Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-26PA02620

mardi 1 septembre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-26PA02620
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSELARL GARCIA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Montreuil d’annuler, d’une part, l’arrêté du 29 mars 2026 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de vingt-quatre mois et, d’autre part, l’arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours en vue de son éloignement du territoire français et l’a obligé à se présenter quotidiennement au commissariat.

Par un jugement n°s 2607055, 2607686 du 9 avril 2026, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2026, M. B..., représenté par Me Garcia, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler les arrêtés du 29 mars 2026 ;

3°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de lui restituer toute pièce d'identité qui aurait été appréhendée lors de son placement en rétention administrative et de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- les décisions méconnaissent son droit d’être entendu ;
- elles méconnaissent son droit de bénéficier de l’assistance d’un avocat ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
- la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que le risque de fuite n’est pas caractérisé ;
- elle méconnaît la directive 2008/115/CE du 17 décembre 2008 ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- la décision portant assignation à résidence est insuffisamment motivée, notamment sur les garanties de représentation qu’il présenterait ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il n’est pas établi que son éloignement pourrait être exécuté dans un délai raisonnable ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que l’absence de document d’identité ne permet pas, à elle seule, de le regarder comme étant dans l’impossibilité de quitter immédiatement le territoire ;
- elle est entachée d’une erreur de fait, d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation dès lors qu’il ne présente aucune garantie de représentation ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur de fait dans l’application de l’article R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle porte une atteinte grave et illégale à la liberté d’aller et venir ;
- les dispositions de l’article R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile portent atteinte à sa liberté d’aller et venir à laquelle elles apportent des restrictions que les dispositions de l’article L. 731-1 du même code n’ont pas prévu.
Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant moldave né le 16 novembre 2000, a demandé au tribunal administratif de Montreuil d’annuler, d’une part, l’arrêté du 29 mars 2026 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de vingt-quatre mois et, d’autre part, l’arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours en vue de son éloignement du territoire français et l’a obligé à se présenter quotidiennement au commissariat. Par la présente requête, il fait appel du jugement du 9 avril 2026 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

2. En application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours « peuvent, (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement ».

Sur l’ensemble des décisions :

3. En premier lieu, aux termes de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l’Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / - le droit d'accès de toute personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et du secret professionnel et des affaires ; / - l'obligation pour l'administration de motiver ses décisions (...) ».

4. Il découle de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, et se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit n’implique pas systématiquement l’obligation, pour l’administration, d’organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l’intéressé, ni même d’inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu’une décision lui faisant grief est susceptible d’être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B... aurait été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis des informations utiles avant que soient prises à son encontre les décisions contestées. Au surplus, et en tout état de cause, il ne ressort pas de ces pièces que les éléments qu’il aurait présentés auraient pu influer sur le sens des décisions prises par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d’être entendu doit être écarté

6. En second lieu et en tout état de cause, le droit de M. B... de bénéficier de l’assistance d’un avocat n’a pas été méconnu dès lors que le procès-verbal portant notification de début de garde à vue en date du 29 mars 2026, et qu’il a signé, mentionne qu’il a été informé de ce qu’il pouvait demander l’assistance d’un conseil et bénéficier d’une assistance juridique.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, M. B... reprend en appel, avec la même argumentation qu’en première instance, les moyens tirés de l’incompétence du signataire de la décision en litige et de son insuffisance de motivation. Il y a lieu de les écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Montreuil, aux points 2 et 3 du jugement attaqué.

8. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n’aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l’intéressé avant de lui faire obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B..., qui déclare être entré en France en 2021, ne justifie pas de sa présence habituelle sur le territoire français. Il est célibataire, sans charge de famille, et n’établit ni qu’il aurait constitué des liens d’ordre amical, culturel et social en France, de nature à attester d’une intégration particulière, ni qu’il serait dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à au moins l’âge de vingt ans. Il ne justifie par ailleurs d’aucune insertion professionnelle. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n’a pas porté au droit de M. B... au respect de la vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs de fait, le préfet de la Seine-Saint-Denis n’a pas davantage entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de la situation personnelle de M. B....

11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B... ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français ni être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité. Il s’ensuit que c’est à bon droit que le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français. Il ne ressort, par ailleurs, pas des pièces du dossier que la mesure d’éloignement en litige se fonderait sur le motif tiré de ce que le comportement de l’intéressé constituerait une menace pour l’ordre public. Par suite, le moyen ainsi soulevé doit être écarté.

Sur la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / (…) 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / (…) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (…) qu’il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (…) ».

