Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B... C... A... a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler l’arrêté du 2 mai 2025 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office.
Par un jugement n° 25016101 du 5 décembre 2025, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 30 décembre 2025, M. A..., représenté par Me Pafundi, demande à la cour :
1°) de l’admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Paris du 5 décembre 2025 ;
3°) d’annuler l’arrêté du préfet de police du 2 mai 2025 ;
4°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu’il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en application de ces dispositions ;
- elle est irrégulière, dès lors que le préfet n’a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision rejetant sa demande de titre de séjour ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 531-12 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle ne prend pas en compte l’intérêt supérieur de son enfant mineur en méconnaissance des stipulations de l’article 3, paragraphe 1, de la convention relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mars 2026 près le tribunal judiciaire de Paris.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant guinéen né en 1996, déclare être entré en France le 2 février 2018 et a présenté le 24 mars 2025 une demande d’admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de son activité professionnelle. Par l’arrêté contesté du 2 mai 2025, le préfet de police a rejeté sa demande de délivrance d’un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination. M. A... relève appel du jugement du 5 décembre 2025 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande d’annulation de cet arrêté.
Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (...), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. (…) ».
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
En premier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ».
M. A... se prévaut de sa relation avec une compatriote et de la naissance de leur fils. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l’intéressé, qui a demandé un titre de séjour en qualité de salarié, s’est déclaré célibataire lors de sa demande de titre de séjour. Il ne produit aucun élément permettant d’attester de l’ancienneté ou de l’intensité de sa relation avant le mois de février 2025, soit trois mois avant la date de l’arrêté contesté. Par ailleurs, il ne peut utilement se prévaloir de la naissance de son fils en juillet 2025, intervenue postérieurement à l’arrêté attaqué. Au surplus, s’il fournit une attestation d’hébergement indiquant une adresse commune pour le couple, sans mention de leur enfant, depuis le mois de février, en juillet 2025 lors de la naissance de son fils, l’intéressé était domicilié à une adresse différente de celle-ci et de celle de la mère de son enfant. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant est dépourvu d’attaches personnelles et familiales dans son pays d’origine où réside sa mère. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le requérant n’est pas davantage fondé à soutenir qu’il peut prétendre à la délivrance de plein droit d’un titre de séjour en application des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Pour les mêmes motifs de fait, la décision en litige n’est pas davantage entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation personnelle.
Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu’elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l’autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (…) ».
En deuxième lieu, il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour l’application de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, d’apprécier, compte tenu de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation. A ce titre, il lui revient de prendre en considération, notamment, l’ancienneté et la stabilité de l’insertion professionnelle du demandeur, le niveau de sa rémunération, sa qualification, son expérience et ses diplômes, la nature de l’activité exercée au regard des besoins de recrutement, les démarches effectuées par son employeur pour soutenir sa régularisation, le respect de ses obligations fiscales, de même que le respect de l’ordre public et tout élément de sa situation personnelle dont l’étranger ferait état à l’appui de sa demande pour établir son insertion dans la société française. Il appartient seulement au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n’a pas commis d’erreur manifeste dans l’appréciation portée sur la situation personnelle de l’intéressé.
M. A... se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, de sa situation familiale et de son insertion professionnelle. Toutefois, il ressort, d’une part, des pièces du dossier, notamment des fiches de paie et des contrats produits, que M. A..., selon ses déclarations, présent en France depuis 2018 exerce une activité d’équipier polyvalent, depuis décembre 2022, soit deux ans et quatre mois à la date de la décision en litige et n’établit pas la réalité de son séjour avant cette date. Ainsi, eu égard au caractère récent de son activité professionnelle, M. A..., qui ne justifie d’aucune qualification particulière, ne peut se prévaloir d’une insertion professionnelle stable et durable. D’autre part, si M. A... se prévaut de son insertion sociale et des liens personnels et familiaux noués sur le territoire français, il ressort de ce qui a été développé également au point 4 de la présente ordonnance, que ni la situation personnelle de M. A... ni sa situation professionnelle ne permettent d’établir que celui-ci justifie de motifs exceptionnels permettant son admission au séjour. Dans ces conditions, en rejetant la demande d’admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A..., le préfet de police n’a pas commis d’erreur manifeste dans son appréciation de la situation de l’intéressé au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : (…) / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour (...) ».
En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision rejetant sa demande de titre de séjour serait illégale. Par suite, il n’est pas davantage fondé à exciper de son illégalité pour demander l’annulation de la décision l’obligeant à quitter le territoire français.
En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 7 ci-dessus, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision l’obligeant à quitter le territoire français aurait été prise en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu’elle serait entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation.
En troisième lieu, M. A... soutient qu’il ne peut pas être éloigné au motif qu’il a vocation à être entendu par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) dans le cadre de la demande d’asile de son enfant mineur et qu’ainsi la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions des articles L. 531-12 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l’intéressé ne justifie pas avoir introduit auprès des autorités de l’asile une demande pour le compte de son enfant. En outre, l’intéressé se borne à produire l’attestation de demande d’asile de sa compagne datée du mois d’août 2025, soit quatre mois après l’intervention de l’arrêté, et qui ne mentionne aucun enfant présent. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 531-12 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En dernier lieu, aux termes de l’article 3, paragraphe 1, de la convention relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».
Il ressort des pièces du dossier que M. A... est le père d’un enfant né en France le 21 juillet 2025, soit plus de deux mois après l’intervention de l’arrêté attaqué. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir, à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, du moyen tiré d’une méconnaissance des stipulations précitées de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant qui ne sont pas applicables dans le cas d’un enfant à naître. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant en l’espèce.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle peut, en application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, être rejetées en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d’injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande d’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle présentée par M. A....
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... C... A....
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 1er juillet 2026.
La présidente de la 7ème chambre,
V. Chevalier-Aubert
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.