Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE02045
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-24VE02045 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL DIANE LEMOINE ET FLORENCE MONTEILLE LM AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A... C... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler l’arrêté du 6 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, et d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de réexaminer sa situation.
Par un jugement n° 2315803 du 3 juillet 2024, le tribunal administratif de Cergy- Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et des mémoires enregistrés respectivement les 23 juillet 2024, 8 octobre 2024 et 7 avril 2025, Mme C... épouse B..., représentée par Me Lemoine, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté du 6 novembre 2023 du préfet du Val-d’Oise ;
3°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de réexaminer sa situation aux fins de délivrance d’un titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’arrêté en litige méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, compte tenu de ses attaches en France, de sa formation et des diplômes obtenus, et de la circonstance qu’elle s’est mariée et est enceinte ;
- cet arrêté méconnaît l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du même code ;
- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- il méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’il maintient ses écritures de première instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Marc a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C..., ressortissante nigériane née en 2000, est entrée en France le 17 mai 2022 munie d’un visa de court séjour. Elle a sollicité son admission au séjour en qualité d’enfant étranger d’un ressortissant français, sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 6 novembre 2023, le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C... relève appel du jugement du 3 juillet 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l’arrêté litigieux :
2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 423-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « S'il est âgé de dix-huit à vingt et un ans, ou qu'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, ou qu'il est à la charge de ses parents, l'enfant étranger d'un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. (…) ». Aux termes de l’article L. 422-1 du même code : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant » d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) ». Aux termes de l’article L. 422-2 de ce code : « La carte de séjour prévue à l'article L. 422-1 est également délivrée lors de sa première admission au séjour, sans avoir à justifier de ses conditions d'existence et sans que soit exigée la condition prévue à l'article L. 412-1, à l'étranger ayant satisfait aux épreuves du concours d'entrée dans un établissement d'enseignement supérieur ayant signé une convention avec l'Etat. ». Enfin, aux termes de l’article L. 422-3 du même code : « Les établissements d'enseignement supérieur sont responsables du suivi sanitaire préventif des étudiants étrangers. Les conditions d'application de la présente section, en particulier en ce qui concerne les ressources exigées, les conditions d'inscription dans un établissement d'enseignement et celles dans lesquelles l'étranger entrant dans les prévisions de l'article L. 422-2 peut être dispensé de l'obligation prévue à l'article L. 412-1, sont précisées par décret en Conseil d'Etat ».
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C... est entrée sur le territoire français munie uniquement d’un visa de court séjour, ce qu’elle admet elle-même. Si elle soutient qu’elle remplissait les autres conditions prévues par l’article L. 423-12 précité du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour se voir délivrer un titre de séjour, cette circonstance est sans incidence au regard des dispositions mêmes dudit article, lequel impose la production d’un visa de long séjour. En outre, si elle fait valoir qu’elle pouvait bénéficier d’un titre de séjour portant la mention « étudiant », en vertu des dispositions précitées des articles L. 422-1 à L. 422-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, elle ne justifie pas, par les pièces versées au dossier, ni ne précise d’ailleurs dans ses écritures, qu’elle entrait dans les cas, prévus par ces dispositions, dans lesquels un titre de séjour portant la mention « étudiant » peut être délivré à un ressortissant étranger qui ne dispose pas d’un visa de long séjour. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ».
5. Mme C... soutient qu’elle a fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux de manière ancienne, stable et durable, dès lors qu’elle y a rejoint sa mère, de nationalité française, mariée avec un ressortissant français, dont elle avait été éloignée à la suite de la séparation de ses parents, pour avoir été confiée à la garde de son père, décédé au Nigéria le 12 août 2002 comme ses grands-parents. Elle fait valoir qu’elle ne dispose plus dans ce pays d’attache familiale et qu’elle s’est pleinement intégrée au sein de la cellule familiale créée par sa mère en France, composée de sa demi-sœur et de ses deux demi-frères, tous de nationalité française. Elle se prévaut, également, des liens amicaux noués en France et de son insertion sociale résultant de son acquisition de la langue française, de son inscription en septembre 2023 aux formations à distance de manager d’unité marchande et de Bachelor de commerce international et de son recrutement par la société Citizen, sous contrat à durée indéterminée à temps complet signé le 3 avril 2023, pour exercer l’emploi d’ambassadeur jour dans un hôtel, lequel a été néanmoins rompu par lettre du 15 novembre 2023, à défaut de possession d’un titre de séjour. Elle se prévaut, enfin, de ce qu’elle est titulaire d’un diplôme de manager d’espace commercial, délivré le 31 mars 2025. Cependant, en dépit des efforts d’intégration manifestes de l’intéressée et de la présence en France de sa cellule familiale proche, Mme C... n’est entrée en France qu’en mai 2022, soit un peu plus d’un an avant l’arrêté en litige, après avoir vécu jusqu’à l’âge de 22 ans au Nigéria, éloignée de cette cellule familiale. Si, enfin, elle justifie avoir épousé le 5 octobre 2024 un compatriote titulaire d’un titre de séjour en cours de validité et être enceinte, ces circonstances sont postérieures à l’arrêté litigieux, à la date duquel elle était célibataire et sans charge de famille. Par suite, Mme C... ne justifie pas, à la date de l’arrêté contesté, de ce qu’elle aurait fixé en France, de manière ancienne, stable et durable, le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Elle n’est dès lors pas fondée à soutenir que les décisions en litige auraient porté à son droit de mener une vie privée et familiale normale, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises, et ainsi, méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni qu’elles contreviendraient aux dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 ».
7. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, Mme C... ne saurait soutenir que sa situation caractérise des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels lui ouvrant droit au bénéfice d’une admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
8. En quatrième lieu, Mme C..., qui est majeure, ne saurait utilement soutenir que l’arrêté litigieux méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
9. En dernier lieu, les énonciations de la circulaire du ministre de l’intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d’examen des demandes d’admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui est dépourvue de caractère réglementaire, ne constituent pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme C... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d’une injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... C... épouse B... et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme D..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
E. Marc
La présidente,
L. D...
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A... C... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler l’arrêté du 6 novembre 2023 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, et d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de réexaminer sa situation.
Par un jugement n° 2315803 du 3 juillet 2024, le tribunal administratif de Cergy- Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et des mémoires enregistrés respectivement les 23 juillet 2024, 8 octobre 2024 et 7 avril 2025, Mme C... épouse B..., représentée par Me Lemoine, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté du 6 novembre 2023 du préfet du Val-d’Oise ;
3°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de réexaminer sa situation aux fins de délivrance d’un titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’arrêté en litige méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, compte tenu de ses attaches en France, de sa formation et des diplômes obtenus, et de la circonstance qu’elle s’est mariée et est enceinte ;
- cet arrêté méconnaît l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du même code ;
- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- il méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’il maintient ses écritures de première instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Marc a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C..., ressortissante nigériane née en 2000, est entrée en France le 17 mai 2022 munie d’un visa de court séjour. Elle a sollicité son admission au séjour en qualité d’enfant étranger d’un ressortissant français, sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 6 novembre 2023, le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C... relève appel du jugement du 3 juillet 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l’arrêté litigieux :
2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 423-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « S'il est âgé de dix-huit à vingt et un ans, ou qu'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, ou qu'il est à la charge de ses parents, l'enfant étranger d'un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. (…) ». Aux termes de l’article L. 422-1 du même code : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant » d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) ». Aux termes de l’article L. 422-2 de ce code : « La carte de séjour prévue à l'article L. 422-1 est également délivrée lors de sa première admission au séjour, sans avoir à justifier de ses conditions d'existence et sans que soit exigée la condition prévue à l'article L. 412-1, à l'étranger ayant satisfait aux épreuves du concours d'entrée dans un établissement d'enseignement supérieur ayant signé une convention avec l'Etat. ». Enfin, aux termes de l’article L. 422-3 du même code : « Les établissements d'enseignement supérieur sont responsables du suivi sanitaire préventif des étudiants étrangers. Les conditions d'application de la présente section, en particulier en ce qui concerne les ressources exigées, les conditions d'inscription dans un établissement d'enseignement et celles dans lesquelles l'étranger entrant dans les prévisions de l'article L. 422-2 peut être dispensé de l'obligation prévue à l'article L. 412-1, sont précisées par décret en Conseil d'Etat ».
