Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE01930
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-24VE01930 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LEXGLOBE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler l’arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d’être reconduit d’office.
Par un jugement n° 2315333 du 13 juin 2024, le tribunal administratif de Cergy- Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement le 13 juillet 2024 et le 28 août 2026, M. B..., représenté en dernier lieu par Me Monconduit, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté du 16 octobre 2023 du préfet du Val-d’Oise ;
3°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer, dans un délai de sept jours suivant cette notification, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
• le jugement est irrégulier dès lors que les premiers juges ont omis de statuer sur les moyens tirés de ce qu’il remplissait les conditions d’une régularisation au séjour en vertu des articles L. 423-1 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
• le refus de titre de séjour en litige est insuffisamment motivé ;
• les termes de cette décision révèlent un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
• il démontre être régularisable sur le fondement de l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
• dès lors qu’il remplit les conditions pour bénéficier d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet aurait dû, en application de l’article L. 432-13 du même code, faire précéder son refus de titre de séjour d’une saisine de la commission mentionnée par ces dispositions ;
• il remplit également les conditions pour bénéficier d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu’il est entré régulièrement en France muni d’un titre de séjour italien en cours de validité, que la condition tenant à la régularité du séjour, posée par ces dispositions, doit s’apprécier au regard des circonstances propres à cette entrée et des pièces produites à son appui ; la seule circonstance qu’il ne soit pas en mesure de produire un récépissé de déclaration d’entrée ne permet pas, à elle seule, d’établir les conditions exactes dans lesquelles il est entré sur le territoire national ;
• il démontre être régularisable sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le refus de titre de séjour est ainsi entaché d’une erreur manifeste d’appréciation commise par le préfet dans l’exercice de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel ;
• en retenant qu’il représente une menace pour l’ordre public, le préfet a commis une erreur de fait et d’appréciation ;
◦ d’une part, la pièce d’audition produite par le préfet pour corroborer sa position ne portant pas sur les faits, contestés, de vol à la tire le 27 mai 2018 et d’utilisation frauduleuse d’une carte bancaire entre le 27 mai 2018 et le 8 mars 2020, dont le préfet infère cette menace, cette pièce n’est pas plus pertinente que l’affirmation selon laquelle il serait connu des services de police ;
◦ d’autre part, à supposer même qu’il ait commis les faits susmentionnés, ils ne suffiraient pas à caractériser la menace pour l’ordre public que retient le préfet, dès lors qu’aucun élément postérieur à ces faits anciens ne lui est reproché, tandis que sa situation en France a évolué constamment dans un sens favorable ; il n’a fait l’objet d’aucune poursuite ni condamnation pénale ;
• le refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
• il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
• il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
• l’obligation de quitter le territoire français doit être annulée par exception d’illégalité du refus de titre de séjour ;
• elle révèle un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
• l’arrêté en litige est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 août 2024, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
-1’accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Hameau a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant tunisien né en 1986, a déclaré être entré en France en avril 2012 sous couvert d’un titre de séjour italien valable du 10 octobre 2011 au 16 mai 2012. Le 4 juin 2020, l’intéressé a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. A la suite de son mariage avec une ressortissante française le 26 février 2022, l’intéressé a sollicité, le 20 juin 2023, la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 16 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B... fait appel du jugement du 13 juin 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande en annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Aux termes de l’article L. 9 du code de justice administrative : « Les jugements sont motivés ». Si M. B... soutient, d’une part, que le tribunal a omis de répondre aux moyens tirés de la méconnaissance de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soulevé à l’encontre de la décision de refus de titre de séjour en litige, il ressort toutefois du dossier de première instance que ce moyen n’était pas soulevé devant le tribunal, qui n’a donc entaché son jugement d’aucune omission en ne le visant ni en n’y répondant pas. Si l’intéressé soutient, d’autre part, que le tribunal a omis de répondre au moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soulevé à l’encontre de la décision de refus de titre de séjour, le tribunal administratif y a toutefois répondu par une motivation suffisante au point 5 du jugement attaqué. Les moyens tirés de ces prétendues omissions doivent ainsi être écartés.
