Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE02197

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE02197
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSANGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D... C... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler l’arrêté du 6 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d’Oise a prononcé son assignation à résidence dans le département du Val-d’Oise pendant une durée de 45 jours renouvelable deux fois, et lui a fait obligation de se présenter, les lundis et samedis entre 8 heures et 12 heures, y compris lorsque ces jours seront fériés ou chômés, au commissariat de Gonesse.

Par un jugement n° 2409794 du 15 juillet 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024, M. C..., représenté par Me Sangue, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler l’arrêté du 6 juillet 2024 du préfet du Val-d’Oise ;

3°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 1 500 euros hors taxes sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l’arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente dès lors, notamment, qu’il a été interpellé en dehors du département du Val-d’Oise ; le préfet n’a apporté aucun commencement de preuve permettant de démontrer que l’irrégularité du séjour avait été constatée dans son champ territorial de compétence ; il appartient donc au préfet de démontrer sa compétence afin de prendre une obligation de quitter le territoire français à son encontre ;
- il est entaché d’un défaut de motivation ;
- il n’a pas été précédé d’un examen sérieux de sa situation ;
- il n’a pas été informé des modalités d’introduction d’une demande de protection internationale, lors de sa retenue administrative, avant de faire l’objet d’une mesure d’éloignement, alors qu’il a fait part de ses craintes en cas de retour dans son pays d’origine ; il a donc été privé d’une garantie ;
- l’arrêté en litige méconnaît le droit d’être entendu, garanti par l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, alors qu’il avait des éléments pertinents à faire valoir avant l’édiction de l’arrêté litigieux ;
- il est entaché d’erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, d’erreur de droit, et méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Marc a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C..., ressortissant malien né en 1997, a fait l’objet d’une mesure d’éloignement prise par le préfet du Val-d’Oise le 13 mars 2023. Par un arrêté du 6 juillet 2024, ce même préfet l’a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. M. C... relève appel du jugement du 15 juillet 2024 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ce dernier arrêté.

Sur la légalité de l’arrêté litigieux :

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (…) ».

3. D’une part, l’arrêté en litige a été signé par M. A... B..., sous-préfet d’Argenteuil, qui disposait d’une délégation du préfet du département du Val-d’Oise à l’effet de le signer, en vertu d’un arrêté préfectoral du 20 septembre 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Val-d’Oise du même jour. D’autre part, il ressort des mentions du procès-verbal d’audition de l’intéressé établi le 6 juillet 2024, par les services de police, qu’il a été interpellé non dans un autre département que le Val-d’Oise, sans d’ailleurs préciser lequel, mais à son domicile, situé à Garges-lès-Gonesse, à l’adresse à laquelle il a lui-même, lors de cette audition, déclaré résider. Dès lors, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente, pris en ses deux branches, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de l’arrêté en litige que le préfet du Val-d’Oise, après avoir visé l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, a mentionné la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai dont M. C... a fait l’objet, et a indiqué que son éloignement demeurait une perspective raisonnable. Il a également indiqué que l’intéressé est démuni de document d’identité et de voyage en cours de validité et qu’il est nécessaire d’obtenir un laisser-passer consulaire. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée. En outre, les termes mêmes de la décision en litige établissent que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation de l’intéressé doit, en conséquence, être écarté.

5. En troisième lieu, la requête de M. C... ne tend qu’à l’annulation d’un arrêté portant assignation à résidence, de sorte qu’il ne peut utilement présenter des moyens contre la décision d’éloignement citée au point 1, dont il n’excipe pas de l’illégalité.

6. En quatrième lieu, aux termes de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l’Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (...) ». Si les dispositions de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l’objet d’une mesure d’éloignement telle qu’une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l’Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu’il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d’éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu’il lui revient, le cas échéant, d’établir devant la juridiction saisie.

7. M. C... soutient qu’il n’a pas été entendu préalablement à l’édiction de la décision attaquée, de sorte qu’il n’a pas été informé de l’éventualité de sa survenance et n’a pu bénéficier de l’assistance d’un avocat. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal établi le 6 juillet 2024 par les services de police, signé par M. C..., que l’intéressé a été interrogé par les services de police et que son accord a été recueilli sur la possibilité qu’il soit entendu sans être assisté de son conseil, lequel se trouvait dans l’impossibilité de se rendre dans les locaux où se déroulait l’audition. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C... disposait d’informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu’il aurait pu porter à la connaissance de l’administration avant que ne soit prise la mesure d’assignation à résidence litigieuse et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles de faire obstacle à l’édiction de cette décision. Par suite, M. C... n’est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaît son droit d’être entendu, principe général du droit de l’Union européenne garanti par l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

8. En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

9. M. C... se prévaut uniquement de ce qu’il dispose d’une adresse à Paris et qu’il ne saurait, dès lors, être assigné à résidence dans le département du Val-d’Oise. Toutefois, l’ensemble des pièces qu’il verse au dossier mentionnent une adresse à Garges-lès-Gonesse, dans ce département, à laquelle il a lui-même déclaré résider, ainsi qu’il a été dit. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit, par suite, être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l’erreur de droit et de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision en litige sur sa situation.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d’une injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.






D É C I D E :









Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. D... C... et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.

Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme E..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.

La rapporteure,




E. Marc
La présidente,




L. E...

La greffière,




T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.