Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2605952

mardi 1 septembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2605952
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Texte intégral

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 et 27 août 2026, M. B... A... et Mme C... A... doivent être regardés comme demandant au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) à titre principal :
* d’enjoindre au directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) de rétablir sans délai et sous astreinte journalière les conditions matérielles d’accueil, en particulier le versement de l’allocation pour demandeur d’asile (ADA) qui leur est due au 5 septembre 2026 pour un montant global de 5 594,80 euros, jusqu’au rétablissement effectif des versements, et sous réserve de l’actualisation du montant de cette allocation ;

* d’ordonner à l’OFII de produire les décisions, calculs et éléments administratifs ayant fondé les interruptions, sous-paiements et cessation des versements ;



2°) à titre subsidiaire, d’accorder une provision de 8 000 euros, ou toute somme que le juge estimera appropriée, dans la mesure où l’obligation de l’OFII ne serait pas sérieusement contestable et de prendre toute mesure nécessaire à la sauvegarde effective des conditions matérielles d’accueil de la famille ;



3°) de mettre à la charge de l’OFII toute somme que le tribunal estimera justifiée au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.


4°) de procéder à la désignation d’un interprète.

Les requérants doivent être regardés comme soutenant que :

- la condition d’urgence est remplie en raison de la privation totale et actuelle de l’allocation pour demandeur d’asile (ADA). Cette situation prive trois membres d’une même famille des ressources nécessaires à leurs conditions matérielles d’existence et se poursuit jusqu’à ce jour malgré les démarches effectuées auprès de l’OFII et la transmission des documents demandés ;

- il est porté une atteinte manifestement grave et manifestement illégale au droit constitutionnel d’asile dès lors qu’ils n’ont commis aucune fraude dans leur déclaration de revenus dont l’appréciation par l’OFII n’est pas conforme aux dispositions des articles D 553-3 et D. 553-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, alors qu’il dispose en vertu de l’article L.553-3 du même code de la possibilité de récupérer un indu sans avoir à suspendre le versement de l’ADA.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 28 août 2026, l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l’urgence n’est pas établie dès lors que les intéressés ont perçu l’ADA de 2022 à 2024, qu’ils sont redevables d’un indu pour avoir omis de déclarer 3 921,88 euros au titre de la période d’octobre 2025 à janvier 2026 et que le montant des sommes réclamées n’est pas justifié ;
- il n’est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dès lors que ces omissions déclaratives leur ont permis de percevoir l’ADA à taux plein, ce qui est constitutif d’une fraude alors que l’allocation en litige sera rétablie sans effet rétroactif au 1er septembre 2026, avec application d’une retenue de 30 %.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 28 août 2026 à 11 heures, en présence de Mme Kubarynka, greffière d’audience :

- le rapport de M. Myara,
- et les observations de M. et Mme A... qui reprennent leurs moyens et conclusions.



L’OFII n’était ni présent ni représenté.



La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Deux notes en délibéré et des pièces complémentaires produites par les requérants, enregistrées le 29 août 2026 postérieurement à la clôture de l’instruction, n’ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :


1. M. A... né le 14 avril 1968 et Mme A... née le 12 août 1971, tous deux de nationalité ukrainienne et bénéficiaires de la protection subsidiaire, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre à l’OFII de rétablir sans délai et sous astreinte journalière les conditions matérielles d’accueil et le versement de l’ADA pour un montant global de 5 594,80 euros.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L.521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ».

3. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 553-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 551-9 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. Le versement de cette allocation est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ». Aux termes de l’article L 553-3 du même code : « L'allocation pour demandeur d'asile est incessible et insaisissable. Pour son remboursement, en cas de versement indu, l'Office français de l'immigration et de l'intégration peut procéder à des retenues sur les échéances à venir dues à quelque titre que ce soit. Le montant des retenues ne peut dépasser un plafond, déterminé selon des modalités prévues par voie réglementaire, sauf en cas de remboursement intégral de la dette en un seul versement si le bénéficiaire opte pour cette solution. ». Aux termes de l’article D. 553-26 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le demandeur d'asile fait connaître à l'Office français de l'immigration et de l'intégration toutes informations relatives à son domicile, ses modalités d'hébergement, sa situation de famille, ses activités professionnelles, ses ressources et ses biens ainsi qu'à ceux des membres de son foyer. Il fait connaître à l'office tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments, le cas échéant sous couvert de l'opérateur d'hébergement ou de la structure chargée de son accompagnement. »

4. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d’asile des conditions matérielles d’accueil décentes, jusqu’à ce qu’il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d’asile, le caractère grave et manifestement illégal d’une telle atteinte s’apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l’autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés, qui apprécie si les conditions prévues par l’article L. 521-2 du code de justice administrative sont remplies à la date à laquelle il se prononce, ne peut faire usage des pouvoirs qu’il tient de cet article en adressant une injonction à l’administration que dans le cas où, d’une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d’asile et où, d’autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d’asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation de famille. Il incombe au juge des référés d’apprécier, dans chaque situation, les diligences accomplies par l’administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l’âge, de l’état de santé et de la situation familiale de la personne intéressée.


5. En premier lieu, il résulte de l’instruction que l’OFII a décidé le 14 août 2026, de rétablir le versement de l’allocation de demandeur d’asile au profit des requérants à compter du 1er septembre 2026. Ainsi, les conclusions de leur requête tendant au rétablissement sans délai et sous astreinte du versement de l’allocation de demandeur d’asile pour un montant global de 5 594,80 euros ont à la date de la présente ordonnance perdu leur objet et l’absence de rétroactivité de ces nouveaux versements et l’application d’une retenue de 30 % qui est au nombre des mesures prévues par les dispositions précitées de l’article L. 553-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ne peuvent en l’espèce, caractériser une atteinte manifestement illégale au droit d’asile.


6. En deuxième lieu, l’OFII a versé à l’instance l’entier dossier demandé par les requérants, de sorte que les conclusions tendant à la communication des calculs et éléments administratifs ayant fondé les mesures contestées ont également perdu leur objet.


7. En troisième et dernier lieu, il n’appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de connaître des conclusions tendant au versement d’une provision.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme A... sur le fondement de ces dispositions ne peuvent qu’être rejetées, ainsi, en tout état de cause, que celles présentées au titre des frais liés au litige et celles tendant à la désignation d’un interprète qui n’est prévue par aucune disposition législative ou réglementaire et n’avait pas d’utilité dans la présente instance.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. et Mme A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et Mme C... A... et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Fait à Nice, le 1er septembre 2026.

Le juge des référés

signé
Myara

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière.