Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE02038
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-24VE02038 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ECHCHAYB |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. E... A... a demandé au tribunal administratif d’Orléans d’annuler l’arrêté du 25 août 2022 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait obligation de pointer deux fois par semaine, le mardi et le jeudi à neuf heures, et d’enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, sous les mêmes conditions d’astreinte.
Par un jugement n° 2203325 du 19 juin 2024, le tribunal administratif d’Orléans a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024, M. A..., représenté par Me Echchayb, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté de la préfète du Loiret du 25 août 2022 ;
3°) d’enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle vise des articles abrogés ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le droit d’être entendu et de présenter des observations ;
- il remplissait les conditions pour obtenir un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale ;
- elle méconnaît le principe constitutionnel et conventionnel de présomption d’innocence, posé par le paragraphe 2 de l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; c’est à tort que le préfet s’est fondé sur le procès-verbal d’audition ; il a été relaxé des faits incriminés ;
- elle méconnaît le droit au procès équitable, l’article 410 du code de procédure pénale et les droits de la défense, dès lors qu’il n’a pas pu se présenter à l’audience du 20 janvier 2023 du tribunal correctionnel, reportée au 30 juin 2023 ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision relative au délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle méconnaît le principe de présomption d’innocence posé par le paragraphe 2 de l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le droit à un procès équitable ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de l’obligation de quitter le territoire ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et d’une erreur de fait dans l’appréciation de l’Algérie comme pays d’origine sûr.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marc ;
- les observations de M. A....
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant algérien né en 1985, est entré de manière irrégulière en France en 2019. Par un arrêté du 25 août 2022, la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait obligation de pointer chaque mardi et jeudi à neuf heures. Il relève appel du jugement du 19 juin 2024 par lequel le tribunal administratif d’Orléans a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l’arrêté en litige :
S’agissant des moyens communs à l’ensemble des décisions attaquées :
2. L’arrêté litigieux vise les articles du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, notamment le 1° de l’article L. 611-1 dont il fait application. Cet arrêté mentionne que M. A... ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et précise sa situation administrative, professionnelle et familiale, notamment qu’il travaille sans autorisation, que s’il a déclaré vivre en concubinage et être père d’un enfant mineur à charge, il ne pouvait toutefois s’en prévaloir, au regard de son comportement vis-à-vis de sa concubine. Si le requérant soutient que l’arrêté attaqué a été pris sur le fondement d’articles abrogés, il n’assortit cette allégation d’aucun élément permettant d’en apprécier le bien-fondé. Ainsi, la décision faisant obligation à M. A... de quitter le territoire français, qui comporte l’énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, satisfait l’exigence de motivation de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. De plus, l’arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu’il vise l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de M. A..., en l’espèce algérienne, et indique que l’intéressé n’établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, et dès lors que la préfète n’était pas tenue de mentionner l’ensemble des éléments caractérisant la situation de l’intéressé, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté. Il ressort des motifs mêmes de l’arrêté que la préfète a procédé à un examen sérieux de la situation de l’intéressé, avant de prendre la mesure d’éloignement et la décision fixant le pays de destination.
S’agissant de l’obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par Mme B... C..., directrice des migrations et de l’intégration, qui bénéficiait d’une délégation de signature en vertu d’un arrêté du 14 avril 2022 n° 45-2022-04-14-00001 de la préfète du Loiret, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des mentions du procès-verbal établi le 24 août 2022 à l’occasion de l’audition de M. A... par les services de police que l’intéressé a été mis à même de présenter de manière effective ses observations sur plusieurs points, notamment sa situation administrative, sa situation personnelle, financière et familiale, son pays d’origine ainsi que sur la perspective de l’adoption d’une mesure d’éloignement à son encontre, au sujet de laquelle il a pu exprimer son souhait de rester sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce qu’il n’a pas été entendu ni pu faire valoir ses observations avant l’édiction de l’arrêté litigieux doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 2 de l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne accusée d'une infraction est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité soit légalement établi ». Aux termes de l’article 410 du code de procédure pénale : « Le prévenu régulièrement cité à personne doit comparaître, à moins qu'il ne fournisse une excuse reconnue valable par la juridiction devant laquelle il est appelé. […] ».
