Le sujet principal de cette décision est une demande de sursis à exécution d’un jugement du tribunal administratif de Montpellier, qui avait annulé un arrêté préfectoral obligeant un ressortissant portugais à quitter le territoire français. La Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé sur le fondement de l’article R. 811-15 du code de justice administrative, a examiné si les moyens invoqués par le préfet des Alpes-Maritimes étaient sérieux. La solution retenue n’est pas explicitée dans l’extrait, mais la cour a appliqué les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que le code de justice administrative, pour apprécier la menace à l’ordre public liée aux faits de violences commis par l’intéressé.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. E... A... C... a demandé au tribunal administratif de Montpellier d’annuler l’arrêté du 8 avril 2026 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de circulation pour une durée de trois ans.
Par un jugement n° 2603353 du 25 avril 2026, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Montpellier a annulé l’arrêté du 8 avril 2026.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 19 mai 2026, le préfet des Alpes-Maritimes demande à la cour d’ordonner, sur le fondement de l’article R. 811-15 du code de justice administrative, qu’il soit sursis à l’exécution de ce jugement.
Il soutient que :
- c’est à tort que le tribunal a annulé l’arrêté du 3 octobre 2025 au motif que M. A... C... ne présentait pas une menace pour l’ordre public ; ainsi, ce dernier a été condamné, le 8 avril 2026, par le tribunal correctionnel de Nice pour des faits de violences sans incapacité, en présence d’un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint ; ces faits ont été commis en 2026, mais également au cours de l’année 2021 ; il s’agit de faits graves et réitérés qui justifiaient l’édiction d’une mesure d'éloignement fondée sur le risque d’atteinte à l’ordre public que présentait l’intéressé ;
- les autres moyens soulevés en première instance par M. A... C... ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 26TL01279, par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a demandé l’annulation du même jugement ;
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l’heure de l’audience.
Le rapport de M. D... B... a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article R. 222-25 du code de justice administrative : « Les affaires sont jugées (…) par une chambre siégeant en formation de jugement (…). Par dérogation à l’alinéa précédent, (…) le président de chambre statue en audience publique et sans conclusions du rapporteur public sur les demandes de sursis à exécution mentionnées aux articles R. 811-15 à R. 811-17 ». Aux termes de l’article R. 811-15 du même code : « Lorsqu'il est fait appel d'un jugement de tribunal administratif prononçant l'annulation d'une décision administrative, la juridiction d'appel peut, à la demande de l'appelant, ordonner qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement si les moyens invoqués par l'appelant paraissent, en l'état de l'instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l'annulation ou la réformation du jugement attaqué, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce jugement ».
2. M. A... C..., ressortissant portugais né le 15 octobre 2004, est entré sur le territoire français en 2015, selon ses déclarations. Il a été placé en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Nice (Alpes-Maritimes) du 6 au 8 avril 2026 pour des faits de violences intra-familiales en présence d’un mineur. A raison de ces mêmes faits, M. A... C... a été condamné par le tribunal correctionnel de Nice, le 8 avril 2026, à une peine de dix mois d’emprisonnement assortis d’un sursis probatoire de deux ans. Par un arrêté du 8 avril 2026, le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. A... C... à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de destination et prononcé à l’encontre de ce dernier une interdiction de circulation pour une durée de trois ans. A la demande de M. A... C..., la magistrate désignée du tribunal administratif de Montpellier a annulé l’arrêté du 8 avril 2026 par jugement du 25 avril 2026. Le préfet des Alpes-Maritimes, qui relève appel de ce jugement, demande à la cour d’en prononcer le sursis à exécution en application des dispositions de l’article R. 811-15 du code de justice administrative.
3. En vertu de l’article R. 811-15 du code de justice administrative, lorsque le juge d’appel est saisi d’une demande de sursis à exécution d’un jugement prononçant l’annulation d’une décision administrative, il lui incombe de statuer au vu de l’argumentation développée devant lui par l’appelant et le défendeur et en tenant compte, le cas échéant, des moyens qu’il est tenu de soulever d’office. Après avoir analysé dans les visas ou les motifs de sa décision les moyens des parties, il peut se borner à relever qu’aucun de ces moyens n’est de nature, en l’état de l’instruction, à justifier l’annulation ou la réformation du jugement attaqué et rejeter, pour ce motif, la demande de sursis. Si un moyen lui paraît, en l’état de l’instruction, de nature à justifier l’annulation ou la réformation du jugement attaqué, il lui appartient de vérifier si un des moyens soulevés devant lui ou un moyen relevé d’office est de nature, en l’état de l’instruction, à infirmer ou confirmer l’annulation de la décision administrative en litige, avant, selon le cas, de faire droit à la demande de sursis ou de la rejeter.
4. Pour annuler l’arrêté attaqué, la magistrate désignée du tribunal administratif de Montpellier a estimé que les faits reprochés à M. A... C... ne sauraient suffire à le faire regarder comme constituant une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société française, et que le préfet des Alpes-Maritimes a pris son arrêté sans prendre en compte l’ensemble des éléments de la situation personnelle, professionnelle et familiale de l’intéressé sur le territoire français.
5. En l’état de l’instruction, le moyen soulevé par le préfet des Alpes-Maritimes à l’appui de sa demande de sursis à exécution, tiré de ce que le comportement de M. A... C... est constitutif d’une menace pour l’ordre public, justifiant qu’il fasse l’objet d’une mesure d'éloignement, paraît sérieux et de nature à fonder l’annulation du jugement attaqué qui a annulé l’arrêté en litige du 8 avril 2026. Par ailleurs, aucun autre moyen soulevé par M. A... C... n’apparaît de nature à justifier l’annulation de la décision en litige.
6. Il résulte de ce qui précède qu’il convient d’ordonner le sursis à exécution des articles 1er et 2 du jugement de la magistrate désignée du tribunal administratif de Montpellier du 25 avril 2026 annulant l’arrêté du 8 avril 2026 et mettant à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Le sursis ainsi prononcé prendra fin à la date à laquelle il sera statué au fond sur l’appel formé par le préfet des Hautes-Alpes.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à l’exécution des articles 1er et 2 du jugement n° 2603353 de la magistrate désignée du tribunal administratif de Montpellier du 25 avril 2026 jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur l’appel formé par le préfet des Alpes-Maritimes.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et à M. E... A... C....
Copie pour information en sera délivrée au préfet des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
Le président, La greffière,
F. B... E. Ocana
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,