la destination ou encore la finalité des logiciels basés sur l’intelligence artificielle compris dans la classe 9 et des services fondés sur l’intelligence artificielle compris dans les classes 42 et 45. En effet, ledit terme indique directement que ces produits et ces services peuvent être liés ou peuvent être fournis à l’aide d’un certain type de logiciel d’intelligence artificielle, soit qu’ils intègrent ou qu’ils sont proposés au moyen d’une intelligence artificielle librement accessible.
56 Cette conclusion ne saurait être remise en cause par les arguments de la requérante.
57 Premièrement, la requérante semble reprocher à la chambre de recours un manque de clarté de la notion « open AI-based », dont la signification ne serait pas expliquée.
58 Toutefois, il ressort d’une lecture combinée des points 37 ainsi que 43 et 44 de la décision attaquée que la chambre de recours a considéré que les produits et les services en cause pouvaient tous être fondés sur une intelligence artificielle ouverte, signifiant accessible, transparente, ou encore disponible à un public large. Partant, il y a lieu de constater que les caractéristiques identifiées par la chambre de recours, à savoir la nature, la destination et la finalité des produits et des services en cause, ressortent d’une manière claire de la décision attaquée et sont identifiables sans aucune réflexion par le public pertinent.
59 Deuxièmement, s’agissant des arrêts du 20 septembre 2001, Procter & Gamble/OHMI (C‑383/99 P, EU:C:2001:461), et du 20 juillet 2017, Windfinder R&L/EUIPO (Windfinder) (T‑395/16, non publié, EU:T:2017:530), cités par la requérante, il y a lieu de constater que, outre des circonstances factuelles différentes, les produits et les services concernés dans lesdits arrêts diffèrent nettement de ceux du cas d’espèce. En effet, d’une part, s’agissant de l’arrêt du 20 septembre 2001, Procter & Gamble/OHMI (C‑383/99 P, EU:C:2001:461), il y a lieu de constater que les produits concernés étaient des « langes jetables en papier ou cellulose » et des « langes en tissus » à l’égard desquels la Cour a estimé que la syntaxe « baby-dry » était une juxtaposition inhabituelle dans sa structure, ne constituant pas une expression connue de la langue anglaise. Or, ainsi qu’il a été constaté au point 37 ci-dessus, la marque demandée ne contient aucun élément inhabituel dans sa syntaxe. D’autre part, s’agissant de l’arrêt du 20 juillet 2017, Windfinder (T‑395/16, non publié, EU:T:2017:530), le Tribunal a constaté que, dans la mesure où la finalité des services concernés n’était pas de « trouver » le vent, mais de donner des informations sur les sports, ni les caractéristiques essentielles ni les produits et services en tant que tels ne seraient décrits directement par le signe verbal « windfinder ». Partant, ces arrêts ne sont pas transposables au cas d’espèce.
60 Troisièmement, l’argument de la requérante tiré du fait que le signe demandé jouit d’une reconnaissance et d’une renommée auprès des consommateurs des États membres doit être rejeté. En effet, par cet argument, la requérante se prévaut en substance l’usage effectif de la marque demandée. Or, selon la jurisprudence, de tels arguments ne sont pas pertinents dans le cadre de l’application de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001, disposition qui concerne uniquement les caractéristiques intrinsèques d’un signe dont l’enregistrement est demandé. En effet, ce n’est que dans le cadre de l’application de l’article 7, paragraphe 3, du règlement 2017/1001 qu’il y a lieu d’apprécier l’usage effectif d’un signe dont l’enregistrement est demandé [voir, en ce sens, arrêt du 25 janvier 2023, Scania CV/EUIPO (V8), T‑320/22, non publié, EU:T:2023:21, point 43 et jurisprudence citée].
61 Compte tenu de l’ensemble de ce qui précède, il y a lieu de constater que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que, s’agissant des produits et des services en cause, la marque demandée revêtait un caractère descriptif au sens de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001.
62 En conséquence, il y a lieu d’écarter le premier moyen.
Sur le deuxième moyen, tiré de la violation de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001
63 Par son deuxième moyen, la requérante soutient que, en concluant sur le fondement de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, que la marque demandée était dépourvue de caractère distinctif au regard des produits et des services en cause, la chambre de recours a méconnu cette disposition.
64 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
65 À cet égard, il y a lieu de rappeler que, conformément à une jurisprudence constante, il ressort de l’article 7, paragraphe 1, du règlement 2017/1001, qu’il suffit qu’un des motifs absolus de refus qui y sont énumérés s’applique pour que le signe demandé ne puisse être enregistré comme marque de l’Union européenne [arrêts du 19 septembre 2002, DKV/OHMI, C‑104/00 P, EU:C:2002:506, point 29, et du 7 octobre 2015, Chypre/OHMI (XAΛΛOYMI et HALLOUMI), T‑292/14 et T‑293/14, EU:T:2015:752, point 74].
66 Or, en l’espèce, il résulte de ce qui précède, et notamment de l’examen du premier moyen (voir point 61 ci-dessus) que la chambre de recours a considéré, à juste titre, que la marque demandée était descriptive au sens de l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001. Dès lors, ce motif de refus justifiant à lui seul la décision attaquée, il n’est pas nécessaire d’examiner le bien-fondé d’un autre motif et donc en l’espèce d’examiner le deuxième moyen, tiré d’une violation de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du même règlement.
