Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C... B... a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler l’arrêté du 14 septembre 2025 par lequel le préfet d’Eure-et-Loir lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.
Par un jugement n° 2529922 du 19 décembre 2026, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 29 avril 2026, Mme B..., représentée par Me Sainte Fare Garnot, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté du 14 septembre 2025 ;
3°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 250 euros à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit d’être entendu ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 425-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’elle est en situation de se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur ce fondement ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par une décision du 31 mars 2026 du bureau d’aide juridictionnelle, Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B..., ressortissante camerounaise née le 7 décembre 1997, a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler l’arrêté du 14 septembre 2025 par lequel le préfet d’Eure-et-Loir lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Par la présente requête, elle fait appel du jugement du 19 décembre 2025 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
2. En application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours « peuvent, (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement ».
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, Mme B... reprend en appel, avec la même argumentation qu’en première instance, les moyens tirés de ce que la décision en litige méconnaîtrait son droit d’être entendu ainsi que les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il y a lieu de les écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Paris, respectivement aux points 4 et 5 et au point 12 du jugement attaqué. Par ailleurs, la circonstance, postérieure à la décision en litige, que l’intéressée est enceinte est sans incidence sur sa légalité.
4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 425-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 (…), se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / (…) Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ». Aux termes de l’article L. 425-9 du même code : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » d'une durée d'un an (…) ».
5. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, alors même qu’il n’aurait pas sollicité la délivrance d’un tel titre.
6. Il ressort des documents d’ordre médical produits par Mme B... que son fils A..., né en France le 20 avril 2019, est pris en charge, en pédopsychiatrie, pour un retard de développement, s’est vu reconnaître par la maison départementale des personnes handicapées un taux d’incapacité compris entre 50 % et 79 %, est scolarisé en enseignement ordinaire, avec un aménagement des conditions d’apprentissage et une aide humaine, et bénéficie de consultations thérapeutiques régulières. L’intéressée produit également des attestations d’un psychiatre, au demeurant postérieures à la décision en litige mais pouvant être regardées comme reflétant la situation à la date de cette décision, qui indiquent qu’ « une rupture des soins ou la mise en place de soins dans une autre structure (impliquant donc une rupture) serait très préjudiciable pour le développement de A... et provoquerait une régression tant sur le plan cognitif que sur le plan psychomoteur. / La continuité des soins est un élément indispensable du pronostic ». Toutefois, ni ces éléments, ni la seule référence à des sources documentaires sur la situation des enfants atteints de troubles mentaux en Afrique ou au Cameroun ne suffisent à démontrer ni que l’état de santé de l’enfant de Mme B... nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité, ni, en tout état de cause, qu’il ne pourrait pas bénéficier effectivement d’un traitement ou d’un suivi médical approprié au Cameroun ou même d’une scolarisation normale dans ce pays. Il s’ensuit que Mme B... n’est pas fondée à soutenir que les dispositions de l’article L. 425-10 cité ci-dessus faisaient obstacle au prononcé à son encontre d’une mesure d’obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B... est la mère d’un enfant mineur, né en France le 20 avril 2019, et âgé de quatre ans et demi à la date de la décision contestée. Ainsi qu’il a été dit au point 6 de la présente ordonnance, il n’est pas établi que l’état de santé de son l’enfant nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité, ni, en tout état de cause, qu’il ne pourrait pas bénéficier effectivement d’un traitement ou d’un suivi médical approprié au Cameroun, ni même d’une scolarisation adaptée dans ce pays. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le père de l’enfant, reconnu par un acte du 19 août 2024, également de nationalité camerounaise, vivrait avec ce dernier ou qu’il contribuerait effectivement à son entretien et à son éducation. Enfin, Mme B... n’établit pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d’origine. Dans ces conditions, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la décision en litige, qui n’a pas pour effet de la séparer de son enfant, méconnaîtrait les stipulations précitées du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés aux points 3, 6 et 8 de la présente ordonnance, c’est sans entacher sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de la situation personnelle de Mme B... que le préfet d’Eure-et-Loir lui a fait obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. Pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 6 de la présente ordonnance, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an :
11. Mme B... reprend en appel, avec la même argumentation qu’en première instance, les moyens tirés de ce que la décision en litige serait illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, serait insuffisamment motivée, méconnaîtrait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant et serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle. Il y a lieu de les écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Paris, respectivement au point 19, au point 21 et au point 22 du jugement attaqué.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel de Mme B... est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l’article R. 222‑1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d’injonction, ainsi que celles présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, également, être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... B....
Copie en sera adressée au préfet d’Eure-et-Loir.
Fait à Paris, le 1er juillet 2026.
Le président de la 5ème chambre,
A. BARTHEZ
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.