Obligation de quitter le territoire français (OQTF) assortie d'un délai de trente jours prise par le préfet de police de Paris à l'encontre d'un ressortissant bangladais. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la requête d'appel comme manifestement dépourvue de fondement. Elle confirme le rejet de la demande d'annulation de l'OQTF, estimant que les moyens soulevés (incompétence de l'auteur de l'acte, insuffisance de motivation, violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, erreur manifeste d'appréciation) ne sont pas fondés. La solution retenue s'appuie sur les articles R. 222-1 du code de justice administrative et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler l’arrêté du 14 janvier 2025 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par une ordonnance n° 2513937 du 10 novembre 2025, la vice-présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 10 décembre 2025, M. A..., représenté par Me Kwemo, demande à la cour :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler cette ordonnance ;
3°) d’annuler l’arrêté du 14 janvier 2025 ;
4°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761‑1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par une décision du 21 avril 2026, le bureau d’aide juridictionnelle a rejeté la demande présentée par M. A....
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant bangladais né le 10 octobre 1997, a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler l’arrêté du 14 janvier 2025 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, il fait appel de l’ordonnance du 10 novembre 2025, par laquelle la vice-présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris a rejeté, sur le fondement du 7° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
2. En application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours « peuvent, (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement ».
Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
3. La demande présentée par M. A... ayant été rejetée par le bureau d’aide juridictionnelle par une décision du 21 avril 2026, postérieure à l’enregistrement de la présente requête d’appel, les conclusions tendant à l’admission provisoire à cette aide sont devenues sans objet. Il n’y a donc plus lieu de statuer sur de telles conclusions.
Sur la légalité de l’arrêté du 14 janvier 2025 :
4. En premier lieu, M. A..., qui ne conteste au demeurant pas la régularité de l’ordonnance de la vice-présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris prise sur le fondement du 7° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, reprend en appel, avec la même argumentation qu’en première instance, les moyens selon lesquels la décision portant obligation de quitter aurait été signée par une autorité incompétente et serait insuffisamment motivée. Il y a lieu de les écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par la vice-présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris, respectivement aux points 4 et 5 de l’ordonnance attaquée.
5. En deuxième lieu, M. A... se borne à soutenir que la circonstance qu’il soit célibataire ne fait pas obstacle à ce que son droit au respect de la vie privée et familiale soit reconnu et qu’il serait discriminatoire de demander que les liens privés et familiaux en France soient anciens et intenses. Il ne donne aucune précision sur sa situation personnelle et ne produit aucune pièce à l’appui de sa requête. Donc, les moyens selon lesquels la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.
6. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, à l’appui duquel aucune pièce n’est produite ni aucune explication relative à la situation personnelle de M. A... n’est donnée, n’est pas assorti des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel de M. A... est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application des dispositions du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d’injonction ainsi que, en tout état de cause, celles présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, également, être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A... tendant à être admis provisoirement à l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 1er juillet 2026.
Le président de la 5ème chambre,
A. BARTHEZ
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.