Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-25VE00552
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-25VE00552 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BOULA |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... D... a demandé au tribunal administratif de Cergy- Pontoise d’annuler l’arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Par un jugement n° 2407374 du 6 décembre 2024, le tribunal administratif de Cergy- Pontoise a annulé cet arrêté, a enjoint au préfet du Val-d’Oise de délivrer un titre de séjour à M. D... dans un délai de deux mois, de le munir d’une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours et a mis à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais d’instance.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 21 février 2025, le préfet du Val-d’Oise demande à la cour d’annuler ce jugement.
Il soutient que l’appréciation de la menace à l’ordre public opérée par le tribunal administratif est erronée, dès lors que les faits ne sont pas anciens et que la lutte contre les violences conjugales est une priorité nationale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Marc a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D..., ressortissant de la République Démocratique du Congo né en 1967, a fait l’objet d’un arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Le préfet du Val-d’Oise relève appel du jugement du 6 décembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cet arrêté, a enjoint au préfet du Val-d’Oise de délivrer un titre de séjour à M. D... dans un délai de deux mois et de le munir d’une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours.
Sur le moyen d’annulation retenu par le tribunal administratif :
2. Aux termes de l’article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte ». Aux termes de l’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ». Et, aux termes de l’article L. 412-5 de ce code : « La circonstance que la présence d’un étranger en France constitue une menace pour l’ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire (…) ».
3. Il ressort des termes de l’arrêté litigieux que le préfet du Val-d’Oise a refusé de faire droit à la demande de renouvellement du titre de séjour présentée par M. D... au motif que son comportement constitue une menace à l’ordre public dès lors qu’il a été condamné le 10 mars 2021 par le tribunal correctionnel de Pontoise à six mois d’emprisonnement avec sursis pour violence suivie d’une incapacité n’excédant pas huit jours, en présence d’un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Eu égard à la gravité même de ces seuls faits, commis le 14 août 2020, à raison desquels M. D... a été condamné, et à leur caractère assez récent à la date de l’arrêté litigieux, le préfet du Val-d’Oise n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l’article L. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en estimant que la présence en France de l’intéressé constituait une menace pour l’ordre public et en refusant, pour ce motif, de renouveler son titre de séjour. Dès lors, le préfet du Val-d’Oise est fondé à soutenir que c’est à tort que les premiers juges ont annulé son arrêté au motif qu’il était entaché d’une erreur d’appréciation de la menace que le comportement de l’intéressé représentait pour l’ordre public.
4. Il y a lieu pour la cour, saisie de l’ensemble du litige par l’effet dévolutif de l’appel, d’examiner les autres moyens soulevés par M. D... devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Sur les autres moyens invoqués par M. D... devant le tribunal :
5. En premier lieu, si le requérant soutient que l’arrêté en litige, en tant qu’il lui refuse un délai de départ volontaire, n’a pas été notifié par voie administrative, les conditions de notification d’une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Ce moyen doit donc être écarté.
6. En deuxième lieu, l’arrêté attaqué a été signé par Mme C..., adjointe au directeur des migrations et de l’intégration de la préfecture du Val-d’Oise, qui disposait d’une délégation de signature à cette fin, consentie par un arrêté n° 24-054 du 12 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d’Oise le même jour. Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué est entaché d’un vice d’incompétence doit être écarté comme manquant en fait.
7. En troisième lieu, si M. D... soutient que l’arrêté litigieux, en particulier la décision portant refus de délai de départ volontaire, est entaché d’une erreur d’appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l’ordre public, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3.
8. En quatrième lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : (…) 5° Lorsqu'elle envisage de refuser le renouvellement ou de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l’article L. 412-10 ». Il résulte du 5° de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que l’autorité administrative n’est tenue de saisir pour avis la commission du titre de séjour, lorsqu’elle envisage de refuser de renouveler une carte de séjour pluriannuelle, que dans le cas où l’étranger ne respecte pas son contrat d'engagement au respect des principes de la République.
9. D’une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas des termes de l’arrêté en litige, que le préfet se serait fondé sur les dispositions de l’article L. 412-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour refuser à M. D... le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle. D’autre part, le requérant, qui n’a pas demandé à bénéficier d’un titre sur le fondement de l’article L. 435-1 du même code, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de cet article prévoyant la consultation de la commission lorsque l’administration envisage de refuser une demande d’admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté en ses deux branches.
10. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
11. S’il ressort des mentions de l’arrêté en litige que M. D... réside sur le territoire français depuis 2012, et qu’il a bénéficié de plusieurs titres de séjour, dont le dernier expirait le 9 février 2023, il ne justifie cependant pas de liens qu’il aurait tissés sur le territoire en se bornant à verser au dossier deux attestations émanant de ses connaissances, peu circonstanciées et postérieures à l’arrêté contesté, ni davantage contribuer à l’entretien et l’éducation de son fils, de nationalité française, né en 2016, en se bornant à produire des extraits de relevés de compte mentionnant cinq virements bancaires effectués au bénéfice de la mère de cet enfant, entre les seuls mois de janvier et mai 2024. Il ne justifie pas, non plus, d’une insertion sociale d’une particulière intensité, en se bornant à produire un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel, conclu le 18 octobre 2021, soit deux ans et demi avant l’arrêté litigieux. Enfin, ainsi qu’il a été dit, il a été condamné le 10 mars 2021 par le tribunal correctionnel de Pontoise à six mois d’emprisonnement avec sursis pour violence suivie d’une incapacité n’excédant pas huit jours, en présence d’un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Par suite, le préfet n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par les décisions en litige et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En sixième lieu, l’autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d’éloignement à l’encontre d’un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l’entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l’intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu’il puisse légalement faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire.
13. Pour les mêmes motifs qu’indiqués au point 11, M. D... ne remplissait pas les conditions d’octroi d’un titre de séjour de plein droit. Le moyen tiré de ce qu’il ne pouvait légalement faire l’objet d’une mesure d’éloignement au motif qu’il remplirait les conditions de délivrance d’un titre de séjour de plein droit doit, dès lors, être écarté.
14. En dernier lieu, M. D..., majeur, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui dispose, dans sa version en vigueur à la date de l’arrêté contesté, que : « L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ».
15. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Val-d’Oise est fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté du 14 mai 2024, lui a enjoint de délivrer un titre de séjour à M. D... dans un délai de deux mois, de le munir d’une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours et a mis à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 2407374 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 6 décembre 2024 est annulé.
Article 2 : La demande présentée par M. D... devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise est rejetée.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l’intérieur et à M. A... D.... Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme B..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente-assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
E. Marc
La présidente,
L. B...
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... D... a demandé au tribunal administratif de Cergy- Pontoise d’annuler l’arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Par un jugement n° 2407374 du 6 décembre 2024, le tribunal administratif de Cergy- Pontoise a annulé cet arrêté, a enjoint au préfet du Val-d’Oise de délivrer un titre de séjour à M. D... dans un délai de deux mois, de le munir d’une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours et a mis à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais d’instance.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 21 février 2025, le préfet du Val-d’Oise demande à la cour d’annuler ce jugement.
Il soutient que l’appréciation de la menace à l’ordre public opérée par le tribunal administratif est erronée, dès lors que les faits ne sont pas anciens et que la lutte contre les violences conjugales est une priorité nationale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Marc a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D..., ressortissant de la République Démocratique du Congo né en 1967, a fait l’objet d’un arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Le préfet du Val-d’Oise relève appel du jugement du 6 décembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cet arrêté, a enjoint au préfet du Val-d’Oise de délivrer un titre de séjour à M. D... dans un délai de deux mois et de le munir d’une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours.
Sur le moyen d’annulation retenu par le tribunal administratif :
2. Aux termes de l’article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte ». Aux termes de l’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ». Et, aux termes de l’article L. 412-5 de ce code : « La circonstance que la présence d’un étranger en France constitue une menace pour l’ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire (…) ».
3. Il ressort des termes de l’arrêté litigieux que le préfet du Val-d’Oise a refusé de faire droit à la demande de renouvellement du titre de séjour présentée par M. D... au motif que son comportement constitue une menace à l’ordre public dès lors qu’il a été condamné le 10 mars 2021 par le tribunal correctionnel de Pontoise à six mois d’emprisonnement avec sursis pour violence suivie d’une incapacité n’excédant pas huit jours, en présence d’un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Eu égard à la gravité même de ces seuls faits, commis le 14 août 2020, à raison desquels M. D... a été condamné, et à leur caractère assez récent à la date de l’arrêté litigieux, le préfet du Val-d’Oise n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l’article L. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en estimant que la présence en France de l’intéressé constituait une menace pour l’ordre public et en refusant, pour ce motif, de renouveler son titre de séjour. Dès lors, le préfet du Val-d’Oise est fondé à soutenir que c’est à tort que les premiers juges ont annulé son arrêté au motif qu’il était entaché d’une erreur d’appréciation de la menace que le comportement de l’intéressé représentait pour l’ordre public.