Sur la légalité de l’arrêté contesté :
3. Le refus de titre de séjour mentionne notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l’accord franco-tunisien susvisé et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique notamment que M. B... est entré en France dépourvu de visa de long séjour et dans des conditions irrégulières, qu’il ne justifie d’aucun motif exceptionnel ni d’aucune circonstance humanitaire justifiant sa régularisation à titre exceptionnel, que l’ancienneté de séjour qu’il allègue n’est pas établie, qu’il n’est pas dépourvu d’attaches en Tunisie, qu’étant connu pour vol et utilisation frauduleuse d’une carte bancaire, il a troublé l’ordre public, et qu’il a déjà fait l’objet d’une décision d’éloignement qu’il n’a pas exécutée. Ce refus comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui le fondent. Ainsi, sans qu’y fasse obstacle la circonstance que le préfet n’aurait pas mentionné l’ensemble des éléments caractérisant la situation de M. B..., ce refus, qui a été précédé d’un examen sérieux et approfondi de sa situation, est suffisamment motivé.
4. Aux termes de l’article 7 quater de l’accord franco‑tunisien du 17 mars 1988 modifié : « Sans préjudice des dispositions du b et du d de l’article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ». L’article L. 412‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, auquel ne déroge pas l’accord franco‑tunisien, dispose que : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412‑2 et L. 412‑3, la première délivrance d’une carte de séjour temporaire ou d’une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l’étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l’article L. 411‑1 ». Aux termes de l’article L. 423‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d’une durée d’un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n’a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l’étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l’état civil français ». Selon l’article L. 423‑2 du même code : « L’étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d’une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d’une durée d’un an. La condition prévue à l’article L. 412‑1 n’est pas opposable ».
5. Il résulte de ces dispositions que l’étranger qui sollicite une première demande de titre de séjour en tant que conjoint de Français doit être entré en France sous couvert d’un visa de long séjour, sauf s’il justifie d’une entrée régulière en France et d’une vie commune et effective d’au moins six mois en France avec son conjoint.
6. Au cas particulier, pour refuser d’admettre M. B... au séjour, le préfet du Val- d’Oise s’est fondé sur l’absence de visa de long séjour lui permettant de se prévaloir des dispositions de l’article L. 423‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et sur l’absence de justification d’une entrée régulière sur le territoire français lui permettant de se prévaloir des dispositions de l’article L. 423‑2 du même code portant dérogation à l’obligation de possession d’un tel visa.
7. Si M. B... ne conteste pas être démuni d’un tel visa de long séjour requis par les dispositions de l’article L. 412‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il se prévaut de son entrée régulière en France au mois d’avril 2012 sous couvert d’un titre de séjour délivré par les autorités italiennes valable du 10 octobre 2011 au 16 mai 2012, et estime ainsi qu’il aurait pu obtenir un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, la seule production d’un transfert d’argent effectué en France le 11 mai 2012 mentionnant une adresse en France, pièce qui n’est, au demeurant, corroborée notamment par les mentions d’aucun document de voyage ni titre de transport, n’est pas de nature à justifier que M. B... serait entré en France, pour la dernière fois, pendant la durée de validité de son titre de séjour italien. Dès lors, à défaut de visa de long séjour et en l’absence d’entrée régulière sur le territoire, le préfet pouvait, pour ce seul motif tant sur le fondement de l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que de l’article L. 423-2 du même code, refuser à l’intéressé le titre de séjour sollicité.
8. Aux termes de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance (…) ».
9. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles cités auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. M. B..., qui ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ne saurait utilement se prévaloir de ce que le préfet n’a pas saisi pour avis la commission du titre de séjour avant de lui refuser le titre en litige.
10. Il ressort des termes du refus de titre de séjour en litige que le préfet ne s’est pas fondé sur la menace à l’ordre public que représenterait le requérant pour lui refuser la délivrance d’un titre de séjour mais a estimé que ce refus de titre, eu égard aux éléments de sa vie privée et familiale et de ses antécédents judiciaires, ne portait pas atteinte à l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet se serait fondé à tort sur une menace à l’ordre public pour lui refuser un titre de séjour doit être écarté.
11. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / (…) ».
12. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d’une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d’une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-tunisien, au sens de l’article 11 de cet accord. Toutefois, si l’accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d’observer que ses stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.
13. M. B... fait valoir qu’il a vécu en France sans interruption depuis 2012, où il a commencé, dès 2013, à travailler dans le secteur du bâtiment. Il indique être employé, de fait, par la même société depuis 2020, qui l’a embauché dans le cadre d’un « contrat à durée indéterminée de chantier » en 2024, automatiquement « transformé » en contrat à durée indéterminée en 2025. Il se prévaut de son mariage, le 26 février 2022, avec une ressortissante française avec laquelle il vivait maritalement depuis le mois d’octobre 2021, en participant aux charges du foyer composé de son couple et des deux filles de sa conjointe, nées respectivement en 2001 et en 2009 d’une précédente union. A l’appui de son propos, M. B... produit des éléments relatifs à sa vie professionnelle, à savoir, un certificat de travail pendant trois jours au mois de janvier 2022, établi par la même société que celle qui l’a finalement embauché en 2024, assorti de l’attestation employeur destinée à Pôle emploi correspondante, son contrat de travail signé en 2024 et l’avenant, daté de 2025, à ce contrat, la photographie d’une carte d’accès portant la mention du nom de son employeur mais pas du sien, et enfin des relevés de compte sur lesquels sont mis en évidence des mouvements que l’épouse du requérant désigne, dans une attestation jointe, comme des salaires versés à M. B... par son employeur, avant toute formalisation de leur relation de travail, par le truchement de comptes de tiers. Par eux-mêmes toutefois, ces éléments ne suffisent pas à mettre en évidence un niveau de qualification ni des conditions d’emploi stables et pérennes de nature à caractériser un motif exceptionnel ou des circonstances humanitaires justifiant la régularisation des conditions de séjour de M. B.... Si ce dernier allègue, par ailleurs, de l’ancienneté de sa résidence habituelle sur le territoire national, il ne conteste pas ne pas avoir exécuté une précédente mesure d’éloignement dont il a fait l’objet le 4 juin 2020, tandis que son mariage avec une ressortissante française et la relation nouée avec cette dernière présentaient un caractère récent à la date de la décision en litige. En outre, les liens de M. B... avec les filles de son épouse, dont cette dernière fait état dans l’attestation déjà mentionnée, ne ressort pas suffisamment des autres pièces produites. Enfin, si M. B... fait état de la présence en France de sa sœur mariée à un Français, il ne conteste pas ne pas être dépourvu d’attaches en Tunisie où, aux termes de la décision litigieuse, résident ses parents et sa fratrie, et où, selon ses propres dires, il aurait vécu jusqu’à l’âge de vingt-six ans. Dans ces conditions, le préfet n’a pas fait une application inexacte des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » à M. B..., et n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » en vertu de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
14. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; (…) ».
15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13, les moyens tirés de la violation des stipulations citées au point 14 et de l’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de l’arrêté sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.
16. Aux termes de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».
17. L’intensité des liens, au demeurant récents, de M. B... avec les filles de son épouse, issues du précédent mariage de celle-ci et dont l’aînée était majeure à la date de la décision contestée, ne ressortant pas suffisamment des pièces du dossier, ainsi que cela a été exposé au point 13, l’intéressé n’est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour prise à son encontre ne prend pas en compte l’intérêt supérieur des filles de son épouse et méconnaît ainsi les stipulations citées au point 16.
18. Il résulte de ce qui précède qu’aucun des moyens soulevés par M. B... à l’encontre de la décision de refus de titre de séjour n’est fondé. Dès lors, l’exception d’illégalité de cette décision soulevée à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n’est pas fondée et doit ainsi être écartée.
19. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, M. B... n’est pas fondé à soutenir que les termes de la décision d’obligation de quitter le territoire français dont il a fait l’objet révèlent un défaut d’examen sérieux de sa demande.
20. Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Sa requête doit, dès lors, être rejetée y compris ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais d’instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme C..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
M. Hameau
La présidente,
L. C...
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler l’arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d’être reconduit d’office.
