Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE01929

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE01929
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAIRIAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif d'Orléans d’annuler l’arrêté du 24 mars 2023 par lequel la préfète d’Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement.

Par un jugement n° 2301659 du 14 juin 2024, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2024, M. B..., représenté par Me Airiau, demande à la cour :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler ce jugement ;

3°) d’annuler l’arrêté du 24 mars 2023 de la préfète d’Eure-et-Loir ;

4°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » ou « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, sous la même astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil d’une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou en cas de rejet de sa demande d’aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.

Il soutient que :

• le tribunal a omis de répondre au moyen tiré de ce que la préfète a commis une erreur de fait en retenant qu’il ne justifiait pas de diplômes ni de qualification dans son domaine d’activité ;
• le refus de titre de séjour litigieux et l’obligation de quitter le territoire ont a été pris à l’issue d’une procédure irrégulière, méconnaissant le droit à une bonne administration, les droits de la défense et le droit d’être entendu garanti, notamment, par l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
• le refus de titre de séjour est entaché d’un défaut d’examen sérieux et d’une erreur « manifeste » d’appréciation au regard de l’article 3 de l’accord franco-tunisien, dès lors que titulaire d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes à la date de sa demande de titre de séjour, il en remplissait les conditions de délivrance de plein droit, sans que le préfet puisse légalement lui opposer le caractère purement consultatif de l’avis favorable du service de la main-d’œuvre étrangère ; ce n’est qu’en raison du délai d’instruction particulièrement long de sa demande qu’il n’était plus titulaire de ce contrat à la date de la décision attaquée ;
◦ l’autorisation provisoire de travail qui lui a été délivrée après dépôt de sa demande ne l’autorisait pas à travailler en méconnaissance de l’article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
◦ la préfète a commis une erreur de fait et un défaut d’examen en retenant qu’il ne s’était pas soumis au contrôle médical alors qu’au contraire, il s’y était soumis le 16 février 2023 à la suite de son recrutement par l’entreprise Kubler, et qu’il s’y était également soumis le 29 septembre 2018 pour les besoins de son embauche par la société B... ;
◦ la préfète n’a pas examiné si sa qualification, son expérience et ses diplômes, ainsi que les caractéristiques de l’emploi constituaient, eu égard aux éléments relatifs à la situation personnelle dont il faisait état, des motifs exceptionnels d’admission au séjour en qualité de travailleur salarié ;
◦ l’absence de qualifications dans un métier caractérisé par des difficultés de recrutement, ne constitue pas une condition permettant une admission exceptionnelle au séjour, et ne dispensait pas la préfète d’apprécier ses qualifications in concreto ;
• le refus de titre de séjour litigieux méconnaît l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
• l’obligation de quitter le territoire français doit être annulée par exception d’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
• elle n’est pas motivée en fait ;
• elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
• le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation, eu égard à la durée de sa présence en France et à la qualité de son intégration sur le territoire national ;
• la décision fixant le pays de destination doit être annulée par exception d’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 21 janvier 2025 du bureau d’aide juridictionnelle de Versailles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne ;
- l’accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Hameau a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant tunisien né en 1997, déclare être entré de manière irrégulière sur le territoire français le 21 octobre 2017. Le 2 mars 2021, il a sollicité des services de la préfecture d’Eure-et-Loir un titre de séjour en qualité de « salarié ». Par l’arrêté attaqué du 24 mars 2023, la préfète d’Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement. M. B... fait appel du jugement du 14 juin 2024 par lequel le tribunal administratif d’Orléans a rejeté sa demande en annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 21 janvier 2025 du bureau d’aide juridictionnelle de Versailles, intervenue au cours de la présente instance. Par suite, ses conclusions à fin d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n’y a pas lieu d’y statuer.

Sur la régularité du jugement :

3. Il ressort des pièces du dossier de première instance que M. B... a soulevé dans son mémoire du 4 janvier 2024 devant le tribunal administratif d’Orléans un moyen tiré de ce que la préfète a entaché sa décision de refus de titre de séjour d’erreur de fait, en retenant qu’il ne justifiait pas de diplômes ni de qualification dans son domaine d’activité. Les premiers juges ont omis de répondre à ce moyen, qui n’était pas inopérant. Dès lors le jugement attaqué doit être annulé en tant qu’il a rejeté les conclusions de M. B... en annulation du refus de titre de séjour.

4. Il y a lieu, dans ces conditions, pour la cour de statuer, par la voie de l’évocation, sur les conclusions tendant à l’annulation du refus de titre de séjour et de statuer par l’effet dévolutif de l’appel sur les autres conclusions de la requête.