Sur le troisième moyen, tiré d’une violation des principes d’égalité de traitement et de bonne administration
67 Par son troisième moyen, la requérante reproche, en substance, à la chambre de recours de s’être écartée de sa pratique décisionnelle antérieure, par laquelle elle aurait accepté l’enregistrement de marques comparables à la marque demandée, violant ainsi les principes d’égalité de traitement et de bonne administration. En outre, la requérante fait valoir que la marque demandée a été enregistrée dans plus de 30 territoires différents dont le Royaume-Uni et Singapour.
68 L’EUIPO conteste les arguments de la requérante.
69 Premièrement, s’agissant des enregistrements de la marque demandée auprès d’autres instances, il suffit de rappeler que, selon une jurisprudence constante, le régime des marques de l’Union européenne est un système juridique autonome poursuivant des objectifs qui lui sont spécifiques, son application étant indépendante de tout système national [arrêts du 5 décembre 2000, Messe München/OHMI (electronica), T‑32/00, EU:T:2000:283, point 47, et du 3 décembre 2015, Infusion Brands/OHMI (DUALTOOLS), T‑648/14, non publié, EU:T:2015:930, point 36]. Par conséquent, le caractère enregistrable ou protégeable d’un signe en tant que marque de l’Union européenne ne doit être apprécié que sur le fondement de la réglementation pertinente de l’Union. Dès lors, l’EUIPO et, le cas échéant, le juge de l’Union ne sont pas liés par une décision intervenue au niveau d’un État membre, voire d’un pays tiers, admettant le caractère enregistrable de ce même signe en tant que marque nationale [arrêts du 27 février 2002, Streamserve/OHMI (STREAMSERVE), T‑106/00, EU:T:2002:43, point 47, et du 3 décembre 2015, DUALTOOLS, T‑648/14, non publié, EU:T:2015:930, point 36].
70 Deuxièmement, quant à la prétendue violation des principes d’égalité de traitement et de bonne administration, ces principes impliquent, certes, que l’EUIPO prenne en considération, dans le cadre de l’instruction d’une demande d’enregistrement d’une marque de l’Union européenne, les décisions qu’il a déjà adoptées sur des demandes similaires et s’interroger avec une attention particulière sur la question de savoir s’il y a lieu ou non de décider dans le même sens (voir arrêt du 10 mars 2011, Agencja Wydawnicza Technopol/OHMI, C‑51/10 P, EU:C:2011:139, point 74 et jurisprudence citée).
71 Toutefois, l’application desdits principes doit être conciliée avec le respect du principe de légalité, ce qui implique, d’une part, que l’examen de toute demande d’enregistrement doit être strict et complet et avoir lieu dans chaque cas concret (voir, en ce sens, arrêt du 28 juin 2018, EUIPO/Puma, C‑564/16 P, EU:C:2018:509, point 61 et jurisprudence citée) et, d’autre part, que la personne qui demande l’enregistrement d’un signe en tant que marque ne saurait invoquer à son profit une illégalité éventuelle commise en faveur d’autrui afin d’obtenir une décision identique [voir, en ce sens, arrêt du 7 novembre 2019, A9.com/EUIPO (Représentation d’une cloche), T‑240/19, non publié, EU:T:2019:779, point 77 et jurisprudence citée].
72 Par ailleurs, il importe de rappeler que les décisions que l’EUIPO est conduit à prendre en vertu du règlement 2017/1001 relèvent de l’exercice d’une compétence liée, et non d’un pouvoir discrétionnaire. Dès lors, la légalité des décisions des chambres de recours doit être appréciée uniquement sur la base dudit règlement, tel qu’interprété par le juge de l’Union, et non sur la base d’une pratique décisionnelle antérieure à celles-ci (voir arrêt du 26 avril 2007, Alcon/OHMI, C‑412/05 P, EU:C:2007:252, point 65 et jurisprudence citée).
73 En l’espèce, il résulte de l’examen du premier moyen que la chambre de recours a conclu à juste titre, à l’issue d’un examen strict et complet, que la marque demandée se heurtait au motif de refus énoncé à l’article 7, paragraphe 1, sous c), du règlement 2017/1001. C’est donc en vain que la requérante invoque, aux fins d’infirmer cette conclusion, des enregistrements antérieurs de l’EUIPO.
74 Il en va d’autant plus ainsi que les enregistrements antérieurs en question émanent d’organes de première instance de l’EUIPO, qui ne sont susceptibles de lier ni le Tribunal, ni les chambres de recours (voir, en ce sens, arrêt du 7 novembre 2019, Représentation d’une cloche, T‑240/19, non publié, EU:T:2019:779, point 75 et jurisprudence citée).
75 En conséquence, c’est à tort que la requérante reproche à la chambre de recours d’avoir méconnu les principes d’égalité de traitement et de bonne administration en s’écartant de la pratique antérieure de l’EUIPO.
76 Il convient donc d’écarter le troisième moyen et, dès lors, de rejeter le recours dans son ensemble.
Sur les dépens
77 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
78 Une audience ayant eu lieu et la requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens, conformément aux conclusions de l’EUIPO.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (huitième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) OpenAI, Inc. est condamnée aux dépens.
| Gâlea | Costeira | Spangsberg Grønfeldt |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 15 juillet 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
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