6. M. A... soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en raison d’une accusation de violences faites sur sa concubine ayant entrainé une interruption totale de travailler de moins de huit jours et de menaces de mort proférées sur celle-ci et que cette mesure d’éloignement a fait obstacle à ce qu’il puisse se rendre physiquement à l’audience du tribunal judiciaire d’Orléans à laquelle il était convoqué initialement le 20 janvier 2023. Toutefois, il résulte des dispositions du code de procédure pénale, notamment des articles 390-1, 410 et 411, que l’exécution de décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français constituent une excuse valable de non‑comparution et que l’absence de l’intéressé ne fait pas obstacle à ce que sa défense puisse être valablement assurée par un avocat, que l’affaire soit ainsi jugée contradictoirement et que l’intéressé puisse éventuellement interjeter appel de la décision prise en cas de condamnation. Il ressort au demeurant du jugement de relaxe du 30 juin 2023, rendu à l’issue de l’audience qui s’est finalement tenue le même jour, que M. A... a comparu en personne devant le tribunal correctionnel. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de la présomption d’innocence garanti par les stipulations précitées de l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance du droit au procès équitable doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /(…) ». Aux termes du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».
8. M. A... soutient qu’il réside en France depuis 2019, qu’il y vit en concubinage depuis le mois d’août 2020 avec une compatriote, en situation régulière sur le territoire français, et que leur fille est née le 22 janvier 2022 en France. Toutefois, il ne justifie pas qu’il résiderait sur le territoire français depuis 2019, dès lors que les pièces versées au dossier qui le concernent personnellement, et non sa compagne, à l’exception de l’une d’entre elles, sont postérieures à 2021. En outre, la vie commune avec sa compagne est récente, n’étant justifiée qu’à partir du mois de mai 2021, soit quatorze mois avant l’arrêté litigieux, tandis que leur fille est née quelques mois seulement avant cet arrêté. Le requérant ne justifie pas davantage, par la seule production d’un courrier daté du 23 mars 2020 émanant de la société Urban Aménagement qui évoque sans autre précision sa participation à un chantier, d’une activité professionnelle stable et pérenne sur le territoire français. Alors même que son père et sa grand-mère sont décédés, il n’est pas dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d’origine, où il a vécu trente-quatre ans. Dans ces conditions, la préfète du Loiret n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A... qui ne justifie pas davantage, compte tenu de ce qui a été exposé, de l’attribution d’un titre de séjour de plein droit qui ferait obstacle à une mesure d’éloignement. Pour les mêmes motifs, et eu égard au jeune âge de son enfant à la date de l’arrêté litigieux, la préfète n’a pas méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
S’agissant de la décision relative au délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, pour les motifs exposés aux points 6 et 8, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 6, paragraphe 2, et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant doivent être écartés.
10. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ».
11. Si le requérant soutient la décision de départ volontaire de trente jours est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors qu’elle ne lui permettait pas d’assister à son procès, ce moyen doit être écarté pour les même motifs que ceux exposés au point 6.
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui précède que les moyens dirigés contre la décision d’éloignement n’étant pas fondés, l’illégalité de cette décision soulevée par voie d’exception à l’encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu’être écartée. En outre, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. M. A..., qui est de nationalité algérienne, allègue sans en justifier qu’il serait en situation d’insécurité en cas de retour dans son pays d’origine. Par ailleurs, l’arrêté litigieux mentionne que M. A... peut être reconduit d’office « dans son pays d’origine ou tout pays susceptible de l’accueillir légalement ». Par suite, en fixant le pays de destination de l’éloignement de l’intéressé, la préfète du Loiret n’a pas entaché sa décision d’une erreur de fait ni d’une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A....
14. Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d’Orléans a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d’une injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d’instance ne peuvent qu’être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. E... A... et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée à la préfète du Loiret.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme D..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente-assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
E. Marc
La présidente,
L. D...
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Procédure contentieuse antérieure :
M. E... A... a demandé au tribunal administratif d’Orléans d’annuler l’arrêté du 25 août 2022 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait obligation de pointer deux fois par semaine, le mardi et le jeudi à neuf heures, et d’enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, sous les mêmes conditions d’astreinte.
Par un jugement n° 2203325 du 19 juin 2024, le tribunal administratif d’Orléans a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024, M. A..., représenté par Me Echchayb, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté de la préfète du Loiret du 25 août 2022 ;
3°) d’enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle vise des articles abrogés ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le droit d’être entendu et de présenter des observations ;
- il remplissait les conditions pour obtenir un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale ;
- elle méconnaît le principe constitutionnel et conventionnel de présomption d’innocence, posé par le paragraphe 2 de l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; c’est à tort que le préfet s’est fondé sur le procès-verbal d’audition ; il a été relaxé des faits incriminés ;
- elle méconnaît le droit au procès équitable, l’article 410 du code de procédure pénale et les droits de la défense, dès lors qu’il n’a pas pu se présenter à l’audience du 20 janvier 2023 du tribunal correctionnel, reportée au 30 juin 2023 ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision relative au délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle méconnaît le principe de présomption d’innocence posé par le paragraphe 2 de l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le droit à un procès équitable ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de l’obligation de quitter le territoire ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et d’une erreur de fait dans l’appréciation de l’Algérie comme pays d’origine sûr.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marc ;
- les observations de M. A....
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant algérien né en 1985, est entré de manière irrégulière en France en 2019. Par un arrêté du 25 août 2022, la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait obligation de pointer chaque mardi et jeudi à neuf heures. Il relève appel du jugement du 19 juin 2024 par lequel le tribunal administratif d’Orléans a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l’arrêté en litige :
S’agissant des moyens communs à l’ensemble des décisions attaquées :
2. L’arrêté litigieux vise les articles du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, notamment le 1° de l’article L. 611-1 dont il fait application. Cet arrêté mentionne que M. A... ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et précise sa situation administrative, professionnelle et familiale, notamment qu’il travaille sans autorisation, que s’il a déclaré vivre en concubinage et être père d’un enfant mineur à charge, il ne pouvait toutefois s’en prévaloir, au regard de son comportement vis-à-vis de sa concubine. Si le requérant soutient que l’arrêté attaqué a été pris sur le fondement d’articles abrogés, il n’assortit cette allégation d’aucun élément permettant d’en apprécier le bien-fondé. Ainsi, la décision faisant obligation à M. A... de quitter le territoire français, qui comporte l’énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, satisfait l’exigence de motivation de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. De plus, l’arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu’il vise l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de M. A..., en l’espèce algérienne, et indique que l’intéressé n’établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, et dès lors que la préfète n’était pas tenue de mentionner l’ensemble des éléments caractérisant la situation de l’intéressé, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté. Il ressort des motifs mêmes de l’arrêté que la préfète a procédé à un examen sérieux de la situation de l’intéressé, avant de prendre la mesure d’éloignement et la décision fixant le pays de destination.
S’agissant de l’obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par Mme B... C..., directrice des migrations et de l’intégration, qui bénéficiait d’une délégation de signature en vertu d’un arrêté du 14 avril 2022 n° 45-2022-04-14-00001 de la préfète du Loiret, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des mentions du procès-verbal établi le 24 août 2022 à l’occasion de l’audition de M. A... par les services de police que l’intéressé a été mis à même de présenter de manière effective ses observations sur plusieurs points, notamment sa situation administrative, sa situation personnelle, financière et familiale, son pays d’origine ainsi que sur la perspective de l’adoption d’une mesure d’éloignement à son encontre, au sujet de laquelle il a pu exprimer son souhait de rester sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce qu’il n’a pas été entendu ni pu faire valoir ses observations avant l’édiction de l’arrêté litigieux doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 2 de l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne accusée d'une infraction est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité soit légalement établi ». Aux termes de l’article 410 du code de procédure pénale : « Le prévenu régulièrement cité à personne doit comparaître, à moins qu'il ne fournisse une excuse reconnue valable par la juridiction devant laquelle il est appelé. […] ».
