Le Tribunal administratif de Nice, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante indienne, qui demandait principalement la délivrance d’un titre de séjour et subsidiairement d’un récépissé. Le juge a estimé que la demande principale excédait les pouvoirs du juge des référés, qui ne peut ordonner que des mesures provisoires. Il a également jugé que la condition d’urgence particulière n’était pas remplie, le risque de licenciement invoqué étant insuffisant pour justifier une intervention dans le délai de quarante-huit heures prévu par cet article. La requête a donc été rejetée comme manifestement mal fondée en application de l’article L. 522-3 du même code.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 février 2026, Mme B... A..., représentée par Me Kola, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, principalement d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour, sans délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans les mêmes conditions, et de mettre la somme de 1 800 euros à la charge de l’Etat au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition relative à l’urgence est satisfaite, compte tenu des conséquences de la carence de l’administration sur sa situation personnelle (possible licenciement par son employeur) ;
- la carence de l’administration porte une atteinte grave et manifestement illégale à ses droits fondamentaux.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». Eu égard à son office, qui consiste à assurer la sauvegarde des libertés fondamentales, il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de ces dispositions, de prendre, en cas d’urgence, toutes les mesures qui sont de nature à remédier aux effets résultant d’une atteinte grave et manifestement illégale portée, par une autorité administrative, à une liberté fondamentale. Toutefois, le requérant qui saisit le juge des référés sur ce fondement doit toujours justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. En vertu de l’article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
2. Mme B... A..., ressortissante indienne née le 20 novembre 1973, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, principalement d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour, et subsidiairement d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour.
3. En premier lieu, la délivrance d’un titre de séjour, en ayant le même effet que celles pouvant être enjointes à la suite d’un recours au fond, excèderait les mesures provisoires que le juge des référés peut ordonner sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Les conclusions formées en ce sens par la requérante ne peuvent donc qu’être rejetées.
4. En second lieu, en distinguant deux procédures prévues respectivement par les articles L. 521-2 et L. 521-3 du code de justice administrative, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, l’usage par le juge des référés des pouvoirs qu’il tient des dispositions précitées de l’article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonné à la condition qu’une urgence particulière rende nécessaire l’intervention, dans le délai très bref de quarante-huit heures, d’une mesure destinée à la sauvegarde d’une liberté fondamentale. Or, en l’espèce, la requérante fait valoir la précarité de sa situation au regard d’un risque allégué de licenciement par son employeur, circonstance qui est évidemment regrettable mais néanmoins insuffisante pour justifier de l’urgence dans le cadre des dispositions précitées de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. Il appartient dès lors à la requérante, si elle s’y croit fondée, de mieux se pourvoir.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A....
Fait à Nice, le 26 février 2026.
Le juge des référés
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière