Cette ordonnance de la Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la requête de M. A..., ressortissant bangladais, contestant un arrêté préfectoral du 15 février 2025. La cour juge que les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination sont irrecevables, car l'arrêté contesté ne concernait en réalité qu'une interdiction de retour. S'agissant de cette interdiction, la cour écarte les moyens d'incompétence du signataire, de défaut de motivation et de violation des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ainsi que des articles L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requête est donc rejetée comme manifestement dépourvue de fondement.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D... A... a demandé au tribunal administratif de Montreuil d’annuler l’arrêté du 15 février 2025 par lequel le préfet de police de Paris l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.
Par une ordonnance n° 2503206 du 12 décembre 2025, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 21 janvier 2026, M. A..., représenté par Me Kwemo, demande à la cour :
1°) de l’admettre provisoirement à l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler cette ordonnance ;
3°) d’annuler l’arrêté du 15 février 2025 ;
4°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences qu’elle emporte sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.
Par une décision du 9 avril 2026, le bureau d’aide juridictionnelle a rejeté la demande d’aide juridictionnelle présentée par M. A....
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant bangladais né le 29 septembre 1999, a demandé au tribunal administratif de Montreuil d’annuler l’arrêté du 15 février 2025 par lequel le préfet de police l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Par la présente requête, il fait appel de l’ordonnance du 12 décembre 2025 par laquelle le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a rejeté, sur le fondement des dispositions du 7° de l’article R. 222- 1 du code de justice administrative, sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
2. En application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours « peuvent, (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement ».
Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence, (…) l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) soit par la juridiction compétente ou son président (…) ».
4. La demande d’aide juridictionnelle présentée par M. A... a été rejetée par une décision du 9 avril 2026 du bureau d’aide juridictionnelle. Par voie de conséquence, il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A... tendant à être admis à titre provisoire à l’aide juridictionnelle.
Sur la légalité de l’arrêté du 15 février 2025 :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :
5. Il ressort des pièces du dossier que l’arrêté du 15 février 2025, pris à la suite d’un arrêté du 23 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français, a pour seul objet de prononcer à l’encontre de M. A... une décision d’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de douze mois. Il s’ensuit que la demande de première instance présentée par M. A... en tant qu’elle tend à l’annulation de décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination qui auraient été prises le 15 février 2025 est sans objet et donc irrecevable.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an :
6. En premier lieu, par un arrêté n° 2025-00138 du 31 janvier 2025 régulièrement publié
le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, le préfet de police de Paris a donné délégation à M. B... C..., attaché d’administration de l’Etat, pour signer, notamment, l’arrêté litigieux. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté doit être écarté.
7. En deuxième lieu, l’arrêté du préfet de police vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, en particulier les articles 3 et 8, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il mentionne également, d’une manière qui n’est pas stéréotypée, les éléments de fait relatifs à l’entrée de M. A... sur le territoire français et sa situation personnelle et familiale. Il comporte ainsi l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et il est donc suffisamment motivé.
8. En troisième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui était anciennement codifié au dernier alinéa de l’article L. 513-2 du même code : « Un étranger ne peut être éloigné à destination d’un pays s’il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu’il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».
9. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et stipulations sont inopérants contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, dès lors que cette décision ne détermine pas de pays de destination. En tout état de cause, M. A... ne produit aucun élément dont il ressortirait qu’il risquerait d’être exposé personnellement à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d’origine.
10. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
11. M. A... ne fait état d’aucun élément précis relatif à sa vie privée et familiale en France. L’intégration sociale alléguée n’est établie par aucune pièce du dossier. En outre, et en tout état de cause, la durée du séjour habituel de M. A... en France n’excède pas deux ans et demi à la date de l’arrêté du préfet de police. Dans ces conditions, l’arrêté n’a pas porté au droit de M. A... au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation au regard de la situation personnelle de M. A... doivent être écartés.
12. En cinquième lieu, en l’absence de décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, le moyen selon lequel la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an serait illégale en conséquence de l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ne peut qu’être écarté.
13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux précédemment mentionnés au point 11 de la présente ordonnance, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an ne méconnaît pas les dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et n’est pas disproportionnée au regard des dispositions de l’article L. 612-10 du même code.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel de M. A..., qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée en application des dispositions précédemment citées de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d’injonction ainsi que, en tout état de cause, celles présentées au titre des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, également, être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A... à fin d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D... A....
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 1er juillet 2026.
Le président de la 5ème chambre,
A. BARTHEZ
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.