Par un jugement n° 2315333 du 13 juin 2024, le tribunal administratif de Cergy- Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement le 13 juillet 2024 et le 28 août 2026, M. B..., représenté en dernier lieu par Me Monconduit, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté du 16 octobre 2023 du préfet du Val-d’Oise ;
3°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer, dans un délai de sept jours suivant cette notification, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
• le jugement est irrégulier dès lors que les premiers juges ont omis de statuer sur les moyens tirés de ce qu’il remplissait les conditions d’une régularisation au séjour en vertu des articles L. 423-1 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
• le refus de titre de séjour en litige est insuffisamment motivé ;
• les termes de cette décision révèlent un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
• il démontre être régularisable sur le fondement de l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
• dès lors qu’il remplit les conditions pour bénéficier d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet aurait dû, en application de l’article L. 432-13 du même code, faire précéder son refus de titre de séjour d’une saisine de la commission mentionnée par ces dispositions ;
• il remplit également les conditions pour bénéficier d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu’il est entré régulièrement en France muni d’un titre de séjour italien en cours de validité, que la condition tenant à la régularité du séjour, posée par ces dispositions, doit s’apprécier au regard des circonstances propres à cette entrée et des pièces produites à son appui ; la seule circonstance qu’il ne soit pas en mesure de produire un récépissé de déclaration d’entrée ne permet pas, à elle seule, d’établir les conditions exactes dans lesquelles il est entré sur le territoire national ;
• il démontre être régularisable sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le refus de titre de séjour est ainsi entaché d’une erreur manifeste d’appréciation commise par le préfet dans l’exercice de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel ;
• en retenant qu’il représente une menace pour l’ordre public, le préfet a commis une erreur de fait et d’appréciation ;
◦ d’une part, la pièce d’audition produite par le préfet pour corroborer sa position ne portant pas sur les faits, contestés, de vol à la tire le 27 mai 2018 et d’utilisation frauduleuse d’une carte bancaire entre le 27 mai 2018 et le 8 mars 2020, dont le préfet infère cette menace, cette pièce n’est pas plus pertinente que l’affirmation selon laquelle il serait connu des services de police ;
◦ d’autre part, à supposer même qu’il ait commis les faits susmentionnés, ils ne suffiraient pas à caractériser la menace pour l’ordre public que retient le préfet, dès lors qu’aucun élément postérieur à ces faits anciens ne lui est reproché, tandis que sa situation en France a évolué constamment dans un sens favorable ; il n’a fait l’objet d’aucune poursuite ni condamnation pénale ;
• le refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
• il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
• il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
• l’obligation de quitter le territoire français doit être annulée par exception d’illégalité du refus de titre de séjour ;
• elle révèle un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
• l’arrêté en litige est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 août 2024, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
-1’accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Hameau a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant tunisien né en 1986, a déclaré être entré en France en avril 2012 sous couvert d’un titre de séjour italien valable du 10 octobre 2011 au 16 mai 2012. Le 4 juin 2020, l’intéressé a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. A la suite de son mariage avec une ressortissante française le 26 février 2022, l’intéressé a sollicité, le 20 juin 2023, la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 16 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B... fait appel du jugement du 13 juin 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande en annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Aux termes de l’article L. 9 du code de justice administrative : « Les jugements sont motivés ». Si M. B... soutient, d’une part, que le tribunal a omis de répondre aux moyens tirés de la méconnaissance de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soulevé à l’encontre de la décision de refus de titre de séjour en litige, il ressort toutefois du dossier de première instance que ce moyen n’était pas soulevé devant le tribunal, qui n’a donc entaché son jugement d’aucune omission en ne le visant ni en n’y répondant pas. Si l’intéressé soutient, d’autre part, que le tribunal a omis de répondre au moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soulevé à l’encontre de la décision de refus de titre de séjour, le tribunal administratif y a toutefois répondu par une motivation suffisante au point 5 du jugement attaqué. Les moyens tirés de ces prétendues omissions doivent ainsi être écartés.
