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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL01786

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL01786

mardi 12 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL01786
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantCABINET D'AVOCAT MAZAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler, d'une part, l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et, d'autre part, la décision implicite par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux.

Par un jugement n° 2401491 du 3 juin 2024, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2024 sous le n° 24TL01786, M. B, représenté par Me Mazas, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 3 juin 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2023 du préfet de l'Hérault et la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette décision ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le jugement attaqué :

-il méconnaît l'article R. 741-2 du code de justice administrative dès lors qu'il ne vise ni n'examine, d'une part, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet de l'Hérault dans sa décision initiale et, d'autre part, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation relatif au rejet de son recours gracieux ;

-il est insuffisamment motivé ;

Sur l'arrêté du 19 octobre 2023 :

-les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;

-elles sont entachées d'une erreur de droit ;

-la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale ;

Sur la décision implicite de rejet du recours gracieux :

-elle méconnaît la procédure publiée sur le site internet du service public intitulé " Qu'est-ce que la régularisation d'un étranger par le travail ' " ;

-elle est entachée d'une erreur de droit ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier, notamment les pièces complémentaires enregistrées le 1er octobre 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant albanais, relève appel du jugement du 3 juin 2024 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation, d'une part, de l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et, d'autre part, la décision implicite par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Aux termes de l'article R. 741-2 du code de justice administrative : " La décision () contient le nom des parties, l'analyse des conclusions et mémoires ainsi que les visas des dispositions législatives ou réglementaires dont elle fait application. / () ".

4. Il ressort des pièces de première instance qu'à l'appui de sa demande d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français devant le tribunal administratif, M. B a indiqué que " en conditionnant l'application de l'article L. 423-23 à une ancienneté, à une stabilité et une intensité des liens personnels et familiaux plus important[es] que dans le pays d'origine, le préfet de l'Hérault a effectué une application erronée de la loi " et qu'ainsi " la décision contestée est entachée d'erreur de droit ". Les premiers juges ont, à ce titre, visé le moyen tiré de ce que " l'arrêté méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " et écarté dans les motifs de leur jugement, avec une motivation suffisante, " le moyen tiré de la violation de l'article " précité. Si l'appelant critique la teneur de la réponse apportée à ce moyen, une telle contestation relève du bien-fondé du jugement en litige et non de sa régularité. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 9 et R. 741-2 du code de justice administrative sur ce point doivent être écartés.

5. En second lieu, aux termes de l'article R. 613-1 du code de justice administrative : " Le président de la formation de jugement peut, par une ordonnance, fixer la date à partir de laquelle l'instruction sera close () ". Aux termes de l'article R. 613-3 du même code : " Les mémoires produits après la clôture de l'instruction ne donnent pas lieu à communication, sauf réouverture de l'instruction ".

6. Lorsqu'il est saisi, postérieurement à la clôture de l'instruction, d'un mémoire émanant d'une des parties à l'instance, il appartient dans tous les cas au juge administratif d'en prendre connaissance avant de rendre sa décision, ainsi que de le viser sans l'analyser. S'il a toujours la faculté, dans l'intérêt d'une bonne justice, de rouvrir l'instruction et de soumettre au débat contradictoire les éléments contenus dans ce mémoire, il n'est tenu de le faire à peine d'irrégularité de sa décision que si le mémoire contient soit l'exposé d'une circonstance de fait dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et que le juge ne pourrait ignorer sans fonder sa décision sur des faits matériellement inexacts, soit d'une circonstance de droit nouvelle ou que le juge devrait relever d'office.

