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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301563

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301563

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301563
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOISSY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, des pièces et des mémoires complémentaires, enregistrés les 6 décembre 2023, 26 juillet 2024, 6 février 2025 et 20 mars 2025 sous le n° 2301563, M. C... D..., représenté par Me Doulouma, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler l’arrêté du 18 décembre 2019 par lequel le maire de la commune de L’Etang-Salé a délivré à Mme B... A... un permis de construire en vue de la réalisation d’une maison individuelle sur la parcelle AL 1659, située 8 sentier des Bambous ;

2°) d’annuler l’arrêté du 7 octobre 2024 par lequel le maire de la commune de L’Etang-Salé a délivré à Mme B... A... un permis de construire en vue de la réalisation d’une maison individuelle sur la parcelle AL 1659, située 8 sentier des Bambous ;

3°) de mettre à la charge de la commune de L’Etang-Salé la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête n’est pas tardive et il justifie d’un intérêt à agir ;
- le dossier de demande de permis était incomplet au regard des insuffisances de la notice descriptive, du document graphique et des photographies ;
- le permis a été accordé en méconnaissance des dispositions de l’article UC 2.5 du règlement du plan local d’urbanisme (PLU) de la commune ;
- il a été accordé en méconnaissance des dispositions de l’article UC 2.6.3 de ce règlement.


Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2024, la commune de L’Etang-Salé, représentée par Me Dubois, conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Elle fait valoir que, par un arrêté du 30 octobre 2024, son maire a retiré l’arrêté litigieux du 18 décembre 2019.


La requête a été communiquée à Mme A..., qui n’a pas présenté de mémoire en défense.


II. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 26 avril et 26 juillet 2024 sous le n° 2400545, M. C... D..., représenté par Me Doulouma, demande au tribunal d’annuler la décision par laquelle le maire de la commune de L’Etang-Salé a implicitement refusé de constater la caducité du permis de construire accordé le 18 décembre 2019 à Mme A... et de mettre à la charge de la commune de L’Etang-Salé la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il dispose d’un intérêt à agir ;
- le permis du 18 décembre 2019 est caduc dès lors qu’il n’a fait l’objet d’aucun affichage avant le 6 avril 2024 et que le terrain d’assiette était toujours vierge de constructions le 13 avril suivant.


Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2025, la commune de L’Etang-Salé, représentée par Me Dubois, conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Elle fait valoir que, par un arrêté du 30 octobre 2024, son maire a retiré l’arrêté litigieux du 18 décembre 2019.


La requête a été communiquée à Mme A..., qui n’a pas présenté de mémoire en défense.


III. Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaires, enregistrés les 3 février 2025, 12 février 2025 et 28 janvier 2026 sous le n° 2500156, M. C... D... doit être regardé comme demandant au tribunal d’annuler l’arrêté du 7 octobre 2024 par lequel le maire de la commune de L’Etang-Salé a accordé à Mme A... un permis en vue de l’édification d’une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section AL n° 1659, située 8 chemin des Bambous, et de mettre à la charge de la commune de L’Etang-Salé la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête n’est pas tardive et il justifie d’un intérêt à agir ;
- le dossier de demande de permis était incomplet au regard des insuffisances de la notice descriptive et des photographies ;
- le permis méconnaît les dispositions de l’article UC 2.2 du règlement du plan local d’urbanisme (PLU) de la commune ;
- il méconnaît les dispositions de l’article UC 2.6.3 de ce règlement ;
- il méconnaît les dispositions de l’article UC 2.6.7 de ce règlement ;
- il méconnaît les dispositions de l’article UC 3.1.1 de ce règlement.


Par un mémoire en défense enregistré le 30 décembre 2025, la commune de L’Etang-Salé, représentée par Me Dubois, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D... la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;
- M. D... ne justifie ni de sa qualité ni de son intérêt à agir contre le permis en litige ;
- il ne justifie pas de l’accomplissement des formalités de l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par M. D... ne sont pas fondés.


La requête a été communiquée à Mme A..., qui n’a pas présenté de mémoire en défense.


Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Duvanel, premier conseiller,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les observations de Me Doulouma pour M. D...,
- et les observations de Mme B... A....


Considérant ce qui suit :

Par un arrêté du 18 décembre 2019, le maire de la commune de L’Etang-Salé a délivré à Mme A... un permis de construire pour l’édification d’une maison individuelle sur la parcelle cadastrée AL 1659, située 8 sentier des Bambous, au lieu-dit Lambert. Cependant, sur demande de la pétitionnaire, le maire a retiré cette décision par arrêté du 30 octobre 2024. Entre-temps, le 13 août 2024, Mme A... a présenté une nouvelle demande de permis, toujours relative à la construction d’une maison individuelle mais pour une surface de plancher et une hauteur différentes. Par un arrêté du 7 octobre 2024, le maire de L’Etang-Salé a fait droit à cette demande. Enfin, par un courrier de son conseil en date du 27 décembre 2023, reçu le 8 janvier 2024, M. D... a demandé au maire de L’Etang-Salé de constater la caducité du permis de construire délivré le 18 décembre 2019. Dans le dernier état de ses écritures, sur le fondement de l’article L. 600-5-2 du code de l’urbanisme, M. D... sollicite l’annulation des arrêtés du 18 décembre 2019 et du 7 octobre 2024, ainsi que celle de la décision par lequel le maire de L’Etang-Salé a implicitement refusé de constater la caducité du permis délivré le 18 décembre 2019.