Sur la légalité de l’arrêté contesté :
3. Le refus de titre de séjour mentionne notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l’accord franco-tunisien susvisé et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique notamment que M. B... est entré en France dépourvu de visa de long séjour et dans des conditions irrégulières, qu’il ne justifie d’aucun motif exceptionnel ni d’aucune circonstance humanitaire justifiant sa régularisation à titre exceptionnel, que l’ancienneté de séjour qu’il allègue n’est pas établie, qu’il n’est pas dépourvu d’attaches en Tunisie, qu’étant connu pour vol et utilisation frauduleuse d’une carte bancaire, il a troublé l’ordre public, et qu’il a déjà fait l’objet d’une décision d’éloignement qu’il n’a pas exécutée. Ce refus comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui le fondent. Ainsi, sans qu’y fasse obstacle la circonstance que le préfet n’aurait pas mentionné l’ensemble des éléments caractérisant la situation de M. B..., ce refus, qui a été précédé d’un examen sérieux et approfondi de sa situation, est suffisamment motivé.
4. Aux termes de l’article 7 quater de l’accord franco‑tunisien du 17 mars 1988 modifié : « Sans préjudice des dispositions du b et du d de l’article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ». L’article L. 412‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, auquel ne déroge pas l’accord franco‑tunisien, dispose que : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412‑2 et L. 412‑3, la première délivrance d’une carte de séjour temporaire ou d’une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l’étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l’article L. 411‑1 ». Aux termes de l’article L. 423‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d’une durée d’un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n’a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l’étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l’état civil français ». Selon l’article L. 423‑2 du même code : « L’étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d’une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d’une durée d’un an. La condition prévue à l’article L. 412‑1 n’est pas opposable ».
5. Il résulte de ces dispositions que l’étranger qui sollicite une première demande de titre de séjour en tant que conjoint de Français doit être entré en France sous couvert d’un visa de long séjour, sauf s’il justifie d’une entrée régulière en France et d’une vie commune et effective d’au moins six mois en France avec son conjoint.
6. Au cas particulier, pour refuser d’admettre M. B... au séjour, le préfet du Val- d’Oise s’est fondé sur l’absence de visa de long séjour lui permettant de se prévaloir des dispositions de l’article L. 423‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et sur l’absence de justification d’une entrée régulière sur le territoire français lui permettant de se prévaloir des dispositions de l’article L. 423‑2 du même code portant dérogation à l’obligation de possession d’un tel visa.
7. Si M. B... ne conteste pas être démuni d’un tel visa de long séjour requis par les dispositions de l’article L. 412‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il se prévaut de son entrée régulière en France au mois d’avril 2012 sous couvert d’un titre de séjour délivré par les autorités italiennes valable du 10 octobre 2011 au 16 mai 2012, et estime ainsi qu’il aurait pu obtenir un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, la seule production d’un transfert d’argent effectué en France le 11 mai 2012 mentionnant une adresse en France, pièce qui n’est, au demeurant, corroborée notamment par les mentions d’aucun document de voyage ni titre de transport, n’est pas de nature à justifier que M. B... serait entré en France, pour la dernière fois, pendant la durée de validité de son titre de séjour italien. Dès lors, à défaut de visa de long séjour et en l’absence d’entrée régulière sur le territoire, le préfet pouvait, pour ce seul motif tant sur le fondement de l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que de l’article L. 423-2 du même code, refuser à l’intéressé le titre de séjour sollicité.
8. Aux termes de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance (…) ».
9. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles cités auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. M. B..., qui ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ne saurait utilement se prévaloir de ce que le préfet n’a pas saisi pour avis la commission du titre de séjour avant de lui refuser le titre en litige.
10. Il ressort des termes du refus de titre de séjour en litige que le préfet ne s’est pas fondé sur la menace à l’ordre public que représenterait le requérant pour lui refuser la délivrance d’un titre de séjour mais a estimé que ce refus de titre, eu égard aux éléments de sa vie privée et familiale et de ses antécédents judiciaires, ne portait pas atteinte à l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet se serait fondé à tort sur une menace à l’ordre public pour lui refuser un titre de séjour doit être écarté.
11. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / (…) ».
12. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d’une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d’une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-tunisien, au sens de l’article 11 de cet accord. Toutefois, si l’accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d’observer que ses stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.
13. M. B... fait valoir qu’il a vécu en France sans interruption depuis 2012, où il a commencé, dès 2013, à travailler dans le secteur du bâtiment. Il indique être employé, de fait, par la même société depuis 2020, qui l’a embauché dans le cadre d’un « contrat à durée indéterminée de chantier » en 2024, automatiquement « transformé » en contrat à durée indéterminée en 2025. Il se prévaut de son mariage, le 26 février 2022, avec une ressortissante française avec laquelle il vivait maritalement depuis le mois d’octobre 2021, en participant aux charges du foyer composé de son couple et des deux filles de sa conjointe, nées respectivement en 2001 et en 2009 d’une précédente union. A l’appui de son propos, M. B... produit des éléments relatifs à sa vie professionnelle, à savoir, un certificat de travail pendant trois jours au mois de janvier 2022, établi par la même société que celle qui l’a finalement embauché en 2024, assorti de l’attestation employeur destinée à Pôle emploi correspondante, son contrat de travail signé en 2024 et l’avenant, daté de 2025, à ce contrat, la photographie d’une carte d’accès portant la mention du nom de son employeur mais pas du sien, et enfin des relevés de compte sur lesquels sont mis en évidence des mouvements que l’épouse du requérant désigne, dans une attestation jointe, comme des salaires versés à M. B... par son employeur, avant toute formalisation de leur relation de travail, par le truchement de comptes de tiers. Par eux-mêmes toutefois, ces éléments ne suffisent pas à mettre en évidence un niveau de qualification ni des conditions d’emploi stables et pérennes de nature à caractériser un motif exceptionnel ou des circonstances humanitaires justifiant la régularisation des conditions de séjour de M. B.... Si ce dernier allègue, par ailleurs, de l’ancienneté de sa résidence habituelle sur le territoire national, il ne conteste pas ne pas avoir exécuté une précédente mesure d’éloignement dont il a fait l’objet le 4 juin 2020, tandis que son mariage avec une ressortissante française et la relation nouée avec cette dernière présentaient un caractère récent à la date de la décision en litige. En outre, les liens de M. B... avec les filles de son épouse, dont cette dernière fait état dans l’attestation déjà mentionnée, ne ressort pas suffisamment des autres pièces produites. Enfin, si M. B... fait état de la présence en France de sa sœur mariée à un Français, il ne conteste pas ne pas être dépourvu d’attaches en Tunisie où, aux termes de la décision litigieuse, résident ses parents et sa fratrie, et où, selon ses propres dires, il aurait vécu jusqu’à l’âge de vingt-six ans. Dans ces conditions, le préfet n’a pas fait une application inexacte des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » à M. B..., et n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » en vertu de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
14. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; (…) ».
15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13, les moyens tirés de la violation des stipulations citées au point 14 et de l’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de l’arrêté sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.
16. Aux termes de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».
17. L’intensité des liens, au demeurant récents, de M. B... avec les filles de son épouse, issues du précédent mariage de celle-ci et dont l’aînée était majeure à la date de la décision contestée, ne ressortant pas suffisamment des pièces du dossier, ainsi que cela a été exposé au point 13, l’intéressé n’est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour prise à son encontre ne prend pas en compte l’intérêt supérieur des filles de son épouse et méconnaît ainsi les stipulations citées au point 16.
18. Il résulte de ce qui précède qu’aucun des moyens soulevés par M. B... à l’encontre de la décision de refus de titre de séjour n’est fondé. Dès lors, l’exception d’illégalité de cette décision soulevée à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n’est pas fondée et doit ainsi être écartée.
19. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, M. B... n’est pas fondé à soutenir que les termes de la décision d’obligation de quitter le territoire français dont il a fait l’objet révèlent un défaut d’examen sérieux de sa demande.
20. Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Sa requête doit, dès lors, être rejetée y compris ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais d’instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme C..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
M. Hameau
La présidente,
L. C...
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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