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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-26PA02621

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-26PA02621

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-26PA02621
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantGIUDICELLI-JAHN

Résumé IA

Cette ordonnance de la Cour administrative d'appel de Paris rejette la requête de M. B..., ressortissant égyptien, qui contestait un arrêté préfectoral du 3 novembre 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour d'un an. La cour rejette l'appel comme manifestement dépourvu de fondement, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Elle écarte les moyens d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen par adoption des motifs du tribunal administratif, et juge que le préfet a bien procédé à la vérification du droit au séjour exigée par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Melun d’annuler l’arrêté du 3 novembre 2025 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.

Par une ordonnance du 16 janvier 2026, la présidente du tribunal administratif de Melun a renvoyé le dossier de la requête au tribunal administratif de Paris en application de l’article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2601651 du 8 avril 2026, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2026, M. B..., représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler l’arrêté du 3 novembre 2025 ;

3°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- les décisions, notamment la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an, sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que le préfet de Seine-et-Marne n’a pas vérifié son droit au séjour ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle et professionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêté du 21 mai 2025 fixant la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement en application de l’article L. 414-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant égyptien né le 24 octobre 2001, a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler l’arrêté du 3 novembre 2025 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Par la présente requête, il fait appel du jugement du 8 avril 2026 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

2. En application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours « peuvent, (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement ».

3. En premier lieu, M. B... reprend en appel, avec la même argumentation qu’en première instance, les moyens tirés de ce que les décisions en litige seraient insuffisamment motivées et entachées d’un défaut d’examen de sa situation personnelle. Il y a lieu de les écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Paris au point 6 du jugement attaqué.

4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit (…) ». Ces dispositions sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l’article 37 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer un titre de séjour ne peut faire l’objet d’une mesure d’éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l’édiction d’une décision portant obligation de quitter le territoire français, de vérifier plus largement le droit au séjour de l’étranger au regard des informations en sa possession résultant en particulier de l’audition de l’intéressé, compte tenu notamment de la durée de sa présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un droit au séjour, une telle vérification constituant ainsi une garantie pour l’étranger.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes de l’arrêté en litige, que le préfet de Seine-et-Marne n’aurait pas procédé à un examen du droit au séjour de M. B... avant de lui faire obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, il ne ressort pas de ces mêmes pièces que le préfet n’aurait pas examiné la possibilité de régulariser à titre exceptionnel la situation de M. B... au regard du séjour.

6. En troisième lieu, l’intéressé, qui soutient être entré en France au mois de novembre 2021, établit y résider habituellement depuis le mois de janvier 2022, soit une durée inférieure à quatre ans à la date de l’arrêté du préfet de Seine-et-Marne. Il est célibataire, sans charge de famille et il n’établit ni qu’il serait dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt ans, ni qu’il aurait constitué des liens d’ordre amical, culturel et social en France, de nature à attester d’une intégration particulière. Il est en outre constant que M. B... ne remplit pas les conditions permettant de bénéficier de plein droit d’un titre de séjour portant la mention « salarié ». Ainsi, M. B..., qui ne se prévaut d’ailleurs d’aucune disposition particulière du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile permettant de bénéficier de plein droit d’un titre de séjour pour les personnes en remplissant les conditions, n’est pas fondé à soutenir qu’il bénéficiait d’un droit au séjour et, ainsi, le moyen tiré de ce que le préfet de Seine-et-Marne aurait entaché la mesure d’éloignement en litige d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 613-1 du même code doit être écarté.

7. En tout état de cause, au surplus, l’intéressé justifie travailler en qualité de peintre, sous contrat à durée indéterminée, à compter du mois d’octobre 2024. Toutefois, à supposer même que cette activité figure sur la liste des métiers en tension annexée à l’arrêté du 21 mai 2025 pour l’Île-de-France précédemment visé, l’insertion professionnelle réelle du requérant, bien que révélant une volonté d’intégration, ne peut être considérée, eu égard aux caractéristiques de l’emploi exercé et à sa durée de l’ordre d’un an à la date de l’arrêté, comme un motif exceptionnel justifiant sa régularisation en qualité de salarié. Eu égard en outre aux autres éléments de fait relatifs à la vie privée et familiale précédemment mentionnés au point 6 de la présence ordonnance, M. B... n’est pas fondé à soutenir qu’il aurait pu bénéficier d’une régularisation à titre exceptionnel de sa situation en France, au regard notamment des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

8. En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

9. Pour les mêmes motifs de fait que ceux mentionnés au point 6 de la présente ordonnance, le préfet de Seine-et-Marne n’a pas porté au droit de M. B... au respect de la vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels les décisions contestées ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Par ailleurs, les décisions en litige ne sont pas entachées d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle et professionnelle du requérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel de M. B... est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l’article R. 222‑1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d’injonction et d’astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, également, être rejetées.


ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Paris, le 1er juillet 2026.


Le président de la 5ème chambre,
A. BARTHEZ

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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