13. Pour refuser d’accorder un délai de départ volontaire à M. B..., le préfet de la Seine-Saint-Denis s’est fondé sur le risque qu’il se soustraie à la mesure d’éloignement dont il fait l’objet, dès lors qu’il ne justifie pas être entré régulièrement en France, qu’il n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour, qu’il a explicitement déclaré son intention de vouloir rester en France, qu’il s’est soustrait à l’exécution notamment d’une précédente mesure d’éloignement prononcée le 22 novembre 2021, et qu’il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il est dépourvu d’un document de voyage en cours de validité et qu’il n’apporte pas la preuve de demeurer de manière stable et effective dans un local affecté à son habitation principale. En l’espèce, M. B..., entré irrégulièrement sur le territoire français, s’y maintien de manière irrégulière et ne conteste ni avoir explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à l’obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ni s’être soustrait à une précédente mesure d’éloignement prononcée à son encontre. Ainsi, pour ces seuls motifs, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait, sans entacher sa décision d’une erreur d’appréciation ni méconnaître la directive 2008/115/CE du 17 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, refuser d’octroyer à l’intéressé un délai de départ volontaire. Par voie de conséquence, ces moyens doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. M. B... ne produit aucun élément de nature à établir qu’il risquerait personnellement de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d’origine. Dès lors, le moyen tiré de l’« erreur manifeste d’appréciation » au regard des conséquences de la décision fixant le pays de destination sur la situation de M. B... doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois :

15. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas entachée d’illégalité, le moyen tiré de ce que la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de vingt-quatre mois est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de cette obligation doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (…) ».

17. Il ressort de ces dispositions que l’autorité compétente, en l’absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l’interdiction de retour qu’elle entend prononcer à l’encontre de l’étranger soumis à l’obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux. La décision d’interdiction de retour doit, d’une part, comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d’autre part, attester de la prise en compte par l’autorité compétente, au vu de la situation de l’intéressé, de l’ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l’autorité compétente qui prend une décision d’interdiction de retour d’indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l’étranger et de faire état des éléments de la situation de l’intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d’éloignement dont il a fait l’objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

18. Pour prendre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois en application des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile à la suite du refus d’octroi d’un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris en compte les conditions du séjour en France de M. B..., ses attaches familiales sur le territoire français, la durée de son séjour et la circonstance qu’il se serait soustrait à l’exécution de deux précédentes mesures d’éloignement et que son comportement serait constitutif d’une menace pour l’ordre public. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

19. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n’aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l’intéressé avant de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté

20. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 10 de la présente ordonnance, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.

Sur la décision portant assignation à résidence :

21. En premier lieu, M. B... reprend en appel, avec la même argumentation qu’en première instance, les moyens tirés de ce que la décision portant assignation à résidence serait insuffisamment motivée, méconnaîtrait les dispositions de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il n’est pas établi que son éloignement pourrait être exécuté dans un délai raisonnable, serait entachée d’une erreur de droit dès lors que l’absence de document d’identité ne permet pas, à elle seule, de le regarder comme étant dans l’impossibilité de quitter immédiatement le territoire français, serait entachée d’une erreur de fait, d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation dès lors qu’il ne présente aucune garantie de représentation et serait entachée d’une erreur de droit et d’une erreur de fait dans l’application de l’article R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il y a lieu de les écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Montreuil, aux points 7, 9, 11 et 13 du jugement attaqué.

22. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la motivation de l’arrêté, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B... avant de prendre la décision de l’assigner à résidence.

23. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut assigner à résidence l’étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l’éloignement demeure une perspective raisonnable (...) ». Le second alinéa de l’article L. 731-2 du même code dispose que : « Les modalités d’application de la présente section sont fixées par décret en Conseil d’Etat ». Il résulte de ces dispositions législatives qu’il appartient au pouvoir réglementaire d’en déterminer les modalités d’application. En précisant les modalités d’application de ces mesures de surveillance, notamment la nécessité pour l’administration de déterminer le périmètre dans lequel l’étranger assigné à résidence est autorisé à circuler et de désigner le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés, le pouvoir règlementaire n’a ni méconnu les dispositions prévues par le législateur, ni excédé sa compétence. Par suite, le moyen tiré de l’exception d’illégalité de l’article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

24. En dernier lieu, il ressort de la décision en litige que M. B... est assigné à résidence à Villemomble et qu’il ne peut se déplacer en dehors du territoire de la Seine-Saint-Denis. Il n’est fait état d’aucune circonstance qui aurait pu justifier une délimitation différente de ce périmètre. Il n’est notamment fait état d’aucune obligation familiale ou médicale qui pèserait sur lui à l’extérieur de ce département. Par ailleurs, la fréquence journalière de présentation au commissariat du Raincy / Villemomble n’est pas telle qu’elle porterait une atteinte excessive à sa liberté d’aller à venir, laquelle est en outre légitimement restreinte en raison de sa situation irrégulière sur le territoire français et de la préparation de son éloignement d’office. Dès lors, la décision ne méconnaît pas la liberté d’aller et venir du requérant, et le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

25. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de communiquer l’entier dossier de M. B..., que sa requête d’appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d’injonction et d’astreinte, ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, également, être rejetées.


ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 1er septembre 2026.


Le président de la 5ème chambre,
A. BARTHEZ


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.