Sur la légalité de l’arrêté contesté :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. Le refus de titre de séjour en litige indique les conditions d’entrée et de séjour sur le territoire français de M. B..., qu’il a présenté une demande d’admission exceptionnelle au séjour en sa qualité de salarié, qu’il justifie d’un avis favorable du service de la main d’œuvre étrangère daté du 8 octobre 2021 sur une demande d’autorisation de travail présentée par la société B.... Il précise que M. B... est célibataire et sans enfant et que résident toujours dans son pays d’origine ses parents ainsi que ses deux sœurs. La circonstance que la préfète aurait retenu à tort qu’il ne se serait pas soumis à un contrôle médical et ne se serait pas prononcé sur sa qualification, son expérience, ses diplômes, ni sur les caractéristiques de son emploi, n’est pas par elle-même, compte tenu des autres éléments que la décision comporte par ailleurs, de nature à révéler que la préfète n’aurait pas suffisamment motivé le refus de l’admettre au séjour ni qu’elle n’aurait pas préalablement procédé à un examen sérieux de sa situation.

6. Il appartient à l’étranger lors du dépôt de sa demande de titre de séjour d’apporter à l’administration toutes les précisions utiles. Il lui est loisible, au cours de l’instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l’administration toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d’éléments nouveaux. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d’être entendu n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l’espèce, il appartenait à l’intéressé, lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, d’apporter à l’administration toutes les précisions utiles, et il lui était loisible, au cours de l’instruction de cette demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d’éléments nouveaux. Dans ces conditions, et alors que M. B... ne fait état d’aucun argument qu’il aurait pu faire valoir et qui aurait été susceptible d’influer sur le sens de la décision litigieuse, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour aurait été prise au terme d’une procédure irrégulière du fait de la méconnaissance du droit d’être entendu ne peut, en tout état de cause, qu’être écarté.

7. Aux termes de l’article 3 de l’accord franco-tunisien susvisé : « Les ressortissants tunisiens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention « salarié ».

8. Il ressort des pièces du dossier que lorsqu’il a introduit au mois de mars 2021 sa demande de première délivrance de titre de séjour portant la mention « salarié », M. B... occupait, dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée, un emploi de pâtissier au sein de l’entreprise B.... Cet employeur a alors sollicité une autorisation de travail le concernant, qui a fait l’objet d’un avis favorable du service de la main d’œuvre étrangère, émis le 8 octobre 2021. Cependant, M. B... a quitté cet emploi à la fin du mois d’octobre 2022, alors que sa demande de titre de séjour était encore en cours d’instruction par les services préfectoraux. Si dès le mois de novembre 2022, il a occupé un autre emploi de pâtissier qu’il occupait encore à la date de la décision en litige, M. B... n’allègue pas que son nouvel employeur aurait sollicité d’autorisation de travail le concernant. Par suite, à la date à laquelle s’est prononcée la préfète, qui est celle à laquelle s’apprécie la légalité de la décision en litige, l’intéressé, n’occupant plus l’emploi pour lequel il avait sollicité et obtenu une autorisation de travail, n’occupait plus d’emploi salarié dans le cadre d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, au sens et pour l’application des stipulations précitées. La préfète d’Eure-et-Loir, qui n’était pas liée par l’avis favorable du service de la main-d’œuvre étrangère du 8 octobre 2021, a pu, dès lors, en l’absence de contrat visé, lui refuser le titre qu’il sollicitait. Ainsi, quand bien même la préfète aurait commis une erreur de fait en retenant, à tort, qu’il ne s’était pas soumis au contrôle médical prévu par les stipulations précitées, et sans que M. B... ne puisse utilement faire valoir que la rupture de son contrat de travail avec l’entreprise B... s’expliquerait par le délai d’instruction particulièrement long de sa demande de titre de séjour par la préfecture, ni que les conséquences de cette rupture dans son organisation matérielle auraient fait obstacle à ce qu’il prévienne la préfecture de son changement d’employeur, les moyens tirés de la violation des stipulations de l’article 3 de l’accord franco-tunisien susvisé et de l’erreur de fait commise par la préfète d’Eure-et-Loir doivent être écartés.

9. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / (…) ».

10. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d’une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d’une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-tunisien, au sens de l’article 11 de cet accord. Toutefois, si l’accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d’observer que ses stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.

