Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-26TL02154

mardi 1 septembre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-26TL02154
TypeDécision
Recourssuspension sursis
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantALLOUCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Nîmes d’annuler l’arrêté du 12 juin 2025 par lequel le préfet de Vaucluse a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2501066, 2502866 du 12 mars 2026, le tribunal a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 18 août 2026 sous le n° 26TL02154, M. B..., représenté par Me Allouch, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de l’arrêté du préfet de Vaucluse du 12 juin 2025 ;

2°) d’enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l’attente de sa décision, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
En ce qui concerne la condition d’urgence :
- cette condition est remplie dès lors que la décision attaquée le place en situation de séjour irrégulier en France et remet en cause la poursuite de son contrat de travail, ce qui fragilise sa situation financière et professionnelle ; la décision attaquée est également de nature à porter atteinte à ses liens familiaux en France où il vit avec une ressortissante française avec laquelle il a eu un enfant né en 2022.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux conditions de délivrance d’un titre de séjour à un ressortissant étranger parent d’un enfant français ; il est établi par les pièces versées au dossier qu’il contribue à l’entretien et à l’éducation de son enfant ; il a également noué avec celui-ci des relations stables et intenses ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu’il est entré sur le territoire français en 2020, que la cellule familiale qu’il a formée en France avec sa conjointe s’est reconstituée, qu’il est père d’un enfant mineur né en France et justifie de perspectives d’insertion professionnelle ;
- elle méconnaît l’intérêt supérieur de l’enfant garanti par l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’erreur d'appréciation en ce qu’elle retient qu’il représente une menace pour l’ordre public dès lors que les faits pour lesquels il a été condamné sont anciens et isolés et qu’il s’est engagé dans une démarche de sensibilisation vis-à-vis des violences conjugales ; en outre, la menace ainsi alléguée par le préfet doit être relativisée compte tenu des éléments attestant son insertion familiale et professionnelle sur le territoire français.


Vu :
- la requête, enregistrée sous le n° 26TL00716, par laquelle M. B... relève appel du jugement du tribunal administratif de Nîmes du 12 mars 2026 ;
- les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président de la cour a désigné M. Frédéric Faïck, président, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant marocain né le 3 octobre 1989, est entré sur le territoire français en 2020, selon ses déclarations. Il a noué une relation avec une ressortissante française avec laquelle il a eu un enfant né le 29 septembre 2022 à Orange (Vaucluse), qu’il a reconnu. Par jugement du 27 juillet 2023, le tribunal correctionnel de Carpentras (Vaucluse) a condamné M. B... à une peine de douze mois d’emprisonnement, dont six avec sursis, assortie d’une peine probatoire de deux ans, pour des faits de violences suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours en présence d’un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, des faits de menaces de mort réitérées, de ports sans motif légitime d’arme blanche et de conduite d’un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants. Le 23 septembre 2024, M. B... déposé en préfecture de Vaucluse une demande de titre de séjour en qualité de parent d’un enfant mineur de nationalité française sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Cette demande a été rejetée par un arrêté préfectoral du 12 juin 2025, assorti d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la désignation du pays de renvoi. Le tribunal administratif de Nîmes a rejeté la demande d’annulation de l’arrêté du 12 juin 2025 présentée par M. B... par jugement du 12 mars 2026. M. B... a relevé appel de ce jugement et sollicite, par la présente requête, la suspension de l’exécution de l’arrêté préfectoral précité.
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». L’article L. 522-3 du même code dispose : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».
3. Aucun des moyens, visés ci-dessus, soulevés à l’appui de la demande de suspension, n’est, en l’état de l’instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées. Dès lors, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’urgence, les conclusions aux fins de suspension de l’exécution de l’arrêté attaqué doivent être rejetées par application des dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d’injonction et tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.

O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A... B....

Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse.

Fait à Toulouse, le 1er septembre 2026.


Le juge d’appel des référés,




Frédéric Faïck

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.