Sur la jonction :

Les requêtes visées ci-dessus présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les exceptions de non-lieu :

D’une part, un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n’a d’autre objet que d’en faire prononcer l’annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n’ait statué, l’acte attaqué est rapporté par l’autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d’être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l’ordonnancement juridique de l’acte contesté, ce qui conduit à ce qu’il n’y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l’acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l’administration se borne à procéder à l’abrogation de l’acte attaqué, cette circonstance prive d’objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n’ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive. D’autre part, aux termes de l’article L. 600-5-2 du code de l’urbanisme : « Lorsqu’un permis modificatif, une décision modificative ou une mesure de régularisation intervient au cours d’une instance portant sur un recours dirigé contre le permis de construire, de démolir ou d’aménager initialement délivré ou contre la décision de non-opposition à déclaration préalable initialement obtenue et que ce permis modificatif, cette décision modificative ou cette mesure de régularisation ont été communiqués aux parties à cette instance, la légalité de cet acte ne peut être contestée par les parties que dans le cadre de cette même instance. ».

En l’espèce, l’arrêté n° PC 974 404 19 A0099 du 18 décembre 2019 par lequel le maire de la commune de L’Etant-Salé a accordé à Mme A... le permis sollicité le 5 novembre 2019 a été retiré par un arrêté n° PC 974 404 19 A0099 du 30 octobre 2024, devenu définitif. En outre, le maire de la commune de L’Etang-Salé a accordé à Mme A..., par arrêté n° PC 974 404 24 A0088 du 7 octobre 2024, un permis de construire en réponse à sa demande formée le 13 août 2024. Il s’ensuit que les conclusions des requêtes nos 2301563 et 2400545 de M. D... tendant, d’une part, à l’annulation de l’arrêté du 18 décembre 2019 et, d’autre part, à l’annulation de la décision par laquelle le maire de L’Etang-Salé a implicitement refusé de constater la caducité de ce permis sont devenues sans objet et qu’il n’y a, dès lors, pas lieu d’y statuer, les dispositions de l’article L. 600-5-2 du code de l’urbanisme n’étant applicables qu’aux hypothèses de permis modificatif, de décision modificative ou d’une mesure de régularisation, ce qui n’est pas le cas en l’espèce.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

Aux termes de l’article R. 600-4 code de l’urbanisme : « Les requêtes dirigées contre une décision relative à l’occupation ou l’utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d’irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l’article L. 261-15 du code de la construction et de l’habitation, du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l’occupation ou de la détention de son bien par le requérant / (…). ».

Il appartient à l’auteur d’un recours contre une décision relative à l’occupation ou l’utilisation du sol, autre que le pétitionnaire, de produire la ou les pièces requises par l’article R. 600-4 du code de l’urbanisme, notamment, s’agissant d’un requérant autre que l’Etat, une collectivité territoriale, un groupement de collectivités territoriales ou une association, le titre ou l’acte correspondant au bien dont les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance seraient selon lui directement affectées par le projet litigieux. Dans le cas où, à la suite d’une fin de non-recevoir opposée sur ce point par le défendeur ou, à défaut, d’une invitation à régulariser qu’il appartient alors au tribunal administratif de lui adresser, la ou les pièces requises par ces dispositions n’ont pas été produites, la requête doit être rejetée comme irrecevable.

Pour établir le caractère régulier de l’occupation de la parcelle AL 1618, qui jouxte le terrain d’assiette du projet litigieux, M. D... produit une facture d’eau correspondant à un compteur situé « Sentier des Bambous », pour une consommation d’avril 2022 à mai 2023, soit antérieurement à la date de l’arrêté qu’il conteste. Par ailleurs, il est constant que la parcelle AL 1618 est issue de la division de l’ancienne parcelle AL 193 qui, selon un relevé de propriété non daté, appartenait à M. E... A.... Pour justifier de sa qualité à occuper régulièrement la parcelle AL 1618, M. D... se prévaut de la qualité de petit-fils de ce dernier. Cependant, en se bornant à produire un extrait de livret de famille et une attestation qui, au demeurant, ne mentionnent pas le nom ou la situation familiale du requérant, ce dernier n’établit pas, par des pièces suffisantes, le caractère régulier de l’occupation ou de la détention de cette parcelle au sens de l’article R. 600-4 du code de l’urbanisme. Il s’ensuit que la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être accueillie et que les conclusions à fin d’annulation dirigées contre l’arrêté du 7 octobre 2024 doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l’instance :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. D... au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de L’Etang-Salé, qui n’a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. D... une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de L’Etang-Salé et non compris dans les dépens.



D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l’annulation de l’arrêté du 18 décembre 2019 et à l’annulation de la décision par laquelle le maire de L’Etang-Salé a implicitement refusé de constater la caducité de ce permis.

Article 2 : M. D... versera à la commune de L’Etang-Salé une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... D..., à la commune de L’Etang-Salé et à Mme B... A....


Délibéré après l’audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :

- M. Laso, président,
- M. Sauvageot, premier conseiller,
- M. Duvanel, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.




Le rapporteur,

F. DUVANEL
Le président,

J.-M. LASO



Le greffier,





D. CAZANOVE



La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.




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