11. M. B... fait valoir qu’il est titulaire de certificats d’aptitude en « pâtisserie française », ayant suivi des formations sur la « production culinaire en pâtisserie et snacking », et qu’il a travaillé en France en tant que pâtissier de manière continue entre les mois de septembre 2018 et de juin 2023, dans le cadre de contrats à durée indéterminée conclus successivement avec les entreprises B... et Kubler, avant d’être embauché au sein de la société Auchan au mois de février 2024. Il ajoute qu’il déclare ses impôts en France et parle couramment le français. Cependant, l’expérience et les qualifications professionnelles de M. B... appréciées dans leur ensemble et, d’une façon plus générale, le niveau d’intégration sociale dont se prévaut M. B... qui n’allègue par ailleurs d’aucune attache affective en France, ne caractérisent pas de motif exceptionnel ni de circonstance humanitaire justifiant la régularisation de son séjour. Dans ces conditions, la préfète d’Eure-et-Loir n’a pas fait une application inexacte des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » à M. B... sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » en vertu de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, la circonstance qu’elle aurait commis une erreur de fait en retenant, d’ailleurs comme simple élément d’appréciation de sa situation professionnelle et non comme critère légal, qu’il ne justifiait pas de diplôme ni de qualification dans un métier caractérisé par des difficultés de recrutement, étant sans incidence sur le sens de sa décision.

12. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; (…) »

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le moyen tiré de la violation des stipulations citées au point 12 doit être écarté.

14. Enfin, le moyen tiré de ce que M. B... a été mis en possession d’un récépissé de demande de carte de séjour qui ne l’autorisait pas à travailler, en méconnaissance des dispositions de l’article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est sans incidence sur la légalité du refus de titre de séjour litigieux et doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :

15. Il résulte de ce qui précède qu’aucun des moyens soulevés par M. B... à l’encontre de la décision de refus de titre n’est fondé. Dès lors, l’exception d’illégalité de cette décision soulevée à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

16. Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…) 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (…) ». Aux termes de l’article L. 613-1 du même code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. (…) Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (…)»
17. Alors que, comme indiqué au point 5, le refus de titre de séjour est suffisamment motivé, l'obligation de quitter le territoire français prise à l’encontre de M. B... sur le fondement des dispositions citées au point 16 et qui n'avait donc pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, est elle-même suffisamment motivée.

18. Le droit d’être entendu implique que l’autorité préfectorale, avant de prendre à l’encontre d’un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l’intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu’il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu’elle n’intervienne.

19. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d’un titre de séjour, l’obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Lorsqu’il sollicite la délivrance ou le renouvellement d’un titre de séjour, l’étranger, en raison même de l’accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu’en cas de refus, il pourra faire l’objet d’une mesure d’éloignement. A l’occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l’administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l’objet d’une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d’apporter à l’administration toutes les précisions qu’il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l’instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l’administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d’éléments nouveaux. Le droit de l’intéressé d’être entendu, ainsi satisfait avant que n’intervienne le refus de titre de séjour, n’impose pas à l’autorité administrative de mettre l’intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, à l’écrit ou à l’oral, de façon spécifique, sur l’obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision d’éloignement en litige aurait été prise au terme d’une procédure irrégulière du fait de la méconnaissance du droit d’être entendu ne peut qu’être écarté.

20. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation qu’aurait commise la préfète dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B... doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de départ volontaire :

21. Aux termes de l’article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ».
22. Compte tenu des éléments exposés au point 11 du présent arrêt, et notamment de ce que M. B... ne se prévaut d’aucune attache affective sur le territoire national, la préfète n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en l’obligeant à quitter sans délai le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

23. Il résulte de ce qui précède qu’aucun des moyens soulevés par M. B... à l’encontre de la décision d’obligation de quitter le territoire français n’est fondé. Dès lors, l’exception d’illégalité de cette décision soulevée à l’appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écartée.

24. Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation du refus de titre de séjour pris à son encontre ni à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d’Orléans a rejeté sa demande en annulation de l’obligation de quitter le territoire, sans délai, à destination du pays dont il a la nationalité ou tout autre pays où il serait légalement admissible. Sa requête doit, dès lors, être rejetée y compris ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d’instance.

D É C I D E :

Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B... tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le jugement n° 2301659 du 14 juin 2024 du tribunal administratif d’Orléans est annulé en tant qu’il a statué sur l’arrêté du 24 mars 2023 de la préfète d’Eure-et-Loir refusant de délivrer à M. B... un titre de séjour.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. B... devant le tribunal administratif d’Orléans tendant à l’annulation de l’arrêté du 24 mars 2023 en tant qu’il porte refus de titre de séjour, ainsi que le surplus des conclusions de la requête sont rejetés.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet d’Eure-et-Loir.

Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme C..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.

La rapporteure,




M. Hameau
La présidente,




L. C...

La greffière,




T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.