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C... est entrée sur le territoire français munie uniquement d’un visa de court séjour, ce qu’elle admet elle-même. Si elle soutient qu’elle remplissait les autres conditions prévues par l’article L. 423-12 précité du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour se voir délivrer un titre de séjour, cette circonstance est sans incidence au regard des dispositions mêmes dudit article, lequel impose la production d’un visa de long séjour. En outre, si elle fait valoir qu’elle pouvait bénéficier d’un titre de séjour portant la mention « étudiant », en vertu des dispositions précitées des articles L. 422-1 à L. 422-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, elle ne justifie pas, par les pièces versées au dossier, ni ne précise d’ailleurs dans ses écritures, qu’elle entrait dans les cas, prévus par ces dispositions, dans lesquels un titre de séjour portant la mention « étudiant » peut être délivré à un ressortissant étranger qui ne dispose pas d’un visa de long séjour. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ».
5. Mme C... soutient qu’elle a fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux de manière ancienne, stable et durable, dès lors qu’elle y a rejoint sa mère, de nationalité française, mariée avec un ressortissant français, dont elle avait été éloignée à la suite de la séparation de ses parents, pour avoir été confiée à la garde de son père, décédé au Nigéria le 12 août 2002 comme ses grands-parents. Elle fait valoir qu’elle ne dispose plus dans ce pays d’attache familiale et qu’elle s’est pleinement intégrée au sein de la cellule familiale créée par sa mère en France, composée de sa demi-sœur et de ses deux demi-frères, tous de nationalité française. Elle se prévaut, également, des liens amicaux noués en France et de son insertion sociale résultant de son acquisition de la langue française, de son inscription en septembre 2023 aux formations à distance de manager d’unité marchande et de Bachelor de commerce international et de son recrutement par la société Citizen, sous contrat à durée indéterminée à temps complet signé le 3 avril 2023, pour exercer l’emploi d’ambassadeur jour dans un hôtel, lequel a été néanmoins rompu par lettre du 15 novembre 2023, à défaut de possession d’un titre de séjour. Elle se prévaut, enfin, de ce qu’elle est titulaire d’un diplôme de manager d’espace commercial, délivré le 31 mars 2025. Cependant, en dépit des efforts d’intégration manifestes de l’intéressée et de la présence en France de sa cellule familiale proche, Mme C... n’est entrée en France qu’en mai 2022, soit un peu plus d’un an avant l’arrêté en litige, après avoir vécu jusqu’à l’âge de 22 ans au Nigéria, éloignée de cette cellule familiale. Si, enfin, elle justifie avoir épousé le 5 octobre 2024 un compatriote titulaire d’un titre de séjour en cours de validité et être enceinte, ces circonstances sont postérieures à l’arrêté litigieux, à la date duquel elle était célibataire et sans charge de famille. Par suite, Mme C... ne justifie pas, à la date de l’arrêté contesté, de ce qu’elle aurait fixé en France, de manière ancienne, stable et durable, le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Elle n’est dès lors pas fondée à soutenir que les décisions en litige auraient porté à son droit de mener une vie privée et familiale normale, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises, et ainsi, méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni qu’elles contreviendraient aux dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 ».
7. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, Mme C... ne saurait soutenir que sa situation caractérise des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels lui ouvrant droit au bénéfice d’une admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
8. En quatrième lieu, Mme C..., qui est majeure, ne saurait utilement soutenir que l’arrêté litigieux méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
9. En dernier lieu, les énonciations de la circulaire du ministre de l’intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d’examen des demandes d’admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui est dépourvue de caractère réglementaire, ne constituent pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme C... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d’une injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... C... épouse B... et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme D..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
E. Marc
La présidente,
L. D...
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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