Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 novembre 2023, M. B... D... et Mme E... A..., agissant tant en leur nom personnel qu’en leur qualité de représentants légaux de leur fils C... D..., représentés par Me Ramsany, demandent au tribunal :
1°) d’annuler la décision par laquelle la région Réunion a implicitement rejeté leur demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner la région Réunion à leur payer la somme totale de 12 788 euros au titre des préjudices subis par leur fils, outre la somme de 2 000 euros à payer à chacun d’eux au titre de leur préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge de la région Réunion la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de la région Réunion est engagée en raison du défaut d’entretien normal de la grille de ventilation ;
- les préjudices de C... D... sont constituées à hauteur de 788 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, à hauteur de 3 000 euros pour les souffrances endurées, à hauteur de 1 000 euros pour le préjudice esthétique, à hauteur de 4 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, à hauteur de 2 000 euros au titre du préjudice moral et à hauteur de 2 000 euros pour les troubles dans les conditions d’existence ;
- leurs préjudices personnels sont constituées à hauteur de 2 000 euros chacun au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d’existence.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 novembre 2024, la région Réunion, représentée par Me Lafay, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants le versement de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- aucun défaut d’entretien ne saurait lui être reproché et, en tout état de cause, la faute de la victime est de nature à l’exonérer de toute responsabilité ;
- les préjudices dont l’indemnisation est réclamée ne sont pas démontrés.
Par un mémoire enregistré le 20 décembre 2024, la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) du Calvados demande au tribunal de condamner la région Réunion à lui payer la somme de 1 571,93 euros au titre de ses débours, outre la somme de 523,97 euros au titre de l’indemnité forfaitaire de gestion.
Elle fait valoir qu’elle exerce le recours subrogatoire prévu par les dispositions de l’article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Par un mémoire, enregistré le 7 janvier 2026, les requérants ont déclaré se désister purement et simplement de la requête.
Par ordonnance du 24 novembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 7 janvier 2026.
Un mémoire présenté par la CPAM du Calvados a été enregistré le 12 juin 2026 et n’a pas été communiqué.
Un mémoire présenté pour les requérants a été enregistré le 16 juin 2026 et n’a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Duvanel, premier conseiller,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les observations de Me Ramsamy pour les requérants.
Considérant ce qui suit :
Le 15 septembre 2021, C... D..., alors âgé de quinze ans, a été victime de la chute d’une grille d’aération au sein du lycée de Bel-Air à Sainte-Suzanne, lui occasionnant plusieurs lésions au niveau du pied droit. Par un courrier de leur conseil daté du 7 juillet 2023 et reçu le 10 juillet suivant, les parents de C... D..., M. B... D... et Mme E... A..., ont formé auprès de la région Réunion une demande indemnitaire préalable, à laquelle aucune réponse n’a été donnée. Par leur requête, M. D... et Mme A... demandent au tribunal de condamner la région Réunion à les indemniser au titre des préjudices subis par leur fils et par eux-mêmes.
Sur les conclusions présentées par M. D... et Mme A... :
Par un acte enregistré le 7 janvier 2026, M. D... et Mme A... ont déclaré se désister de l’instance en toutes leurs demandes. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s’oppose à ce qu’il en soit donné acte.
Sur les conclusions de la CPAM du Calvados :
Aux termes de l’article L. 376‑1 du code de la sécurité sociale : « Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l’assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l’assuré ou ses ayants droit conserve contre l’auteur de l’accident le droit de demander la réparation du préjudice causé conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n’est pas réparé par application du présent livre. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l’assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre, sauf recours de leur part contre l’auteur responsable de l’accident (…) ».
Ces dispositions ne font pas dépendre de l’exercice d’un recours indemnitaire par la victime ou ses ayants droit la possibilité pour la caisse de sécurité sociale, subrogée dans les droits de son assuré à hauteur des prestations qu’elle lui a versées, d’en poursuivre le remboursement par le responsable de l’accident. Le désistement M. D... et Mme A... est ainsi sans incidence sur le sort des conclusions de la CPAM du Calvados.
Aux termes de l’article L. 214-6 du code de l’éducation : « La région a la charge des lycées, des établissements d’éducation spéciale et des lycées professionnels maritimes. Elle en assure la construction, la reconstruction, l’extension, les grosses réparations, l’équipement et le fonctionnement. (…) A ce titre, l’acquisition et la maintenance des infrastructures et des équipements, dont les matériels informatiques et les logiciels prévus pour leur mise en service, nécessaires à l’enseignement et aux échanges entre les membres de la communauté éducative sont à la charge de la région. / La région assure l’accueil, la restauration, l’hébergement ainsi que l’entretien général et technique, à l’exception des missions d’encadrement et de surveillance des élèves, dans les établissements dont elle a la charge. »
La responsabilité du maître de l’ouvrage public est engagée en cas de dommages causés aux usagers par cet ouvrage dès lors que la preuve de l’entretien normal de celui-ci n’est pas apportée, sans que le maître de l’ouvrage puisse invoquer le fait d’un tiers pour s’exonérer de tout ou partie de cette responsabilité.
Il résulte de l’instruction que la grille d’aération à l’origine de l’accident survenu à C... D... était scellée au mur et doit ainsi être regardée comme indissociable de l’ouvrage public. En vertu des dispositions précitées de l’article L. 214-6 du code de l’éducation, la région a la responsabilité de l’entretien général et technique des lycées. Sa responsabilité est par suite susceptible d’être recherchée en qualité de gestionnaire de l’ouvrage public que constitue le lycée Bel-Air de Sainte-Suzanne.
Pour faire valoir que la grille d’aération en cause faisait l’objet d’un défaut d’entretien normal, les requérants se bornent à produire les attestations de deux lycéens, témoins des faits, le premier indiquant que « la barrière (…) depuis un moment déjà tenait avec au moins trois vis mal accrochées », le second témoignant que la « grille (…) était à moitié ouverte sans boulon et vis ». Il n’est cependant pas contesté que cette grille d’aération est en principe scellée verticalement au mur par huit systèmes de fixations comprenant chacun une tige, une rondelle et un écrou. Par ailleurs, il n’est pas établi, au-delà des seuls témoignages précités, que la grille présentait les signes avant-coureurs d’une chute et il est constant qu’aucun accident similaire ne s’est produit au sein du lycée Bel-Air. Par ailleurs, la seule circonstance que la grille se soit décrochée du mur ne suffit pas à établir, à elle-seule, un défaut d’entretien normal de la part de la région. Au demeurant, il résulte d’une attestation produite par les requérants que C... D... a, préalablement à sa chute, « touché la grille ». Dans ces conditions, la région Réunion ne peut être regardée comme responsable des conséquences dommages de l’accident du 15 septembre 2021.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la CPAM du Calvados doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l’instance :
Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la région Réunion au titre des frais exposés par la région Réunion et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de la requête de M. D... et Mme A....
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D..., Mme E... A..., M. C... D..., à la région Réunion et à la caisse primaire d’assurance maladie du Calvados.
Délibéré après l’audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Laso, président,
- M. Sauvageot, premier conseiller,
- M. Duvanel, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
Le rapporteur,
F. DUVANEL
Le président,
J.-M. LASO
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.