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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-26PA02809

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-26PA02809

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-26PA02809
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSANGUE

Résumé IA

Cette ordonnance de la Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la requête de M. B..., ressortissant tunisien, contestant l'arrêté préfectoral du 10 septembre 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français. La cour confirme la régularité de l'ordonnance du tribunal administratif de Montreuil, qui avait rejeté sa demande sur le fondement du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, en estimant que les moyens soulevés étaient manifestement infondés ou insusceptibles de venir au soutien de la requête. La solution retenue est le rejet de l'appel, la cour considérant que les moyens invoqués, notamment ceux tirés de l'incompétence, du défaut de motivation, de la méconnaissance du droit d'être entendu et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ne sont pas fondés. Les textes appliqués sont le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code de justice administrative, et la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler l’arrêté du 10 septembre 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.

Par une ordonnance n° 2515870 du 11 mai 2026, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2026, M. B..., représenté par Me Sangue, demande à la cour :

1°) d’annuler cette ordonnance ;

2°) à titre principal, de renvoyer l’affaire devant le tribunal administratif de Montreuil ;

3°) à titre subsidiaire, d’annuler l’arrêté du 10 septembre 2025 ;

4°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Il soutient que :

- l’ordonnance attaquée est irrégulière dès lors que le premier juge a fait un usage abusif et irrégulier des dispositions du 7°) de l’article R. 222-1 du code de justice administratives ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et portant refus d’accorder un délai de départ volontaire ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent son droit d’être entendu ;
- elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que le préfet n’a pas pris en compte la densité de ses liens professionnels et sociaux en France ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant tunisien né le 6 août 1990, a demandé au tribunal administratif de Montreuil d’annuler l’arrêté du 10 septembre 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Par la présente requête, il fait appel de l’ordonnance du 11 mai 2026 par laquelle le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents de formation de jugement des tribunaux (…) peuvent, par ordonnance : / (…) 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours (…) les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. / (...) les présidents des formations de jugement des cours (...) peuvent, (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (...) ».

Sur la régularité de l’ordonnance :

3. Pour rejeter la demande de M. B... sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Montreuil a estimé à bon droit que, s’agissant de l’arrêté dans son ensemble, les moyens tirés de l’incompétence de l’auteur et de la signataire de l’arrêté, de l’insuffisance de motivation, du vice de procédure en l’absence d’information sur les modalités de présentation d’une demande de protection internationale et de la méconnaissance de son droit d’être entendu étaient manifestement infondés. Eu égard aux circonstances de fait dont se prévalait M. B..., il a également jugé à bon droit que les moyens relatifs au défaut d’examen particulier de sa situation personnelle, à la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et à l’erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences de l’arrêté sur la situation personnelle de l’intéressé n’étaient assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien. Enfin, pour les mêmes motifs de fait, c’est également à juste titre que le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Montreuil a considéré que les moyens selon lesquels la décision prononçant à l’encontre de M. B... une interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et d’une erreur d’appréciation dans l’application, par le préfet, des dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, n’étaient assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien. Dans ces conditions, c’est sans méconnaître les dispositions du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative que le premier juge a rejeté sur ce fondement la demande présentée par M. B....

Sur la légalité de l’arrêté attaqué :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et portant refus d’accorder un délai de départ volontaire :

4. En premier lieu, M. B... reprend en appel les moyens de première instance tirés de l’incompétence territoriale de l’auteur de l’arrêté, de l’insuffisance de motivation, de la méconnaissance de son droit d’être entendu et du défaut d’examen sérieux de sa situation. Cependant, le requérant ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de fait ou de droit pertinent et nouveau de nature à remettre en cause l’analyse et la motivation retenues par le premier juge. Il y a lieu, dès lors, d’écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Montreuil, respectivement aux points 2, 3, 4 et 6 de l’ordonnance attaquée.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B... réside habituellement en France depuis août 2022. Il est célibataire et sans charge de famille et n’établit pas qu’il aurait constitué des liens d’ordre amical, culturel et social en France de nature à attester d’une intégration particulière et il n’est pas contesté qu’il n’est pas dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à l’âge de trente-et-un an. Par ailleurs, M. B... se prévaut d’une insertion professionnelle en qualité de « manutentionnaire » à compter du mois de janvier 2023 et jusqu’au mois d’août 2025. Toutefois, cette circonstance n’implique pas nécessairement le développement de liens privés intenses. Dans ces conditions, le préfet du Val-d’Oise n’a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels l’arrêté contesté a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs de fait, ces décisions ne sont entachées d’aucune erreur manifeste d’appréciation au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. B....

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, M. B... reprend en appel, avec la même argumentation qu’en première instance, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait insuffisamment motivée. Il y a lieu de l’écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Montreuil au point 3 de l’ordonnance attaquée.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 6 de la présente ordonnance, le préfet du Val-d’Oise n’a entaché sa décision ni d’erreur de droit ou d’erreur d’appréciation au regard des dispositions des articles R. 612-6 et R. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ni, en l’absence notamment de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels, d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B....

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel de M. B... est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application des dispositions du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées aux fins d’injonction et d’astreinte ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du même code doivent, également, être rejetées.



ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....

Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.

Fait à Paris, le 1er juillet 2026.

Le président de la 5ème chambre,
A. BARTHEZ


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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01/07/2026

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