7. Il résulte des pièces de la procédure de première instance qu'un mémoire présenté pour M. B a été enregistré le 3 mai 2024, postérieurement à la clôture d'instruction intervenue le 10 avril 2024, et n'a pas été communiqué. Il ressort également du dossier de la procédure devant le tribunal que ce mémoire contenait un moyen par lequel l'intéressé soutenait que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 25 septembre 2023 était entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, l'appelant n'établit ni même n'allègue que ce moyen, qui n'est que la reprise de celui déjà soulevé dans sa requête introductive d'instance à l'encontre de l'arrêté du 19 octobre 2023, constitue une circonstance de droit nouvelle, et le tribunal, qui s'est borné à viser le mémoire litigieux sans l'analyser, n'avait ni l'obligation d'en tenir compte, ni l'obligation d'y répondre à peine d'irrégularité de son jugement. Par ailleurs, si M. B fait grief aux premiers juges de ne pas avoir suffisamment motivé le rejet de sa demande d'annulation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux " au regard de la jurisprudence soulevée et du droit souple tel qu'en l'état du droit ", un tel moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne l'arrêté du 19 octobre 2023 :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

9. L'arrêté litigieux vise les textes dont il a été fait application, en particulier le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code du travail ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet de l'Hérault précise les éléments de fait propres à la situation personnelle et administrative en France de M. B, notamment qu'il déclare être entré en France le 13 novembre 2018, qu'il a fait l'objet d'un refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français le 4 avril 2019 à la suite du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qu'il s'est maintenu sur le territoire français de façon irrégulière et n'a sollicité son admission exceptionnelle au séjour que le 17 juillet 2023. L'autorité préfectorale mentionne que, eu égard à l'ensemble des pièces du dossier et notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, l'intéressé ne peut être regardé comme justifiant de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par ailleurs, le représentant de l'Etat indique que l'appelant, célibataire et sans charge d'enfant, ne démontre pas que ses liens personnels et familiaux en France sont plus anciens, intenses et stables que ceux dont il dispose dans son pays d'origine. Enfin, le préfet précise que les conséquences d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre ne paraissent pas disproportionnées par rapport au droit au respect de sa vie privée et familiale et que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par conséquent, les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, qui n'avaient pas à exposer l'ensemble des éléments de la situation de l'appelant, comportent l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Hérault s'est fondé et le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation au regard des exigences posées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article R. 423-5 du même code, dans sa version applicable au litige : " Pour l'application de l'article L. 423-23, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de la vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier : / 1° La réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France ; / 2° La justification de ses attaches familiales dans son pays d'origine ; () ".

11. Si M. B fait grief au préfet de l'Hérault d'avoir conditionné l'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à une ancienneté, une stabilité et une intensité de ses liens personnels et familiaux en France plus importantes que celles de ses attaches dans pays d'origine, il résulte des termes mêmes des dispositions précitées que l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Par suite, c'est sans erreur de droit que le préfet, qui n'a ainsi aucunement ajouté un critère non prévu par les dispositions précitées de l'article L. 423-23, lui a opposé la circonstance que, âgé de 26 ans, célibataire, sans enfant à charge, il ne démontre pas que ses liens personnels et familiaux en France sont plus anciens, intenses et stables que ceux dont il dispose dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Il y a également lieu, en tout état de cause, d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance desdites dispositions.

12. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

13. M. B se prévaut de sa maîtrise de la langue française, de l'ancienneté de son expérience professionnelle, ayant bénéficié d'un contrat à durée indéterminée à temps plein en qualité d'ouvrier à compter du 1er mai 2020, puis en qualité de façadier peintre à compter du 3 octobre 2022, de la présence en France de sa sœur, de son beau-frère et de ses neveux, qui bénéficient de la protection subsidiaire, de ce qu'il est locataire d'un appartement depuis trois ans et paye des impôts, et de ce que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à considérer que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels, alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 4 avril 2019, dont il ne démontre pas l'exécution, qu'il n'a sollicité la régularisation de sa situation administrative que le 17 juillet 2023, que son intégration professionnelle demeure récente à la date de l'arrêté litigieux, au demeurant sans autorisation, et que, célibataire et sans enfant, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu la majorité de sa vie, jusqu'à 21 ans. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne la décision implicite de rejet du recours gracieux :

15. En premier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la procédure établie sur le site internet " Service-public.fr " relative à la régularisation des étrangers par le travail, qui n'a ni un caractère impératif ni ne présente le caractère de lignes directrices.

16. En second lieu, les moyens tirés de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur de droit ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 11 et 13 de la présente ordonnance.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 12 novembre 2024.

Le président désigné,

signé

B. COUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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