Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés les 25 septembre 2023, 9 octobre 2023 et 5 janvier 2026, M. B... D..., représenté par Me Doulouma, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d’annuler l’arrêté du 17 mai 2021 par lequel le maire de la commune de L’Etang-Salé a délivré à Mme C... A... un permis de construire en vue de la réalisation d’une maison individuelle sur la parcelle AL 1660, située 8 sentier des Bambous, et de mettre à la charge de la commune de L’Etang-Salé la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête n’est pas tardive et il dispose d’un intérêt à agir ;
- le dossier de demande de permis était incomplet dès lors que la notice descriptive était incomplète et que le plan de masse était insuffisamment détaillé ;
- le permis a été pris en méconnaissance des dispositions de l’article UC 2.6.2 du plan local d’urbanisme (PLU) de la commune dès lors que le chauffe-eau solaire ne fait l’objet d’aucune intégration particulière ;
- il méconnaît les dispositions de l’article UC 2.6.7 du PLU dès lors qu’il ne comprend pas un nombre suffisant d’arbres de haute-tige.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 novembre 2025, la commune de L’Etang-Salé, représentée par Me Dubois, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. D... le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- M. D... ne démontre pas être propriétaire de la parcelle qu’il déclare occuper ;
- il ne démontre pas davantage être voisin immédiat du projet en litige ;
- il ne lui a pas notifié le recours contentieux ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par M. D... ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2025, Mme C... A..., représentée par Me Le Gargasson, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête de M. D... ;
2°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer dans l’attente de la régularisation du permis ;
3°) et en tout état de cause, de mettre à la charge de M. D... le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de M. D... les entiers dépens et frais, en ce compris le coût du procès-verbal de constat du 5 juillet 2024.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que M. D... s’est précédemment désisté d’un recours contentieux dirigé contre la même décision ;
- la requête est tardive ;
- M. D... ne démontre pas être propriétaire de la parcelle qu’il déclare occuper ;
- il ne justifie d’aucun intérêt à agir ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par M. D... ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté pour M. D... a été enregistré le 26 janvier 2026 et n’a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Duvanel, premier conseiller,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- et les observations de Me Doulouma pour M. D....
Considérant ce qui suit :
Le 23 février 2021, Mme A... a déposé en mairie de L’Etang-Salé une demande de permis en vue de la construction d’une villa de type 4, sur la parcelle AL 1660, située 8 sentier des Bambous, au lieu-dit Lambert. Par un arrêté du 17 mai 2021, le maire de L’Etang-Salé lui a accordé le permis demandé. Par sa requête, M. D... demande au tribunal d’annuler cette décision.
Sur l’exception relative à l’autorité de chose jugée :
En principe, un désistement a le caractère d’un désistement d’instance. Il n’en va autrement que si le caractère de désistement d’action résulte sans aucune ambiguïté des écritures du requérant. Par voie de conséquence, lorsque le dispositif d’une décision de justice qui donne acte d’un désistement ne comporte aucune précision sur la nature du désistement dont il est donné acte, ce désistement doit être regardé comme un désistement d’instance. Il ne fait, dès lors, pas obstacle à ce que la même partie réitère, si elle s’y estime recevable et fondée, une demande tendant aux mêmes fins ou intervienne au soutien de conclusions présentées par une tierce personne aux mêmes fins.
En l’espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de l’ordonnance n° 231066 du 26 septembre 2023 du magistrat désigné par le président du tribunal, que M. D... s’est désisté, par un mémoire du 21 septembre 2023, dans l’instance qu’il avait introduite le 18 août 2023. Ainsi, le requérant ne peut être regardé comme ayant renoncé à toute action. Par suite, l’exception relative à l’autorité de chose jugée opposée par Mme A... à raison de l’ordonnance du 26 septembre 2023 doit être écartée.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
Aux termes de l’article R. 600-4 code de l’urbanisme : « Les requêtes dirigées contre une décision relative à l’occupation ou l’utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d’irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l’article L. 261-15 du code de la construction et de l’habitation, du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l’occupation ou de la détention de son bien par le requérant / Lorsqu’elles sont introduites par une association, ces mêmes requêtes doivent, à peine d’irrecevabilité, être accompagnées des statuts de celle-ci, ainsi que du récépissé attestant de sa déclaration en préfecture. / (…) ».
Il appartient à l’auteur d’un recours contre une décision relative à l’occupation ou l’utilisation du sol, autre que le pétitionnaire, de produire la ou les pièces requises par l’article R. 600-4 du code de l’urbanisme, notamment, s’agissant d’un requérant autre que l’Etat, une collectivité territoriale, un groupement de collectivités territoriales ou une association, le titre ou l’acte correspondant au bien dont les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance seraient selon lui directement affectées par le projet litigieux. Dans le cas où, à la suite d’une fin de non-recevoir opposée sur ce point par le défendeur ou, à défaut, d’une invitation à régulariser qu’il appartient alors au tribunal administratif de lui adresser, la ou les pièces requises par ces dispositions n’ont pas été produites, la requête doit être rejetée comme irrecevable.
Pour établir le caractère régulier de l’occupation de la parcelle AL 1618, qui jouxte le terrain d’assiette du projet litigieux, M. D... produit une facture d’eau correspondant à un compteur situé « Sentier des Bambous », pour une consommation d’avril 2022 à mai 2023, soit postérieurement à la date de l’arrêté qu’il conteste. Par ailleurs, il est constant que la parcelle AL 1618 est issue de la division de l’ancienne parcelle AL 193 qui, selon un relevé de propriété non daté, appartenait à M. E... A.... Pour justifier de sa qualité à occuper régulièrement la parcelle AL 1618, M. D... se prévaut de sa qualité de petit-fils de ce dernier. Cependant, en se bornant à produire un extrait de livret de famille qui, au demeurant, ne mentionne pas les noms de ses propres parents, le requérant n’établit pas, par des pièces suffisantes, le caractère régulier de l’occupation ou de la détention de cette parcelle au sens de l’article R. 600-4 du code de l’urbanisme. Il s’ensuit que la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être accueillie et que les conclusions à fin d’annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les dépens :
La présente instance n’ayant engendré aucun dépens au sens des dispositions de l’article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par Mme C... A... tendant à leur remboursement ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais liés à l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. D... au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de L’Etang-Salé, qui n’a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. D... une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés tant par la commune de L’Etang-Salé que par Mme A..., et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.
Article 2 : M. D... versera à la commune de L’Etang-Salé une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : M. D... versera à Mme A... une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D..., à la commune de L’Etang-Salé et à Mme C... A....
Délibéré après l’audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Laso, président,
- M. Sauvageot, premier conseiller,
- M. Duvanel, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
Le rapporteur,
F. DUVANEL
Le président,
J.-M. LASO
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.