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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL02680

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL02680

mercredi 26 mars 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL02680
TypeOrdonnance
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination de cette mesure et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2402258 du 19 juin 2024, le tribunal administratif de Montpellier a annulé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et a rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2024, Mme B, représentée par Me Ruffel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il rejette ses conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de renvoi ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 de la préfète de l'Allier en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai et fixe le pays de renvoi ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 27 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante gabonaise, a fait l'objet d'un arrêté du 15 avril 2024 par lequel la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination de cette mesure et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. L'intéressée relève appel du jugement du 19 juin 2024 du tribunal administratif de Montpellier en tant qu'il a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de renvoi.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, Mme B réitère en appel, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'acte et du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation. En l'absence de nouveaux éléments de droit ou de fait pertinents de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenue par le tribunal administratif, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points 3 et 4 du jugement attaqué.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine

5. Mme B fait état d'une entrée sur le territoire français en 2018, sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante valable du 6 septembre 2018 au 6 septembre 2019, de ce qu'elle a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité d'étudiante valable du 6 septembre 2019 au 5 décembre 2020, puis d'une autorisation provisoire de séjour en tant qu'étudiante en recherche d'emploi du 23 novembre 2020 au 22 août 2021, et du 13 septembre 2021 au 22 mai 2022, et enfin de récépissés de sa demande de titre de séjour valables de juin 2022 à décembre 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'eu égard au caractère incomplet de cette demande de titre de séjour et à son absence de réponse à la sollicitation des services préfectoraux, le préfet de l'Hérault a clôturé sa demande le 20 juin 2023, et Mme B se trouvait alors en situation irrégulière sur le territoire français. Par ailleurs, l'intéressée se prévaut de ce qu'elle est en couple avec un ressortissant togolais depuis janvier 2023, bénéficiant d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 18 avril 2026, et produisant à cet égard des photographies du couple datées d'avril, juillet et août 2022 et de février, septembre et décembre 2023, d'un certificat d'hébergement depuis le 2 janvier 2023 rédigé par son conjoint, l'attestation de droits à l'assurance maladie du 30 septembre 2022, le certificat de non pacte civil de solidarité du 24 novembre 2022 et l'avis d'impôt établi en 2023 étant effectivement expédiés à l'adresse de celui-ci, ainsi que du bulletin de paie de son conjoint du mois de mars 2024 et, pour la première fois en appel, ceux de janvier et d'avril à juin 2024, dont au demeurant certains sont postérieurs à la date de l'arrêté contesté. Le droit au respect de la vie privée et familiale ne saurait néanmoins s'interpréter comme comportant l'obligation pour un État de respecter le choix fait par les couples du lieu de leur résidence commune et d'accepter l'installation des conjoints étrangers sur son territoire, et alors qu'en outre la relation dont se prévaut l'appelante demeure récente à la date des décisions litigieuses. Si Mme B fait également état de l'obtention d'un master en France, en produisant l'attestation de réussite au diplôme délivré le 8 décembre 2020 par l'université de Montpellier, et se prévaut de difficultés s'agissant de la délivrance d'une autorisation de travail, de ce qu'elle bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel conclu le 7 février 2024 en qualité d'équipière polyvalente, et produit à cet égard ses bulletins de paie de février et mars 2024, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer une intégration professionnelle particulière en France. Enfin, l'intéressée a déclaré lors de son audition par les services de police le 15 avril 2024 que les membres de sa famille résidaient au Gabon, pays dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. Dans ces conditions, les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de renvoi ne portent pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Allier n'a pas davantage entaché la mesure d'éloignement d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Allier.

Fait à Toulouse, le 26 mars 2025.

Le président de la 1ère chambre,

Signé

Éric Rey-Bèthbéder

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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