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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL03090

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL03090

mardi 15 juillet 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL03090
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantKRÜGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, d'annuler l'arrêté du 15 août 2024 par lequel le préfet du Gers l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a signalé au système d'information Schengen aux fins de non-admission pour la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, d'enjoindre au préfet du Gers de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Par un jugement n° 2405366 du 4 septembre 2024, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse l'a admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et a rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2024, M. B, représenté par Me Krüger, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 4 septembre 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 août 2024 pris par le préfet du Gers ;

3°) d'enjoindre au préfet du Gers de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1800 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement attaqué :

- le premier juge n'a manifestement pas suffisamment examiné les moyens tenant au fait que le requérant démontre incontestablement que le préfet du Gers a commis une erreur manifeste d'appréciation et a insuffisamment motivé sa décision ;

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

- la décision méconnait son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 15 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant tunisien, né le 23 février 1990 à Tunis (Tunisie) déclare être entré en France en 2017. Par un arrêté du 12 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 23 février 2023, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 19 mars 2024, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui octroyer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un arrêté du 15 août 2024, le préfet du Gers l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de deux ans. M. B relève appel du jugement du 4 septembre 2024 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse l'a admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle et a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 août 2024.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. L'appelant soutient que le premier juge n'a pas suffisamment examiné les moyens tenant à l'erreur manifeste d'appréciation et à l'insuffisance de motivation. Toutefois, il ressort des termes du jugement attaqué que le premier juge a écarté, par une motivation suffisante d'une part, au point 3 du jugement attaqué, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté, d'autre part, au point 7, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet. Si l'intéressé entend soutenir que le premier juge aurait dû retenir l'erreur manifeste d'appréciation plutôt que l'erreur d'appréciation, l'interdiction de retour sur le territoire français fait l'objet d'un contrôle normal par le juge administratif. Si l'intéressé entend soutenir que le juge n'a pas examiné tous les arguments présentés, le premier juge n'avait pas à faire état de l'ensemble des arguments avancés par l'appelant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'omission à statuer doivent être écartés.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Il ressort des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse portant interdiction de retour sur le territoire français n'aurait pas été précédée de l'organisation de la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme étant inopérant.

5. Le droit d'être entendu, notamment énoncé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et affirmé par un principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une mesure d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

6. En l'espèce, une décision d'obligation de quitter le territoire français a été prise par le préfet de la Haute-Garonne, le 23 février 2023 et dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Toulouse par jugement du 19 mars 2024, que l'intéressé n'a pas exécutée. Le 14 août 2024, il a été interpellé par les services de gendarmerie lors d'un contrôle routier et n'a pas été en mesure de présenter des documents en cours de validité lui permettant de séjourner régulièrement en France. Il ressort des termes même de l'arrêté qu'il reprend les informations sur la situation personnelle de l'intéressé issues du procès-verbal d'audition en retenue administrative. Au cours de son audition par les services de gendarmerie, l'intéressé a été mis en mesure de présenter des observations au sujet de sa situation administrative, personnelle et médicale tandis qu'il n'établit ni même n'allègue qu'il aurait eu des éléments pertinents à faire valoir autres que ceux qu'il a exposés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit être écarté.

7. En deuxième lieu, M. B reprend, dans les mêmes termes et sans critique utile du jugement attaqué le moyen tiré du défaut de motivation de la décision en litige auquel le premier juge a pertinemment et suffisamment répondu. Il y a lieu, par suite, d'écarter ce moyen par adoption de motifs retenus au point 3 du jugement attaqué.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. M. B, qui ne conteste pas entrer dans le champ d'application des textes précités, se prévaut d'être en concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il souhaite se marier. Il invoque sans en justifier que son " beau-père " aurait confirmé ses allégations lors d'une audition qui ne figure pas au dossier. Toutefois, il ne verse lui-même au dossier aucun élément de nature à justifier de l'existence et de l'ancienneté de cette relation ni du projet de mariage. S'il se prévaut d'être arrivé en France en 2017, il n'établit pas sa résidence habituelle, continue et ancienne sur le territoire français, alors que dans son jugement du 19 mars 2024, le tribunal administratif de Toulouse n'a pas retenu son ancienneté de séjour. En outre, alors qu'il indiquait en 2023 être célibataire, son concubinage allégué était, en tout état de cause, récent à la date de l'arrêté contesté. Dès lors, il n'établit pas l'existence de liens particuliers en France, et ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a par ailleurs vécu la majorité de sa vie. Il s'est notamment soustrait à l'obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire sous trente jours de février 2023 et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français depuis. En outre, il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. Dans ces conditions, quand bien même il ne serait pas une menace à l'ordre public et nonobstant la durée de sa présence sur le territoire français, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Krüger.

Copie en sera adressée au préfet du Gers.

Fait à Toulouse, le 15 juillet 2025.

La présidente de la 2ème chambre,

Signé

A. Geslan-Demaret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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