Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE01710

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE01710
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGRIOLET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Procédures contentieuses antérieures :

I. M. B... D... a demandé au tribunal administratif de Versailles d’annuler la décision de clôture du 29 août 2023 de son dossier, d’enjoindre au préfet de l’Essonne de lui délivrer une carte de résident portant la mention « ascendant à charge de français » ou un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », ou de réexaminer sa situation, dans un délai d’un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

II. Mme A... C... épouse D... a demandé au tribunal administratif de Versailles d’annuler la décision de clôture du 29 août 2023 de son dossier, d’enjoindre au préfet de l’Essonne de lui délivrer une carte de résident portant la mention « ascendant à charge de français » ou un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », ou de réexaminer sa situation, dans un délai d’un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n°s 2309210 et 2309211 du 26 avril 2024, le tribunal administratif de Versailles a, après les avoir jointes, rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par un arrêt avant-dire droit du 31 mars 2026, la cour a décidé de surseoir à statuer sur les requêtes présentées par Mme et M. D... jusqu’à ce que le Conseil d’Etat se soit prononcé sur la demande d’avis présentée sur le fondement de l’article L. 111-3 du code de justice administrative.

Par une décision n° 514265 et 514266 du 16 juillet 2026, le Conseil d’Etat a émis un avis sur le fondement de l’article L. 111-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié notamment par l’avenant du 8 septembre 2000 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marc,
- les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

1. Ressortissants tunisiens, nés en 1952 et 1953, Mme et M. D... sont régulièrement entrés en France en dernier lieu le 6 juin 2023 sous couvert de visas de type C. Le 7 juin 2023 ils ont, chacun, sollicité leur admission au séjour sur le fondement du b) du 1 des stipulations de l’article 10 de l’accord franco-tunisien. Toutefois, par deux courriels du 29 août 2023 de la direction générale des étrangers en France, il leur a été indiqué que leurs dossiers avaient été clôturés. Par les requêtes enregistrées sous le n° 24VE01710 et le n° 24VE01711, Mme et M. D... relèvent appel du jugement du 26 avril 2024 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté leurs demandes tendant à l’annulation de ces décisions du 29 août 2023.

2. Les requêtes précitées n° 24VE01710 et n° 24VE01711, présentées par Mme et M. D..., se rapportent aux membres d’une même famille et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour qu’elles fassent l’objet d’un même arrêt.

Sur la régularité du jugement :

3. Alors que les premiers juges ont regardé les demandes présentées par les requérants comme irrecevables, ils ont pu, sans entacher le jugement d’irrégularité, ne pas examiner l’ensemble des moyens présentés par les époux D.... En outre, si les requérants soutiennent que le jugement attaqué est entaché d’erreurs de droit et de fait, de dénaturation des pièces, de tels moyens, dont le dernier relève au demeurant du contrôle de cassation, sont relatifs au bien-fondé du jugement et ne sont pas susceptibles d’entacher sa régularité. Ils ne peuvent donc qu’être écartés.

Sur la légalité des décisions litigieuses :

4. D’une part, aux termes de l’article 10 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : « 1. Un titre de séjour d’une durée de dix ans, ouvrant droit à l’exercice d’une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : / a) Au conjoint tunisien d’un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n’ait pas cessé, que le conjoint ait conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l’étranger, qu’il ait été transcrit préalablement sur les registres de l’état-civil français ; / b) A l’enfant tunisien d’un ressortissant français si cet enfant a moins de vingt et un ans ou s’il est à la charge de ses parents, ainsi qu’aux ascendants d’un tel ressortissant et de son conjoint qui sont à sa charge ; (…) 2. Sont notamment considérés comme remplissant la condition de séjour régulier, les bénéficiaires d’un titre de séjour d’un an délivré en application des articles 7 ter et 7 quater. / Ce titre de séjour est renouvelé de plein droit pour une durée de dix ans. ». Aux termes de l’article 11 de ce même accord : « Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’Accord. Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l’autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ».