4. Il y a lieu pour la cour, saisie de l’ensemble du litige par l’effet dévolutif de l’appel, d’examiner les autres moyens soulevés par M. D... devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Sur les autres moyens invoqués par M. D... devant le tribunal :
5. En premier lieu, si le requérant soutient que l’arrêté en litige, en tant qu’il lui refuse un délai de départ volontaire, n’a pas été notifié par voie administrative, les conditions de notification d’une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Ce moyen doit donc être écarté.
6. En deuxième lieu, l’arrêté attaqué a été signé par Mme C..., adjointe au directeur des migrations et de l’intégration de la préfecture du Val-d’Oise, qui disposait d’une délégation de signature à cette fin, consentie par un arrêté n° 24-054 du 12 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d’Oise le même jour. Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué est entaché d’un vice d’incompétence doit être écarté comme manquant en fait.
7. En troisième lieu, si M. D... soutient que l’arrêté litigieux, en particulier la décision portant refus de délai de départ volontaire, est entaché d’une erreur d’appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l’ordre public, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3.
8. En quatrième lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : (…) 5° Lorsqu'elle envisage de refuser le renouvellement ou de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l’article L. 412-10 ». Il résulte du 5° de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que l’autorité administrative n’est tenue de saisir pour avis la commission du titre de séjour, lorsqu’elle envisage de refuser de renouveler une carte de séjour pluriannuelle, que dans le cas où l’étranger ne respecte pas son contrat d'engagement au respect des principes de la République.
9. D’une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas des termes de l’arrêté en litige, que le préfet se serait fondé sur les dispositions de l’article L. 412-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour refuser à M. D... le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle. D’autre part, le requérant, qui n’a pas demandé à bénéficier d’un titre sur le fondement de l’article L. 435-1 du même code, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de cet article prévoyant la consultation de la commission lorsque l’administration envisage de refuser une demande d’admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté en ses deux branches.
10. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
11. S’il ressort des mentions de l’arrêté en litige que M. D... réside sur le territoire français depuis 2012, et qu’il a bénéficié de plusieurs titres de séjour, dont le dernier expirait le 9 février 2023, il ne justifie cependant pas de liens qu’il aurait tissés sur le territoire en se bornant à verser au dossier deux attestations émanant de ses connaissances, peu circonstanciées et postérieures à l’arrêté contesté, ni davantage contribuer à l’entretien et l’éducation de son fils, de nationalité française, né en 2016, en se bornant à produire des extraits de relevés de compte mentionnant cinq virements bancaires effectués au bénéfice de la mère de cet enfant, entre les seuls mois de janvier et mai 2024. Il ne justifie pas, non plus, d’une insertion sociale d’une particulière intensité, en se bornant à produire un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel, conclu le 18 octobre 2021, soit deux ans et demi avant l’arrêté litigieux. Enfin, ainsi qu’il a été dit, il a été condamné le 10 mars 2021 par le tribunal correctionnel de Pontoise à six mois d’emprisonnement avec sursis pour violence suivie d’une incapacité n’excédant pas huit jours, en présence d’un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Par suite, le préfet n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par les décisions en litige et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En sixième lieu, l’autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d’éloignement à l’encontre d’un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l’entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l’intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu’il puisse légalement faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire.
13. Pour les mêmes motifs qu’indiqués au point 11, M. D... ne remplissait pas les conditions d’octroi d’un titre de séjour de plein droit. Le moyen tiré de ce qu’il ne pouvait légalement faire l’objet d’une mesure d’éloignement au motif qu’il remplirait les conditions de délivrance d’un titre de séjour de plein droit doit, dès lors, être écarté.
14. En dernier lieu, M. D..., majeur, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui dispose, dans sa version en vigueur à la date de l’arrêté contesté, que : « L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ».
15. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Val-d’Oise est fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté du 14 mai 2024, lui a enjoint de délivrer un titre de séjour à M. D... dans un délai de deux mois, de le munir d’une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours et a mis à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 2407374 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 6 décembre 2024 est annulé.
Article 2 : La demande présentée par M. D... devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise est rejetée.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l’intérieur et à M. A... D.... Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme B..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente-assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
E. Marc
La présidente,
L. B...
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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