6. M. A... soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en raison d’une accusation de violences faites sur sa concubine ayant entrainé une interruption totale de travailler de moins de huit jours et de menaces de mort proférées sur celle-ci et que cette mesure d’éloignement a fait obstacle à ce qu’il puisse se rendre physiquement à l’audience du tribunal judiciaire d’Orléans à laquelle il était convoqué initialement le 20 janvier 2023. Toutefois, il résulte des dispositions du code de procédure pénale, notamment des articles 390-1, 410 et 411, que l’exécution de décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français constituent une excuse valable de non‑comparution et que l’absence de l’intéressé ne fait pas obstacle à ce que sa défense puisse être valablement assurée par un avocat, que l’affaire soit ainsi jugée contradictoirement et que l’intéressé puisse éventuellement interjeter appel de la décision prise en cas de condamnation. Il ressort au demeurant du jugement de relaxe du 30 juin 2023, rendu à l’issue de l’audience qui s’est finalement tenue le même jour, que M. A... a comparu en personne devant le tribunal correctionnel. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de la présomption d’innocence garanti par les stipulations précitées de l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance du droit au procès équitable doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /(…) ». Aux termes du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».
8. M. A... soutient qu’il réside en France depuis 2019, qu’il y vit en concubinage depuis le mois d’août 2020 avec une compatriote, en situation régulière sur le territoire français, et que leur fille est née le 22 janvier 2022 en France. Toutefois, il ne justifie pas qu’il résiderait sur le territoire français depuis 2019, dès lors que les pièces versées au dossier qui le concernent personnellement, et non sa compagne, à l’exception de l’une d’entre elles, sont postérieures à 2021. En outre, la vie commune avec sa compagne est récente, n’étant justifiée qu’à partir du mois de mai 2021, soit quatorze mois avant l’arrêté litigieux, tandis que leur fille est née quelques mois seulement avant cet arrêté. Le requérant ne justifie pas davantage, par la seule production d’un courrier daté du 23 mars 2020 émanant de la société Urban Aménagement qui évoque sans autre précision sa participation à un chantier, d’une activité professionnelle stable et pérenne sur le territoire français. Alors même que son père et sa grand-mère sont décédés, il n’est pas dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d’origine, où il a vécu trente-quatre ans. Dans ces conditions, la préfète du Loiret n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A... qui ne justifie pas davantage, compte tenu de ce qui a été exposé, de l’attribution d’un titre de séjour de plein droit qui ferait obstacle à une mesure d’éloignement. Pour les mêmes motifs, et eu égard au jeune âge de son enfant à la date de l’arrêté litigieux, la préfète n’a pas méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
S’agissant de la décision relative au délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, pour les motifs exposés aux points 6 et 8, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 6, paragraphe 2, et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant doivent être écartés.
10. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ».
11. Si le requérant soutient la décision de départ volontaire de trente jours est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors qu’elle ne lui permettait pas d’assister à son procès, ce moyen doit être écarté pour les même motifs que ceux exposés au point 6.
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui précède que les moyens dirigés contre la décision d’éloignement n’étant pas fondés, l’illégalité de cette décision soulevée par voie d’exception à l’encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu’être écartée. En outre, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. M. A..., qui est de nationalité algérienne, allègue sans en justifier qu’il serait en situation d’insécurité en cas de retour dans son pays d’origine. Par ailleurs, l’arrêté litigieux mentionne que M. A... peut être reconduit d’office « dans son pays d’origine ou tout pays susceptible de l’accueillir légalement ». Par suite, en fixant le pays de destination de l’éloignement de l’intéressé, la préfète du Loiret n’a pas entaché sa décision d’une erreur de fait ni d’une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A....
14. Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d’Orléans a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d’une injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d’instance ne peuvent qu’être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. E... A... et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée à la préfète du Loiret.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme D..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente-assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
E. Marc
La présidente,
L. D...
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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