5. D’autre part, aux termes de l’article L. 312-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d’y séjourner pour une durée n’excédant pas trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de court séjour (...) ». Aux termes de l’article L. 312-2 de ce code : « Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d’y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an (...) ». Aux termes de l’article L. 411-1 du même code : « Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l’un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; / 2° Un visa de long séjour conférant à son titulaire, en application du second alinéa de l’article L. 312-2, les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9, L. 421-11 ou L. 421-13-1 à L. 421-24, ou aux articles L. 421-26 et L. 421-2 lorsque le séjour envisagé sur ce fondement est d’une durée inférieure ou égale à un an ; / 3° Une carte de séjour temporaire ; / 4° Une carte de séjour pluriannuelle ; / 5° Une carte de résident ; / 6° Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ; / 7° Une carte de séjour portant la mention " retraité " ; / 8° L’autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4, L. 425-10 ou L. 426-21 ».

6. Il résulte des stipulations de l’accord franco-tunisien citées au point 4 que celui-ci renvoie, sur tous les points qu’il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, pour autant qu’elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l’accord. L’article 10 de cet accord subordonne la délivrance de plein droit de la carte de résident aux ressortissants tunisiens à la régularité de leur séjour en France. Il résulte des dispositions citées au point 5 que la régularité du séjour sur le territoire national peut être établie par la détention d’un visa de long séjour ou, le cas échéant, de l’un des autres documents de séjour visés par l’article L. 411-1 de ce code. Elle peut également être établie par la détention de l’un des titres de séjour prévus par l’accord. En revanche, un visa de court séjour étant délivré à un étranger ne souhaitant entrer en France qu’en vue d’y séjourner pour une durée n’excédant pas trois mois, il n’est pas de nature à justifier de la condition de régularité du séjour sur le territoire national des ressortissants tunisiens en vue de l’obtention d’une carte de résident de dix ans régie par le b) de l’article 10 de cet accord.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme et M. D... ont déposé sur le site de l’administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) une demande de délivrance d’un titre de séjour sur le fondement du b) du 1 de l’article 10 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en qualité de parents à charge d’un ressortissant français, et qu’un avis de « confirmation du dépôt d’une pré-demande » leur a été délivré le 7 juin 2023. Par des courriels adressés aux époux D... le 29 août 2023, la direction générale des étrangers en France leur a indiqué que leurs dossiers avaient été clôturés et leurs comptes d’accès temporaires supprimés, motifs pris de ce que : « Au regard des éléments en notre possession, le dossier ne peut faire l’objet d’une instruction pour la raison suivante : votre visa étant un visa court séjour et non un visa d’installation, votre demande ne peut être traitée par le service « séjour ». Veuillez-vous rapprocher du service Admission Exceptionnelle au Séjour (AES) ». Le préfet a fait valoir en première instance, et l’indique à nouveau en appel, que M. et Mme D... ont, ainsi, fait l’objet d’une décision de refus d’enregistrement de leurs demandes de cartes de résident, ne disposant pas du visa de long séjour requis.

8. Le refus d’enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d’être déférée au juge de l’excès de pouvoir lorsque le dossier est, à la date à laquelle intervient le refus d’enregistrement, effectivement incomplet en l’absence de l’un des documents mentionné à l’article R. 431-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou lorsque l’absence d’un autre justificatif requis rend impossible l’instruction de la demande. Le silence gardé par l’autorité administrative sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme du délai de quatre mois mentionné aux articles R. 432-1 et R. 432-2 de ce code, une décision implicite de rejet de cette demande qui fait grief, alors même qu’il apparaîtrait dès le dépôt de la demande que l’une des conditions de délivrance du titre ne sera pas remplie à la date à laquelle elle interviendra. Il en va autrement lorsqu’il est établi que le dossier de la demande était incomplet, le silence gardé par l’administration valant alors refus implicite d’enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision susceptible de recours.

9. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que la demande de carte de résident formée par un ressortissant tunisien est, contrairement à ce qu’allèguent les requérants, subordonnée à la présentation d’un visa de long séjour. En l’absence d’un tel visa, qui faisait obstacle à l’instruction de leur demande, c’est à bon droit que le préfet en a refusé l’enregistrement, de sorte que la décision qui leur a été opposée le 29 août 2023 n’a pas le caractère d’une décision faisant grief, susceptible d’être contestée par la voie d’un recours pour excès de pouvoir.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les moyens des requêtes, que Mme et M. D... ne sont pas fondés à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté leurs demandes.




D É C I D E :







Article 1er : Les requêtes de Mme et M. D... sont rejetées.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... épouse D..., à M. B... D... et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée à la préfète de l’Essonne.

Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme E..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.

La rapporteure,




E. Marc
La présidente,




L. E...

La greffière,




T. Tollim

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.