Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-26VE01623

mardi 1 septembre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-26VE01623
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantTRUGNAN BATTIKH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler l’arrêté du 5 mai 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Par un jugement n° 2508644 du 6 mai 2026, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

I. Par une requête enregistrée le 28 mai 2026 sous le n° 26VE01623, M. A..., représenté par Me Trugnan Battikh, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler cet arrêté ;

3°) d’enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « étudiant » ou, de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le préfet a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d’illégalité du refus de séjour ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par exception d’illégalité du refus de séjour.

La demande d’aide juridictionnelle de M. A... a été rejetée par une décision du 28 juillet 2026.

II. Par une requête enregistrée le 28 mai 2026 sous le n°26VE01634, M. A..., représenté par Me Trugnan Battikh, demande à la cour :

1°) de prononcer le sursis à exécution du jugement attaqué ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val d’Oise de lui délivrer, dans l’attente d’une décision au fond, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés à l’appui de sa requête n° 26VE01623 sont sérieux, et que l’exécution du jugement a des répercussions sur sa situation personnelle et familiale.

La demande d’aide juridictionnelle de M. A... a été rejetée par une décision du 28 juillet 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 1er septembre 2026, la présidente de la cour administrative d’appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les (…) magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (…) par ordonnance, rejeter les conclusions à fin de sursis à exécution d’une décision juridictionnelle frappée d’appel, (…) ainsi que, après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement. (…) ».

M. A..., ressortissant camerounais né le 28 janvier 2006, qui déclare être entré en France le 1er juin 2022, a présenté le 20 mars 2025 une demande de titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « étudiant ». Par l’arrêté contesté du 5 mai 2025, le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par deux requêtes, qu’il y a lieu de joindre pour statuer par une même décision, M. A... relève appel du jugement du 6 mai 2026 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d’annulation de cet arrêté et de surseoir à l’exécution de ce jugement.

Sur la requête n°26VE01623 :

En premier lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration, les mesures de police doivent être motivées et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

L’arrêté contesté vise le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, précise, outre les dates de naissance et d’entrée en France de M. A..., sa nationalité et sa situation familiale, et mentionne les considérations de fait pour lesquelles le préfet a estimé que l’intéressé ne peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ni ne peut prétendre à la délivrance d’un titre de séjour temporaire en qualité d’étudiant, en application de l’article 7 de la convention franco-camerounaise, faute de visa de long séjour. La décision portant refus de séjour est, ainsi, suffisamment motivée, alors même qu’elle ne mentionne pas la présence en France de la sœur du requérant et de ses neveu et nièces. Il ressort de ces motifs que le préfet du Val-d’Oise a procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. A....

En deuxième lieu, M. A... se prévaut de l’ancienneté de sa présence en France, de sa situation familiale et de son insertion professionnelle et sociale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant est irrégulièrement entré sur le territoire français alors qu’il était mineur. Célibataire, sans charge de famille, il n’est pas dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où résident ses parents et où il a lui-même vécu jusqu’à l’âge de seize ans. Dans ces circonstances, alors même que sa sœur, qui l’héberge, réside régulièrement en France, qu’il a obtenu son baccalauréat professionnel avec la mention « très bien » et qu’il poursuit ses études en vue d’obtenir un brevet de technicien supérieur, en alternance, le préfet du Val d’Oise n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent être écartés.

En troisième lieu, dans les circonstances de faits rappelées au point précédent, eu égard notamment au caractère récent de sa présence en France, en dépit de ses bons résultats scolaires, en refusant d’admettre au séjour M. A... à titre exceptionnel, en application des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou en vertu de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet du Val d’Oise n’a pas entaché sa décision de refus de séjour d’une erreur manifeste d’appréciation.

En dernier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour étant écartés, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi seraient illégales par exception d’illégalité du refus de séjour ne peuvent qu’être écartés.

Il résulte de ce qui précède que la requête d’appel de M. A... est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles tendant à ce qu’il soit fait application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur la requête n°26VE01634 :

Aux termes de l’article R. 811-17 du code de justice administrative : « Dans les autres cas, le sursis peut être ordonné à la demande du requérant si l’exécution de la décision de première instance attaquée risque d’entraîner des conséquences difficilement réparables et si les moyens énoncés dans la requête paraissent sérieux en l’état de l’instruction. »

La présente ordonnance statue au fond sur les conclusions de la requête n° 26VE01623 tendant à l’annulation du jugement attaqué et de l’arrêté contesté. Par suite, les conclusions de la requête n° 26VE01634 tendant au sursis à exécution de ce jugement sont devenues sans objet. Il n’y a plus lieu d’y statuer.

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros que M. A... demande au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de sursis à exécution présentées par M. A... dans sa requête n° 26VE01634.

Article 2 : La requête n° 26VE01623 et le surplus des conclusions de la requête n° 26VE01634 de M. A... sont rejetés.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....

Fait à Versailles, le 1er septembre 2026.

La magistrate désignée,

O. Dorion


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.